Test DVD / Pour l’éternité, réalisé par David Freyne

POUR L’ÉTERNITÉ (Eternity) réalisé par David Freyne, disponible en DVD le 10 avril 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Elizabeth Olsen, Miles Teller, Callum Turner, Da’Vine Joy Randolph, John Early, Christie Burke, Danny Mac, Damon Johnson…

Scénario : Patrick Cunnane & David Freyne

Photographie : Ruairí O’Brien

Musique : David Fleming

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Joan et Larry, nouvellement décédés, se retrouvent à subir un châtiment où chacun dispose d’une semaine pour savoir où ils passeront l’éternité, soit à la montagne, à la plage, à la bibliothèque, etc. Joan doit faire face à des choix induisant un triangle amoureux, car elle va doit choisir entre son premier mari mort pendant la guerre et son second…

Pour l’éternitéEternity est un fabuleux hommage à l’âge d’Hollywood. Le trio formé par Elizabeth Olsen, Miles Teller et Callum Turner rappelle celui d’Indiscrétions The Philadelphia Story (1940) de George Cukor, Katharine Hepburn, James Stewart et Cary Grant. Avouez qu’il y a pire comme références ! Et en effet, Pour l’éternité est une comédie romantique comme on ne l’espérait plus, qui regorge de trouvailles à chaque scène, qui séduit chaque seconde. Le scénario de Pat Cunnane, auteur de la série Designated Survivor, avec Kiefer Sutherland, était inscrit sur la fameuse liste noire des scripts non produits les plus plébiscités depuis 2022. Il aura fallu attendre mars 2024, pour que le réalisateur David Freyne, remarqué avec The Cured en 2017, se fasse embaucher par le désormais incontournable studio A24. 19.000 spectateurs seulement sont venus découvrir ce petit bijou dans les salles françaises et qui mérite absolument d’avoir une deuxième chance. Le mieux est d’en savoir le moins possible sur le film (l’auteur de ces mots n’avait lu aucun résumé avant de lancer le DVD) et de se laisser porter par la fulgurance des trois acteurs principaux, l’originalité de cette relecture du triangle amoureux, qui déborde de charme, illuminé par le sourire dévastateur et le regard menthe à l’eau d’Elizabeth Olsen. On croyait cette dernière enfermée dans l’univers Marvel où elle incarnait Wanda Maximoff / La Sorcière Rouge depuis plus de dix ans. On est heureux de revoir celle qui nous avait éblouit en 2011 dans Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin dans un rôle digne de ce nom. Sa présence est comme un astre qui émerveille à chaque instant, même si ses deux partenaires n’ont rien à lui envier. Précipitez-vous sur ce film on vous dit !!!

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Test Blu-ray / Les Voiles écarlates, réalisé par Alexandre Ptouchko

LES VOILES ÉCARLATES (Alye parusa) réalisé par Alexandre Ptouchko, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 17 février 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Anastasiya Vertinskaya, Vasiliy Lanovoy, Yelena Cheremshanova, Aleksandr Lupenko, Ivan Pereverzev, Sergey Martinson, Nikolay Volkov, Sergei Romodanov…

Scénario : Aleksei Nagornyj & Aleksandr Yurovsky, d’après le roman d’Aleksandr Grin

Photographie : Gennadi Tsekavyj & Viktor Yakushev

Musique : Igor Morozov

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Dans un petit village, le marin Longrin élève seul sa fille Assol depuis la mort de sa femme, fabriquant pour vivre des petits bateaux en bois. Les deux sont la risée de tout le pays depuis qu’Assol raconte qu’un ermite, Aigle, lui a prédit que le capitaine d’un bateau aux voiles écarlates viendrait la chercher. Bien loin de là, le jeune Arthur vit dans le château de sa famille. Il y déteste l’ambiance aristocratique et rêve d’aventures en mer. Chassé par son père, il s’engage comme mousse.

Difficile de rebondir après le somptueux Sampo, le jour où la Terre gela ! Alexandre Ptouchko vient d’avoir soixante ans quand il entreprend l’adaptation des Voiles écarlates, roman d’Alexandre Grine, publié en 1923, un des plus grands succès de l’auteur russe, considéré comme étant le représentant du réalisme romantique. Le cinéaste parvient à intégrer naturellement ce récit, en apparence moins magique que ses œuvres précédentes, dans sa filmographie et convie une fois de plus les spectateurs à un voyage au pays de l’imaginaire. Les Voiles écarlatesAlye parusa sort en 1961 et offre au réalisateur un nouveau triomphe, en attirant plus de 22 millions de spectateurs en Russie, quand bien même la critique et le public s’avèrent plus réservés, beaucoup reprochant entre autres les différences, de ton surtout, avec le livre original. Certes, Alexandre Ptouchko se permet quelques digressions qui renvoient à son surnom de « Walt Disney russe », comme lorsqu’Assol se retrouve dans la forêt où un faon boit dans un cours d’eau, tandis que la jeune femme parle au soleil et aux arbres comme Blanche-Neige, mais cela fonctionne et approfondit le personnage. Merveilleusement photographié par Gennadi Tsekavyj et Viktor Yakushev, déjà à l’oeuvre sur Sampo, Les Voiles écarlates demeure un très grand spectacle pour toute la famille, qui conserve encore un charme rétro inoxydable et qui se déguste comme quand on écoutait ses parents enfant avant le passage du marchand de sable.

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Test Blu-ray / Les Jeunes années d’une reine, Sissi, Sissi Impératrice & Sissi face à son destin, réalisés par Ernst Marischka

LES JEUNES ANNÉES D’UNE REINE, SISSI, SISSI IMPÉRATRICE & SISSI FACE À SON DESTIN (Mädchenjahre einer Königin, Sissi, Sissi, die junge Kaiserin &
Sissi, Schicksalsjahre einer Kaiserin)
réalisés par Ernst Marischka, disponible en Coffret Blu-ray depuis le 18 novembre 2025 chez Rimini Editions & Arcadès.

Acteurs : Romy Schneider, Karlheinz Böhm, Magda Schneider, Uta Franz, Gustav Knuth, Vilma Degischer, Josef Meinrad, Erich Nikowitz, Walther Reyer, Senta Wengraf, Iván Petrovich, Helene Lauterböck…

Scénario : Ernst Marischka

Photographie : Bruno Mondi

Musique : Anton Profes

Durée : 1h45, 1h40, 1h41 & 1h44

Année de sortie : 1954, 1955, 1956 & 1957

LES FILMS

Les Jeunes années d’une reine (1954): Londres en 1837, panique au palais royal ! La jeune souveraine Victoria a disparu sans souci du protocole. Lors de cette fugue, elle vit la première romance de sa vie… Dans une somptueuse et fort colorée reconstitution de la cour d’Angleterre, voici le film qui précéda et inspira la célèbre série des « Sissi ».

Sissi (1955) :
La jeune Sissi accompagne à la cour impériale d’Autriche sa mère et sa soeur aînée Hélène promise au futur empereur. Comme à son habitude Sissi profite d’un moment en solitaire pour partir en promenade au cours de laquelle elle va rencontrer sans le savoir l’héritier impérial…


Sissi impératrice (1956):
Sissi est maintenant l’impératrice d’Autriche-Hongrie après son mariage avec l’empereur François-Jospeh. Toutefois, le pesant protocole et la sévérité de l’archiduchesse Sophie contraignent fortement sa nature spontanée. Quand la jeune femme met au monde une petite fille, sa joie est de courte durée puisque Sophie décide de lui en retirer la garde. Désabusée, Sissi se réfugie en Bavière chez ses parents.



Sissi face à son destin (1957) :
L’Empire est agité par des révolutionnaires hongrois mécontents de leurs attachements à la Maison d’Autriche. Sissi décide son époux à partir en Hongrie afin de calmer les esprits…

C’est peu dire que le réalisateur autrichien Ernst Marischka (1893-1963) a eu une intuition…En 1953, Rosemarie Magdalena Albach n’a que quinze ans. Elle quitte le pensionnat et rejoint sa mère, Magda Schneider, pour le tournage de Quand refleuriront les lilas blancsWenn der weiße Flieder wieder blüht de Hans Deppe, pour lequel elle avait passé des essais concluants et sur lequel elle est ensuite engagée comme actrice, pour la première fois de sa vie. C’est un succès immédiat, les spectateurs se prennent d’affection pour cette merveilleuse jeune comédienne à la photogénie renversante, au point où celle-ci éclipse sa propre génitrice. C’est sur le plateau de son second film, Feu d’artifice Feuerwerk de Kurt Hoffmann, que Romy Schneider (qui gardera désormais ce pseudonyme) rencontre Ernst Marischka. Il lui offre le rôle principal des Jeunes Années d’une reineMädchenjahre einer Königin, qu’il avait pourtant décidé de confier à Sonja Ziemann. C’est une nouvelle étape pour l’actrice, qui incarne la reine d’Angleterre Victoria à l’âge de 18 ans, l’action se déroulant en 1837, lors de son accession au trône. Peu de temps avant le décès de son oncle, la jeune Victoria apprend qu’elle est l’héritière du trône britannique. Commence alors pour elle l’apprentissage de sa nouvelle fonction avec l’aide du Premier ministre whig Lord Melbourne. Dans le même temps, sa mère, son oncle le roi des Belges et même Lord Melbourne se donnent pour mission de marier la jeune reine, chacun imposant son prétendant. Lasse, Victoria quitte Londres le soir de son repas d’anniversaire pour aller à Paris, là où elle pense pouvoir faire une étude approfondie de tous les jeunes gens. Seulement, le mauvais temps la contraint à s’arrêter dans une auberge à Douvres, là où se trouve également le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, un des trois prétendants sur la liste. Les jeunes gens vont alors faire connaissance, chacun cachant soigneusement son identité…

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Test 4K UHD / Dracula, réalisé par Luc Besson

DRACULA (Dracula: A Love Tale) réalisé par Luc Besson, disponible en DVD, Blu-ray, 4K UHD et Édition Spéciale FNAC 4K Ultra HD + Blu-ray depuis le 2 décembre 2025 chez M6 Vidéo.

Acteurs : Christoph Waltz, Caleb Landry Jones, Matilda De Angelis, Zoë Bleu, Salomon Passariello, Ewens Abid, Raphael Luce, Guillaume de Tonquédec…

Scénario : Luc Besson, d’après le roman de Bram Stoker

Photographie : Colin Wandersman

Musique : Danny Elfman

Durée : 2h08

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Au XVe siècle, le Prince Vladimir renie Dieu après la perte brutale et cruelle de son épouse. Il hérite alors d’une malédiction : la vie éternelle. Il devient Dracula. Condamné à errer à travers les siècles, il n’aura plus qu’un seul espoir : celui de retrouver son amour perdu.

Le succès lui échappant depuis une dizaine d’années (son dernier hit étant Lucy en 2014) et cumulant les déboires judiciaires, Luc Besson tente tout de même de rester dans la place…Et pour cela, sans doute par manque d’inspiration, il jette son dévolu sur Dracula de Bram Stoker, roman déjà maintes fois transposé (dans tous les domaines), dont il souhaite donner sa propre vision. Il retrouve le génial Caleb Landry Jones, avec lequel il avait tourné le thriller psychologique Dogman (très lourd échec commercial), qui se voit confier le rôle-titre. Ainsi après Béla Lugosi, Max Schreck, Udo Kier, Christopher Lee, Jack Palance, Frank Langella et Gary Oldman (on peut s’arrêter là, surtout que Dracula apparaît dans plus de 200 films), le comédien texan se glisse dans le bel habit du légendaire vampire, dont le nom n’a d’égal que celui de Michael Jackson et celui de Jésus (oh, blasphème), et livre une formidable prestation. Attention, cela ne veut pas dire que Dracula version Besson est réussi, celui-ci comporte de multiples défauts (nous y reviendrons plus bas), mais on ne pourra pas dire que le réalisateur ait mis de côté son désir de divertir avant tout le public, ce qu’il réussit haut la main avec cette proposition pour le moins originale. Mais avant toute chose, non, il ne s’agit pas d’un remake du Dracula de Francis Ford Coppola, comme le laisser penser la bande-annonce, hormis la composition de Danny Elfman qui pour le coup rappelle beaucoup celle de Wojciech Kilar. Certaines séquences peuvent fortement y faire penser, Luc Besson arrivant quelque peu après la bataille (euphémisme), mais il s’agit bel et bien d’une approche personnelle, cohérente avec les partis-pris et intentions des précédents opus du cinéaste. Une curiosité, très fortement critiquée à sa sortie, pas forcément à juste titre, toujours gratuitement quand il s’agit de Luc Besson d’ailleurs, mais qui peut se targuer d’être devenu le film français le plus cher, le plus vu et qui a engrangé le plus de recettes à l’étranger en 2025.

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Test Blu-ray / Moi vouloir toi, réalisé par Patrick Dewolf

MOI VOULOIR TOI réalisé par Patrick Dewolf, disponible en DVD & Blu-ray le 5 février 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Gérard Lanvin, Jennifer Lanvin, Daniel Russo, Corine Marienneau, Clémentine Célarié, Anna Gaylor, Guy Laporte, Jean-Luc Porraz…

Scénario : Gérard Lanvin, Patrick Dewolf & Patrice Leconte

Photographie : Eduardo Serra

Musique : Éric Demarsan

Durée : 1h28

Date de diffusion initiale : 1985

LE FILM

Patrick Montanet, animateur radio matinal, rencontre Alice Wexler, directrice artistique dans une maison de disques et noctambule née. Ils ne tardent pas à tomber amoureux, et Alice accepte de s’installer chez Patrick. Mais leurs rythmes de vie si différents ne tardent pas à poser de sérieux problèmes…

1984 est un tournant pour Gérard Lanvin. Il se retrouve en haut de l’affiche du plus grand succès de l’année, Marche à l’ombre de Michel Blanc (plus de six millions d’entrées) et côté vie privée, le comédien se marie avec Chantal Benoist, connue comme mannequin, chanteuse et actrice sous le pseudo de Jennifer. Cette dernière avait cartonné en 1976 avec le tube disco Do It For Me, dont la pochette du 45 tours avait su marquer les esprits, dont celui de l’auteur de ces mots quand il devait la découvrir dix ans plus tard à l’âge de cinq ans. C’est bon vous êtes allés voir sur internet de quoi il en retournait, on peut reprendre ? Jennifer sort deux albums, puis son joli minois ne passe pas inaperçu auprès des producteurs de cinéma. Connue en Italie, Jennifer démarre devant la caméra de l’autre côté des Alpes en 1978 dans Geppo il folle d’Adriano Celentano, puis Figlio delle stelle de Carlo Vanzina. Chez nous, c’est Gérard Lauzier qui lui offre un rôle dans Psy. La rencontre avec Gérard Lanvin va bouleverser son existence. Le couple se marie en 1984 et cette histoire perdure plus de quarante ans après. Nous arrivons en 1985 et là encore, Gérard Lanvin connaît le deuxième plus grand hit de sa carrière, Les Spécialistes de Patrice Leconte, qui avec 5,3 millions de spectateurs, se placera sur la troisième marche du podium cette année-là, entre Rambo 2 : La Mission et Retour vers le futur. Neuf mois plus tard, un bébé arrive dans la vie de Gérard Lanvin et de Jennifer. Il s’agit non pas d’un petit bonhomme (pas encore), mais bel et bien d’un film très personnel coécrit par Gérard Lanvin, qui s’agit ni plus ni moins d’une déclaration d’amour pour celle qui partage désormais son quotidien et dont il a d’ailleurs adopté le fils Emmanuel né en 1974. Ce long-métrage c’est Moi vouloir toi que Gérard Lanvin a donc signé en collaboration avec Patrice Leconte et Patrick Dewolf, qui avaient déjà écrit Les Spécialistes. Cette comédie-romantique, qui avait remporté un bel accueil dans les salles à sa sortie avec près d’1,5 million de spectateurs, rend compte de la relation fusionnelle qui unissait déjà Gérard Lanvin et Jennifer. Les deux acteurs débordent de naturel, sont magnifiques à regarder et l’histoire de leurs personnages dans le film possède évidemment un côté méta qui participe à sa belle réussite. Moi vouloir toi est un divertissement totalement ancré dans les années 1980 (ça, on ne peut pas se tromper avec les costumes, les décors, la musique…) et son charme subsiste encore aujourd’hui. Devenu rare avec les années, Moi vouloir toi surprend, car au-delà de son côté kitschouille qui peut faire gentiment sourire de nos jours, l’histoire fonctionne rudement bien.

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Test Blu-ray / L’Aigle à deux têtes, réalisé par Jean Cocteau

L’AIGLE À DEUX TÊTES réalisé par Jean Cocteau, disponible en Combo Blu-ray + DVD depuis le 16 septembre 2025 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Edwige Feuillère, Jean Marais, Silvia Monfort, Jacques Varennes, W. Edward Stirling, Martine de Breteuil, Maurice Nasil, Gilles Quéant, Ahmed Abdallah, Jean Debucourt…

Scénario : Jean Cocteau, d’après sa pièce

Photographie : Christian Matras

Musique : Georges Auric

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1948

LE FILM

Veuve depuis l’assassinat de son mari, la reine d’un royaume imaginaire vit recluse dans ses appartements, tandis que sa belle-mère cherche à s’emparer du trône. Un jeune anarchiste fait irruption dans sa chambre, décidé à la tuer. Contre toute attente, ils tombent amoureux l’un de l’autre, et décident de reprendre le pouvoir du royaume.

Avec plus de quatre millions d’entrées, La Belle et la Bête, premier long-métrage de Jean Cocteau, récompensé par le Prix Louis-Delluc 1946, est un triomphe aussi colossal qu’inattendu pour son auteur. Difficile donc de prévoir quel sera son second film, l’artiste touche-à-tout trouvant avec ce nouveau médium l’occasion d’explorer, d’inventer, de s’exprimer autrement sur ses obsessions, ses peurs, sa vision de l’humanité. Il jette finalement et rapidement son dévolu sur l’adaptation cinématographique de sa pièce – en trois actes – L’Aigle à deux têtes, grand succès des planches, qui s’est jouée pendant plus d’un an à guichets fermés et ce dès sa création en décembre 1946 au théâtre Hébertot à Paris. Pièce dite « historique », dans laquelle Jean Cocteau s’inspire de la mort de Louis II de Bavière (aka le roi fou) et celle de sa cousine Élisabeth d’Autriche (aka Sissi), L’Aigle à deux têtes était par essence un huis clos centré sur les liens entrecroisés et inévitables entre l’amour et le trépas. Pour sa transposition à l’écran, le dramaturge aère sa pièce en tournant quelques scènes en extérieur, afin de mieux planter son décor principal, celui du château, perdu au milieu de la campagne et dans lequel la reine vit avec le souvenir de son mari, mort le jour de leurs noces il y a dix ans, avant que le mariage ait pu être consommé. Souvent marqué par de (très) longues plages de dialogues et un manque de rythme, L’Aigle à deux têtes fascine par la prestation d’Edwige Feuillère, qui reprenait alors le rôle qu’elle avait campé sur scène. Il en est de même pour Jean Marais, étonnamment plus sobre que dans Les Parents terribles, qui sera pourtant filmé dans la foulée et sortira trois mois plus tard, fin 1948. Si l’engouement ne sera pas le même que pour celui rencontré avec La Belle et la Bête, L’Aigle à deux têtes remporte un beau succès dans les salles avec 2,4 millions d’entrées.

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Test Blu-ray / Le Marchand de Venise, réalisé par Michael Radford

LE MARCHAND DE VENISE (The Merchant of Venice) réalisé par Michael Radford, disponible en DVD et Blu-ray le 19 mars 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Al Pacino, Jeremy Irons, Joseph Fiennes, Lynn Collins, Zuleikha Robinson, Kris Marshall, Charlie Cox, Heather Goldenhersh…

Scénario : Michael Radford, d’après la pièce de William Shakespeare

Photographie : Benoît Delhomme

Musique : Jocelyn Pook

Durée : 2h11

Date de diffusion initiale : 2004

LE FILM

Venise 1596. Afin de courtiser la belle Portia, Bassanio demande à son ami Antonio, un talentueux marchand, de lui prêter une forte somme. Contraint d’emprunter l’argent à l’usurier juif Shylock, Antonio promet de lui donner une livre de sa chair s’il ne peut rembourser le prêt à la date convenue.

Ceux qui ont eu la bonne idée de lire l’autobiographie d’Al Pacino intitulé Sonny Boy (Paris, éditions du Seuil, 2024), savent à quel point l’oeuvre de William Sheakespeare a été importante dans la vie du comédien né en 1940 et ce depuis ses débuts. En 1977, il joue Richard III au théâtre, puis Jules César, également sur les planches, avant de passer derrière la caméra pour réaliser et jouer dans Looking for Richard (1996), un documentaire sur la pièce Richard III, mi-adaptation, mi-documentaire sur le tournage de la pièce dans le film. Les années 2000 sont rétrospectivement les pires pour Al Pacino. Quelques titres ? Amours troubles Gigli de Martin Brest, 88 Minutes et La Loi et l’OrdreRighteous Kill de Jon Avnet…on va arrêter là. Certains évoqueront Memento de Christopher Nolan, mais non, cela reste un mauvais remake du film éponyme d’Erik Skjoldbjærg, qui ne vaut que pour la confrontation Pacino/Williams. C’est alors que débarque Le Marchand de VeniseThe Merchant of Venice, tourné entre La Recrue – The Recruit de Roger Donaldson  et Two for the Money de D. J. Caruso, un projet très personnel pour la star, dans lequel il tient le rôle de Shylock. Si la presse sera positive, le film se fera discret dans les salles, au point qu’il ne parviendra même pas en France autrement qu’en DVD en 2006. Cela est d’autant plus dommage que Le Marchand de Venise demeure le plus grand film d’Al Pacino depuis L’Enfer du dimancheAny Given Sunday d’Oliver Stone et il faudra attendre encore 2019 pour que le comédien retrouve encore de sa superbe dans The Irishman de Martin Scorsese, dans lequel il campe Jimmy Hoffa. Mais là nous en sommes en 2004 et Michael Radford, réalisateur acclamé pour 1984 et Le Facteur Il Postino, s’occupe de l’adaptation de la pièce de Shakespeare. Et c’est une immense réussite, plastique tout d’abord, mais aussi une œuvre passionnante à suivre. Si quelques bémols sont à signaler au niveau de la distribution, nous n’avons d’yeux que pour Al Pacino quand il apparaît à l’écran et ses scènes sont en tout point magistrales, virtuoses, inoubliables. Encore méconnu, même plus de vingt ans après, Le Marchand de Venise plaira sûrement aux passionnés et amateurs de Shakespeare, comme aux néophytes.

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Test Blu-ray / Quand la Marabunta gronde, réalisé par Byron Haskin

QUAND LA MARABUNTA GRONDE (The Naked Jungle) réalisé par Byron Haskin, disponible en Blu-ray + DVD + Livret depuis le 23 août 2024 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Charlton Heston, Eleanor Parker, Abraham Sofaer, William Conrad, Romo Vincent, Douglas Fowley, John Dierkes, Pilar Del Rey, Bernie Gozier, Jerry Groves.…

Scénario : Ranald MacDougall, Ben Maddow & Philip Yordan, d’après une nouvelle de Carl Stephenson

Photographie : Ernest Laszlo

Musique : Daniele Amfitheatrof

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 1954

LE FILM

Joanna rejoint au Brésil l’homme qu’elle a épousé dans le cadre d’un mariage arrangé. Son mari se montre très distant avec elle et ne pense qu’à s’occuper de sa plantation de cacao. D’ailleurs, il apprend un jour que des millions de Marabunta, une espèce de fourmis, sont en passe d’infester et donc de détruire son exploitation. Joanna se montre alors d’un soutien sans faille afin de trouver une solution au problème.

Quand la Marabunta grondeThe Naked Jungle a laissé de beaux et bons souvenirs à de nombreux spectateurs. Charlton Heston n’hésitait pas non plus à déclarer qu’il s’agissait de l’un des meilleurs films de son début de carrière. Passant d’un genre à l’autre, du polar (La Main qui venge) au western (Le Fils de Géronimo), du film politique (Le Général invincible) à la comédie dramatique (Sous le plus grand chapiteau du monde), le comédien aborde le registre de l’aventure avec Quand la Marabunta gronde, réalisé par Byron Haskin (1899-1984), metteur en scène, directeur de la photographie (pour Frank Borzage, Michael Curtiz, Lloyd Bacon…) et technicien de renom dans le domaine des effets spéciaux, spécialité qui lui a valu d’être nommé à plusieurs reprises aux Oscars. Il se voit confier des budgets confortables de la part de Disney (pour la première adaptation entièrement en prise de vue réelle de L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson), mais la consécration mondiale viendra avec La Guerre des mondes The War of the Worlds, produit par George Pal, adaptation du roman de H. G. Wells, film qui fera date et qui demeure encore aujourd’hui une immense référence de la science-fiction. L’année suivante, rebelote pour le producteur et Byron Haskin, qui emmènent cette fois les spectateurs en Amérique du Sud, où un « couple » (les guillemets sont indispensables puisque cet homme et cette femme sont mariés…mais ne s’étaient jamais rencontrés) en crise, va devoir s’unir pour de bon afin de contrer l’invasion de…fourmis rouges. Celles-ci forment une marée destructrice de 30 kilomètres de long sur 3 kilomètres de large, capable d’anéantir tout sur leur passage. Mais elles n’avaient pas pensé à affronter celui qui allait incarner Moïse trois ans après, mister Heston en personne. Si beaucoup trouveront le temps long en raison de la romance contrariée du couple star qui dure au bas mot une bonne heure, les autres se délecteront de la dernière demi-heure qui remplit son contrat dans le genre film catastrophe avant l’heure. On aime ce divertissement désuet, qui offre à Charlton Heston l’occasion d’interpréter un personnage peu sympathique, froid, glacial même, brutal, misogyne…mais qu’on aime détester et auquel l’acteur apporte une réelle et intéressante ambiguïté. À (re)découvrir.

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Test Blu-ray / Casier judiciaire, réalisé par Fritz Lang

CASIER JUDICIAIRE (You and Me) réalisé par Fritz Lang, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 26 février 2025 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Sylvia Sidney, George Raft, Barton MacLane, Harry Carey, Roscoe Karns, Warren Hymer, George E. Stone, Robert Cummings…

Scénario : Virginia Van Upp, d’après une histoire originale de Norman Krasna

Photographie : Charles Lang

Musique : Kurt Weill

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 1938

LE FILM

Travaillant dans le même magasin, Joe et Helen, deux condamnés libérés sur parole, sont épris l’un de l’autre. Des deux amants, seul Joe a avoué son passé. Lorsqu’il découvre la vérité sur Helen, trahi et déçu, il se lance par désespoir dans la préparation d’un mauvais coup.

Casier judiciaire You and Me est le troisième film américain de Fritz Lang (et le dernier volet d’une trilogie consacrée à la justice américaine), réalisé après l’échec commercial de Furie Fury et celui de J’ai le droit de vivre You Only Live Once. C’est aussi sa troisième et dernière collaboration avec la sublime comédienne Sylvia Sidney, un des plus beaux visages de l’histoire du cinéma, révélée en 1931 dans Les Carrefours de la ville City Streets de Rouben Mamoulian, aux côtés de Gary Cooper. Rétrospectivement parlant, Casier judiciaire vaut plus pour son actrice principale que pour Fritz Lang lui-même, car il s’agit ici indéniablement d’un opus, non pas anecdotique, mais mineur. Si les deux précédents longs-métrages du cinéaste étaient sombres et marqués par sa griffe inimitable, You and Me joue avec le mélange des genres, y compris la comédie, genre auquel on rattache difficilement Fritz Lang. Encore aujourd’hui méconnu, car peu représentatif du réalisateur, Casier judiciaire reste singulier dans cette carrière extraordinaire, où peu de scènes se distinguent réellement, en dehors et étrangement de deux séquences mises en musique par Kurt Weill, la chanson d’ouverture dans le grand magasin où officient Helene et Joe, sans oublier LA plus grande scène du film, celle où des anciens taulards, hantés par le souvenir de la mort d’un de leur compagnon de cellule, se remémorent leur vie passée en prison. Rien que pour ce grand moment, mais pas que bien évidemment, Casier judiciaire est plus que largement conseillé aux cinéphiles, qui sauront apprécier cette nouvelle approche par Fritz Lang d’un de ses thèmes familiers, celui d’un couple de criminels repentis rattrapés par leur passé et sur le point de replonger.

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Test Blu-ray / Pépé le Moko, réalisé par Julien Duvivier

PÉPÉ LE MOKO, réalisé par Julien Duvivier, disponible en combo Blu-ray/DVD le 16 octobre 2024 chez Studiocanal.

Acteurs : Jean Gabin, Mireille Balin, Gabriel Babrio, Lucas Gridoux, Gilbert Gil, Saturnin Fabre, Marcel Dalio, Charles Granval…

Scénario : Julien Duvivier & Henri La Barthe, d’après le roman de Henri La Barthe

Photographie : Marc Fossard & Jules Kruger

Musique : Mohamed Iguerbouchène & Vincent Scotto

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 1936

LE FILM

Réfugié dans la casbah d’Alger, Pépé le Moko chef d’une bande de malfaiteurs, est émerveillé par la beauté d’une jeune femme, Gaby, dont il tombe amoureux. Hélas, leur idylle est de courte durée car Slimane, un indicateur, tend un piège à Pépé pour le faire quitter son repaire…

Parmi les plus grandes collaborations entre Jean Gabin et des metteurs en scène, il y a celle avec Julien Duvivier (1896-1967), qui s’est déroulée sur sept longs-métrages, de Maria Chapdelaine (1934) à Voici le temps des assassins (1956). Pépé le Moko est non seulement l’une de leurs associations les plus célèbres, mais aussi l’un des films les plus emblématiques de toute la carrière prestigieuse du « Vieux ». En l’espace de deux ou trois ans, ce dernier tournera rien de moins que La Belle Équipe (déjà avec Duvivier, qui ne connaîtra pas le même succès que La Bandera), Les Bas-Fonds, La Grande Illusion et La Bête humaine de Jean Renoir (à qui Pépé le Moko avait tout d’abord été proposé), sans oublier Le Quai des brumes et Le Jour se lève de Marcel Carné. Ça calme. On retrouve donc Jean Gabin dans la peau du « Moko », dérivé du « moco », qui désigne un marin originaire de Toulon et de la Provence, truand qui a débarqué à Alger (ville entièrement reconstituée en studio à Paris) le lendemain de l’attaque d’une bande toulonnaise. Pépé le Moko, d’après le roman de Henri La Barthe, est un huis clos à ciel ouvert, un drame sentimental teinté de thriller, où le monstre du cinéma français, quasiment de tous les plans, ou de toutes les scènes, crève l’écran une fois de plus en créant une nouvelle image de gangster, ou tout du moins héritée du Scarface d’Howard Hawks sorti cinq années auparavant. Passionnant, immersif, à la limite du documentaire quant à la représentation de la Casbah, Pépé le Moko est une étape indispensable et primordiale dans le parcours de tout cinéphile qui se respecte.

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