
LES YEUX BLEUS DE LA POUPÉE CASSÉE (Los Ojos azules de la muñeca rota) réalisé par Carlos Aured, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 21 avril 2026 chez Artus Films.
Acteurs : Paul Naschy, Diana Lorys, Eduardo Calvo, Eva León, Inés Morales, Antonio Pica, Luis Ciges, Pilar Bardem, Maria Perschy…
Scénario : Paul Naschy & Carlos Aured, d’après une histoire originale de Paul Naschy
Photographie : Francisco Sánchez
Musique : Juan Carlos Calderón
Durée : 1h25
Date de sortie initiale : 1974
LE FILM
Récemment sorti de prison, Gilles est engagé comme à tout faire dans un domaine français tenu par trois soeurs. Claude cache sa main atrophiée sous une prothèse, tandis que Nicole est nymphomane, et Yvette en fauteuil roulant. Alors que Gilles est en proie à d’horribles cauchemars dans lesquels il étrangle des femmes, un mystérieux assassin s’en prend aux femmes blondes du canton. Elles sont énucléées, et leurs yeux déposés dans un bol.

Parmi les réalisateurs avec lesquels Paul Naschy a tourné, le nom de Carlos Aured (1937-2008) est récurrent au cours des années 1970. Leur première collaboration est L’Empreinte de Dracula –El Retorno de Walpurgis (1973), suivie de près la même année par El Espanto surge de la tumba. En 1974, les deux hommes s’éloignent du genre horrifique pour Les Yeux bleux de la poupée cassée – Los Ojos azules de la muñeca rota, qui à l’instar d’Une libellule pour chaque mort – Una libélula para cada muerto dont nous parlions hier, surfe allègrement sur la mode du giallo. L’action se déroule en France (il ne fallait pas froisser le régime franquiste en montrant que des meurtres pouvaient être commis sur le sol ibérique), où ce cher Paul Naschy débarque en faisant la tronche, car son personnage traîne un lourd et récent passé. Il stoppe dans un bar paumé où les bouseux viennent boire leur gros rouge qui tâche, commande un verre de Villageoise et un sandwich au fromage. Puis, cherchant du boulot, il apprend que trois sœurs auraient besoin d’aide dans leur grosse baraque (le titre international étant House Of Psychotic Women). Et c’est là que notre Paulo va se prendre pour Clint Eastwood dans Les Proies, se mettre à vouloir charmer les trois donzelles en détresse en coupant du bois torse-poil. Les Yeux bleus de la poupée cassée est un bel exercice de style et installe une belle atmosphère pesante et glauque. Si Paul Naschy s’en tire bien, il est également excellemment épaulé par les actrices principales, Diana Lorys (Claude), vue dans L’Horrible Docteur Orlof et Le Trône de feu – The Bloody Judge de Jesús Franco, la torride Eva León (Nicole) et Maria Perschy (Yvette), actrice internationale, aperçue chez John Huston (Freud, passions secrètes), Howard Hawks (Le Sport favori de l’homme) et Gordon Hessler (Double Assassinat dans la rue Morgue). Thriller teinté d’hémoglobine, Les Yeux bleus de la poupée cassée remplit son contrat, divertit et fait même perdre ses repères aux spectateurs en lorgnant progressivement vers le fantastique. Un très bon cru.



Gilles, un vagabond, arrive dans un village français à la recherche d’un travail. Il obtient rapidement un boulot auprès d’une femme nommée Claude, qui porte une main prothétique, cachant une horrible déformation. Elle lui donne un emploi d’homme à tout faire dans la grande maison où elle vit avec ses deux sœurs : la nymphomane rousse Nicole et l’handicapée en fauteuil roulant Yvette. Peu de temps après l’arrivée de Gilles au village, un mystérieux tueur commence à assassiner des femmes blondes aux yeux bleus et les énuclée, signant ainsi ses crimes. Gilles est rapidement suspecté d’être le tueur en raison de son passé sombre d’ancien détenu et du meurtre de son ancienne petite-amie. Mais serait-ce vraiment aussi simple ?


Entre Paul Naschy et Carlos Aured, c’est une affaire qui roule. Avant que le comédien ne s’affuble à nouveau des prothèses velues de Waldemar Daninsky dans Dans les griffes du loup garou – La maldición de la bestia de Miguel Iglesias, le comédien apparaît ici sans fard, arborant un look qui oscille entre Johnny Cash et Dick Rivers. Tout de noir vêtu, le regard sombre, il traîne sur les routes de France comme David Banner dans le générique de fin de la série L’Incroyable Hulk. Cet homme étrange semble fuir quelque chose, ou peut-être quelqu’un, et ses pérégrinations le mènent dans un petit patelin bien de chez nous. La rencontre avec Claude, Nicole et Yvette va raviver un passé qu’il pensait avoir laissé derrière lui. Les Yeux bleus de la poupée cassée paraît changer de braquet en cours de route, comme si les deux scénaristes ne savaient plus quoi faire de leurs personnages une fois ceux-ci bien installés.


La cavale de Gilles apparaît quelque peu forcée, pour ne pas dire nawak et il est fort à parier que Paul Naschy a voulu s’offrir une sortie de piste héroïque et romanesque, qui contraste avec tout ce qui a précédé. Une fois le personnage évacué, le récit se concentre à nouveau sur les trois frangines, brillamment interprétées, tandis que le giallo reprend ses droits, après une première partie plus psychologique. Carlos Aured (dont on découvre qu’il a aussi été le scénariste de Max Pecas sur Belles, blondes et bronzées) n’est certainement pas un manchot derrière la caméra (cependant, on lui excusera difficilement l’égorgement d’un porc), compose de très beaux plans et ce dès le générique d’ouverture, le tout brillamment photographié par Francisco Sánchez (La Chevauchée des morts-vivants).


On se laisse porter par cette énigme, par le charme de ses interprètes féminins (Eva León encore une fois, ne saurait laisser de marbre), par la présence de Paul Naschy (qui emballe plus ou moins tout le monde, comme à son habitude), par l’ambiance lourde, ainsi que par son côté épouvante qui fonctionne, y compris dans sa résolution bien amenée. Une belle réussite donc.



LE COMBO BLU-RAY + DVD
Et hop, c’est reparti ! 24 heures après notre chronique consacrée à Une libellule pour chaque mort, nous nous penchons aujourd’hui sur Les Yeux bleus de la poupée cassée, autre « giallo ibérique » écrit et interprété par l’illustre Paul Naschy. Ainsi, plus de dix ans après Le Bossu de la morgue, Les Vampires du Dr Dracula et Dracula contre Frankenstein, Artus Films revient au comédien et ancien catcheur, ayant fait les belles heures du cinéma d’épouvante espagnol, en proposant simultanément Une libellule pour chaque mort et Les Yeux bleus de la poupée cassée, en Combo Blu-ray + DVD. En ce qui concerne le film de Carlos Aured, les deux disques reposent dans un Digipack à deux volets, illustrés avec élégance, le tout glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est fixe et musical.


Emmanuel le Gagne est cette fois en compagnie de l’éminent Alain Petit, afin de nous propose un beau tour d’horizon de la carrière de Paul Naschy. Pendant un peu plus d’une heure, durée qu’il fallait vraisemblablement envisager pour évoquer les films les plus célèbres (mais pas que) du comédien et ancien catcheur, la saga Waldemar Daninsky est passée au peigne fin, avec ses bons, comme ses mauvais opus, ainsi que les diverses collaborations de l’acteur avec certains cinéastes fidèles, tels que León Klimovsky et Carlos Aured. Les dernières vingt minutes de ce module sont consacrées au film qui nous intéresse, Les Yeux bleus de la poupée cassée, ou « brisée », comme le préfère Alain Petit. Le casting, l’influence du giallo, les partis-pris sont les points abordés. La fin de ce supplément est quelque peu abrupte.



L’interactivité se clôt sur un Diaporama d’affiches et de photos d’exploitation, sans oublier la bande-annonce.
L’Image et le son
Jusqu’alors inédit dans nos contrées en DVD, Les Yeux bleus de la poupée cassée s’offre enfin à nous en Haute définition, dans une nouvelle copie entièrement restaurée à partir d’un master 2K. Ce Blu-ray renforce les contrastes et le grain argentique est bien géré. L’image est stable, entièrement débarrassée de scories diverses et variées, les scènes en extérieur affichent une belle luminosité, tout comme un relief inattendu, un piqué pointu et des couleurs vives et scintillantes. Hormis quelques saccades notables et de légères pertes de la définition (surtout dans la première partie), ce Blu-ray est une nouvelle réussite à inscrire au palmarès d’Artus Films.

Comme pour l’image, le son a visiblement connu un dépoussiérage de premier ordre. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage espagnol LPCM Audio 2.0DTS-HD, pas même un souffle parasite. Le confort phonique de cette piste unique est indéniable (mais n’hésitez pas à pousser le volume un peu plus que d’habitude), les dialogues sont clairs et nets. Les sous-titres français ne sont pas imposés.




Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
