Test Blu-ray / Justine ou les infortunes de la vertu, réalisé par Jess Franco

JUSTINE OU LES INFORTUNES DE LA VERTU (Marquis de Sade: Justine) réalisé par Jess Franco, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 17 mai 2022 chez Artus Films.

Acteurs : Klaus Kinski, Romina Power, Maria Rohm, Rosemary Dexter, Carmen de Lirio, Akim Tamiroff, Gustavo Re, Mercedes McCambridge, Jack Palance…

Scénario : Harry Alan Towers, Arpad DeRiso & Erich Kronte, d’après le roman du Marquis de Sade

Photographie : Manuel Merino

Musique : Bruno Nicolai

Durée : 1h59

Date de sortie initiale : 1969

LE FILM

Le marquis de Sade évoque des souvenirs. Il raconte l’histoire de deux soeurs, Juliette et Justine, chassées par leurs parents. Juliette, la sage, semble poursuivie par la malchance. Justine va de l’avant, sans scrupule, et rencontre ainsi des personnes fort intéressantes. Juliette se retrouve comme pensionnaire chez une certaine madame de Buisson, qui dirige une maison close. Justine refuse de tomber entre les mains de cette mère maquerelle et prend la fuite. C’est alors qu’elle croise le chemin de monsieur de Harpin, un vieillard ignoble, qui veut profiter de la détresse de la jeune femme pour servir ses propres desseins…

Ce qui est difficile dans la filmographie éclectique et prolifique de Jess Franco (plus de 200 films…), c’est de s’y retrouver avec les différents titres attribués à un seul long-métrage. Ainsi, Justine ou les infortunes de la vertu, est aussi connu sous l’appellation Marquis de Sade: Justine, Les Deux beautés, Justine de Sade, ou bien encore Justine and Juliet, et même Deadly Sanctuary. Nous en resterons à Justine ou les infortunes de la vertu, titre d’exploitation du film qui nous intéresse aujourd’hui, sorti sur les écrans hexagonaux en mars 1970 et un an plus tôt en Italie. L’ami Jess tourne à la suite Les Brûlantes 99 femmes, Sumuru, la cité sans hommes, Le Château de Fu Manchu. On ne saurait être plus diversifié. Sur un scénario de Harry Alan Towers (Black Venus de Claude Mulot, Le Cirque de la peur de John Llewellyn Moxey, et par ailleurs producteur), Arpad DeRiso (Le Lion de Saint Marc et Le Tigre des mers de Luigi Capuano) et Erich Kronte, le cinéaste adapte pour la première fois le Marquis de Sade (ici son ouvrage rédigé à la Bastille en 1787, publié de son vivant en 1791), auquel il reviendra à plusieurs reprises, en 1970 avec Les Inassouvies (librement inspiré de La Philosophie dans le boudoir), trois ans plus tard avec Eugénie de Sade (d’après Eugénie de Franval), puis avec Plaisir à trois en 1974. Une obsession qui irriguera moult opus du réalisateur par la suite. Mais pour l’heure, il bénéficie d’un budget solide pour Justine ou les infortunes de la vertu. S’il n’est clairement pas le meilleur Franco, le film parvient encore à être divertissant et souvent plaisant, surtout dans ses délires que l’on pourrait volontiers qualifier de nawak, à l’instar de la prestation de Jack Palance (la même année que Che! de Richard Fleischer), perdu dans ses pensées, complètement en roue libre, vraisemblablement en totale improvisation. Au-delà de ça, le casting est aussi très attractif, avec un Klaus Kinski illuminé (pléonasme) dans la peau du Marquis de Sade (toutes ses scènes ont été visiblement emballées en une seule journée), un petit coucou d’Howard Vernon, sans oublier de superbes comédiennes (Romina Power, Maria Rohm, Rosemary Dexter, Carmen de Lirio, Sylva Koscina, Rosalba Neri), toujours très bien mises en valeur par le metteur en scène. Un bon cru.

Justine et Juliette, deux sœurs inséparables, ont passé leur enfance et leur adolescence dans un couvent. Leur père ruiné s’est exilé et leur mère est morte de chagrin, un double abandon à l’origine de leur internement. Désormais adolescentes, elles quittent ensemble le bâtiment avec une petite somme d’argent. Arrivées à Paris, Juliette se rend dans une maison close pour faire fortune tandis que Justine prend peur et quitte le bordel. Mais sa quête de vertu lui sera fatale. D’abord dépouillée par un moine à qui elle a confié ses derniers sous, elle est ensuite engagée comme bonne à tout faire par un hôtelier qui veut l’offrir à un riche client. Refusant sa demande, elle est aussitôt accusée du vol d’un bijou appartenant à ce dernier alors que son employeur lui a demandé de le dérober. Jetée en prison, elle s’enfuit, lors d’un incendie déclenché par des prisonniers, s’enfuit avec eux et une criminelle, La Dubois. Cachés dans la forêt, ils tentent de la violer et elle trouve refuge chez Raymond, un artiste peintre qui tombe amoureux d’elle. Mais la police la retrouve et elle doit fuir. Son errance la mène chez le Marquis de Bressac qui la cache dans son manoir. En remerciement, il lui demande d’empoisonner son épouse. Celle-ci est éprise de la jeune fille qui lui révèle les noirs desseins de son époux. Mais le Marquis tue sa femme et marque Justine au fer rouge du sceau de l’infamie, avant de l’expulser. La belle adolescente échoue dans un couvent régi par quatre moines pervers. Leurs bas instincts les mènent jusqu’au crime afin d’atteindre le plaisir absolu. Après plusieurs mois de sévices, Justine doit être immolée.

La fin du XVIIIe siècle permet à Jess Franco de laisser libre cours à son imagination, d’être paillard quand il le faut, mais aussi de montrer que les femmes resteront toujours victimes des hommes, sauf quelques exceptions (le peintre Raymond, très bien campé par Harald Leipnitz), uniquement animés par leur service trois-pièces. Quand Justine pense être sauvée et protégée en rencontrant une poignée de moines repliés sur eux-mêmes, c’est pour découvrir que ceux-ci consacrent leur existence à la méditation et à la connaissance, ou plutôt à l’approfondissement de leurs recherches sur la poursuite du plaisir. C’est là que Jack Palance se lance dans quelques discours ininterrompus et nonsensiques, jubilatoires donc pour le cinéphile/age averti, où un grand acteur se laisse aller à un cabotinage de génie. La présence de Klaus Kinski est un petit bonus qui n’apporte pas grand-chose à l’ensemble, en dehors du fait de voir l’écrivain chaud comme la braise dans sa cellule, être hanté par ses créatures qui lui apparaissent et l’obligent pour ainsi dire à coucher ses souvenirs sur papier, liés aux aventures de Juliette et de Justine, deux sœurs que rien ne pouvait séparer, qui vont pourtant être forcées de vivre chacune de leur côté.

Si Juliette (divine Maria Rohm, Le Trône de feu, Sumuru, la cité sans hommes, 99 femmes, Les Inassouvies) se sent très à l’aise dans un bordel parisien, Justine préfère fuir et suivre un chemin plus vertueux. Mais elle apprendra que la vertu ne lui sourit guère. Cette dernière est incarnée par l’américaine Romina Power, âgée de 18 ans, fille de l’acteur Tyrone Power et de l’actrice Linda Christian, essentiellement connue pour le duo qu’elle formera avec son époux italien Al Bano. A la fin des années 1960, elle s’essaye au cinéma et tourne sous la direction de Luciano Salce (Comment j’ai appris à aimer les femmes), Aldo Grimaldi (L’Oro del mondo, Pensando a te), Alberto de Martino (PerversionFemmine insaziabili) et donc de Jess Franco, qui lui confie le rôle-titre de son film. Son charme ingénu fonctionne et la jeune comédienne s’en sort honorablement dans les scènes dramatiques. Elle est qui plus est joliment filmée par un réalisateur, qui, s’il ne se prive pas pour filmer son corps nu, fait preuve d’une délicatesse à son égard, comme s’il la couvait de sa caméra. Rosemary Dexter (L’Oeil du labyrinthe), la sublime Sylva Koscina (La Muraille de feu, Guendalina, Pauvres mais millionnaires), Rosalba Neri (Les Vierges de la pleine lune, A la recherche du plaisir, Furie au Missouri, Opération Re Mida (Lucky l’intrépide), Hercule contre les vampires) et bien d’autres beautés sont ainsi choyées à l’écran par ce jouisseur de Jess.

Profitant de moyens à la hauteur de ses ambitions, Franco soigne chacun de ses plans (même s’il s’amuse parfois un peu trop avec les zooms et les plans flous), grandement épaulé par le chef opérateur Manuel Merino (Le Trône de feu, Carré de dames pour un as de Jacques Poitrenaud), qui met en relief les décors naturels, dont les célèbres parcs Güell et de Montjuïc, le château de Montjuic, la plaça del rei et celle de Sant Felip Neri dans la merveilleuse ville de Barcelone. Mention spéciale à la magnifique partition du grand Bruno Nicolai, une plus-value toujours importante dans ses collaborations avec Jess Franco.

LE COMBO BLU-RAY + DVD

Après Le Trône de feu, Justine ou les infortunes de la vertu est le second film de la nouvelle vague Artus Films consacrée à Jess Franco, qui décidément a le vent en poupe depuis quelques mois chez l’éditeur. Rappelons les sorties récentes des Nuits brûlantes de Linda, de Shining Sex et de Deux espionnes avec un petit slip à fleurs. Le film qui nous intéresse est donc disponible en combo Blu-ray + DVD. L’objet prend la forme d’un élégant Digipack à deux volets, glissé dans un fourreau cartonné au visuel très attractif. Le menu principal est fixe et musical. A noter que le film était déjà sorti en DVD en 2000 chez Opening.

Stéphane Du Mesnildot a du pain sur la planche avec toutes ces sorties en DVD et Blu-ray des œuvres de Jess Franco ! Le critique aux Cahiers du Cinéma nous a concocté une excellente présentation de Justine ou les infortunes de la vertu (24’), durant laquelle il se penche surtout sur la passion de Jess Franco pour les écrits du Marquis de Sade (« ou comment l’oeuvre de Sade structure toute l’oeuvre de Franco »), qui l’inspireront à plusieurs reprises au cours de sa carrière. Les thèmes, les partis-pris (« une photo très baroque et crépusculaire »), l’humour, le casting, la représentation de Sade sous les traits de Klaus Kinski et la mise en scène (« encore très habitée par Orson Welles à ce moment-là dans la carrière du réalisateur ») sont aussi longuement analysés.

L’interactivité se clôt sur un Diaporama et trois films-annonces, dont celui en version française de Justine ou les infortunes de la vertu.

L’Image et le son

Il est évident que le master a subi un petit coup de scalpel numérique, car aucune scorie, dépôt ou autre poussière ne se pavanent sur l’écran. Artus Films s’arme d’une compression somme toute solide afin de restituer la belle luminosité d’ensemble, ainsi que la densité des noirs durant les séquences nocturnes. Le rendu des matières est en plus extrêmement appréciable, le grain argentique palpable, la copie d’une stabilité à toutes épreuves, hormis peut-être durant les credits, mais cela reste anecdotique. Les teintes bleues, bordeaux, vertes sont riches et bien saturées. Le relief est omniprésent et met en valeur la richesse des images de Jess Franco et de son directeur de la photographie Manuel Merino. Voilà une superbe édition HD qui nous permet de profiter de la beauté des paysages et des décors naturels, incontestablement les points forts de cette édition. Blu-ray au format 1080p, format original 1.66 respecté.

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage LPCM 2.0. mono. Dans les deux cas, l’espace phonique se révèle probant et dynamique, le confort est indéniable, et les dialogues sont clairs, nets, précis. Sans surprise, au jeu des comparaisons, la piste anglaise s’avère plus naturelle et harmonieuse. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare ou celle de Molière (au doublage de fort bon acabit), aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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