Test DVD / N’avoue jamais, réalisé par Ivan Calbérac

N’AVOUE JAMAIS réalisé par Ivan Calbérac, disponible en DVD le 28 août 2024 chez Wild Side Video.

Acteurs : André Dussollier, Sabine Azéma, Thierry Lhermitte, Joséphine de Meaux, Sébastien Chassagne, Gaël Giraudeau, Michel Boujenah, Céline Esperin, Frédéric Deleersnyder

Scénario : Ivan Calbérac

Photographie : Philippe Guilbert

Musique : Laurent Aknin

Durée : 1h31

Date de sortie initiale: 2024

LE FILM

Après 50 ans de mariage, François Marsault, général à la retraite, est encore fou amoureux d’Annie, sa femme. Lorsqu’il découvre qu’elle l’a trompé 40 ans plus tôt, son sang ne fait qu’un tour. Afin de laver son honneur, une seule solution : la quitter et partir manu militari retrouver Boris, l’ancien amant, pour lui casser la figure. Mais à son âge, l’affaire n’est pas si simple…

Ils forment l’un des couples (ou tandems) les plus connus du cinéma français, à l’écran si cela est nécessaire de le préciser. Au cours de ces quarante dernières années, André Dussollier et Sabine Azéma ont partagé la même affiche plus de dix fois, de Tanguy (et sa suite mal aimée) aux Herbes folles, en passant par La Chambre des Officiers, Coeurs, Aimer, boire et chanter…Avec N’avoue jamais, nous ne sommes sûrement pas chez Alain Resnais, qui les a souvent réunis à l’écran, mais cela n’empêche pas les deux comédiens de s’amuser à fond dans ce vaudeville réalisé par Ivan Calbérac (lauréat du Molière de la meilleure comédie 2019 avec La Dégustation), comédie de boulevard que l’on pourrait très bien imaginer être jouée sur une scène, mais qui bénéficie ici de superbes décors naturels et donc d’une respiration bienvenue. Le duo est évidemment parfait, leur alchimie fait le sel de N’avoue jamais, même s’ils sont excellemment entourés par une distribution aux petits oignons. Tout le monde (y compris le public, heureusement) se délectent de dialogues vachards, finement ciselés à leur attention et quand bien même on pourrait critiquer de grandes et grosses facilités d’écriture, on passe un très bon moment devant ce spectacle très frais, bourré d’énergie (contagieuse), qui a su attirer près de 600.000 spectateurs à sa sortie.

Continuer la lecture de « Test DVD / N’avoue jamais, réalisé par Ivan Calbérac »

Test DVD / Boléro, réalisé par Anne Fontaine

BOLÉRO réalisé par Anne Fontaine, disponible en DVD le 10 juillet 2024 chez M6 Vidéo.

Acteurs : Raphaël Personnaz, Doria Tillier, Jeanne Balibar, Emmanuelle Devos, Vincent Perez, Anne Alvaro, Sophie Guillemin, Alexandre Tharaud, Serge Riaboukine…

Scénario : Anne Fontaine & Claire Barré, d’après le livre de Marcel Marnat

Photographie : Christophe Beaucarne

Musique : Bruno Coulais

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 2024

LE FILM

Paris, les années folles. Les oreilles de Maurice Ravel bourdonnent quand Ida, chorégraphe sensuelle et audacieuse, lui commande la musique de son prochain ballet. Tétanisé, Ravel ne sait plus où chercher l’inspiration. C’est en puisant dans ses souvenirs et en s’inspirant des femmes de sa vie que le compositeur créera sa plus grande œuvre : Le Boléro.

« Il ne s’écoule jamais plus d’un quart d’heure sans qu’on entende le Boléro de Ravel quelque part dans le monde » indique un panneau en guise de conclusion du film d’Anne Fontaine. Mais près de deux heures avant cela, le générique d’ouverture montre déjà que l’oeuvre du compositeur n’a eu de cesse d’être empruntée, détournée, mixée, samplée ou tout simplement réinterprétée depuis sa création (et son triomphe) en 1928. Boléro, titre simple, concis, entier, est le dix-neuvième long-métrage réalisé par Anne Fontaine en un peu plus de trente ans, qui trois après sa fantaisie où elle imaginait le retour politique de François Hollande et de Nicolas Sarkozy, unis contre l’imminence au pouvoir de Marine Le Pen dans Présidents, livre un faux biopic, non pas sur la figure même de Maurice Ravel, mais sur celle de la création de son œuvre la plus célèbre au monde, le Boléro. Le film démarre d’ailleurs en 1903, alors que le jeune musicien est âgé de 28 ans, jusqu’à son décès en 1937. Mais le Boléro est et demeure le pivot central du récit, comme il l’a finalement été dans la vie de Maurice Ravel. Anne Fontaine observe son personnage principal avec admiration et aussi beaucoup de questionnements, comme si elle savait elle-même qu’en dépit des moyens présentés par le cinéma, elle ne pourrait pas mettre à jour la face cachée du compositeur, sonder son âme perturbée, décoder ses secrets, dévoiler son processus créatif. La force de Boléro provient de Raphaël Personnaz, indéniablement dans un de ses meilleurs rôles et qui livre sans doute sa plus grande prestation à ce jour. Tout en intériorité, le comédien rend compte du bouillonnement qui s’emparait au quotidien de Maurice Ravel, qui ne vivait que pour la musique, au point qu’il n’arrivait pas à s’exprimer autrement, sans jamais être satisfait de ce qu’il entreprenait, malédiction des artistes. Boléro est un sommet dans la carrière de la cinéaste et de sa tête d’affiche.

Continuer la lecture de « Test DVD / Boléro, réalisé par Anne Fontaine »

Test DVD / Quelques jours pas plus, réalisé par Julie Navarro

QUELQUES JOURS PAS PLUS réalisé par Julie Navarro, disponible en DVD le 7 août 2024 chez M6 Vidéo.

Acteurs : Benjamin Biolay, Camille Cottin, Amrullah Safi, Makita Samba, Saadia Bentaïeb, Loula Bartilla Besse, Olivier Charasson, Andranic Manet, Hippolyte Girardot…

Scénario :Julie Navarro et Marc Salbert, d’après le roman de ce dernier, De l’influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire

Photographie : Sylvestre Dedise

Musique : Arnaud Rebotini

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 2024

LE FILM

Arthur Berthier, critique rock relégué aux informations générales après avoir saccagé une chambre d’hôtel, découvre que le journalisme est un sport de combat. Envoyé à l’hôpital par un CRS en couvrant l’évacuation d’un camp de migrants, il tombe sous le charme de Mathilde, la responsable de l’association Solidarité Exilés et accepte, pour quelques jours croit-il, d’héberger Daoud, un jeune Afghan.

Oui bon d’accord, le cinéma français bien-pensant blabla, les bobos de cinquante piges, les écouteurs vissés sur les oreilles en train d’écouter The Kinks ou The Zombies, confortablement installés dans leur 50m² à Barbès (car ils aiment le melting-pot), en train de découvrir le monde (les migrants quoi), qui se découvrent une âme de militant (par hasard, après avoir reçu un coup sur la tronche ici) et qui décident (malgré eux) de recueillir un demandeur d’asile. C’est Quelques jours pas plus, premier long-métrage écrit et réalisé par Julie Navarro, ancienne assistante de Véra Belmont, Jean-François Davy, Jean-Marc Vallée et ancienne directrice de la distribution (sur La Science des rêves, Mariage à Mendoza, Hippocrate, Médecin de campagne…). Cependant, si le pitch peut effectivement faire peur, Quelques jours pas plus est une première œuvre extrêmement attachante et contre toute attente, on suit le cheminement de son protagoniste, critique musical qui commence à avoir de la bouteille et qui semble revenu de tout, qui se retrouve embringué dans le quotidien d’une association caritative, spécialisée dans l’accueil des migrants et réfugiés à Paris. Ce dernier est en outre interprété par Benjamin Biolay, qui mine de rien s’est construit une vraie filmographie depuis une quinzaine d’années. Depuis ses débuts devant la caméra de Vincent Dietschy (dans Didine), l’interprète multi-récompensé de Comment est ta peine ? n’a eu de cesse d’enchaîner les rôles (une bonne cinquantaine désormais), en prenant petit à petit une véritable épaisseur et un charisme qui s’est encore plus sculpté avec les années. Après Pourquoi tu pleures ? de Katia Lewkowicz, Personal Shopper d’Olivier Assayas, Irréprochable de Sébastien Marnier, Les Apparences de Marc Fitoussi (pour ne citer que ceux-là), Benjamin Biolay trouve incontestablement l’un de ses meilleurs personnages dans Quelques jours pas plus (adaptation du roman de Marc Salbert, compagnon de la metteuse en scène, dénommé De l’Influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire publié en 2015 sous Le Dilettante), dans lequel il est criant de vérité. Un joli film sincère, émouvant, drôle aussi, à la frontière du documentaire, qui ne tombe pas dans le piège du message enfoncé à coups de marteau dans le crâne des spectateurs, mais qui lui expose des faits, sans en rajouter. Une belle découverte.

Continuer la lecture de « Test DVD / Quelques jours pas plus, réalisé par Julie Navarro »

Test DVD / Cult Killer, réalisé par Jon Keeyes

CULT KILLER réalisé par Jon Keeyes, disponible en DVD le 5 juillet 2024 chez Program Store.

Acteurs : Alice Eve, Antonio Banderas, Shelley Hennig, Olwen Fouéré, Kim DeLonghi, Nick Dunning, Paul Reid, Matthew Tompkins…

Scénario : Charles Burnley

Photographie : Austin F. Schmidt

Musique : Gerry Owen

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2024

LE FILM

Une détective privée est contrainte de collaborer avec un tueur afin de blanchir le nom de son mentor, qui est impliqué dans des crimes.

Les amateurs (et mateurs) de jolies comédiennes connaissent plus ou moins Alice Eve, britannique née en 1982. Si son nom ne dira pas grand-chose à la plupart d’entre vous, son physique avantageux a pu laisser des marques dans l’inconscient du cinéphile jouisseur, au détour de quelques scènes de Sex and the City 2, Men in Black 3, Star Trek Into Darkness…Depuis les années 2010, on avait presque oublié cette belle blonde et voilà qu’elle revient en tant que premier rôle dans le thriller Cult Killer, réalisé par Jon Keeyes, auteur essentiellement de produits destinés au marché de la VOD comme Hostage Game et The Survivalist, tous les deux avec un John Malkovich qui paye ses impôts. On se dit, « tiens, il n’a pas fait tourner Bruce Willis durant sa période je suis payé deux millions de dollars pour deux jours de tournage ? », et bien si puisqu’il a également produit Paradise City de Chuck Russell, White Elephant de Jesse V. Johnson et Deadlock de Jared Cohn. Le monde est petit. Car Cult Killer est un film qui reprend le même cahier des charges, prendre une semi-vedette un peu oublié (Alice Eve donc), lui faire donner la réplique à une star qui n’a eu que quelques jours de tournage grassement payés et qui ne fait que diverses apparitions sporadiques au fil du récit, même si l’affiche sera centrée sur elle. Il s’agit en l’occurrence d’Antonio Banderas, qui s’associe pour la troisième fois avec le metteur en scène, après Les Assassins Code Name Banshee et Clean Up Crew. S’il ne faut pas espérer beaucoup de ce genre de spectacle « fabriqué » à la va-vite, Cult Killer possède de bons atouts et s’avère un divertissement plutôt plaisant, grâce notamment à la véritable alchimie d’Alice Eve et Antonio Banderas, dont les scènes sont dispersées ici et là (et pour cause, mais nous ne révélerons pas pourquoi). Avec sa distribution solide, son atmosphère à la Millenium de Stierg Larsson et son intrigue qui se tient, on se retrouve face à un DTV plus qu’acceptable et qui remplit son contrat.

Continuer la lecture de « Test DVD / Cult Killer, réalisé par Jon Keeyes »

Test DVD / Mob Land, réalisé par Nicholas Maggio

MOB LAND réalisé par Nicholas Maggio, disponible en DVD le 23 août 2024 chez Program Store.

Acteurs : John Travolta, Shiloh Fernandez, Stephen Dorff, Kevin Dillon, Ashley Benson, Tia DiMartino, Timothy V. Murphy, Robert Miano…

Scénario : Nicholas Maggio & Rob Healy

Photographie : Nick Matthews

Musique : David Gerald Steinberg

Durée : 1h47

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Un shérif tente de maintenir la paix lorsqu’un père de famille désespéré braque violemment une fabrique de pilules avec son beau-frère, alertant ainsi un homme de main de la mafia de la Nouvelle-Orléans.

Tiens mais oui au fait, il devient quoi John Travolta ? Au-delà du fait que le comédien ait été salement touché par le destin en perdant de façon prématurée son épouse Kelly Preston en 2020 (à l’âge de 57 ans) et leur premier fils en 2009 (disparu à 16 ans de maladie), son dernier succès au cinéma remonte déjà à 2012, avec Savages d’Oliver Stone. Depuis, l’ancien Tony Manero et Danny Zuko n’a eu de cesse d’enchaîner les panouilles dans quelques DTV peu reluisants (euphémisme). Peu se souviennent (et à raison) de Face à Face Killing Season de Mark Steven Johnson dans lequel il donne la réplique (avec un accent à couper au couteau de chasse) à Robert De Niro, du pourtant sympatoche The Revenge I Am Wrath de Chuck Russell, de l’improbable La Victoire dans le sangTrading Paint de Karzan Kader où il a pour partenaire la chanteuse Shania Twain et qui lui vaudra une nomination aux Razzie Awards, de l’immonde The Poison Rose de George Gallo où Morgan Freeman ressemble à un épouvantail mal cousu. À 70 piges, l’ami John, après avoir partagé l’affiche de Paradise City avec Bruce Willis, paraît reprendre le flambeau de ce dernier ainsi que la même éponge pour coiffer son crâne luisant, qu’il accepte enfin de montrer à l’écran (et qu’il ne recouvre plus d’un hérisson écrasé) avec Mob Land, dans lequel il n’apparaît que comme une guest-star de luxe, en pointillés, en laissant la place principale à ses confrères. Bruce Willis ayant raccroché après avoir tourné plus de trente films en dix ans (quasiment tous destinés à la VOD) et prenant un repos bien mérité auprès des siens qui l’aident dans son aphasie, John Travolta continue son bonhomme de chemin et vient d’ailleurs d’emballer deux thrillers avec le dénommé Randall Emmett, habituellement producteur de multiples williseries (la trilogie Detective Knight, 10 Minutes Gone et bien d’autres). Mais pour l’heure, il participe à Mob Land, premier long-métrage écrit et mis en scène par un certain Nicholas Maggio (inconnu au bataillon), où il incarne le shérif d’une petite bourgade du Sud des États-Unis, touchée par les affaires de la mafia de la Nouelle-Orleans. Si l’histoire rappelle (de loin) les récits de James Lee Burke, notamment la saga Dave Robicheaux, Mob Land (production Corey Large, autre responsable de williseries comme Gasoline Alley, Vendetta, White Elephant) est complètement anecdotique, pas folichon, ni calamiteux, passe le temps sans se forcer et ce grâce à la participation de l’excellent Stephen Dorff, dont le personnage prend de l’ampleur au fur et à mesure, au point de voler la vedette. Il est incontestablement le gros atout de ce film qui s’autodétruit immédiatement de votre mémoire sitôt le déroulé du générique de fin.

Continuer la lecture de « Test DVD / Mob Land, réalisé par Nicholas Maggio »

Test DVD / The Old Way, réalisé par Brett Donowho

THE OLD WAY réalisé par Brett Donowho, disponible en DVD le 7 juin 2024 chez Program Store.

Acteurs : Nicolas Cage, Ryan Kiera Armstrong, Clint Howard, Katelyn Bauer, Noah Le Gros, Abraham Benrubi, Nick Searcy, Dean Armstrong…

Scénario : Carl W. Lucas

Photographie : Sion Michel

Musique : Andrew Morgan Smith

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Colton Briggs, un ancien bandit armé, tient désormais une épicerie et vit tranquillement avec sa famille. Lorsqu’un gang de hors-la-loi assassine sa femme de sang-froid, Briggs rentre chez lui, déterre son arme et s’entoure d’une partenaire improbable : sa fille de douze ans.

Après 120 films, il est étonnant que Nicolas Cage n’avait encore jamais eu l’opportunité de s’essayer au western. Avec The Old Way, c’est désormais chose faite et même si l’on reste dans l’ultra-classique et balisé, un western avec Nick Cage (et coproduit par ce dernier via sa société Saturn Films) ne saurait être un western comme les autres. Réalisé par Brett Donowho, metteur en scène du calamiteux Acts of Violence, « williserie » sortie en 2018 entre First Kill et Représailles – ok, ça ne vous aide pas, ou alors entre Split et Glass si c’est mieux pour vous – The Old Way ne révolutionne évidemment pas le genre, il n’en a ni les moyens ni l’ambition. Néanmoins, l’entreprise vaut le coup d’oeil pour l’homme qui tourne plus vite que son ombre et dont la carrière connaît enfin (ENFIN !) un rebond depuis quelques films, Mandy, Color Out of Space, Pig, Un talent en or massif, Dream Scenario, The Surfer et dernièrement Longlegs, son plus gros succès US depuis le dernier Ghost Rider. Il est bien sûr formidable ici, tout à son affaire (même si la première séquence, où son personnage arbore une moustache à la Sam Elliott collée de travers, fait peur), insufflant au dénommé Colton Briggs une folie de tous les instants, que l’amour avait su apaiser durant quelques années et que l’assassinat de celle qui partageait sa vie et lui a donné une fille va à nouveau s’emparer de lui. Si la mise en scène ne brille pas vraiment, on sent Brett Donowho prendre beaucoup de plaisir à cadrer sa star en gros plan avec le soleil en contrepoint. Nicolas Cage prend la pose, il le fait bien, le comédien s’amuse à dégainer, à flinguer, mais son génie apparaît aussi à de nombreuses reprises quand Briggs, accompagné de sa fille, reprend la pétoire tout en essayant de ne pas redevenir le monstre sans âme qu’il était avant la rencontre qui a changé sa vie. Comme de nombreux longs-métrages parsemant sa filmographie, The Old Way vaut donc essentiellement pour Nicolas Cage, par ailleurs bien épaulé par une distribution soignée.

Continuer la lecture de « Test DVD / The Old Way, réalisé par Brett Donowho »

Test DVD / Daaaaaalí !, réalisé par Quentin Dupieux

DAAAAAALÍ! réalisé par Quentin Dupieux, disponible en DVD et Blu-ray le 18 juin 2024 chez Diaphana.

Acteurs : Anaïs Demoustier, Edouard Baer, Jonathan Cohen, Pio Marmaï, Gilles Lellouche, Didier Flamand, Romain Duris, Agnès Hurstel…

Scénario : Quentin Dupieux

Photographie : Quentin Dupieux

Musique : Thomas Bangalter

Durée : 1h14

Date de sortie initiale : 2024

LE FILM

Une journaliste française rencontre Salvador Dali à plusieurs reprises pour un projet de documentaire.

Daaaaaalí !, avec six o s’il vous plaît, c’est important car il y en a autant que d’interprètes qui incarnent Salvador Dalí (1904-1989) à l’écran dans le douzième long-métrage du prolifique Quentin Dupieux. Six mois après le succès de Yannick (deux fois nommé aux César) et trois mois avant celui du Deuxième acte (pour l’instant son plus gros hit au box-office), le réalisateur présentait Daaaaaalí !, qui avait connu une avant-première à la Mostra de Venise l’année précédente, avant sa sortie en salles début 2024 où il allait lui aussi rencontrer un large public avec plus de 480.000 spectateurs. Un personnage qui revenait de droit à Quentin Dupieux, c’est ce qu’on se dit après les 75 minutes de ce film complètement fou, bourré d’imagination, qui va au bout de son concept et propose surtout aux spectateurs une expérience unique comme seul le cinéma peut offrir. Jouant avec l’espace et le temps, le réel et l’imaginaire, en imbriquant les arts, le cinéaste jongle avec toutes les possibilités, ne se refuse rien, essaye, tente, fonce, réussit les trois quarts du temps ce qu’il entreprend, avec une virtuosité de chaque instant et tout cela en livrant un fabuleux portrait du peintre, sculpteur, graveur, scénariste et écrivain espagnol, représentant du surréalisme et fou chocolat Lanvin. L’un des indispensables de 2024.

Continuer la lecture de « Test DVD / Daaaaaalí !, réalisé par Quentin Dupieux »

Test DVD / Une vie, réalisé par James Hawes

UNE VIE (One Life) par James Hawes, disponible en DVD & Blu-ray le 26 juin 2024 chez M6 Vidéo.

Acteurs : Anthony Hopkins, Lena Olin, Johnny Flynn, Helena Bonham Carter, Tim Steed, Matilda Thorpe, Daniel Brown, Alex Sharp, Jirí Simek, Romola Garai…

Scénario : Lucinda Coxon & Nick Drake, d’après le livre de Barbara Winton, If It’s Not Impossible…: The Life of Sir Nicholas Winton

Photographie : Zac Nicholson

Musique : Volker Bertelmann

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 2024

LE FILM

Prague, 1938. Alors que la ville est sur le point de tomber aux mains des nazis, un banquier londonien va tout mettre en œuvre pour sauver des centaines d’enfants promis à une mort certaine dans les camps de concentration. Au péril de sa vie, Nicholas Winton va organiser des convois vers l’Angleterre, où six cent soixante-neuf enfants juifs trouveront refuge.

Grand succès de 2024 en France avec plus d’1,5 million d’entrées, ce qui le place pour l’instant dans le top 10 de l’année, entre Bob Marley:One Love et Maison de retraite 2, Une vie One Life est le premier long-métrage de James Hawes, réalisateur ayant fait ses classes à la télévision depuis plus de trente ans. Remarqué et parfois même récompensé pour son travail sur les séries Doctor Who, Slow Horses, Snowpiercer, Penny Dreadful, Mad Dogs et Black Mirror (les épisodes Hated in the Nation de la saison 3 et Smithereens de la saison 5), ou pour son téléfilm Enid (2009) avec Helena Bonham Carter, le metteur en scène adapte le livre If It’s Not Impossible…The Life of Sir Nicholas Winton de Barbara Winton, qui narrait sur la vie de son père Nicholas Winton (1909-2015), surnommé le « Schindler britannique ». Cette histoire vraie, restée méconnue pendant des décennies, est dévoilée au monde entier lorsqu’en 1988, une émission britannique, That’s Life !, invite Nicholas à témoigner. Celui-ci ne se doute pas que dans le public se trouvent les enfants – désormais adultes – qui ont survécu grâce à lui dans les années 1930. Certes, ce récit est incroyable, mais le film pâtit d’un académisme ronflant et bien pépère. Nous sommes ici en plein biopic réalisé en mode automatique, sans relief, sans imagination. Une mise en images fonctionnelle où rien ne dépasse, où les plans s’enchaînent comme un vulgaire téléfilm. Sir Anthony Hopkins, 86 ans au moment du tournage, n’a pas grand-chose à faire durant les trois-quarts du long-métrage, dans lequel il n’apparaît qu’en pointillés, se contentant la plupart du temps de se faire un thé, de nager, de regarder par la fenêtre. En revanche, il laisse la place à Johnny Flynn, qui incarne Nicholas Winton jeune. Essentiellement connu pour sa carrière musicale, il est également apparu au cinéma, comme à deux reprises chez Olivier Assayas (Sils Maria, Après mai). Le biopic est un genre qu’il connaît pour avoir incarné David Bowie dans Stardust (2020) de Gabriel Range et Ian Fleming dans La Ruse Operation Mincemeat (2021) de John Madden. Rebelote pour l’acteur né en 1983, qui se taille la part du lion dans Une vie et qui a plus de choses à défendre que son aîné dans le même rôle, mais à un demi-siècle de séparation. En l’état, One Life se laisse regarder et le propos interpelle forcément, mais l’ensemble ne laisse au final pas grand-souvenir, à part le moment déjà connu (celui de l’émission), dont la reconstitution apparaît quelque peu factice, comme par ailleurs le reste du film.

Continuer la lecture de « Test DVD / Une vie, réalisé par James Hawes »

Test DVD / Vivants, réalisé par Alix Delaporte

VIVANTS réalisé par Alix Delaporte, disponible en DVD & Blu-ray le 2 juillet 2024 chez Pyramide Vidéo.

Acteurs : Alice Isaaz, Roschdy Zem, Vincent Elbaz, Pascale Arbillot, Pierre Lottin, Jean-Charles Clichet, François De Brauer, Grégoire Leprince-Ringuet, Nicolas Carpentier…

Scénario : Alix Delaporte & Alain Le Henry

Photographie : Inès Tabarin

Musique : Evgueni & Sacha Galperine

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 2024

LE FILM

Gabrielle vient d’intégrer une prestigieuse émission de reportages. Sans formation classique, elle doit dépasser les préjugés pour trouver sa place au sein d’une équipe de journalistes aguerris. En immersion, elle va peu à peu percer le mystère de ces grands reporters, toujours passionnés, souvent drôles, parfois blessés par la vie et le métier. Et puis il y a Vincent, le rédacteur en chef de l’émission, qu’elle ne cesse de bousculer…

En 2011, Angèle et Tony était une des plus belles surprises du cinéma français. Le très réussi premier long-métrage d’Alix Delaporte avait alors attiré plus de 225.000 spectateurs. Le second film de la réalisatrice, Le Dernier coup de marteau, réunissait à nouveau la lumineuse Clotilde Hesme et l’imposant Grégory Gadebois, César du meilleur espoir masculin de l’année 2012, mais la réalisatrice ne parvenait pas à convaincre autant avec des personnages qui manquaient de chair et ce en dépit une beauté plastique et d’une délicatesse indéniables. Il aura fallu attendre presque dix ans pour qu’Alix Delaporte fasse son retour derrière la caméra avec Vivants, très largement inspiré par ce qu’elle a vécu à ses débuts, à l’agence CAPA, où elle officiait comme journaliste-caméraman. Si celle-ci signait surtout des reportages pour l’émission culte Nulle part ailleurs sur Canal+, les personnages de son dernier opus ont été habitués à aller sur le terrain, couvrant les événements les plus importants dans le monde, les guerres notamment. Mais les temps ont changé, les moyens vont en s’amenuisant, les téléspectateurs veulent de la proximité, « l’international ne marche plus » dit d’ailleurs le « big boss ». Il faut alors se contenter des faits divers, ce qui peut entraîner de nombreuses frustrations de la part de ces anciens « héros ». Vivants ne retrouve pas l’étincelle d’Angèle et Tony, même si cette fois encore on ne peut nier la sincérité et la sensibilité de son auteure. Cependant, plonger directement dans le feu de l’action, prendre le train en marche dans leur boulot peut décontenancer et limiter l’attachement que l’on aurait pu avoir pour ces personnages. Notre point d’ancrage reste celui impeccablement campé par Alice Isaaz, dont le regard s’avère en fait celui des spectateurs, celui à travers lequel nous découvrons cet univers singulier. Vivants est une sorte de ride mené sur un rythme souvent frénétique, qui ne s’arrête quasiment jamais pendant 80 minutes, durée du film, générique de fin compris. Si l’expérience immersive fonctionne, dommage qu’il n’en soit pas de même pour l’émotion qui demeure factice et ce malgré d’excellents comédiens, comme toujours solidement dirigés par la cinéaste.

Continuer la lecture de « Test DVD / Vivants, réalisé par Alix Delaporte »

Test DVD / Un silence, réalisé par Joachim Lafosse

UN SILENCE réalisé par Joachim Lafosse, disponible en DVD le 21 mai 2024 chez Blaq Out.

Acteurs : Daniel Auteuil, Emmanuelle Devos, Matthieu Galoux, Jeanne Cherhal, Louise Chevillotte, Nicolas Buysse, Karim Barras, Larisa Faber…

Scénario : Chloé Duponchelle, Paul Ismael, Joachim Lafosse, Thomas Van Zuylen, Sarah Chiche, Valérie Graeven & Matthieu Reynaert

Photographie : Jean-François Hensgens

Musique : Ólafur Arnalds

Durée : 1h35

Année de sortie : 2024

LE FILM

Silencieuse depuis 25 ans, Astrid la femme d’un célèbre avocat voit son équilibre familial s’effondrer lorsque ses enfants se mettent en quête de justice.

Chaque film du réalisateur belge Joachim Lafosse est pour ainsi dire un événement. Nombreux sont ceux qui sont restés dans la mémoire des cinéphiles à l’instar d’À perdre la raison (2012), L’Économie du couple (2016) et dernièrement Les Intranquilles (2021). Ce ne sera probablement pas le cas pour Un silence, son dernier opus en date, inspiré par un fait divers réel, l’affaire Hissel. En 2007, Victor Hissel, ancien avocat (très présent dans les médias) des familles des victimes de Marc Dutroux, avait été inculpé pour détention de pédopornographie en 2007. Il sera condamné à 10 mois de prison. Deux ans plus tard, Roman, le fils de Hissel, poignarde son père, ancien symbole de la lutte contre les violences sexuelles en Belgique, à plusieurs reprises en 2009, le blessant grièvement. Alors pourquoi cela ne fonctionne pas cette-fois ci ? Sans doute parce qu’on a furieusement l’impression d’avoir déjà vu ce genre d’histoire et que le récit (pourtant écrit par sept scénaristes, dont le fidèle Thomas Van Zuylen) n’est guère aidé par une mise en scène non seulement redondante (toutes les scènes en voiture…), mais qui manque surtout d’originalité. Nous sommes ici entre L’Adversaire (2002) et le cinéma austère de Michael Haneke, un univers froid comme la glace, tranchant, sec, peu empathique, difficile d’accès pour certains. En fait, le problème d’Un silence est – contre toute attente – la présence de Daniel Auteuil. Si ce dernier est évidemment excellent, le comédien renvoie immédiatement au film de Nicole Garcia susmentionné, dans lequel il donnait déjà la réplique à Emmanuelle Devos, et son rôle n’est pas sans rappeler celui qu’il campait dans Au nom de ma fille (2016) et dans Le Mensonge (2020), tous les deux signés Vincent Garenq. Pas ou peu de surprises dans Un silence, où le spectateur navigue à vue, anticipe le déroulement des scènes (un long flashback, la scène finale en fondu en noir après lequel nous laissons la justice faire son travail), ainsi que les réactions (ou leur absence plutôt) des personnages, pour lesquels nous n’avons aucun attachement. Demeure le boulot de Joachim Lafosse, qui lui aussi paraît peu inspiré sur ce coup-là, joue avec les plans-séquences, le non-dit, le hors-champ et le ressenti, mais en manquant sa cible. Dommage.

Continuer la lecture de « Test DVD / Un silence, réalisé par Joachim Lafosse »