Test Blu-ray / Les Arnaud, réalisé par Léo Joannon

LES ARNAUD réalisé par Léo Joannon, disponible en DVD et Blu-ray depuis le 20 mai 2021 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Bourvil, Salvatore Adamo, Christine Delaroche, Gérard Croce, Alain Doutey, Xavier Fonty, Gisèle Grandpré, Suzanne Courtal…

Scénario : Léo Joannon & Jacques Robert

Photographie : Willy Faktorovitch

Musique : Franck Pourcel

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 1967

LE FILM

Henri Arnaud, juge au tribunal pour enfants d’Aix-en-Provence, est connu pour sa clémence envers les jeunes délinquants. Au cours d’un procès, il fait la connaissance d’un étudiant en droit, André Arnaud qui est aussi son homonyme. Ce dernier est orphelin et ne peut poursuivre ses études que grâce à l’aide financière de son oncle, un simple ouvrier. Mais celui-ci meurt dans un accident de travail et André, qui a besoin d’argent, accepte les avances de Josseron, un antiquaire homosexuel…

Quasiment un an après le triomphe de La Grande vadrouille, Bourvil faisait son retour au cinéma avec Les Arnaud, l’ultime long-métrage du réalisateur Léo Joannon (1904-1969). Complètement oublié aujourd’hui, ce dernier, également scénariste et producteur a quand même tourné plus d’une trentaine de films et dirigé les plus grands, Pauline Carton, Simone Simon, Danielle Darrieux, Arletty, Raimu, Pierre Brasseur, Pierre Fresnay, Edwige Feuillère, Jules Berry, Annie Girardot, Fernandel, Jean Rochefort et même Laurel & Hardy ! Réputé pour sa nervosité et même son mauvais caractère, Léo Joannon s’est aussi fait un nom durant l’Occupation allemande, en oeuvrant pour la société de production Continental, créée par Joseph Goebbels, époque durant laquelle il n’hésite pas à menacer son collègue Raymond Bernard, de le dénoncer lui et sa famille juive, s’il n’obtient pas l’obtention de certains scénarios. Un peu plus tard, il se rallie au régime de Vichy, ce qui lui vaudra d’être écarté de la profession à la Libération, pour une durée de cinq ans. Puis, il reprend tranquillement ses activités de cinéaste, où à travers ses films il traitera notamment des thèmes de la rédemption. Natif d’Aix-en-Provence, il y tourne son dernier opus, Les Arnaud, pour lequel il réunit un duo inattendu, Bourvil donc, et surtout Salvatore Adamo, âgé de 23 ans, vedette de la chanson dont le succès a été fulgurant depuis 1963. Étonnant de voir l’interprète de Tombe la neige, Vous permettez, Monsieur ? et Mes mains sur tes hanches jouer un étudiant en droit, qui durant sa quatrième année tue un antiquaire qui voulait abuser de lui. Léo Joannon joue sur ce décalage, un jeune homme bien sous tous rapports, qui du jour au lendemain devient malgré lui un meurtrier. Si Adamo s’en tire bien, on ne peut qu’être admiratif de la prestation de Bourvil, bouleversant dans la peau de ce magistrat vieux garçon, qui se prend d’affection pour cet étudiant destiné à une brillante carrière, dont le destin paraît brutalement interrompu. Tourné un an avant les événements qui allaient fleurir dans toutes les universités du monde, Les Arnaud semble imprégné d’une colère sourde, contenue, qui contraste avec la chaleur humaine, la délicatesse et la tendresse qui émanent du personnage du juge, et donc forcément de Bourvil. Une redécouverte des Arnaud s’impose.

Henri Arnaud, juge célibataire au tribunal d’enfants d’Aix-en-Provence, dominé par une soeur despotique, se lie d’amitié avec André Arnaud, un jeune étudiant en droit. Sans grandes ressources, sérieux mais plein de gaieté, il poursuit ses études grâce aux mandats que lui envoie son oncle maçon. Un jour, cet oncle se tue dans un accident de chantier et André est acculé à emprunter de l’argent à un sordide antiquaire qui veut le faire « chanter ». Par peur de perdre l’amour de Laëtitia, la jeune fille qu’il aime, il tue cet ignoble maître-chanteur et s’arrange pour se soustraire à la police. Mais le juge n’est pas dupe et le traque sans relâche. Dans un premier temps, André ne comprend pas les motivations du magistrat, qui souhaite en réalité l’adopter et le préparer à la rude épreuve de la prison.

Ma vie, je la brûle au feu de mon cœur, ma vie, je la joue quelquefois

Ma vie, je la donne pour une fleur, ma vie n’appartient qu’à moi

Mais puisque je dois être un homme, ma vie, je l’accroche à mes poings

Ma vie ou ma mort, c’est tout comme, la chance se décide au besoin

Les Arnaud démarre par un clip vidéo, un vrai, du genre de ceux diffusés dans une émission de France 3 consacrée au Temps des Copains, des surprise-parties et du diabolo menthe, où Adamo interprète une chanson dans son intégralité, Vivre, tandis que défilent les crédits. Une séquence totalement hors-sujet avec le film, puisque son personnage n’a rien à voir avec la variété. Mais comme il fallait contenter d’emblée les fans de l’artiste venus le voir faire ses premiers pas au cinéma, pourquoi pas après tout. Puis, Bourvil débarque sur son vélo, dans la campagne provençale, en direction d’Aix-en-Provence. Le décor est planté, le cadre est bucolique, léger, tranquille, l’accent chantant résonne près des fontaines où les étudiants se reposent. Léo Joannon soigne son cadre, même si sa mise en scène, ainsi que la photographie de Willy Faktorovitch (grand collaborateur de Marcel Pagnol) ont pris pas mal de rides et font penser à une série télévisée.

Néanmoins, tous les comédiens du film sont formidables et solidement dirigés. Salvatore Adamo est parfois maladroit, mais son naturel, son charisme et son énergie emportent facilement et immédiatement l’adhésion. On s’attache à cet étudiant parmi les autres, qui entre deux cours prend des leçons de boxe, tout en essayant de s’occuper au mieux de sa petite amie Laëtitia. Celle-ci est interprétée par la belle Christine Delaroche, vedette aux côtés de Juliette Gréco de la mini-série Belphégor ou le Fantôme du Louvre. L’alchimie entre les deux jeunes gens est évidente, spontanée et le couple ne manque pas de charme. Parmi les comédiens électrons qui gravitent autour du noyau central, Marcelle Ranson-Hervé, Michel de Ré et Gérard Croce tirent leur épingle du jeu.

Et au-dessus de tous, trône l’impérial Bourvil, capable en une fraction de seconde d’avoir l’air grave et concentré, puis d’imiter un lapin à travers une grimace irrésistible. Sa sensibilité à fleur de peau crève l’écran une fois de plus dans Les Arnaud. Même chose, sa complicité avec Salvatore Adamo est flagrante (la magnifique scène de la partie de pêche) et participe à la jolie réussite de ce drame ensoleillé, couronné d’un joli succès à sa sortie avec près de 2,2 millions d’entrées.

LE BLU-RAY

Les Arnaud faisait partie du catalogue LCJ depuis 2010, date de la première édition en DVD du film de Léo Joannon. Un peu plus de dix ans plus tard, voici un nouveau master, présenté à la fois en édition Standard, mais aussi en Blu-ray. L’édition HD se présente sous la forme d’un boîtier classique de couleur bleue, au visuel on peut le dire nawak, qui ne représente en rien l’histoire et les personnages, comme si Bourvil et Adamo se livraient tous les deux à un casse. Le menu principal est animé et musical.

En ce qui concerne les suppléments, ce cher (pas comme le prix de ses chemises visiblement) Henry-Jean Servat est allé à la rencontre de Salvatore Adamo et Christine Delaroche (51’). Aux environs de Cannes, vraisemblablement chez l’interprète de Tombe la neige, les deux comédiens des Arnaud se retrouvent pour partager leurs souvenirs. Dans un premier temps, après l’habituel cirage de pompes du sieur Servat (qui n’apparaît pas à l’écran), Salvatore Adamo se penche sur son amour pour le cinéma, qui reste lié à son enfance, quand il découvrait les films italiens des plus grands maîtres de Cinecittà. Puis, après avoir évoqué les premières approches des cinéastes à son encontre et les quelques projets avortés (dont une adaptation du roman Lucien Leuwen de Stendhal, par Claude Autant-Lara), le chanteur en vient aux Arnaud. Ce film lui a été proposé directement par Bourvil (poignant portrait de celui-ci dressé à travers les propos de ses partenaires) et le producteur Michel Ardan, après un concert donné à l’Olympia, le comédien ayant personnellement voulu qu’il interprète son fils adoptif à l’écran. Puis, Christine Delaroche apparaît et parle également du tournage des Arnaud avec son complice à l’écran. On en apprend un peu plus sur le réalisateur Léo Joannon et sur les conditions de tournage. Alors bien sûr, il faut se farcir les propos toujours dégoulinants de Servat (« Vous dégagiez une image sucrée, délicieuse, nacrée, lisse, sympathique, policée, bien élevée, propre, superbe… »), c’est même infernal, mais la disponibilité et la gentillesse des deux intervenants vaut très largement la peine qu’on s’attarde sur ce bonus.

L’Image et le son

Le master HD des Arnaud n’est pas exempt de défauts, mais se révèle globalement satisfaisant. Cette copie bénéficie d’un traitement de faveur concernant la restauration et peu de scories sont à signaler. Soutenue par une solide compression AVC, l’image affiche une belle stabilité mais c’est au niveau des contrastes et de la colorimétrie que cela gène légèrement. Cette dernière est particulièrement fade. Cela est en aucun cas imputable à l’éditeur, mais bel et bien au directeur de la photographie qui fait la part belle (ou pas) aux aplats délavés, ou tout simplement à la qualité de la pellicule originale. Le grain cinéma est présent, parfois aléatoire, ce qui entraîne un piqué émoussé. Quelques flous sporadiques sont à noter, l’étalonnage tend à varier au cours d’une même séquence, comme le teint des comédiens, en particulier Bourvil dont les joues passent du rosé au teint cireux. Ce sont finalement les séquences diurnes qui s’en tirent le mieux avec une clarté indéniable, des teintes plus variées et des détails plus affirmés.

Ce mixage DTS HD Master Audio 2.0 instaure un confort acoustique probant et solide. Quelques dialogues paraissent étouffés, d’autres sont au contraire délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise et les silences sont denses. En revanche, mauvais point pour l’éditeur qui a oublié de joindre les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription pour le public mal voyant et non voyant.

Crédits images : © LCJ Editions & Productions / Open Art / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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