Test Blu-ray / Furyo, réalisé par Nagisa Ōshima

FURYO (Merry Christmas, Mr. Lawrence) réalisé par Nagisa Ōshima, disponible en DVD & Collector Blu-ray le 16 janvier 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : David Bowie, Tom Conti, Ryūichi Sakamoto, Takeshi Kitano, Jack Thompson, Johnny Okura, Alistair Browning, Yūya Uchida…

Scénario : Nagisa Ōshima & Paul Mayersberg, d’après deux romans de Laurens Van der Post

Photographie : Tôichirô Narushima

Musique : Ryūichi Sakamoto

Durée : 2h03

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Java 1942 : un camp de prisonniers américains est dirigé par le capitaine Yonoi, un chef japonais à la poigne de fer. A la crainte et au mépris qu’éprouvent les prisonniers et les subalternes du capitaine à l’endroit de ce dernier, s’oppose la résistance étonnante d’un soldat anglais, Jake Celliers. Face à son attitude provocante, Yonoi devient de plus en plus sévère dans le but de faire plier le rebelle.

En (re)voyant Furyo, on se demande ce qui est le plus inoubliable. La présence de David Bowie, alors rare au cinéma ? La partition de Ryūichi Sakamoto (BAFTA Award en 1984), également présent au générique ? La violence crue de certaines scènes ? L’une des premières apparitions au cinéma de Takeshi Kitano ? L’originalité du scénario coécrit par Nagisa Ōshima (1932-2013) et Paul Mayersberg ? Tout cela en fait, quand bien même le film a vieilli sur pas mal d’aspects. Furyo est l’antépénultième long-métrage du cinéaste japonais, dont l’oeuvre magistrale, étendue sur presque quarante ans, contient des titres aussi emblématiques que Max mon amour, L’Empire des sens, Contes cruels de la jeunesse, Nuit et brouillard au Japon, pour ne citer que ceux-là, Furyo étant l’un de ses plus grands succès, avec notamment plus d’1,5 million d’entrées en France. David Bowie commence à toucher un peu plus au septième art. Depuis sa première apparition dans L’Homme qui venait d’ailleursThe Man Who Fell On Earth de Nicolas Roeg (au passage, la première critique sur Homepopcorn le 15 septembre 2016), le chanteur est apparu dans C’est mon gigoloSchöner Gigolo, armer Gigolo de David Hemmings et dans son propre rôle dans Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…Christiane F. – Wir Kinder vom Bahnhof Zoo de Uli Edel. Coup double en 1983, il se retrouve à l’affiche des PrédateursThe Hunger de Tony Scott et dans Furyo de Nagisa Ōshima. Dans ce dernier, il est placé au même rang que l’excellent Tom Conti (qui sortait des DuellistesThe Duellists de Ridley Scott) et que Ryūichi Sakamoto, autre légende de la musique, musicien, compositeur, co-fondateur du trio Yellow Magic Orchestra, qui le fait connaître dans le monde entier. Ce dernier s’occupe de la bande originale et livre aussi une prestation particulièrement ambiguë face à son illustre partenaire. Le film s’inspire de l’histoire de Sir Laurens van der Post, prisonnier de guerre à Java (Indes orientales néerlandaises alors occupées par le Japon) pendant la Seconde Guerre mondiale, telle que relatée dans ses romans La Semence et le Semeur The Seed and the Sower (1963) et La Nuit de la nouvelle luneThe Night of the New Moon (1970). Furyo demeure une œuvre singulière, sèche, brutale, frontale, non dépourvue de longueurs certes, mais qui agit souvent comme une séance d’hypnose, tandis que le thème de l’homosexualité latente détonne évidemment dans un film de guerre. Un grand classique.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Furyo, réalisé par Nagisa Ōshima »

Test Blu-ray / Les Sables du Kalahari, réalisé par Cy Endfield

LES SABLES DU KALAHARI (Sands of the Kalahari) réalisé par Cy Endfield, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 21 janvier 2026 chez Rimini Editions.

Acteurs : Stanley Baker, Stuart Whitman, Susannah York, Harry Andrews, Theodore Bikel, Nigel Davenport, Nigel Kingsley, Barry Lowe…

Scénario : Cy Endfield, d’après le roman de William Mulvihill

Photographie : Erwin Hillier

Musique : John Dankworth

Durée : 1h59

Année de sortie : 1965

LE FILM

En Afrique du Sud, un bimoteur contenant sept personnes s’écrase dans le désert du Kalahari. L’entraide devient alors la principale motivation de survie pour les survivants. Mais les vivres vont bientôt se raréfier et le moment de faire un choix de conscience va devoir s’imposer…

C’est ce qui s’appelle un choc, un uppercut, qui nous laisse chaos et dans cet état second bien longtemps après la projection, pour ne pas dire définitivement. Les Sables du KalahariSands of the Kalahari est l’un des films les plus percutants et les plus inoubliables du réalisateur Cyril Raker Endfield aka Cy Endfield (1914-1995), scénariste, metteur en scène de théâtre et de cinéma, écrivain, magicien, et inventeur américain. Une longue carte de visite pour cet artiste méconnu dont les films les plus célèbres restent Train d’enferHell Drivers (1957), Jet Storm (1959), L’Île mystérieuseMysterious Island (1961), avec les merveilleux effets spéciaux de Ray Harryhausen, et ZoulouZulu (1964), tous ayant presque pour point commun le comédien britannique Stanley Baker (1928-1976), également vu chez Lucio Fulci (Le Venin de la peur), Peter Hall (L’Arnaqueuse), Joseph Losey (Accident, Eva, Les Criminels) et Peter Yates (Robbery). Suite au triomphe international de Zoulou, le cinéaste et son acteur fétiche prennent le contre-pied de cette superproduction avec Les Sables du Kalahari, survival concentré uniquement sur une demi-douzaine de personnages et ce durant quasiment l’intégralité du long-métrage. Cette nouvelle production Joseph E. Levine (Les Travaux d’Hercule, Les Mille et une nuits, Nevada Smith) est indéniablement l’un des films les plus ambitieux des années 1960 et livre une vision complètement pessimiste sur la nature humaine. À l’origine de cette adaptation du roman de William Mulvihill, Stanley Baker, co-producteur, souhaitait donner la réplique à son ami d’enfance Richard Burton, et à l’épouse de ce dernier, Elizabeth Taylor. Cela aurait pu se faire, si celle-ci, alors réticente à l’idée de tourner en Afrique, n’avait pas demandé un cachet bien trop supérieur à ce que le producteur était prêt à débourser. Exit donc le couple star, puis George Peppard, qui a le vent en poupe depuis Diamants sur canapéBreakfast at Tiffany’s de Blake Edwards est engagé, auprès de Susannah York. Cependant, après une journée de tournage, l’acteur est remercié (il part tourner Le Crépuscule des aiglesThe Blue Max de John Guillermin), puis se voit remplacer par Stuart Whitman. Tourné dans le véritable désert du Kalahari, situé entre le Botswana, la Namibie et l’Afrique du Sud, et dans les studios (plus confortables) Shepperton à Londres et dans ceux d’Almeria en Espagne, Les Sables du Kalahari est une expérience immersive et inoubliable, où l’homme réduit à sa condition d’animal, est prêt à tout pour survivre et donc à tuer son semblable. Celles et ceux qui ont vu cette dernière collaboration Endfield-Baker ne l’ont jamais oublié et pour cause, Sands of the Kalahari s’inscrit de manière indélébile dans la mémoire des cinéphiles.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Les Sables du Kalahari, réalisé par Cy Endfield »

Test DVD / The Return, le retour d’Ulysse, réalisé par Uberto Pasolini

THE RETURN, LE RETOUR D’ULYSSE (The Return) réalisé par Uberto Pasolini, disponible en DVD le 3 décembre 2025 chez Blaq Out.

Acteurs : Ralph Fiennes, Juliette Binoche, Charlie Plummer, Marwan Kenzari, Claudio Santamaria, Roberto Serpi, Chris Corrigan…

Scénario : John Collee & Edward Bond, d’après le poème L’Odyssée de Homère

Photographie : Marius Panduru

Musique : Rachel Portman

Durée : 1h56

Année de sortie : 2025

LE FILM

De retour de la guerre de Troie après vingt ans d’absence, Ulysse échoue sur les côtes d’Ithaque, son ancien royaume. Sa femme Pénélope, restée fidèle, y vit prisonnière dans sa propre demeure, repoussant tous les prétendants à la couronne. Télémaque, leur fils, qui n’a jamais connu son père, devient, lui, un obstacle pour ceux qui veulent s’emparer du pouvoir.

A travers les cieux
L’espace et le temps
Un vaisseau s’en vient
Ulysse
Contrôlés des Dieux
Les pièges géants
C’est l’Odysseus
Ulysse

Ulysse revient
Et c’est un bien long chemin
Ulysse revient
Il lutte pour son destin
(air connu)

L’Odyssée d’Homère a inspiré la littérature, la poésie, le théâtre, la danse, la musique, la peinture, le dessin animé, la bande dessinée et bien sûr le cinéma et la télévision. En 1954, sort le péplum sobrement intitulé Ulysse, réalisé par Mario Camerini, avec Kirk Douglas dans le rôle titre. Triomphe en Italie, le film reste encore aujourd’hui le quinzième plus grand succès au box office transalpin avec plus de 13 millions d’entrées, entre Le Petit monde de Don Camillo de Julien Duvivier et Le Guépard de Luchino Visconti. Depuis, le mythe a été abordé librement, entre autres par les frères Coen dans O’Brother (2000). Si 2026 sera marqué par L’Odyssée de Christopher – Zzz Zzzz – Nolan, un cinéaste italien vient lui aussi de s’emparer d’Homère. Il s’agit d’Uberto Pasolini, neveu, non pas de Pier Paolo Pasolini comme on pouvait peut-être le penser, mais de Luchino Visconti, producteur du légendaire The Full Monty, remarqué aussi lui-même derrière la caméra avec Une belle fin Still Life en 2013, qui relate ici le retour d’Ulysse à Ithaque, ainsi que son affrontement contre les prétendants de Pénélope. Contrairement à ce que la bande-annonce essayait de nous faire croire, point ou peu d’action dans The Return, le retour d’Ulysse, qui s’avère plutôt une proposition dite réaliste, contemplative, psychologique, doublée du portrait d’un homme blessé, meurtri, traumatisé, exténué, loin du héros mythologique. Uberto Pasolini dall’Onda, de son véritable nom, signe une œuvre crépusculaire, pourtant tournée sous un soleil de plomb, entre la Grèce et l’Italie, et propose sa version « resserrée » en condensant les chants I à XXIV en deux heures de temps, soit les prétendants qui attendent que Pénélope choisisse l’un deux, leur complot contre Télémaque, pendant qu’Ulysse, recueilli après son naufrage, raconte ses aventures, rentré à Ithaque, se fait reconnaître de ses proches, avant de massacrer ses rivaux et de ramener la paix dans l’île. Et cela fonctionne, séduit les yeux, le coeur et l’âme. Une très belle réussite.

Continuer la lecture de « Test DVD / The Return, le retour d’Ulysse, réalisé par Uberto Pasolini »

Test DVD / Miroirs No. 3, réalisé par Christian Petzold

MIROIRS NO. 3 réalisé par Christian Petzold, disponible en DVD le 2 décembre 2025 chez Blaq Out.

Acteurs : Paula Beer, Barbara Auer, Matthias Brandt, Philip Froissant, Enno Trebs, Victoire Laly, Christian Koerner, Marcel Heuperman…

Scénario : Christian Petzold

Photographie : Hans Fromm

Durée : 1h23

Année de sortie : 2025

LE FILM

Lors d’un week-end à la campagne, Laura, étudiante à Berlin, survit miraculeusement à un accident de voiture. Physiquement épargnée mais profondément secouée, elle est recueillie chez Betty, qui a été témoin de l’accident et s’occupe d’elle avec affection. Peu à peu, le mari et le fils de Betty surmontent leur réticence, et une quiétude quasi familiale s’installe. Mais bientôt, ils ne peuvent plus ignorer leur passé, et Laura doit affronter sa propre vie.

Et de quatre ! Le réalisateur Christian Petzold et la comédienne Paula Beer s’associent pour la quatrième fois après Transit (2018), Ondine Undine (2020), Ours d’argent de la meilleure actrice à la Berlinale, Le Ciel rouge Roter Himmel (2023) et Miroirs n°3 (2025). Petit à petit, le cinéaste a quelque peu délaissé sa première muse Nina Hoss, pour un temps sûrement (on l’espère), après six œuvres en commun tournées sur près de quinze ans, pour collaborer avec sa deuxième égérie née en 1995. Il en résulte une trilogie fondée sur les mythes dont Miroirs No. 3 serait le dernier volet. Rétrospectivement, ce dix-neuvième opus est comme qui dirait un film-somme du chef de file de la « nouvelle nouvelle-vague allemande ». On y retrouve ainsi des éléments de Yella, de Jerichow, de Barbara et bien d’autres (le deuil, une relation sur le déclin, l’espoir d’une nouvelle vie, les échos du passé, un drame teinté de fantastique, des personnages solitaires, taciturnes et méfiants, les sentiments qui s’expriment essentiellement qu’à travers le regard, les intentions, les non-dits) et évidemment un nouveau portrait de femme, ici un double portrait. Avec Miroirs No. 3, drame intimiste, Christian Petzold retrouve l’univers dépouillé, clinique et fantomatique de ses premiers films, et offre une fois de plus un rôle hyper-sensible à Paula Beer, qu’on ne quitte jamais, dont le regard hypnotique foudroie du début à la fin et transporte le spectateur. Cependant, ce dernier un tant soit peu habitué à l’univers du metteur en scène, devinera bien à l’avance où celui-ci désire l’emmener et, une fois n’est pas coutume, il n’est pas rare de trouver le temps long, pour ne pas dire de s’ennuyer quelque peu…

Continuer la lecture de « Test DVD / Miroirs No. 3, réalisé par Christian Petzold »

Test DVD / Aux jours qui viennent, réalisé par Nathalie Najem

AUX JOURS QUI VIENNENT réalisé par Nathalie Najem, disponible en DVD le 14 novembre 2025 chez Blaq Out.

Acteurs : Zita Hanrot, Bastien Bouillon, Alexia Chardard, Marianne Basler, Aurélien Gabrielli, Henri-Noël Tabary, Salim Talbi, Anaël Guez…

Scénario : Nathalie Najem, Olivier Gorce & Mariette Désert

Durée : 1h36

Année de sortie : 2025

LE FILM

Laura, la trentaine, essaie de se reconstruire après une relation tumultueuse avec Joachim. Elle mène une vie en apparence tranquille, en élevant seule sa petite fille. Mais l’accident de Shirine, la nouvelle compagne de Joachim, va faire ressurgir son passé.

Encore un long-métrage fort prometteur et qui impose d’emblée une nouvelle réalisatrice à suivre de près. Il s’agit d’Aux jours qui viennent, mis en scène par Nathalie Najem, qui réunit Zita Hanrot et Bastien Bouillon, déjà à l’affiche de l’excellent Carnivores de Jérémie et Yannick Renier, sorti en 2018. Après deux courts-métrages, dont le déjà fort prometteur Baby Love (2016), et plusieurs scénarios de films remarqués, Ordo (2004), de Laurence Ferreira Barbosa, adapté de Donald Westlake, Le Dernier des fous (2006) de Laurent Achard, Vie sauvage (2014) de Cédric Kahn, Gaspard va au mariage (2017) de Antony Cordier et La Ligne (2022) de Ursula Meier, Nathalie Najem passe le cap du format large et signe une œuvre bouleversante, qui traite des violences conjugales, montrées comme un poison qui contamine la vie de deux femmes, distillé par un même homme, qui après avoir rendu la vie impossible de son ancienne compagne, entreprend de faire de même avec celle qui partage désormais son existence. Aux jours qui viennent est un drame viscéral, forcément et malheureusement toujours d’actualité (et ce sera éternellement le cas), qui prend aux tripes comme un thriller et qui s’avère l’une des plus belles découvertes de 2025.

Continuer la lecture de « Test DVD / Aux jours qui viennent, réalisé par Nathalie Najem »

Test Blu-ray / Caniche, réalisé par Bigas Luna

CANICHE réalisé par Bigas Luna, disponible en Coffret Combo Blu-ray + DVD + Livre le 7 octobre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Àngel Jové, Consol Tura, Linda Pérez Gallardo, Cruz Tobar, Sara Grey…

Scénario : Bigas Luna

Photographie : Pedro Aznar

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1979

LE FILM

Bernardo et sa sœur Eloisa vivent dans une grande maison héritée d’une vieille tante récemment décédée. Petit à petit, une étrange relation se met en place entre eux deux et Dani, un caniche un peu trop présent…

Bigas Luna, suite. Après le succès rencontré par Bilbao, le réalisateur enchaîne rapidement avec Caniche, inspiré par une anecdote personnelle de Salvador Dali. Celui-ci aurait confié à Bigas Luna que devant quitter l’Espagne franquiste de toute urgence, sa compagne Gala et lui auraient décidé de manger leur chien bien aimé, afin de « le garder avec eux », plutôt que de se résigner à l’abandonner. Allez savoir avec Daliiiiii si ce récit est vrai…S’il est sans doute plus vraisemblable de penser qu’il s’agissait d’un lapin, le cinéaste ibérique allait prendre ce souvenir comme point de départ de Caniche, l’un de ses films les plus controversés, et pour cause. Comme s’il pouvait enfin se permettre d’aborder encore plus frontalement certains sujets, Bigas Luna évoque rien de moins que les sujets de l’inceste et de la zoophilie. La critique de l’époque a d’ailleurs retenu uniquement les scènes plus choquantes de Caniche, et Dieu sait qu’elles le sont, sans chercher à comprendre où l’auteur souhaitait en venir. Huis clos asphyxiant où les deux personnages principaux vivent repliés sur eux-mêmes en compagnie d’un petit chien qui prend trop de place, Caniche évoque la résultante de quarante ans de régime totalitaire, qui a rendu les individus fous, déconnectés de la réalité, pervers, et qui ont survécu en s’adaptant comme ils le pouvaient, loin du monde extérieur comme ils l’étaient. Encore plus radical que Bilbao, Caniche décontenancera une bonne partie du public et le film, malgré le Prix de l’Âge d’or remporté en 1981 (récompense décernée par la Cinémathèque royale de Belgique et le musée du cinéma de Bruxelles), connaîtra un succès moindre que le précédent. Aujourd’hui, rétrospectivement, Caniche apparaît comme étant l’une des œuvres les plus dérangeantes de Bigas Luna, l’une des plus déconseillées aux âmes sensibles. En un mot, Caniche est aussi morbide qu’indispensable.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Caniche, réalisé par Bigas Luna »

Test Blu-ray / Bilbao, réalisé par Bigas Luna

BILBAO réalisé par Bigas Luna, disponible en Coffret Combo Blu-ray + DVD + Livre le 7 octobre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Àngel Jové, María Martín, Isabel Pisano, Francisco Falcon, Jordi Torras, Pepita Llunell, Marta Molins…

Scénario : Bigas Luna

Photographie : Pedro Aznar

Musique : Iceberg

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Leo qui vit avec Maria qui pourrait être sa tante avec laquelle il répond à ses fantasmes sexuels, est obsédé par Bilbao, une femme prostituée et strip-teaseuse qu’il veut posséder et transformer selon ses obsessions.

José Juan Bigas Luna (1946-2013), ou tout simplement Bigas Luna pour les intimes et cinéphiles, est l’un des réalisateurs espagnols les plus importants de l’histoire du cinéma. Réputé pour ses œuvres sulfureuses comme Jambon, jambonJamón, jamón (1992) et La Lune et le Téton La teta y la luna (1994), celui-ci n’était pourtant pas prédisposé au septième art. Après des études universitaires en économie, Bigas Luna devient designer industriel et d’intérieur, tout en s’adonnant à l’une de ses autres passions, la peinture, art où il excelle et qui lui permet d’être exposé. C’est d’ailleurs au cours d’une galerie qui lui est consacrée, qu’il rencontre Salvador Dalí, avec lequel il se lie d’amitié. Petit à petit, Bigas Luna en vient à la vidéo, toujours dans le cadre d’une de ses expositions. Grâce au format court, il expérimente sur le cadre et les corps. Cela le conduit à son premier long-métrage, TatouageTatuaje (1976), où les thèmes du fétichisme et de l’obsession sont déjà au rendez-vous. Alors que la dictature franquiste connaît ses dernières heures et que l’Espagne se réveille d’une gueule de bois qui aura duré quatre décennies, Bigas Luna est bien décidé à briser tous les tabous grâce à ce nouveau médium qui lui convient totalement et dans lequel il peut s’exprimer pleinement. 1978, Bilbao fait l’effet d’une explosion dans le cinéma ibérique. Dans la continuité de Tatouage, dans lequel le cinéaste suivait un détective privé qui menait l’enquête sur la mort d’un inconnu tatoué, Bigas Luna suit l’itinéraire d’un autre individu, perdu dans ses pensées, sauf que cette fois cet homme étrange ne pense qu’à une « chose », Bilbao. Non pas la ville située au Nord de l’Espagne, mais une prostituée, sujet principal de toutes ses réflexions. Avec sa caméra 16mm, le « director » plonge dans les rues sombres et éclairées aux néons de Barcelone, en s’attachant au milieu de la nuit, quand Bilbao entre en scène, entreprend un striptease sur scène, où elle dévoile ses charmes affriolants aux spectateurs au front perlé de sueur. Étrangement, Bilbao annonce Schizophrenia (1983) de Gerald Kargl, qui suit un psychopathe libéré de prison après avoir purgé une longue peine pour un meurtre qu’il a commis sans mobile ni préméditation. Errant en ville, il retrouve le monde avec une seule idée en tête : tuer à nouveau. Dans Bilbao, on adopte le point de vue d’un homme, à l’aube de la quarantaine, qui n’a qu’une idée fixe, « s’emparer » de Bilbao, ramenée, rabaissée à l’état de « chose » comme il la qualifie lui-même, pour la posséder, pour qu’elle ne soit qu’à lui seul. Véritable choc de l’industrie cinématographique des années 70, Bilbao demeure encore aujourd’hui une expérience rare. Bigas Luna s’associe au chef opérateur Pedro Aznar, qu’il retrouvera sur Caniche, pour proposer aux spectateurs une plongée dans les méandres d’un esprit dérangé. Pendant 1h30, le monologue intérieur omniprésent, calme et réfléchi du personnage principal, tente de relativiser le côté injustifiable de ses actes et ne laisse aucune échappatoire aux spectateurs, pris malgré eux dans cette spirale infernale placée sous le signe du sexe et de la violence.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Bilbao, réalisé par Bigas Luna »

Test Blu-ray / Une femme est passée, réalisé par Juan Antonio Bardem

UNE FEMME EST PASSÉE (Nunca pasa nada) réalisé par Juan Antonio Bardem, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 30 septembre 2025 chez Tamasa Distribution.

Acteurs : Corinne Marchand, Antonio Casas, Jean-Pierre Cassel, Julia Gutiérrez Caba, Alfonso Godá, José Franco, Rafael Bardem, Matilde Muñoz Sampedro…

Scénario : Juan Antonio Bardem, Henry-François Rey & Alfonso Sastre

Photographie : Juan Julio Baena

Musique : Georges Delerue

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1963

LE FILM

Contrainte à rester hospitalisée dans un village espagnol en raison d’une crise d’appendicite, une artiste française déchaîne les passions et les rumeurs, d’autant plus que le médecin marié qui s’occupe d’elle commence à la désirer.

S’il y a bien un réalisateur espagnol que nous n’aurons de cesse de réhabiliter, c’est assurément Juan Antonio Bardem Muñoz (1922-2002), véritable institution dans son pays, car ayant profité de son art pour lutter contre le régime franquiste. Enfant de la balle, fils de parents comédiens, lui-même le frère de l’actrice Pilar Bardem et oncle du légendaire Javier (voilà, vous avez le lien, si vous vous posiez la question), Juan Antonio Bardem (son nom d’artiste, légèrement raccourci donc) est le metteur en scène du mythique Mort d’un cycliste Muerte de un ciclista, son film le plus célèbre, récompensé par le Prix FIPRESCI au Festival de Cannes, qui traite et dénonce les mœurs bourgeoises espagnoles sous le régime de Franco. On pourra aussi citer l’étonnant La Corruption de Chris MillerLa Corrupción de Chris Miller (1973), véritable giallo ibérique avec Jean Seberg, une adaptation en mini-série de L’Île mystérieuse (1973) de Jules Verne, avec Omar Sharif en capitaine Nemo. Et ce n’est qu’une petite partie d’une filmographie aussi rare que précieuse. Aujourd’hui, nous ajoutons à celle-ci Une femme est passéeNunca pasa nada (1963), l’un de ses plus beaux et grands longs-métrages. Derrière ce drame passionnel, Juan Antonio Bardem dresse le portrait d’une petite communauté, microcosme de la société espagnole, dont les rouages trop bien huilés vont subitement grincer en raison d’un grain de sable coincé dans la mécanique. Celui-ci prend l’apparence d’une jeune femme, une étrangère, une française, artiste, libre, dont la beauté insolente et l’activité de danseuse vont devenir le sujet unique de conversation. Magistralement réalisé par un cinéaste au sommet de son art et magnifiquement interprété par une distribution franco-ibérique, Une femme est passée est un sommet, un chef d’oeuvre dans la carrière d’un auteur qu’il est important de redécouvrir.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / Une femme est passée, réalisé par Juan Antonio Bardem »

Test Blu-ray / La Vie rêvée des anges, réalisé par Érick Zonca

LA VIE RÊVÉE DES ANGES réalisé par Érick Zonca, disponible en DVD & Blu-ray le 14 mai 2025 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Élodie Bouchez, Natacha Régnier, Grégoire Colin, Jo Prestia, Patrick Mercado, Francine Massenhave…

Scénario : Érick Zonca, Robert Bohbot & Pierre Chosson

Photographie : Agnès Godard

Musique : Yann Tiersen

Durée : 1h28

Date de diffusion initiale : 1985

LE FILM

Isabelle, jeune vadrouilleuse se trouvant par hasard dans la ville de Lille, rencontre Marie, une jeune Nordiste. Elles vont d’aventure en aventure, l’une à la recherche de la vie, l’autre dans une quête difficile du bonheur.

En cette rentrée septembre 1998, l’auteur de ces mots, âgé de 17 ans, débarque devant le cinéma L’Artistic, situé Boulevard Alexandre Martin à Orléans. Nous sommes le 16 septembre et j’ai rendez-vous avec mon pote Greg pour aller voir Godzilla de Roland Emmerich. J’arrive le premier et, si le blockbuster avec Jean Reno monopolise la salle 1 THX, l’affiche du film placé dans la salle 2 annonce fièrement « La Vie rêvée des anges, réalisé par le metteur en scène orléanais Érick Zonca ». Je suis attiré par le contraste entre les deux actrices, que je ne connais absolument pas, la brune au sourire éclatant, et la blonde, qui sourit aussi, mais plus discrètement et au regard triste…Puis mon ami déboule, nous prenons notre place (50 francs, plein tarif, pour la meilleure salle de la ville), le logo THX défonce les enceintes, Godzilla commence et j’oublie le petit film qui joue de l’autre côté du mur insonorisé. Quand je découvre La Vie rêvée des anges quelques années plus tard, c’est un choc et je n’ai jamais oublié ce premier contact déjà magnétique avec le premier long-métrage d’Érick Zonca (né en 1956). Je le revois plusieurs fois, puis les années passent, deux décennies, au bas mot. C’est pour sa sortie en Blu-ray que je décide de revoir La Vie rêvée des anges, avec pas mal d’appréhensions. Le cinéma social a beaucoup évolué, muté, en France comme ailleurs, pas forcément dans le bon sens, parfois en plongeant – involontairement ou non – dans le pathos, en cherchant à émouvoir à tout prix, en oubliant souvent tout réalisme. En fait, La Vie rêvée des anges n’a pas pris une seule ride et demeure même brûlant d’actualité, intemporel, universel, inaltérable. En collant au plus près de ses deux magnifiques comédiennes, en 16mm, Érick Zonca touche parfois au (faux) documentaire et certaines scènes, qui semblent avoir été tournées clandestinement, en caméra cachée, enregistrent la réaction des passants, choqués, outrés par le comportement de ces deux nanas qui « osent » entamer un dialogue avec ceux qui se trouvent à leur portée. C’est cette liberté qui manque cruellement de nos jours dans le cinéma hexagonal et c’est ce qui fait encore la richesse de La Vie rêvée des anges, chef d’oeuvre touché par la grâce, récompensé par le double prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes et par trois Césars du cinéma (meilleur film, meilleure actrice pour Elodie Bouchez et meilleur espoir féminin pour Natacha Régnier) lors de la 24e cérémonie des César en 1999, tandis qu’1,5 million de spectateurs se déplaceront dans les salles.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / La Vie rêvée des anges, réalisé par Érick Zonca »

Test Blu-ray / La Chambre de Mariana, réalisé par Emmanuel Finkiel

LA CHAMBRE DE MARIANA réalisé par Emmanuel Finkiel, disponible en DVD le 2 septembre 2025 chez Ad Vitam.

Acteurs : Mélanie Thierry, Artem Kyryk, Julia Goldberg, Anastasia Fein, Olena Khokhlatkina, Yona Rozenkier, Olga Radchuk, Minou Monfared…

Scénario : Emmanuel Finkiel, d’après le roman d’Aharon Appelfeld

Photographie : Alexis Kavyrchine

Durée : 2h11

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

1943, Ukraine, Hugo a 12 ans. Pour le sauver de la déportation, sa mère le confie à son amie d’enfance Mariana, une prostituée qui vit dans une maison close à la sortie de la ville. Caché dans le placard de la chambre de Mariana, toute son existence est suspendue aux bruits qui l’entourent et aux scènes qu’il devine à travers la cloison…

À la fin de La Chambre de Mariana, on se dit qu’il serait temps que Mélanie Thierry se voit décerner le César de la meilleure actrice. Elle en a fait du chemin l’Esmeralda de Quasimodo d’El Paris ! La chrysalide a vraiment eu lieu avec Le Dernier pour la route (2009) de Philippe Godeau, pour lequel sa bouleversante prestation lui a valu d’être récompensée par le César de la meilleure actrice dans un second rôle. Aussi rare que précieuse, Mélanie Thierry, qui a ensuite été demandée par Bertrand Tavernier (La Princesse de Montpensier), André Téchiné (Impardonnables), Diane Kurys (Pour une femme), Albert Dupontel (Au revoir là-haut) et même par Terry Gilliam (Zero Theorem) et Spike Lee (Da 5 Bloods : Frères de sang), a également porté de formidables premiers longs-métrages tels que Comme des frères de Hugo Gélin et L’Autre vie de Richard Kemp de Germinal Alvarez. Mais depuis dix ans, sa plus grande collaboration demeure celle avec le réalisateur Emmanuel Finkiel. Ainsi, après l’excellent Je ne suis pas un salaud (2015) et le sublime La Douleur (2018), dans lequel elle incarnait Marguerite Duras, Mélanie Thierry retrouve le cinéaste pour La Chambre de Mariana, adaptation du roman, chef d’oeuvre de l’écrivain israélien Aharon Appelfeld, publié en 2006 et plus ou moins inspiré de la vie de l’auteur. Emmanuel Finkiel, même s’il s’était juré de ne pas refaire un film sur la Shoah, a vu des liens avec sa propre existence et a décidé de faire La Chambre de Mariana, que l’on peut désormais voir comme le dernier volet d’une trilogie, ou plutôt d’un triptyque aux côtés de Voyages et La Douleur. Et c’est à nouveau une immense et extraordinaire réussite.

Continuer la lecture de « Test Blu-ray / La Chambre de Mariana, réalisé par Emmanuel Finkiel »