Test Blu-ray / Des hommes, réalisé par Lucas Belvaux

DES HOMMES réalisé par Lucas Belvaux, disponible en DVD et Blu-ray le 5 octobre 2021 chez Ad Vitam.

Acteurs : Gérard Depardieu, Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin, Yoann Zimmer, Félix Kysyl, Édouard Sulpice, Fleur Fitoussi, Ahmed Hammoud…

Scénario : Lucas Belvaux, d’après le roman de Laurent Mauvignier

Photographie : Guillaume Deffontaines

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Ils ont été appelés en Algérie au moment des « événements » en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d’autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d’une journée d’anniversaire, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.

Cinéaste moraliste, mais jamais moralisateur, Lucas Belvaux n’a eu de cesse à travers ses films d’explorer les thèmes qui lui sont chers comme le mensonge, la lâcheté, le couple, la peur, les souvenirs, la culpabilité, en confrontant souvent deux êtres que tout oppose. Le réalisateur a su trouver plusieurs accroches liées à son cinéma dans le roman de Laurent Mauvignier (publié en 2009), Des hommes, lauréat à sa sortie du prix Virilo et celui des libraires. Des films sur la guerre d’Algérie, il en existe une flopée et ce depuis la fin des années 1950. On peut citer en vrac Le Petit Soldat (1960, mais interdit jusqu’en 1963) de Jean-Luc Godard, Adieu Philippine (1962) de Jacques Rozier, La Belle Vie (1964) de Robert Enrico, Muriel ou le Temps d’un retour (1964) d’Alain Resnais, Les Parapluies de Cherbourg (1964) de Jacques Demy, La Bataille d’Alger (1966) de Gillo Pontecorvo, R.A.S. (1973) d’Yves Boisset, et plus proche de nous La Trahison (2006) de Philippe Faucon, Mon colonel (2006) de Laurent Herbiet, L’Ennemi intime (2007) de Florent-Emilio Siri, Cartouches gauloises (2008) de Mehdi Charef et Loin des hommes (2014) de David Oelhoffen. Donc oui, le sujet n’a jamais été écarté du cinéma, bien au contraire. Pour Des hommes, Lucas Belvaux dévoile ce qui se cache derrière les silences, dissèque le traumatisme d’une poignée de personnages, un en particulier, celui de Bernard alias Feu-de-Bois, magistralement interprété par Gérard Depardieu, qui retrouve de sa superbe ici, comme dernièrement dans Les Confins du monde de Guillaume Nicloux et de Fahim de Pierre-François Martin-Laval. Magnétique, magnifique, imposant (euphémisme) au sens propre comme au figuré, le comédien crève l’écran du haut de ses 71 ans, et livre une fantastique prestation. Face à lui, Catherine Frot et Jean-Pierre Darroussin ne sont pas en reste et l’on remarquera aussi la participation du jeune acteur belge Yoann Zimmer, dont nous avions déjà croisé le visage dans Été 85 de François Ozon, La Fille inconnue des frères Dardenne et Les Fauves de Vincent Mariette.

L’histoire est racontée à deux voix : celle de Bernard (Gérard Depardieu, l’une des plus belles du cinéma) et celle de Rabut (Jean-Pierre Darroussin), cousins et anciens appelés de la guerre d’Algérie. Bernard offre à Solange (Catherine Frot), sa sœur, une luxueuse broche pour son 60e anniversaire. Famille et amis sont stupéfaits : Bernard est un ours qui végète et vit sur le dos des autres depuis toujours. On l’accuse vite d’avoir dérobé l’argent caché par sa mère avant sa mort. Il boit et devient furieux, se mettant à insulter Rabut, et surtout Saïd, de manière raciste. Pendant que la fête continue, Bernard se rend chez Saïd, encore à la fête, et agresse sa femme physiquement et verbalement. Il part en tuant le chien de la famille à l’aide d’une pelle. Le maire et les gendarmes décident avec Rabut de le laisser cuver son vin et d’aller l’arrêter à la première heure le lendemain. Solange, bien que connaissant ses travers, tente vainement de le défendre. Ni Rabut ni Bernard, qui ne s’aiment pas beaucoup, ne peuvent dormir lors de cette veillée d’armes. Ils voient chacun de leur côté resurgir leur passé commun : la mort de Reine, sœur de Bernard, qui a été odieux avec elle alors qu’elle agonisait, mais surtout la guerre d’Algérie, pour laquelle ils ont été mobilisés ensemble (avec plus d’1,5 million de jeunes de leur âge) durant 28 mois de service, entre 1960 et 1962. Au départ, ils sont positionnés dans une région calme et souffrent surtout de l’ennui. Mais la situation se tend peu à peu. Aux exactions des rebelles, qui se battent pour l’indépendance de leur pays, répondent les massacres et les viols des soldats français, dont beaucoup sont sûrs « qu’ici c’est la France » et que le droit est de leur côté. Les harkis sont quant à eux rejetés par les rebelles pour trahison et par les Français par racisme. Lors d’une permission à Alger, une altercation entre Rabut et Bernard, notamment à propos de la mort de Reine, dégénère et Rabut est assez gravement blessé. Le lieutenant décide de différer le retour à la base pour les attendre, mais à leur arrivée, ce qu’ils vont découvrir va marquer leur existence.

Lucas Belvaux ne montre pas frontalement les massacres, ceux des soldats en permission, mais également ceux des civils, ici des suites d’une trahison d’un harki qui a laissé passer des fellagas, mais plutôt la réaction de ceux les ont découverts. « Des hommes…des hommes avaient fait ça… » résonne encore la voix de Bernard/Gérard Depardieu, longtemps après le film. « C’était les ordres… » déclame tout simplement celle de Rabut/Jean-Pierre Darroussin, tandis que de nombreuses images d’archives illustrent le retour des soldats chez eux, un sourire collé au visage, mais le coeur, l’âme et les tripes complètement explosés, tout en réinscrivant simultanément les histoires individuelles dans celle de la France. Le réalisateur prouve que la guerre est certes synonyme de g/troupe, mais que le conflit demeure personnel, individuel, propre à chacun. Et ceux qui parviennent à s’en sortir indemnes, ont beau avoir regagné leurs pénates, une partie d’eux-mêmes est restée et même morte de l’autre côté de la Méditerranée. Certains ont fait leur vie comme ils le pouvaient, d’autres ont juste survécu, sans pouvoir aller de l’avant, en luttant tous les jours contre ces images insoutenables qui se sont gravées de façon indélébile dans leur cerveau.

Le cinéaste expose les faits, des êtres humains, des deux côtés de la barrière, ont été capables du pire. Et tous sont ressortis broyés par cette expérience. Le film alterne alors le passé et le présent, entremêle les voix de ceux qui ont vécu la guerre d’Algérie, mais aussi celle de la mémoire et de la conscience, celle de la sœur de Bernard, qui relit les lettres que son frère lui a envoyées sur le front, et après, dans lesquelles il se dévoilait, mettait des mots sur ce qu’il avait vu, entendu, et que personne n’a voulu écouter à son retour. Découvrant ce qui se cachait derrière certaines tournures, les images prenant un sens nouveau.

Ayant vu sa sortie repoussée en raison de la pandémie après avoir été sélectionné en compétition officielle à Cannes où il a été honoré du label du Festival en 2020, Des hommes témoigne une fois de plus de l’inspiration de ce grand et précieux metteur en scène qu’est Lucas Belvaux, qui après sa trilogie Un couple épatantCavaleAprès la vie (2003), La Raison du plus faible (2006), Rapt (2009), Pas son genre (2014) et Chez nous (2017) affiche une nouvelle et grande réussite à son palmarès.

LE BLU-RAY

Après un report de sa sortie initiale dans les salles, puis un passage bien trop rapide au cinéma avec seulement 174.000 entrées en juin 2021, soit le score le plus bas pour Lucas Belvaux depuis Cavale, Des hommes débarque en DVD et Blu-ray chez Ad Vitam. La jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, reprend le visuel de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur joint quelques entretiens croisés avec Lucas Belvaux, Yoann Zimmer, Jean-Pierre Darroussin et Catherine Frot (27’). Forcément, le réalisateur a beaucoup plus de choses à dire sur son film, sur ce qui lui a donné envie d’adapter le roman de Laurent Mauvignier, sur le travail pour transposer le livre à l’écran, sur ses partis-pris et ses intentions (raconter quelque chose qu’on ne peut pas dire, les conséquences et les blessures de la guerre d’Algérie, montrer le traumatisme plus que l’image traumatisante). Les quatre interviewés dissèquent les thèmes de Des hommes, présentent les personnages, parlent de l’usage de la voix-off, des conditions de tournage, du montage et de la fidélité au roman.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Ad Vitam signe un sans-faute avec ce master HD immaculé de Des hommes. Tout d’abord, c’est la clarté et le relief des séquences diurnes qui impressionnent et flattent la rétine. Les couleurs sont chatoyantes, le piqué vigoureusement acéré, les détails abondent aux quatre coins du cadre large, restituant admirablement les partis pris de la photo signée Guillaume Deffontaines (Chien de Samuel Benchetrit, Jalouse de David Foenkinos) et les contrastes affichent une densité remarquable. Ajoutez à cela une profondeur de champ fort appréciable, des ambiances tamisées séduisantes et des teintes irrésistibles et vous obtenez le nec plus ultra de la HD. Un transfert très élégant.

Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 est réellement bluffant. Le spectateur est happé dans le quotidien des soldats en Algérie, tandis que les différentes voix-off vous donnent des frissons par leur intensité. Le soutien des enceintes latérales est constant, avec de multiples ambiances naturelles. Les dialogues sont solidement ancrés sur la centrale, la balance frontale est dynamique. D’une précision sans faille, dense, dynamique, le confort acoustique est largement assuré. Les sous-titres français pour les spectateurs sourds et malentendants sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription et une Stéréo de fort bon acabit.

Crédits images : © Ad Vitam / Synecdoche / Artemis Productions / France 3 Cinéma / RTBF / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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