Test Blu-ray / La Fille inconnue, réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne

LA FILLE INCONNUE réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne, disponible en DVD et Blu-ray le 21 février 2017 chez Diaphana

Acteurs : Adèle Haenel, Olivier Bonnaud, Jérémie Renier, Louka Minnella, Christelle Cornil, Nadège Ouedraogo, Olivier Gourmet

Scénario : Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne

Photographie : Alain Marcoen

Durée : 1h53

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Un soir, alors qu’elle travaille avec son assistant, Jenny Davin, médecin généraliste, n’ouvre pas la porte de son cabinet à une jeune femme. Cette dernière est retrouvée morte quelques heures plus tard. Jenny l’apprend au cours de l’enquête et découvre en même temps que la victime ne peut pas être identifiée. Jenny comprend également que cette affaire n’est pas vraiment une priorité pour la police. Rongée par la culpabilité et contre l’avis des forces de l’ordre, elle décide de mener sa propre enquête. Mais Jenny est vite confrontée à l’agressivité de témoins récalcitrants…

Un miracle se produit à chaque film des frères Dardenne. Le spectateur au fait de leur cinéma, un tant soit peu vaniteux, peut déclarer s’attendre à retrouver la même recette habituelle des réalisateurs et que ce nouveau film risque d’être du réchauffé. Seulement voilà, les cinéastes parviennent toujours à nous cueillir et leur dernier opus, leur dixième long métrage, La Fille inconnue ne fait pas exception à la règle et s’avère même un de leurs plus grands films.

Le personnage du médecin trottait dans la tête des frères Dardenne depuis de nombreuses années, pensant déjà l’intégrer dans l’intrigue du Gamin au vélo. Enfants, Jean-Pierre et Luc Dardenne ont longtemps observé leur oncle médecin, une profession qui les a toujours fasciné. Après avoir rencontré la formidable Adèle Haenel, ils décident de lui écrire ce rôle sur mesure, celui de Jenny, une jeune femme médecin généraliste se sentant coupable et responsable de la mort d’une jeune fille immigrée sans identité, à qui elle a refusé d’ouvrir la porte de son cabinet après une longue journée et parce que l’heure d’ouverture était largement dépassée. Elle se met ensuite à la recherche de son nom une fois que la police lui ait annoncé la mauvaise nouvelle. A travers son quotidien fait de visites à domicile ou à son cabinet, Jenny commence une véritable enquête obsédante en recoupant les témoignages de quelques patients.

Après avoir offert à Marion Cotillard un de ses plus grands rôles dans Deux jours, une nuit, les Dardenne récidivent avec Adèle Haenel, qui n’a de cesse d’éblouir après les grandes réussites de L’Apollonide : Souvenirs de la maison close, Suzanne (César de la meilleure actrice dans un second rôle), Les Combattants (César de la meilleure actrice) et Les Ogres. De tous les plans, du début à la fin, la comédienne illumine La Fille inconnue par son charisme, son immense talent, sa sensibilité à fleur de peau. Filmé comme un véritable polar, ce drame réaliste, social et anxiogène prend aux tripes grâce à la virtuosité discrète de la mise en scène qui s’attache à ce personnage alors au début de sa vie professionnelle, dont la moue boudeuse reflète encore l’innocence et même la naïveté de son jeune âge. A l’instar de leurs autres longs métrages, les frères Dardenne se focalisent sur un personnage dont on ignore le passé et la vie privée, pour ainsi mettre en relief les choix cruciaux que Jenny doit faire au moment présent, qui risquent d’avoir une incidence sur le reste de sa vie. Ainsi, Jenny décide d’exercer sa profession dans un cabinet de la ville de Seraing, dans la Province de Liège, située le long d’une voie rapide où la circulation se fait entendre de jour comme de nuit, plutôt que d’accepter une place convoitée dans une clinique privée confortable aux patients aisés. Ce choix découle tout simplement de sa décision d’en savoir plus sur cette jeune fille assassinée, dont elle se sent en partie responsable de la mort.

Avec un réalisme quasi-documentaire, les frères Dardenne suivent donc Jenny pas à pas dans son quotidien. C’est l’écoute au stéthoscope du coeur d’un patient âgé, la peau massée, les regards, les gestes techniques, la parole qui se libère liée au lien unique entre un médecin et son patient, une proximité parfois inattendue qui se crée et qui agit alors comme un confessionnal. Ou comment soulager sa conscience, les mots guérissant les maux. Jenny avance à tâtons, parfois sans le vouloir ou après avoir voulu jeter l’éponge suite à quelques menaces qui planent au-dessus de sa tête, au fil de rencontres singulières (dont celles avec les fidèles Jérémie Renier, Fabrizio Rongione, Olivier Gourmet et même le gamin au vélo Thomas Doret), bonnes ou mauvaises, qui vont l’aider à aller vers l’acceptation pour mieux renaître.

Après avoir été accueilli froidement au Festival de Cannes, où ils ont pourtant leurs habitudes, les Dardenne ont décidé de remonter leur film en coupant notamment sept minutes. Aujourd’hui, La Fille inconnue apparaît comme étant l’un des chefs d’oeuvres de l’année 2016.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Fille inconnue, disponible chez Diaphana, repose dans un boîtier classique de couleur blanche. La jaquette reprend le visuel de l’affiche du film. Le menu principal est animé sur une séquence clé du film.

Réalisée par N.T. Binh à Paris en octobre 2016, l’interview de Jean-Pierre et Luc Dardenne (26’) est posée, passionnante, dense et en apprend beaucoup sur le processus créatif des deux frères cinéastes. Ils reviennent sur le personnage de médecin dont ils voulaient parler depuis longtemps, l’usage des silences, le choix des décors, la précision du cadre, le travail avec Adèle Haenel, la manière pour happer le spectateur, la longue phase du montage, l’importance du son, bref tout est abordé avec précision et surtout une passion contagieuse pour le cinéma.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et les credits.

L’Image et le son

L’éditeur prend soin de La Fille inconnue et livre un service après-vente tout ce qu’il y a de plus solide. Les partis pris esthétiques du chef opérateur Alain Marcoen, fidèle collaborateur des frères Dardenne sont respectés et la colorimétrie habilement restituée. La clarté est de mise, tout comme des contrastes fermes et des noirs denses, un joli piqué et des détails appréciables sur l’ensemble des séquences en extérieur et du cadre en général, y compris sur les gros plans des comédiens. Notons de sensibles pertes de la définition et des plans un peu flous, imputables aux partis pris qui privilégient souvent la caméra portée, qui n’altèrent cependant en rien le visionnage. Un master HD élégant, propre et clair.

La piste DTS-HD Master Audio 5.1 fait ce qu’elle peut pour créer un semblant de spatialisation avec de légères ambiances naturelles (la circulation près du cabinet médical notamment), mais n’hésitez pas à sélectionner directement la Stéréo qui étonnamment l’emporte sans conteste du point de vue restitution des dialogues, prépondérant dans un film de cet acabit. L’éditeur joint également une piste Audiodescription pour les spectateurs aveugles et malvoyants, ainsi que les sous-titres français pour sourds et malentendants.

Crédits images : © Christine Plenus / Captures du Blu-ray :  Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

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