Test Blu-ray / L’Arbalète, réalisé par Sergio Gobbi

L’ARBALÈTE réalisé par Sergio Gobbi, disponible en Blu-ray le 14 septembre 2026 chez Arcadès éditions.

Acteurs : Daniel Auteuil, Marisa Berenson, Marcel Bozzuffi, Michel Beaune, Guy Di Rigo, Didier Sauvegrain, Daniel Ubaud, Alex Descas, Mohamed Ben Smaïl…

Scénario : Sergio Gobbi

Photographie : Richard Andry

Musique : Jacques Revaux

Durée : 1h27

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Les drogués sont aux abois. Paris manque de came. Une fois de plus le Milieu « affame » les drogués pour faire monter les prix. Le trafic de la drogue est dominé par trois ou quatre bandes de loubards qui font régner leur loi. Le commissaire Rigault a deux cartes en main pour les vaincre : d’un coté, l’inspecteur Falco, fasciste, raciste, partisan de la manière forte, de l’autre, l’inspecteur Vincent, un flic de la jeune génération, en blouson de cuir et en jean. Rigault a aussi un atout : une jeune prostituée droguée, surnommée l' »Arbalète », ce que signifie la seringue dans l’argot des drogués. Entre Falco et Vincent, c’est une course de vitesse qui va ranimer la « guerre des bandes »…

Dans les années 1980 on osait tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît comme disait l’autre. Dans L’Arbalète, on y croise deux bandes rivales, des Viêts (comme les appelait Dupontel dans son sketch sur Rambo 2) et des Arabes, qui quand ils en viennent aux mains, se battent façon Bruce Lee, le tout filmé au ralenti comme dans un clip vidéo, sur une musique déchaînée au synthétiseur (on se croirait parfois dans un boulard) écrite spécialement par Jacques Revaux, célèbre compositeur ayant oeuvré pour les plus grands de la chanson française. Mais ce que l’on retient avant tout de cette Arbalète raide comme un coup de trique c’est la prestation de Daniel Auteuil, qui avait déjà dix ans de cinéma derrière lui (L’Agression de Gérard Pirès, Les Héros n’ont pas froid aux oreilles de Charles Nemes), promu vedette depuis le grand succès des Sous-Doués de Claude Zidi en 1980, statut confirmé par les autres hits rencontrés par Les Sous-Doués en vacances, Les Hommes préfèrent les grosses de Jean-Marie Poiré et Pour cent briques, t’as plus rien d’Édouard Molinaro. Voulant prouver qu’il pouvait faire autre chose que de la gaudriole (rien de péjoratif à écrire cela), le comédien se tourne vers des sujets plus sombres. Quelques polars vont alors s’enchaîner. L’Indic de Serge Leroy, Les Fauves de Jean-Louis Daniel et le film qui nous intéresse aujourd’hui, L’Arbalète. On doit ce dernier à Sergio Gobbi (né en 1938), grand producteur (d’André Cayatte, Marco Ferreri, Roman Polanski, Georges Lautner, Christian de Challonge), scénariste, distributeur et donc aussi metteur en scène. Étrange et singulière carrière pour ce franco-italien, qui aura été assistant de Roberto Rossellini, qui sera passé très tôt derrière la caméra, où sa passion du cinéma pouvait enfin s’exprimer. Si l’on retiendra notamment l’excellent Le Temps des loups, polar de 1969 qui a su conserver une vraie fraîcheur et une étonnante modernité, il privilégie le thriller urbain sombre et violent au tournant des années 1980. Ainsi, quatre ans après Brigade criminelle (avec la sublime Laura Gemser), Sergio Gobbi, qui a toujours suivi les envies du public, écrit L’Arbalète, qui compile tous les ingrédients, les poncifs, les bons comme les mauvais côtés d’un genre qui parvient sans mal à remplir les salles, ou tout du moins à attirer les spectateurs au cinéma le samedi soir après un bon gueuleton arrosé de gros rouge qui tâche. Ce sera le cas pour L’Arbalète, qui parvient à passer la barre des 700.000 entrées en novembre 1984. En revanche, en ce qui concerne l’opus suivant de Sergio Gobbi, le phénoménal nanar La Nuit du risque (« Dis monsieeeeur, pourquoi… », les fans comprendront), ce sera une autre histoire.

Dans le passé, Vincent était un petit délinquant. Maintenant devenu inspecteur de police à la brigade des mœurs, il est chargé par le commissaire divisionnaire Rigault d’infiltrer des groupes ethniques et de se faire passer pour un loubard, comme il l’était dans le passé. Aidé de l’Arbalète, une femme prostituée et droguée, Vincent s’oppose à Falco, policier raciste et partisan de la manière forte. Depuis quelques semaines, des pharmacies sont régulièrement attaquées par des drogués en manque. Une grosse livraison devrait avoir bientôt lieu. Rigault est aux aguets.

Il roule des mécaniques et distribue les coups de boule Daniel Auteuil dans L’Arbalète, dans lequel son personnage tente de mettre de l’ordre dans les bas fonds de Paris (comprenez par là dans le quartier de Belleville et ses terrains vagues) où la guerre règne entre les gangs des “Viets”, des « Arabes », des “Blacks” et des “Justiciers” néo-nazis. Choisissez votre camp, car si vous ne le faites pas, vous serez forcément vus comme quelqu’un qui s’oppose à leur façon de voir le monde. Plongez donc dans cette guerre des gangs, qui se disputent la mainmise sur le marché de la dope alors en pleine pénurie. Comme si cela ne suffisait pas, Rigault doit affronter aussi son confrère Falco (qui n’est pas Der Kommissar, mais inspecteur), raciste notoire depuis qu’il a perdu sa femme et son enfant en Algérie. Ce dernier règle ses problèmes personnels en s’en prenant personnellement aux caïds de Belleville, tandis que Vincent tente de se fondre dans la masse. Mais Falco, qui s’en fout de la déontologie, en profite pour attiser à coup de fausses informations la haine qui oppose les clans.

L’Arbalète multiplie quelques morceaux de bravoure que l’on pourrait aisément qualifier aujourd’hui de nawaks. Sergio Gobbi tourne à l’économie, va droit au but, ne s’encombre pas de psychologie, n’a que faire de la nuance. À ce titre, le personnage joué par le grand Marcel Bozzuffi (dans un de ses derniers films, il mourra quatre ans plus tard à 58 ans) fait penser au Gouverneur Ratcliffe dans Pocahontas qui résume sa mission en chantant « Puisqu’ils ne sont pas blancs, Ils sont forcément méchants ! ». Sortant d’Identification d’une femme – Identificazione di una donna de Michelangelo Antonioni, le comédien y va à fond, enchaîne les répliques du style (à un dealer noir) « Ta gueule Blanche Neige ! Alors macaque… », observe les clans se foutre sur la tronche (« J’ai envie bouffer de l’Arabe ! »), le petit sourire en coin. Il parvient à voler la vedette face à un Daniel Auteuil finalement un peu effacé, qui en fait des caisses, serre des co*illes à un gay trop entreprenant dans un backroom qui rappelle The Blue Oyster de Police Academy, tout en allant s’occuper de la fameuse Arbalète jouée par Marisa Berenson. Du point de vue technique, la photographie de Richard Andry (Les Fauves, Peau d’ange) rend bien le côté craspec de Paname avec ses rues chargées de poubelles et d’eau stagnante des égouts, ses baraques délabrées, les murs défoncés. Les décors sont peu reluisants, mais participent évidemment à cette immersion dans la capitale qui s’apparente à une Colline du crack puissance dix. Les plus physionomistes reconnaîtront quant à eux Alex Descas, Isaach De Bankolé et Isabelle Mergault dans de courtes apparitions.

On ne sait comment les jeunes cinéphiles/ages accueilleront L’Arbalète plus de quarante ans après sa sortie. Pour les autres, il s’agit d’un témoignage toujours sympathique d’un cinéma passé, terminé, daté, qui conserve un certain charme, qui divertit toujours autant, sans doute pas pour les mêmes raisons qu’en 1984, mais on ne peut s’empêcher d’avoir beaucoup d’affection pour le Bis provenant de tout horizon. Et dire qu’en 1986, Daniel Auteuil allait se métamorphoser en Ugolin…qui l’eût cru ?

LE BLU-RAY

Arcadès éditions revient au polar français des années 80 ! Ainsi, après Effraction de Daniel Duval, Tir à vue de Marc Angelo et Un été d’enfer de Mickael Shock, voilà que débarquent L’Arbalète de Sergio Gobbi et Zone rouge de Robert Enrico dans la même collection ! Plus de vingt ans, 22 ans exactement, après une première édition en DVD chez LCJ Éditions & Productions (dans l’anthologie Les Films du Collectionneur), L’Arbalète revient dans les bacs, pour la première fois en Haute-Définition. Visuel sobre créé à cette occasion. L’éditeur gagnerait à proposer une jaquette réversible avec le visuel de l’affiche originale d’exploitation. Boîtier Standard de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est fixe et muet.

Deux Jérôme Wybon pour le prix d’un ! Dans le premier module (Le Cinéma français en garde à vue – Le Polar des années 80, 18’35), commun à tous les polars édités par Arcadès, l’archéologue-spéléologue du monde de la vidéo française propose un large tour d’horizon du polar hexagonal, plus spécifiquement dans les années 1980, qui voit l’émergence de nouveaux réalisateurs et comédiens. Le genre a muté depuis Jacques Becker, Henri-Georges Clouzot, Jean-Pierre Meville et Julien Duvivier. Selon Jérôme Wybon, La Guerre des polices de Robin Davis, grand succès public et César du meilleur acteur pour Claude Brasseur, vient changer la donne. La représentation de la police et des criminels change, le public est friand d’une certaine réalité documentaire, de violence graphique aussi. La gauche arrive au pouvoir au début des années 1980 et le cinéma rend compte du climat social et politique. D’autres films viendront marquer le genre, Garde à vue de Claude Miller (nouveau metteur en scène qui dirige l’ancienne génération d’acteurs), Le Choix des armes d’Alain Corneau, La Balance de Bob Swaim, tandis que la photographie devient stylisée (Diva de Beineix, Subway de Luc Besson). Tout le monde y va de son polar, même Jean-Luc Godard (Détective), Bebel et Delon se renvoient la balle (même si le genre arrive à bout de souffle quand ils se lancent), Gérard Jugnot livre son Pinot simple flic (pas simplement une comédie), tandis que le thème de l’auto-défense se mêle à la partie, ainsi que celui de la montée de l’extrême-droite…Tous ces sujets sont abordés au cours de ce bonus évidemment indispensable, que l’on retrouve au passage sur les autres titres de cette anthologie.

Dans le second supplément (10’), Jérôme Wybon s’exprime sur Sergio Gobbi, réalisateur, scénariste, producteur, mais aussi (ce que nous ignorions), créateur du label vidéo SVP, Super Vidéo Productions, qui avait entre autres édité les films de Dario Argento en VHS. Jérôme Wybon indique « Sergio Gobbi tournait souvent des films de genre en vue de toucher le marché européen, faisait tourner des acteurs étrangers, dans une volonté d’élargir le cinéma français à l’Europe ». L’Arbalète signait le retour du réalisateur derrière la caméra, absent depuis quatre ou cinq années. Un comeback au film policier, genre qui attirait beaucoup les spectateurs à cette époque, « un film aux dialogues décomplexés […] qui a même connu une exploitation en Australie sous le titre Asphalt Warriors ». Le casting, la place de L’Arbalète dans la carrière de Daniel Auteuil (qui cherchait à se diversifier après plusieurs succès dans la comédie), la musique de Jacques Revaux, la sortie du film (qui allait s’incliner face à L’Année des méduses, sorti la même semaine) et son succès rencontré dans les vidéoclubs sont aussi les sujets abordés.

L’Image et le son

Bon…On ne va pas dire qu’on est là pour bénéficier de L’Arbalète dans une copie étincelante, surtout quand on connaît le matériel de départ. L’éditeur annonce une version remastérisée du film de Sergio Gobbi, mais le résultat est là, on a plus l’impression de visionner un DVD sensiblement amélioré. La photographie n’était guère pimpante à l’origine, donc point de miracle, le master HD proposé ne cherche pas à améliorer ces partis-pris « esthétiques » originaux. Les couleurs restent ternes, les contrastes mollassons, des plans sont flous, des visages rougeauds…En revanche, la propreté de la copie fait plaisir, ainsi que sa stabilité. C’est déjà ça de pris. En plus, L’Arbalète était devenu plutôt rare à dégotter en DVD depuis quelques années…

Le mixage français DTS-HD Master Audio Mono 2.0 instaure un bon confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. L’éditeur propose également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant. En revanche, point de piste Audiodescription.

Crédits images : © Arcadès / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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