
CAROLCO, UN RÊVE HOLLYWOODIEN réalisé par Julien Dupuy & Jeremy Fauchoux, disponible en DVD & Blu-ray le 1er septembre 2026 chez L’Atelier d’Images.
Acteurs : Pierre Lescure, Costa-Gavras, Roland Emmerich, Paul Verhoeven, Dean Devlin, Joe Eszterhas, Adrian Lyne, Steven E. de Souza, Peter MacDonald…
Durée : 0h59
Date de sortie initiale : 2026
LE DOCUMENTAIRE
Incarnation de la démesure hollywoodienne et de l’American Dream, le studio de cinéma Carolco est avant tout une aventure humaine incroyable, celle de Mario Kassar et d’Andrew Vajna. Mario, originaire du Liban, savait séduire les stars tandis qu’Andy, originaire de Hongrie, était un businessman redoutable. Ensemble, ils ont permis aux réalisateurs emblématiques de l’époque de s’épanouir, d’Alan Parker à Oliver Stone en passant par James Cameron. Carolco c’est aussi le studio des plus grandes stars des années 80-90 comme Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger ou Sharon Stone. Raconté pour la première fois par les talents et les membres du studio, ce documentaire vous embarque dans cette folle aventure du firmament à la chute brutale.

À l’instar de The Go-Go Boys et Electric Boogaloo, les deux documentaires sortis en 2014 consacrés à la société de production américaine Cannon Films, fondée par les cousins israéliens Menahem Golan et Yoram Globus, Carolco, un rêve hollywoodien propose un passionnant retour sur l’histoire de la Carolco Pictures Inc., autre célèbre, pour ne pas dire légendaire société de production cinématographique américaine indépendante, créée en 1976 et disparue vingt ans plus tard, fondée par le libanais Mario Kassar (né en 1951) et le hongrois Andrew G. Vajna (1944-2019). Réalisé par Julien Dupuy (Le Mystère Jacques Audiard, L’Apocalypse selon Mad Max) et Jérémy Fauchoux (Scènes de crimes), Carolco, un rêve hollywoodien est comme qui dirait un formidable bonus pour les cinéphiles/ages, qui ont été bercés avec les œuvres sorties de cette « écurie » comme les trois premiers volets de la saga Rambo, Angel Heart, Double détente – Red Heat, Haute sécurité – Lock Up, L’Échelle de Jacob – Jacob’s Ladder, Total Recall, Basic Instinct, Terminator 2 : Le Jugement dernier – Terminator 2: Judgment Day, Universal Soldier, Stargate, la porte des étoiles, Cliffhanger : Traque au sommet et bien d’autres…Une liste qui fait rêver, qui met toujours des étincelles dans les yeux des spectateurs quand on évoque ces titres cultes, qui ont même souvent été pour certains à la base de leur passion pour le septième art. Merveilleusement documenté, ce film d’une heure compile efficacement les interventions de grands noms du cinéma. Ainsi, Joe Eszterhas (scénariste de Basic Instinct, Showgirls et Music Box), Peter MacDonald (réalisateur de Rambo III), Costa-Gavras (réalisateur de Music Box), Roland Emmerich (réalisateur d’Universal Soldier et de Stargate, la porte des étoiles), Dean Devlin (scénariste et producteur de Roland Emmerich), Steven E. de Souza (scénariste d’un blockbuster qui ne s’est jamais fait chez Carolco, sur lequel on reviendra), Adrian Lyne (L’Échelle de Jacob), Paul Verhoeven (réalisateur de Total Recall, Basic Instinct et de Showgirls), se succèdent et leurs propos s’entrecroisent pour dresser le portrait des deux grands producteurs, pour aborder leurs collaborations respectives, les conditions de tournage, les projets avortés, annulés en cours de route, fantasmés…D’autres témoignages se joignent à ceux de ces personnalités, Pierre Lescure (ancien président de Canal+), Lynwood Spinks (président la production chez Carolco, co-producteur de Cliffhanger et de L’île aux pirates), Ross LaManna (scénariste interne chez Carolco) et Chris Yogerst (auteur et journaliste au Hollywood Reporter), pour retracer l’histoire, le succès, le triomphe international, puis la chute et faillite de Carolco. Un documentaire précieux, riche, rythmé et captivant.


Le documentaire s’ouvre sur quelques dates emblématiques de la société de production. 1976, deux jeunes entrepreneurs hongrois et libanais fondent Carolco. 1982, en totale indépendance, ils produisent Rambo (15 millions de budget, 125 millions de recettes). 1985, Rambo 2, la mission devient un phénomène de société. 1986, Carolco s’apprête à régner sur Hollywood. Les intervenants se penchent sur la nature de Mario Kassar et d’Andrew G. Vajna (qui partira en 1986 et vendra ses parts à son associé), dissèquent leur façon de travailler ensemble, leur vision du cinéma (qui changera en cours de route et conduira à leur séparation à la fin des années 1980), mettent en relief leur instinct qui leur a permis de miser sur des films sur lesquels personne d’autre n’aurait pu penser investir. Si la société restera souvent liée à Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger, Carolco misera aussi sur le cinéma d’auteur (rappelons que la Cannon produisait Franco Zeffirelli, Barbet Schroeder et Jean-Luc Godard entre deux épisodes de Portés disparus et deux Charles Bronson), en produisant par exemple Alan Parker et Costa-Gavras.


Mais ce qui intéresse encore plus dans Carolco, un rêve américain, c’est quand on parle des films qui auraient pu se faire, comme Isobar, blockbuster qui devait être produit par Joel Silver, écrit par Steven E. de Souza et réalisé par Roland Emmerich. Ce documentaire révèle quelques dessins conceptuels (l’histoire devait se dérouler sur une Terre désormais dépourvue d’oxygène, les survivants vivant reclus dans des villes souterraines, où de l’air était fabriqué), ainsi que des images de tests d’une créature que devait affronter Sly dans un train, inventée par les studios Rick Baker. 12 millions de dollars dépensés, avant que le film tombe finalement à l’eau. De là à dire que certaines idées ont été ensuite récupérées pour Total Recall…



L’autre gros projet avorté devait réunir Sly et Schwarzy dans une comédie improbable, Duke & Fluffy, dans lequel deux chiens se réveillaient un matin avec l’apparence humaine que vous imaginez…Là-dessus Michelle Pfeiffer devait se joindre à la partie en ancienne chatte devenue une belle blonde. On parle aussi de Gale Force, là encore avec Sylvester Stallone, qui était annoncé comme un Die Hard en plein ouragan, récit qui deviendra finalement Cliffhanger. Viennent ensuite les premiers gros déboires financiers, car si Terminator 2, premier blockbuster à plus de cent millions de dollars de budget, a été un carton planétaire, Carolco avait du mal à se relever du départ de Vajna, d’autant plus que Mario Kassar, connu pour sa réputation de flambeur, n’arrangeait pas les affaires de la société (voir la partie insensée qui se déroule à Cannes). Là-dessus, Joe Eszterhas (« Pour Basic Instinct, j’ai pris une chambre à Hawaï et je me suis mis au travail. J’ai bu beaucoup, écouté les Rolling Stones, sniffé de la coke et j’ai écrit ! ») se vante d’avoir vendu son scénario pour quatre millions de dollars.



On arrive à la période Stargate, « conçu comme un Lawrence d’Arabie dans l’espace » expliquent Roland Emmerich et Dean Devlin, qui reviennent sur la difficulté de collaborer avec Mario Kassar, de plus en plus imbibé d’alcool et colérique, indiquant que si leur relation s’était mieux passée, Independence Day aurait pu se faire avec Carolco. Mais l’empire était en train de s’écrouler, quand survient le dernier dilemme, produire Crusade de Paul Verhoeven avec Arnold Schwarzenegger, ou L’île aux pirates de Renny Harlin avec Michael Douglas et Geena Davis ? Mario Kassar jettera son dévolu sur le second…ce qui entraînera définitivement sa perte. Est-ce pour cela que Michael Douglas, sentant le vent tourner, partira un mois avant le début du tournage et laissera sa place à Matthew Modine ? Toujours est-il que Paul Verhoeven, sourire aux lèvres, déclare que Carolco n’aurait pas mis la clé sous la porte si on l’avait laissé faire Crusade. Mais Showgirls allait en remettre une couche par-dessus ça…





Quelques années plus tard, en 1998, Kassar et Vajna s’associent à nouveau, fondent C-2 Pictures et tentent de revenir sur le devant la scène, avec notamment l’excellent et souvent sous-estimé Terminator 3 : Le Soulèvement des machines. Mais ce comeback sera finalement éphémère et la société dissoute après le lourd échec de Basic Instinct 2 de Michael Caton-Jones. Oui, ce film existe. Ou plutôt non, il n’existe pas, oubliez cela et rappelez-vous tout le bonheur que vous (que nous) a procuré Carolco dans les années 1980-90 !


LE BLU-RAY
C’est chez L’Atelier d’Images que vous trouverez Carolco, un rêve hollywoodien, en DVD et en Blu-ray. La jaquette arbore un magnifique visuel concocté par Gil Jouin (dont nous parlons plus bas). Il en va de même pour le menu principal.

Le seul supplément disponible sur cette édition est un rapide module centré sur le travail réalisé par Gil Jouin, peintre et illustrateur français qui a réalisé l’affiche du documentaire Carolco, un rêve Hollywoodien (8’). L’occasion de voir, pour ne pas dire admirer, le fils du célèbre Michel Jouin – à qui l’on doit les affiches françaises du Retour du Jedi, Indiana Jones et le temple maudit, Supergirl, Hold-up, Jean de Florette/Manon des sources -à l’oeuvre. Celui qui a repris le flambeau et vu décerner le César de la meilleure affiche en 1990 pour Cinéma Paradiso s’exprime par petites touches, explique les différentes étapes ayant conduit au résultat final.



L’Image et le son
Tourné en numérique, Carolco, un rêve hollywoodien débarque en Blu-ray, un format qui sied à merveille aux précieuses images recueillies par les deux réalisateurs. Le master HD est étincelant. Les couleurs sont très belles, le relief palpable, le piqué incisif.
L’unique piste originale DTS-HD Master Audio 2.0 suffit largement pour ce documentaire, qui dispose d’une belle ouverture des enceintes. Ces dernières exsudent sans mal les propos des intervenants, l’ensemble est dense et équilibré. Les sous-titres français sont imposés.


Crédits images : © L’Atelier d’Images / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
