Test Blu-ray / L’Année dernière à Marienbad, réalisé par Alain Resnais

L’ANNÉE DERNIÈRE À MARIENBAD réalisé par Alain Resnais, disponible en combo Blu-ray/DVD le 25 septembre 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Giorgio Albertazzi, Delphine Seyrig, Sacha Pitoëff, Jean Lanier, Françoise Spira, Gilles Quéant…

Scénario : Alain Robbe-Grillet

Photographie : Sacha Vierny

Musique : Francis Seyrig

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Dans un château de Bohême transformé en hôtel, des gens vivent dans une atmosphère feutrée. Ils sont là pour se reposer, et tout autre bruit que quelques paroles chuchotées est proscrit. Un homme s’attache à une femme et tente de la persuader qu’ils ont eu une aventure, l’année dernière, à Marienbad.

Et si L’Année dernière à Marienbad était le plus grand film fantastique français ? Film phare de la Nouvelle Vague, le second long métrage réalisé par Alain Resnais est tellement riche, insondable, pluriel, que les années n’ont aucune emprise sur lui. Scandale à sa sortie puisqu’il remettait en question le principe de la narration classique en rejetant toute notion d’intrigue, ce gigantesque chef d’oeuvre absolu de l’histoire du cinéma n’a jamais révélé et ne révélera d’ailleurs jamais toutes ses facettes. Ouvert à toutes les interprétations, L’Année dernière à Marienbad, écrit par l’un des chefs de file du Nouveau roman, Alain Robbe-Grillet, restera à jamais un film énigmatique, mystérieux, doublé d’un extraordinaire objet visuel avec une mise en scène à se damner et une photographie N&B qui sublime les décors de Bernard Evein, les costumes créés par Coco Chanel et l’immense comédienne Delphine Seyrig dans son premier vrai rôle au cinéma.

Une soirée théâtrale dans un somptueux palace d’une ville d’eau allemande. Un homme très élégant rencontre une femme et s’efforce de la persuader que, l’année précédente, à Marienbad, elle avait promis de tout quitter pour vivre avec lui. La femme ne se souvient absolument pas d’avoir eu une telle conversation avec lui. L’homme la poursuit pourtant et la harcèle, parfois doucereux, quelquefois inquiétant. Décontenancée, elle ne sait si elle le désire, s’il la répugne, si elle lui obéira. Les jardins et les décors de l’hôtel sont intimement liés à sa longue quête intérieure…

Est-ce un rêve éveillé ? Un cauchemar qui revient en boucle des suites d’un traumatisme, peut-être un viol refoulé ? Où est-on réellement ? Au purgatoire ? Les personnages sont-ils tous décédés ? Les statues du parc se sont-elles animées comme par enchantement ? « A », cette femme brune inaccessible, est-elle née du désir de l’homme de voir apparaître sa moitié à ses côtés ? Son visage de marbre reflète-t-il la matière dont elle était faite quelques instants auparavant ? Tant de questions et encore plus qui nous viennent à l’esprit durant 1h35, tandis qu’Alain Resnais nous ravit le coeur et les yeux par la beauté incandescente de ses travellings.

Pourquoi « X » (Giorgio Albertazzi), cet homme à l’accent italien, essaye par tous les moyens d’atteindre et de convaincre cette beauté brune qui ne se souvient pas de lui ? Lorsqu’il croit l’avoir fait, elle s’est déplacée sur une autre pointe du temps, un autre souvenir : il faut la convaincre à nouveau. De nouveaux cauchemars se dressent devant lui : est-il sûr que c’est elle qu’il aime ? Est-il sûr de l’avoir rencontré ? Pourquoi cet inconnu doit également affronter à plusieurs reprises un autre homme, « M » (Sacha Pitoëff), un joueur invétéré, peut-être l’époux de « A », dans une partie de jeu d’allumettes où le sort semble s’acharner contre « X » systématiquement.

D’entrée de jeu, Alain Resnais fait perdre ses repères au spectateur à travers les interminables couloirs labyrinthiques et les hauts plafonds d’un palace baroque. Dans les allées des jardins à la française, des individus en smoking ou en robe de soirée restent figés sur place, comme si le temps était suspendu. Pourtant, dans le palais, une pièce de théâtre se joue, tandis que les discussions s’animent d’un salon à l’autre. Les propos sont opaques, n’ont aucun sens ou reprennent certaines répliques de la pièce. Seul un homme, « X » donc, semble être animé par une réelle conscience et pourvu d’émotions, comme Bérenger dans Rhinocéros de Ionesco. Autour de lui, les personnages s’apparentent à des pantins animés par le même marionnettiste. Et c’est dans ce décor majestueux que nous suivons X et A, eux-mêmes perdus dans le temps puisque les costumes peuvent changer d’une pièce à l’autre, dans un même plan.

Alain Resnais et Alain Robbe-Grillet ne donneront aucune explication et le spectateur ne connaîtra jamais la vérité. A sa sortie en 1961, L’Année dernière à Marienbad est accueilli par une presse plutôt favorable, même si ses détracteurs sont particulièrement virulents, en avançant comme argument que le rôle du cinéma, divertir les spectateurs, est bafoué au profit de l’intelligentsia. Si le succès est nettement moins conséquent qu’Hiroshima mon amour (2,2 millions d’entrées), le deuxième film d’Alain Resnais, Lion d’or au Festival de Venise, Prix Méliès, Prix du meilleur film français du syndicat de la critique de cinéma attire quand même près de 900.000 français dans les salles, tous attirés par ce véritable phénomène sur lequel tout le monde souhaite avoir une opinion. Mais la plupart demeureront dubitatifs devant ce récit obscur, ce refus de la chronologie, ces apparents flashbacks et sauts dans le temps soulignés par la lancinante, envoûtante et hypnotique partition de Francis Seyrig, frère de la comédienne.

C’est ce renoncement au naturalisme, qui a ensuite inspiré moult cinéastes, de David Lynch à Gus Van Sant, en passant par Stanley Kubrick, procédé très avant-gardiste et d’ailleurs toujours aussi moderne en 2018, qui a décontenancé la plupart des spectateurs. L’Année dernière à Marienbad est inclassable puisque le genre auquel il appartient n’est autre que le film lui-même, comme s’il se basait sur un jeu sans aucune règle (comme celui des allumettes et des cartes qui revient dans le film), si ce n’est se laisser emporter par la mise en scène sans cesse inspirée et d’où naît l’émotion. De ce labyrinthe de mots et d’images naît le trouble, de cette révolution esthétique le coeur s’emballe. Loin d’être un pensum prétentieux et verbeux, ce puzzle complexe foudroie du début à la fin et s’inscrit de façon indélébile dans les mémoires. Et l’on reviendra toujours se perdre dans ce dédale intrigant, onirique, déroutant, froid en apparence, pourtant accueillant, hors du temps, qui bouscule et fait confiance à l’intelligence d’une audience toujours flattée qu’on lui propose une expérience de cinéma unique en son genre.

LE BLU-RAY

Quasiment dix ans après sa première édition en Haute-Définition, L’Année dernière à Marienbad fait son grand retour en Blu-ray dans une version restaurée inédite. Le test a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur une séquence du film.

Tout d’abord, l’éditeur reprend l’intégralité des suppléments disponibles sur l’édition HD de novembre 2009, à savoir :

Toute la mémoire du monde (1956-21’)  et Le Chant du Styrène (1958-13’), deux courts-métrages réalisés par Alain Resnais. A travers une superbe mise en scène, le premier film dévoile l’organisation au sein de la Bibliothèque Nationale de Paris, 58 rue de Richelieu. Sur un scénario de Rémo Forlani et une musique de Maurice Jarre, ce documentaire rend hommage à tous les employés qui répertorient, classent et entretiennent tous les ouvrages et sans qui ce trésor serait inaccessible. Quelque part, Toute la mémoire du film annonce L’Année dernière à Marienbad. Plongez dans ce véritable coffre-fort et musée des mots où lectures, œuvres précieuses et introuvables, connaissances, catalogues et collections de livres sont enfermés, répertoriés, analysés, classés, notés, étiquetés, enregistrés et consultés.</

Le second film met en images le poème éponyme de Raymond Queneau en alexandrins. Du bol en plastique jusqu’au pétrole, toute la chaîne industrielle conduisant à la fabrication des objets en plastique est parcourue en remontant à la source. Une visite des usines Péchiney guidée par la voix de Pierre Dux. Le fabricant de polystyrène avait commandé ce film qui devait être à la gloire de ce « noble matériau entièrement créé par l’homme ».

Alain Robbe-Grillet, épisode de la série documentaire 1 siècle d’écrivains (1999-18’30) : Le réalisateur Frédéric Compain déclare sur la genèse de ce documentaire : « Au lycée, vers l’âge de 17 ans, j’ai lu un roman d’Alain Robbe-Grillet. En 1973, 20 ans après sa parution, Les Gommes était au programme du bac français. On découvrait toute une littérature qui, disait-on, s’affirmait par des refus. On évitait par contre de souligner à quel point son œuvre – toujours très contestée – était hantée par des fantasmes sado-masochistes. Alain Robbe-Grillet est étudié, décortiqué, scannérisé, mais est-il vraiment lu ? Cet homme en mouvement, cet écrivain vivant, je voulais le connaître. Une certaine image de la littérature laissait imaginer un écrivain vieillissant, vaniteux et blasé. J’ai découvert, étonné, un homme encore jeune, insolent, jouant ouvertement au sale gosse, lui « le pape du nouveau roman » qui, avec Nathalie Sarraute, Samuel Beckett, Marguerite Duras et Michel Butor avaient tant secoué la littérature contemporaine. Aujourd’hui, plus de 20 ans après, il m’a dit : « Pourquoi nous n’irions pas à l’île d’Ouessant ? On pourrait y faire un film. Sur moi. Avec vous. » J’ai dit oui, je veux bien ». L’écrivain se livre face à la caméra, chez lui, tandis que diverses archives complètent et illustrent ses propos. Egalement au programme, des extraits d’interviews diverses et variées, de conférences et d’interventions télévisées.

Professeure en études cinématographiques à King’s College London et critique de cinéma à Sight and Sound, Ginette Vincendeau propose ensuite une formidable présentation (en anglais sous-titré français) de L’Année dernière à Marienbad (2005-18’30). Le chef d’oeuvre d’Alain Resnais est analysé sous tous les angles, sur le fond comme sur la forme. Ginette Vincendeau propose également de multiples interprétations du film, tout en le remettant dans son contexte cinématographique et même littéraire puisque L’Année dernière à Marienbad reste évidemment lié à l’émergence du Nouveau roman dont Alain Robbe-Grillet était l’un des chefs de file.

Vous pouvez compléter cette intervention par l’essai en vidéo réalisé par Luc Lagier, intitulé Dans le labyrinthe de Marienbad (33’). Résumer ce module (découpé en plusieurs chapitres) serait bien trop complexe tant celui-ci regorge en détails et analyses absolument indispensables, qui pourront donner quelques pistes ou éclaircissements sur une œuvre qui de toute façon ne révélera jamais toutes ses facettes et ses recoins cachés. Par ailleurs, le parallèle établi entre L’Année dernière à Marienbad et Shining de Stanley Kubrick est aussi troublant que passionnant. Même chose concernant les points communs entre le chef d’oeuvre d’Alain Resnais et La Mort aux trousses d’Alfred Hictchcock, ce dernier étant d’ailleurs présent dans le film…

Les seuls bonus inédits sont la bande-annonce de la version restaurée, ainsi qu’un entretien croisé de François Thomas, spécialiste de l’oeuvre d’Alain Resnais, Catherine Robbe-Grillet (écrivaine et épouse d’Alain Robbe-Grillet) et la comédienne Anna Mougladis. Ce supplément de trente minutes replace L’Année dernière à Marienbad dans la carrière respective du cinéaste et du scénariste, jusqu’à leur rencontre et leur désir de collaborer ensemble puisqu’ils étaient chacun admiratif du travail de l’autre. L’écriture du film, son tournage, la bande-son, les thèmes, sa sortie, tout y est évoqué avec une passion contagieuse.

L’Image et le son

L’Année dernière à Marienbad avait déjà bénéficié d’une édition HD en 2009. Le même éditeur propose cette fois le film d’Alain Resnais dans une version entièrement restaurée. Sublime ! Ce Blu-ray présenté au format respecté est on ne peut plus flatteur pour les mirettes. Tout d’abord, le splendide N&B de Sacha Vierny (Hiroshima mon amour, Belle de jour) retrouve une densité inespérée dès l’ouverture. La restauration est indéniable, aucune poussière ou scorie n’a survécu au scalpel numérique, l’image est d’une stabilité à toutes épreuves. Les contrastes sont fabuleux et le piqué n’a jamais été aussi tranchant. Le grain original est présent, sans lissage excessif, ce qui devrait rassurer les puristes. Le cadre fourmille de détails. Une des éditions incontournables de l’année 2018 !

Egalement restaurée, la piste DTS-HD Master Audio Mono instaure un haut confort acoustique avec des dialogues percutants et une très belle restitution des effets annexes. Aucun souffle sporadique ni aucune saturation ne sont à déplorer. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test DVD / Le Cercle littéraire de Guernesey, réalisé par Mike Newell

LE CERCLE LITTÉRAIRE DE GUERNESEY (The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society) réalisé par Mike Newell, disponible en DVD le 16 octobre 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Lily James, Michiel Huisman, Matthew Goode, Jessica Brown Findlay, Tom Courtenay, Penelope Wilton, Katherine Parkinson, Glen Powell…

Scénario : Kevin Hood, Thomas Bezucha, Don Roos d’après le roman « Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » de Annie Barrows et Mary Ann Shaffer

Photographie : Zac Nicholson

Musique : Alexandra Harwood

Durée : 1h59

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Londres, 1946. Juliet Ashton, une jeune écrivaine en manque d’inspiration, reçoit une lettre d’un mystérieux membre du Club de Littérature de Guernesey créé durant l’Occupation. Curieuse d’en savoir plus, Juliet décide de se rendre sur l’île et rencontre alors les excentriques membres du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates dont Dawsey, le charmant et intrigant fermier à l’origine de la lettre. Leurs confidences, son attachement à l’île et à ses habitants ou encore son affection pour Dawsey changeront à jamais le cours de sa vie.

Il y a des films que l’on regarde confortablement installé dans un canapé, calfeutré sous un plaid, bien au chaud, en sirotant un thé (ou un bon Whisky certes), tandis qu’il fait un froid de canard dehors. Le Cercle littéraire de Guernesey en fait partie. Réalisée par le vétéran Mike Newell (né en 1942), cette adaptation du best-seller de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, le roman épistolaire Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates – The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society, phénomène littéraire de l’année 2008, n’a pourtant rien de bien original et remplit un cahier des charges sans se forcer. Cette histoire non dépourvue de multiples clichés se laisse surtout voir pour ses comédiens (Michiel Huisman aka Daario Naharis de la série Game of Thrones, le grand Tom Courtenay), tous charismatiques en diable et surtout talentueux, en particulier la désormais omniprésente Lily James. L’actrice de 29 ans, étoile montante du cinéma anglais et révélation du Cendrillon de Kenneth Branagh, hérite ici d’un rôle qui aurait été destiné à Keira Knightley il y a dix ans et confirme décidément tout le bien qu’on pensait d’elle après Baby Driver d’Edgar Wright , Trahisons de David Leveaux et la mini-série Guerre et Paix.

S’installer devant Le Cercle littéraire de Guernesey c’est un peu comme se mettre devant un feu de cheminée, au calme, caresser par la chaleur qui en émane. En tant que vieux briscard derrière la caméra, le réalisateur éclectique (qui a dit « faiseur »?) de Quatre mariages et un enterrement (1994), Donnie Brasco (1997), Le Sourire de Mona Lisa (2003), Harry Potter et la Coupe de feu (2005), Prince of Persia : Les Sables du temps (2010) se repose également lui-même, comme s’il devenait spectateur de son propre film. La mise en scène est donc un rien pépère, fonctionnelle, et se contente de capturer les merveilleux paysages naturels (même si le film n’a pas été tourné sur l’archipel éponyme en raison de soucis logistiques) et la performance de ses formidables acteurs.

L’audience est en territoire connu et rien ne viendra vraiment bouleverser l’ensemble, tant les moments attendus se succèdent du début à la fin. Mais ce n’est pas grave, car même si l’on sait d’avance comment cette histoire va se terminer, on est finalement pris par ce récit qui commence de façon plutôt légère avec des personnages malins, évidemment très attachants et même drôles, mais qui révèlent très vite une face cachée. Juliet se rendra compte très vite qu’un secret, une blessure, un traumatisme liés à l’occupation nazie se dissimulent derrière ces apparents sourires et apprendra progressivement à se faire accepter par ce groupe, tout en tombant sous le charme de cette île Anglo-Normande et d’un intrigant fermier du cru.

The Guernsey Literary and Potato Peel Pie (un des titres anglais les plus longs de l’histoire du cinéma) est au final un pur mélodrame historique, mais aussi une histoire d’amour teintée d’aventures, certes trop sage avec Newell qui retombe parfois dans les mêmes travers pompeux que sa transposition de L’Amour au temps du choléra. Toutefois, la reconstitution est élégante (jusqu’aux costumes) et le tout n’en demeure pas moins divertissant et bourré de charme.

LE DVD

Pas d’édition HD pour Le Cercle littéraire de Guernesey, pourtant les paysages le méritaient ! Néanmoins, Studiocanal propose le film de Mike Newell dans un DVD de très bonne qualité. On a quand même du mal à reconnaître Lily James sur la jaquette. Le menu principal est fixe et muet.

En complément, l’éditeur joint un mini-making of classique de 7 minutes, composé d’images de tournage et d’interviews de l’équipe.

L’Image et le son

C’est en découvrant le master SD soigné du Cercle littéraire de Guernesey que l’on regrette l’absence d’une édition en Haute définition. Si le piqué n’est pas aussi ciselé sur les séquences sombres ou tamisées, la colorimétrie est d’une richesse impressionnante, les contrastes sont tranchants et les détails abondent aux quatre coins du cadre. Le relief est omniprésent, la clarté très appréciable.

Nous n’avons pas non plus à nous plaindre des mixages français et anglais Dolby Digital 5.1 qui répartissent les répliques, la musique et les effets avec une belle fulgurance. Il est évidemment nécessaire de visionner Le Cercle littéraire de Guernesey en version originale, même si la piste française s’en sort aussi bien. Les enceintes s’en donnent à coeur joie dans les envolées musicales. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Studiocanal / Kerry Brown / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ?, réalisé par Ettore Scola

NOS HÉROS RÉUSSIRONT-ILS À RETROUVER LEUR AMI MYSTÉRIEUSEMENT DISPARU EN AFRIQUE ? (Riusciranno i nostri eroi a ritrovare l’amico misteriosamente scomparso in Africa ?) réalisé par Ettore Scola, disponible en Édition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret le 7 novembre 2018 chez M6 Vidéo

Acteurs : Alberto Sordi, Bernard Blier, Manuel Zarzo, José María Mendoza, Erika Blanc, Franca Bettoia, Alfredo Marchetti…

Scénario : Agenore Incrocci, Furio Scarpelli, Ettore Scola

Photographie : Claudio Cirillo

Musique : Armando Trovajoli

Durée : 2h02

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Un homme d’affaires fatigué de son travail, de sa famille et de sa vie part à la recherche de son beau-frère disparu en Afrique quelques années plus tôt, entraînant dans cette quête son comptable qui n’en demandait pas tant. Et quand après de très nombreuses aventures, ils retrouveront, finalement, leur ami devenu chef de tribu, se posera la question de le ramener dans ce qu’on appelle la civilisation…

Quel film se cache derrière ce titre à rallonge typique des romans-feuilletons, Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? ou bien encore en version originale Riusciranno i nostri eroi a ritrovare l’amico misteriosamente scomparso in Africa ? Un des bijoux méconnus du grand Ettore Scola. Réalisée en 1968, cette comédie grinçante s’inspire en réalité de l’histoire de Walt Disney intitulée Topolino e il Pippotarzan, dessinée par l’artiste italien, vénitien plus précisément, Romano Scarpa, dans laquelle Dingo (Pippo en Italie) part en Afrique avec Mickey (Topolino) afin de retrouver son frère Pappo, disparu sans laisser de trace. Si Ettore Scola et ses co-scénaristes, les maîtres Age & Scarpelli, prennent évidemment quelques libertés avec le récit original, ils n’en conservent pas moins les grands traits, y compris son dénouement. Dans le film Alberto Sordi (toujours aussi génial et hilarant) incarne Fausto Di Salvio, un bourgeois fier de ce qu’il est devenu, inculte et arrogant, un éditeur de renom qui profite allègrement du miracle économique de son pays. En apparence seulement, car Fausto s’ennuie dans son travail et surtout dans sa vie privée, notamment avec sa femme, avec qui il n’a plus aucune intimité.

« Nous recherchons mon beau-frère…mais nous nous recherchons aussi nous-mêmes ! »

Contraint de partir en Afrique, continent qui l’a toujours fasciné, Fausto emmène avec lui Umbaldo Palmarini, son comptable et homme à tout faire – Bernard Blier, qui retrouve Sordi pour la troisième fois à l’écran – pour chercher et ramener en Italie son beau-frère Oreste Sabatini (Nino Manfredi) qui du jour au lendemain est parti s’installer en Angola, parmi une communauté africaine, en quittant sa femme et sa vie de bourgeois romain. Là-bas, à la fois perdu géographiquement et culturellement, Fausto, homme moderne déboussolé se heurte à un nouveau monde qui lui permettra de repartir sur de nouvelles bases, de faire le point sur sa propre vie, monotone malgré ses succès. Quelle aurait été la vie de Fausto si cette possibilité d’évasion ne s’était pas offerte à lui ?

Le personnage, très attiré par le continent africain, évolue à l’écran en deux heures. Il passera du personnage détestable (il filme tout ce qui se présente à lui, comme s’il tournait un documentaire animalier), raciste et colonialiste (on pense alors fortement à Tintin au Congo), mais malgré tout comique puisqu’il ne comprend rien et ignore tout de ce pays, à l’homme mature qui tentera de dénoncer notamment la traite des noirs. Pour son périple, un parcours initiatique même, Ettore Scola opte pour la comédie d’aventure pour dénoncer le thème du colonialisme à travers une mise en scène inventive et astucieuse, profitant également de la beauté majestueuse de ses décors naturels avec des prises de vue effectuées à Luanda, capitale de l’Angola, par ailleurs toujours sous domination portugaise à l’époque.

Le scénario est un vrai bijou, très intelligent, caustique et engagé, tous comme les savoureux dialogues signés Furio Scarpelli. Pour la petite histoire, alors qu’il entreprend de se doubler lui-même en français, Bernard Blier se rend compte que les dialogues ont changé et le propos adoucis, à tel point que les responsables de cette adaptation avaient purement et simplement gommé toute la dimension anticolonialiste du film. Le comédien prévient alors Ettore Scola qui fait stopper immédiatement la post-synchronisation, puis la sortie hexagonale en raison de cette censure réalisée dans son dos. Sensationnelle comédie ironique, Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? mettra dix ans pour être enfin exploité dans les salles françaises.

LE BLU-RAY

Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? avait connu une première édition DVD en novembre 2007 chez M6 Vidéo, dans sa collection Les Maîtres italiens SNC. Le film d’Ettore Scola débarque en Blu-ray, toujours chez le même éditeur, qui a concocté à cette occasion un Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret de 24 pages écrit par Laurent Bourdon. Le menu principal est animé et musical.

Une interview particulière, une rencontre avec Ettore Scola (53’) : Ce documentaire réalisé pour la chaîne publique italienne Rai, déjà disponible sur l’édition DVD, mélange extraits de films d’Ettore Scola, images du réalisateur et de ses acteurs (Sergio Castellito, Diego Abatantuono…) en plein travail sur le tournage de Concorrenza sleale (réalisé en 2001), et une interview accordée par le réalisateur italien qui revient notamment sur ses débuts en tant que scénariste. Il explique ce qu’il a appris avec chacun de ses confrères, du cinéaste Dino Risi aux scénaristes Age et Scarpelli en passant par l’acteur Massimo Troisi. Un entretien profond qui aborde plusieurs thèmes avec intérêt et qui dresse le portrait d’un cinéaste surdoué.

De la BD au grand écran par l’auteur de BD Charles Berbérian (20’) : Réalisé à l’occasion de cette nouvelle édition, cet entretien permet d’en savoir plus sur la genèse de Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ?, en particulier sur la bande-dessinée Topolino e il Pippotarzan de Romano Scarpa dont le film de Scola est en réalité un détournement. Si Charles Berbérian se penche sur les thèmes, sur la sortie reculée du film pendant dix ans, l’auteur s’égare quelque peu du sujet qui nous intéresse en parlant des adaptations de bandes-dessinées dans les années 60. Finalement, ce module bifurque maladroitement sur la promotion de son livre Cinerama, les meilleurs plus mauvais films.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et le teaser.

L’Image et le son

Voici donc le master restauré 2K de Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ?. L’image est plus qu’impeccable et le superbe générique l’atteste d’emblée. C’est net, les couleurs sont vives, étincelantes, les contrastes solides et les détails sont très appréciables. La propreté est également impressionnante, le grain original respecté, le piqué acéré et l’apport HD non négligeable sur les splendides paysages africains.

La piste mono italienne a été restaurée avec précision. Toutefois, les dialogues y sont moins dynamiques que sur la piste française, même si la merveilleuse partition musicale d’Armando Trovajoli, très représentative du film, est très bien lotie. Certains bruitages (comme les envolées de baffes) sont poussés à l’extrême et rappellent les films du duo Hill & Spencer. Le mixage français, également restauré (Bernard Blier se double lui-même), est plus criard avec des échanges trop mis à l’avant, au détriment des ambiances naturelles. L’éditeur joint également les sous-titres destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © SNC (Groupe M6) / SND / M6 Vidéo / Fondazione Scuola Nazionale Di Cinema / Rai Trade /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test DVD / La Vengeance de la femme au serpent, réalisé par Beverly & Ferd Sebastian

LA VENGEANCE DE LA FEMME AU SERPENT (‘Gator Bait II : Cajun Justice) réalisé par Ferd & Beverly Sebastian, disponible en DVD le 2 octobre 2018 chez Artus Films

Acteurs : Jan Sebastian, Tray Loren, Paul Muzzcat, Brad Koepenick, Jerry Armstrong, Ben Sebastian, Reyn Hubbard, Levita Gros…

Scénario : Beverly Sebastian, Ferd Sebastian

Photographie : Ferd Sebastian

Musique : George H. Hamilton

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1988

LE FILM

Venant d’épouser Big T., un cajun, Angélique part vivre en Louisiane, au beau milieu des marais et des crocodiles. Elle y apprend la vie rude des autochtones, quand une bande de rednecks, dont le chef, Leroy, est le rival de Big T., tue ce dernier et enlève la jeune femme. La belle se fait violer par la bande. Pour se venger, elle va devoir user de courage et de cruauté à la hauteur des sévices subis.

Suite tardive au sympathique Les Marais de la haine – ‘Gator Bait, qui valait surtout pour la beauté flamboyante de la magnifique Claudia Jennings, La Vengeance de la femme au serpent, sobrement intitulé ‘Gator Bait II : Cajun Justice en version originale, est un film conçu uniquement pour son exploitation en VHS. Suite à une commande de la prestigieuse Paramount, 14 ans après Les Marais de la haine, Beverly et Ferd Sebastian reprennent leur caméra Arriflex et retournent dans le bayou. Comme Claudia Jennings est décédée tragiquement en 1979, l’un des seuls liens entre les deux films se fait avec le personnage de Big T.,  le petit frère muet du premier volet. S’il était interprété par Tracy Sebastian, le fils des metteurs en scène, le rôle – ici adulte – est repris dans le second par un certain Tray Loren. C’est du moins ce qu’indique le générique, car il s’agit en fait de la même personne. Sans aucune explication rationnelle, Big T. retrouve l’usage de la parole ici. Beverly et Ferd Sebastian ont ensuite révélé qu’ils avaient été obligés de supprimer tous les dialogues de leur fils, ce dernier étant peu sûr de lui devant la caméra. De toute façon, il faut bien dire que l’intérêt de ce second ‘Gator Bait, comme pour le premier, est ailleurs.

La femme du titre français est ici incarnée par l’inconnue Jan Sebastian, belle-fille des réalisateurs puisque mariée à l’époque à…ah bah tiens au frère de Tracy Sebastian. Une histoire de famille quoi. Peu avare de ses charmes, pulpeuse, crinière au vent, la comédienne n’a certes pas le charisme, la beauté, le talent et le magnétisme de Claudia Jennings, mais s’en sort honorablement dans le rôle principal. Les auteurs repoussent cette fois les limites en inscrivant La Vengeance de la femme au serpent dans le genre du rape & revenge, avec des séquences parfois difficiles, en jouant à la fois sur le voyeurisme et la patience du spectateur.

Jeune citadine, Angélique quitte la ville pour épouser un Cadien, surnommé « Big T. », et s’installer avec lui dans une maison en plein milieu des marécages de la Louisiane. Leur fête de mariage est perturbée par une bande de rednecks, menée par un certain Leroy. Son mari éduque Angélique en lui enseignant l’art de vivre dans le bayou. Il lui apprend à chasser et manier le hors-bord, à pêcher ou encore à manier des armes. Pourtant, leur idylle amoureuse est rompue lorsque Leroy et ses amis pénètrent chez eux pour tuer Big T. et kidnapper Angélique. Violée et laissée pour morte, elle est déterminée à se venger. Elle va devoir user de courage et de cruauté à la hauteur des sévices subis pour torturer et abattre ses ravisseurs un par un…

‘Gator Bait II : Cajun Justice parvient à contenter ceux qui avaient aimé le premier volet et l’audience plus contemporaine qui demandait alors une violence plus frontale. Cette séquelle propose son lot de scènes un peu cucul la praline avec ce couple d’amoureux qui batifolent dans les marais, qui baisent, qui pêchent, qui rebaisent, qui tirent à la carabine, qui baisent encore, qui font du bateau et qui ont bien mérité de baiser après une dure journée. Comme pour le premier opus, le problème de ‘Gator Bait 2 est son absence de rythme et sa succession de vignettes alignées les unes derrière les autres pour en faire un long métrage. Malgré tout, on ne s’ennuie pas. La Vengeance de la femme au serpent se permet même d’être un film Bis plus dégénéré et déviant, plus axé sur les us et coutumes du coin, à l’instar de la séquence du mariage en début du film, variation démunie de celle du premier Parrain.

Ferd et Beverly Sebastian profitent des courbes généreuses de leur comédienne principale en la filmant sous tous les angles, en prenant le temps de la montrer (longtemps) dans son bain, dehors, sur le ponton, devant les yeux affamés de quelques rednecks qui se lèchent les babines. Puis vient la scène où Angélique se voit humiliée par cette bande de cinglés, qui profitent de l’absence de son mari pour abuser d’elle. Puis, ils l’enlèvent, l’attachent comme une bête à un piqué et finissent par la violer au cours d’une longue séquence que certains trouveront interminable. Angélique parvient ensuite à s’échapper, ce qui nous vaut encore quelques séquences en bateau à moteur comme dans le premier épisode, puis prépare sa vengeance après avoir enfilé un short en jean déchiré et trop petit pour ses hanches pleines, tout en ayant pris soin de ne pas boutonner son bustier.

Sans se cacher, ‘Gator Bait 2 : Cajun Justice s’inspire d’une des séquences phares de Délivrance. Si le genre est largement dépassé, Ferd et Beverly Sebastian tirent encore sur la corde de la Hicksploitation, rappelons que Hick signifie péquenaud. Aujourd’hui, nous revoyons La Vengeance de la femme au serpent avec curiosité, tout en se rinçant l’oeil c’est vrai devant Jan Sebastian (qui a d’ailleurs voulu réaliser elle-même ses petites cascades et scènes agitées), avec ce même désir pervers et malgré tout divertissant typique du cinéma d’exploitation, de voir des individus malmenés par des bouseux à la gueule de porte-bonheur, pour ensuite apprécier de voir ces derniers se faire dézinguer à coup de calibre 12.

LE DVD

Artus Films ne manque pas d’idée et encore moins d’audace. L’éditeur lance la collection Rednecks ! Et pour ouvrir le bal, rien de mieux que La Vengeance de la femme au serpent (sorti le même jour que Les Marais de la haine), disponible en DVD dans un superbe slim Digipack au visuel affriolant avec Jan Sebastian. Le menu principal est fixe et musical.

Dans un premier temps, nous retrouvons le même module déjà présent sur l’édition DVD des Marais de la haine. Un bonus qui nous avait quelque peu laissé sceptiques concernant le « témoignage » de Beverly et Ferd Sebastian (12’), qui font ici la promo pour leur association destinée à sauver les chiens lévriers (qui aident également à la réhabilitation des prisonniers), tout en voulant apprendre à créer un « partenariat » avec Jésus, qui selon Ferd a entendu ses prières et l’a sauvé d’une mort imminente alors qu’il était tombé très gravement malade du coeur. Ferd avoue qu’il avait refusé que ses films, « violents et sexuels », ressortent au cinéma ou soient exploités en VHS et DVD, suite à cette expérience miraculeuse. Jusqu’à ce qu’il ait enfin trouvé la « paix intérieure », ou que l’argent venait à manquer, mais ça Ferd ne le dit pas.

Ensuite, l’éditeur a évidemment demandé à Maxime Lachaud de présenter à nouveau le titre « redneck » qui nous intéresse (27’). Comme pour l’exposé consacré aux Marais de la haine, l’auteur du livre Redneck movies : Ruralité et dégénérescence dans le cinéma américain (Rouge Profond, 2014), essayiste et journaliste français semble toujours aussi peu à l’aise devant la caméra, même s’il s’en sort mieux ici. Peut-être le sujet principal abordé, le viol dans le cinéma de la Hicksploitation, l’inspire plus. Maxime Lachaud donne également quelques informations sur le tournage de La Vengeance de la femme au serpent, les réalisateurs et le casting. Si l’ensemble manque de rythme, on y trouve les informations qu’on espérait y glaner, donc le bilan est positif.

Suite et fin du « making of », qui n’en est pas un, dont la première partie est disponible sur le DVD des Marais de la haine, autrement dit l’entretien avec les deux réalisateurs, réalisé en 2012 (14’). Confortablement assis, le couple Sebastian, Beverly et Ferd, répondent aux questions envoyées par leurs fans. Les conditions de tournage sont abordées, les souvenirs s’enchaînent. Beverly explique que leur fils Tracy a repris son rôle des Marais de la haine, même s’il était difficile d’expliquer pourquoi le personnage, muet dans le premier film, parle désormais dans le second. Ferd explique comment certaines séquences ont été tournées, comme celle du mariage, reconstitué pour les besoins du film avec des habitants du cru, dans l’optique d’être le plus authentique possible.

L’interactivité se clôt sur un spot vidéo de trente secondes et le film-annonce qui raconte tout le film !

L’Image et le son

Réalisé près de quinze ans après Les Marais de la haine, La Vengeance de la femme au serpent nous parvient dans un master plus propre, même si le piqué est ici complètement émoussé. L’image est stable, le grain conservé, tout comme les partis pris qui reflètent les pauvres conditions de tournage. Il n’est pas rare d’avoir quelques plans flous ou que la colorimétrie varie au cours d’une même séquence. Le format 1.37 est respecté.

N’hésitez pas à sélectionner la version française, au doublage particulièrement gratiné. Par contre, ce que vous gagnerez en « cachet Bis », vous y perdrez en ambiances annexes. Nettement moins dynamique que la piste anglaise, la VF est quand même très amusante, surtout quand les doubleurs s’en donnent à coeur joie dans les insanités. La version originale semble plus homogène, en dépit de dialogues parfois sourds.

Crédits images : © Artus Films /  Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Religieuse, réalisé par Jacques Rivette

LA RELIGIEUSE réalisé par Jacques Rivette, disponible en combo Blu-ray/DVD le 18 septembre 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Anna Karina, Liselotte Pulver, Micheline Presle, Francine Bergé, Francisco Rabal, Yori Bertin, Catherine Diamant…

Scénario : Jean Gruault, Jacques Rivette d’après le roman « La Religieuse » de Denis Diderot

Photographie : Alain Levent

Musique : Jean-Claude Eloy

Durée : 2h20

Date de sortie initiale : 1966

LE FILM

Au XVIIIe siècle, Suzanne Simonin est cloîtrée contre son gré dans un couvent. Elle trouve un peu de réconfort auprès de la Mère supérieure, mais celle-ci meurt peu après, et est remplacée par une femme sadique qui ne cesse de brimer Suzanne. La jeune femme obtient l’autorisation de changer de couvent, mais reste toujours aussi déterminée à sortir.

Librement adapté d’une œuvre polémique de Diderot…

C’est le film français à avoir provoqué le plus grand scandale dans les années 1960. C’est aussi le second long métrage du réalisateur Jacques Rivette (1928-2016), critique – comme Eric Rohmer et Jean-Luc Godard – aux Cahiers du cinéma depuis 1953 où il devient directeur en chef de la revue dix ans après. Après quelques courts-métrages (Le Quadrille, Le Coup du berger), il signe son premier long en 1960 avec Paris nous appartient. La Religieuse, également connu sous son titre original Suzanne Simonin, la Religieuse de Denis Diderot est rétrospectivement l’oeuvre la plus célèbre de son auteur avec La Belle Noiseuse (1991) et son plus grand succès. Nul autre film dans sa carrière n’aura un tel retentissement et un tel impact. Chef d’oeuvre absolu et d’une folle modernité, La Religieuse offre également à la splendide Anna Karina son plus beau rôle au cinéma.

Les deux sœurs de Suzanne Simonin ont été richement dotées. Leur père n’a plus les moyens d’en faire autant pour Suzanne qui, de plus, n’est pas sa fille. La solution, au XVIIIe siècle, est simple, expéditive : mettre l’enfant mal-aimée au couvent. Suzanne refuse de prononcer ses vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, mais nul ne l’entend et elle se retrouve cloîtrée contre son gré au couvent de Longchamp que dirige Mme de Moni. Cette dernière convainc la jeune fille d’accepter son destin et de prononcer ses vœux. Mais, après la mort de la Supérieure, Mère Sainte Christine impose une discipline de fer. Elle enferme Suzanne dans sa cellule et pour faire échec à sa tentative de résiliation de ses vœux, affirme qu’elle est possédée du démon. Innocentée, Suzanne est transférée au couvent d’Arpajon où règne une totale liberté instaurée par la supérieure, Mme de Chelles. Celle-ci s’intéresse beaucoup à Suzanne et commence par lui faire quelques avances amoureuses puis sexuelles.

Les spectateurs ne manqueront pas de s’interdire toute généralisation hâtive, injuste et évidemment indéfendable…

Qui d’autre qu’Anna Karina aurait pu incarner cette jeune femme rebelle à toute autorité, et désirant retourner à la vie civile, malgré la cruauté d’une abbesse sadique qui lui inflige humiliations et tortures, la croyant possédée par le diable ? Quasiment de tous les plans, la comédienne alors âgée de 25 ans est devenue le visage de la Nouvelle Vague avec déjà à son palmarès Le Petit Soldat, Une femme est une femme, Vivre sa vie, Bande à part et Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution, tous réalisés par son compagnon Jean-Luc Godard. Le projet remonte à la fin des années 1950. Le célèbre et grand producteur Georges de Beauregard propose à Jacques Rivette de réaliser l’adaptation du livre de Diderot. En 1962, un avis de précensure défavorable de la commission de contrôle conduit les scénaristes Jacques Rivette et Jean Gruault à le transposer tout d’abord au théâtre (les trois coups retentiront d’ailleurs au début du film) au Studio des Champs-Elysées en 1963. Anna Karina interprète le rôle principal de la pièce mise en scène par Jean-Luc Godard, qui n’entraîne d’ailleurs aucun scandale et n’obtient pas de succès. Puis les deux scénaristes revoient leur copie afin que le film puisse obtenir une autorisation pour les spectateurs âgés de plus de 18 ans. La Religieuse n’est même pas encore tourné, qu’il se voit en fait déjà interdire.

Des religieuses et des associations de parents d’élèves de l’enseignement privé appellent au boycott. En 1965, la présidente de l’Union des supérieures majeures de France s’adresse directement à Alain Peyrefitte, ministre de l’information. Ce dernier « entend » son inquiétude quant au « caractère blasphématoire de ce film qui déshonore les religieuses ». Jacques Rivette entreprend néanmoins le tournage de La Religieuse, même s’il essuie le refus des monuments historiques pour effectuer ses prises de vue à l’abbaye de Fontevraud. La commission de contrôle autorise enfin la distribution de La Religieuse avec une interdiction aux moins de 18 ans. C’est alors qu’Yvon Bourges, secrétaire d’État à l’information, ainsi que Maurice Grimaud, directeur de la sécurité nationale, interdisent totalement la distribution et l’exportation du film, en prétextant que La Religieuse risque de troubler l’ordre public.

Là-dessus Jean-Luc Godard intervient et interpelle André Malraux, ministre de la culture. Le scandale est national et passe même les frontières françaises. Le film de Jacques Rivette parvient à être sélectionné au Festival de Cannes en 1966. Le producteur Georges de Beauregard se lance dans une bataille juridique et la remporte en 1967 auprès du tribunal administratif. L’interdiction d’exploitation est levée, à l’exception de celle aux moins de 18 ans. La Religieuse sort bel et bien le 26 juillet 1967 dans cinq salles parisiennes, plus d’un an après sa première projection sur la Croisette. C’est un triomphe avec près de trois millions d’entrées. Il faudra tout de même attendre 1975 pour que l’interdiction complète soit levée de façon définitive.

Mais La Religieuse ou Suzanne Simonin, la Religieuse de Denis Diderot va bien au-delà du scandale provoqué à sa sortie. Plus de cinquante ans après, sa modernité étonne encore et le film est loin d’être académique ou « poussiéreux ». Avec sa grâce, son regard bleu perçant, son visage ovale emprisonné dans un voile et son corps sans cesse en mouvement qui reflète sa rébellion contre l’institution, Anna Karina enflamme la pellicule. Jacques Rivette suit son personnage après avoir prévenu dans un sublime prologue que Suzanne ne s’en sortira pas. Chronique d’une mort ou d’une résignation annoncée ? Le spectateur suit le quotidien de Suzanne et devient le témoin de sa lutte acharnée pour sortir de cette prison où on l’a placée de force. Ses rencontres, déterminantes ou pas, s’enchaînent, l’espoir parvient à renaître parfois, mais les désillusions reviennent très vite. Il n’y a rien d’austère dans La Religieuse, film de chair et de sang qui palpite. Derrière la photo et les partis pris froids du chef opérateur Alain Levent, c’est un récit sur la volonté de vivre librement sa vie que nous raconte Jacques Rivette.

Le montage capte l’attention du spectateur sur 2h20, sans un moment de répit. Si Anna Karina reste le diamant du film, ses partenaires, Liselotte Pulver, Micheline Presle, Kean Martin et bien d’autres, témoignent de la solide direction d’acteurs du cinéaste qui rappelons-le n’en était qu’à son second long métrage. La Religieuse demeure l’une des plus grandes expériences du cinéma français des années 1960, un chef d’oeuvre à l’apparence épurée et pourtant d’une richesse thématique et formelle (un certain Claude Zidi à la caméra), parfois quasi-fantastique, insondable qui traverse le temps sans une égratignure. En 2013, une nouvelle et excellente transposition du roman de Denis Diderot réalisée par Guillaume Nicloux sort sur les écrans, avec Pauline Etienne dans le rôle principal.

LE BLU-RAY

Le chef d’oeuvre de Jacques Rivette fait son retour chez Studiocanal, dans un combo Blu-ray/DVD. Le menu principal est animé sur une séquence du film.

En plus de la bande-annonce de la version restaurée, l’éditeur joint un documentaire intitulé Suzanne Simonin …la scandaleuse !, réalisé par Dominique Mallet (28’). Ce module se compose des interventions de Georges Kiejman, avocat et homme politique (ancien ministre sous Mitterrand), et de la grande Anna Karina. Les deux invités reviennent sur toutes les étapes de la sortie houleuse de La Religieuse au cinéma. La comédienne évoque la pièce de théâtre originale puis les menaces de mort qui l’ont conduit à déménager, tandis que l’homme de loi et ancien avocat du producteur Georges de Beauregard replace surtout l’affaire dans son contexte, deux ans avant les événements de mai 68. La mise en scène, les intentions et les partis pris de Jacques Rivette sont abordés dans un second temps, ainsi que le triomphe du film.

L’Image et le son

Entièrement restauré par L’Immagine Ritrovata, La Religieuse profite de cette élévation en Haute-Définition. Les couleurs froides voire glaciales sont nettes et tranchées, les noirs denses, les contrastes sont parfois trop appuyés dans la première partie, mais trouvent ensuite un bon équilibre. Le grain original est heureusement respecté et bien géré, tandis que les nombreux gros plans ne manquent pas de détails. La sublime photographie d’Alain Levent aux ambiances bleutées est admirablement restituée, tout comme les séquences partagées entre ombre et lumière, qui reflètent les tourments et l’espoir de Suzanne. Hormis quelques baisses de la définition et de légers flous, ce Blu-ray de La Religieuse est superbe.

La piste DTS-HD Master Audio mono 2.0 n’est certes pas exempt de sensibles saturations, résonances et de quelques répliques qui paraissent étouffées, mais le confort acoustique est suffisamment assuré. Aucun souffle n’est à déplorer et les sensibles ambiances environnantes sont bien délivrées, même à volume peu élevé. L’ensemble est clair et distinct, la propreté est de mise. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Code 211, réalisé par York Alec Shackleton

CODE 211 (211) réalisé par York Alec Shackleton, disponible en DVD et Blu-ray le 7 novembre 2018 chez AB Vidéo

Acteurs : Nicolas Cage, Sophie Skelton, Michael Rainey Jr., Dwayne Cameron, Weston Cage, Cory Hardrict, Ori Pfeffer, Mark Basnight…

Scénario : John Rebus

Photographie : Alexander Krumov

Musique : Frederik Wiedmann

Durée : 1h27

Date de sortie initiale : 2018

LE FILM

Un simple flic essaie d’interrompre un braquage en cours dans une banque.

Code 211 ou 211 pourrait bien représenter le 211e DTV de Nicolas Cage depuis 2013. A l’exception de Snowden d’Oliver Stone dans lequel il faisait une apparition en 2016, Joe de David Gordon Green est le dernier long métrage avec le comédien à avoir connu une sortie dans les salles françaises. Depuis, Nicolas Cage aura tourné près de 25 films avec une moyenne d’un bon film sur deux avec même d’excellents crus comme Suspect de Scott Walker, The Runner d’Austin Stark, Le Casse des frères Brewer, USS Indianapolis de Mario Van Peebles et Dog Eat Dog de Paul Shrader. Quant au reste…En dehors de Croisades dans lequel il maniait le sabre en nous faisant rire, Pay the Ghost où il affrontait des forces surnaturelles à la Nouvelle-Orléans, La Sentinelle où il arborait une moumoute grisonnante du plus bel effet, Arsenal où il trucidait son véritable frère, Usurpation où il résistait aux courbes de Nicky Whelan, le reste, notamment Tokarev et Le Chaos sont à oublier illico. Je ne suis pas encore « à jour » dans sa filmographie, bien que j’essaye de l’être chaque année, et je dois encore découvrir The Humanity Bureau, Mom and Dad, Army of One, The Watcher et surtout Mandy. Toujours est-il que Code 211 appartient à la catégorie des navets de Nicolas Cage. Malheureusement. On aurait bien voulu l’aimer ce film, mais force est de constater que l’acteur assure ici le minimum syndical et lui-même a l’air de trouver le temps long. Un DTV sans aucune imagination, éculé, lent, long. Et pourtant, le charisme de Nicolas Cage agit toujours autant, c’est dire si on l’aime. 

Le quotidien banal d’un policier veuf, Mike Chandler, est chamboulé par un braquage sanglant et violent. Secondé par son collègue et beau-fils, Steve, et un jeune civil, Kenny, Chandler n’a pas d’autre choix que de lutter contre les bandits. L’affrontement entre la police et les voleurs est sans pitié. Mais leur fusillade vire au carnage…

Pour la sixième fois, Nicolas Cage tourne pour le compte de la célèbre Millenium Films. Code 211 est un thriller réalisé en Bulgarie par un ancien snowboarder professionnel. Ça vous suffit ? Le truc, c’est que le metteur en scène, un certain York Alec Shackleton, est incapable d’insuffler le moindre rythme à son récit auquel on ne croît d’ailleurs jamais. L’installation des personnages est poussive, à l’instar de cette séquence d’ouverture en Afghanistan qui semble avoir été filmée dans la carrière de calcaire du coin, avec des comédiens qui gesticulent comme des marionnettes de Team America, police du monde de Trey Parker et Matt Stone. Là-dessus arrive une improbable agent d’Interpol interprétée par la divine comédienne roumaine Alexandra Dinu, très agréable à regarder, mais qui fait rire dès qu’elle montre son badge pour intimider quelques sbires.

Et Nicky là-dedans ? Bah on le voit cinq secondes durant les vingt premières minutes. En train de conduire, en train de boire son café, en train de froncer les sourcils puisque son personnage est triste en raison de la mort de son épouse. Son deuil impossible l’a éloigné de sa fille. Cette dernière (Sophie Skelton de la série Outlander) apprend qu’elle est enceinte de son compagnon (Dwayne Cameron, celui dont on aime bien se moquer durant le film), flic également, qui bosse avec mister Cage. Ajoutez à cela un adolescent afro-américain qui subit des brimades dans son lycée, mais qui suite à un imbroglio se retrouve à devoir suivre les deux policiers pour se remettre sur « le droit chemin », un employé de banque qui dit au revoir à sa femme avant d’aller bosser (on se doute alors qu’il y passera à un moment), une serveuse au décolleté vertigineux et surtout des braqueurs à la mine patibulaire dont l’un est « incarné » par le propre fils de Nicolas Cage, Weston. Au cours d’une scène, ce dernier n’hésitera pas à vouloir canarder son paternel.

Weston Cage, visant son père

En fait, Code 211 ne propose rien, si ce n’est un affrontement à coup de gros calibres, durant une plombe. Ça se tire dessus, ça atteint rarement sa cible, même à quelques mètres de distance, malgré le fait que les mecs soient des tireurs d’élite et qu’ils utilisent des lunettes perfectionnées. En gros, le point rouge apparaît clairement sur la tête de Nicky, mais la balle s’encastre à un mètre au-dessus de sa perruque. Ce n’est pas qu’on s’ennuie devant Code 211, c’est qu’une fois de plus Nicolas Cage se vautre dans une production indigne de son immense talent. Le plus dingue, c’est qu’il parvient toujours à briller à un moment comme lorsqu’il s’insurge devant sa hiérarchie quant au temps mis par les renforts pour intervenir. D’autres scènes mettent mal à l’aise et font sourire involontairement, comme celle où le gendre de Nicolas Cage, pensant bientôt rendre son dernier souffle, s’adresse en vidéo à son enfant (il venait d’apprendre qu’il allait être père juste avant de partir au boulot le matin) en lui disant tout ce qu’ils ne pourront pas faire tous les deux. Gloups.

Je flingue ma carrière encore une fois

Encore quelques minutes où les protagonistes semblent tirer dans le vide, puis hop, Cage fait son footing, rentre chez lui et générique de fin. Nicolas, l’homme qui tourne plus vite que son ombre, étant déjà parti sur un autre plateau. Next ! Tiens d’ailleurs c’était un autre film amusant de Nicky ça…

La séquence gênante du film

LE BLU-RAY

AB Vidéo avait déjà édité The Runner et Pay the Ghost en DVD et Blu-ray. Cette édition HD de Code 211 se présente sous la forme classique d’un boîtier de couleur bleue, avec un visuel attractif. Le menu principal est animé et musical.

La bande-annonce est disponible.

L’Image et le son

Peu de choses à dire sur ce master français Haute-Définition de Code 211 qui peine parfois à convaincre. Le relief est certes appréciable, mais le piqué est aléatoire et pâtit de la mise en scène heurtée. Les détails ne manquent pas (voir les raccords capillaires de Nicolas Cage), les couleurs sont vives et la clarté des séquences diurnes tire profit de cet upgrade. Le reste est plus anecdotique.

Du côté acoustique, les mixages français et anglais DTS-HD Master Audio 5.1 créent un espace d’écoute suffisamment plaisant en faisant la part belle à la musique et à quelques effets latéraux comme les très nombreux affrontements au tir. Des ambiances naturelles percent les enceintes arrière sans se forcer mais avec une efficacité chronique. Le doublage français est convaincant et que les fans soient rassurés, Dominique Collignon-Maurin prête sa voix cette fois encore à Nicolas Cage. L’éditeur joint également deux pistes DTS HD Master Audio 2.0.

Crédits images : © AB Vidéo / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Mort a pondu un oeuf, réalisé par Giulio Questi

LA MORT A PONDU UN OEUF (La Morte ha fatto l’uovo) réalisé par Giulio Questi, disponible en combo Blu-ray/DVD le 30 octobre 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Gina Lollobrigida, Jean-Louis Trintignant, Ewa Aulin, Jean Sobieski, Renato Romano, Vittorio André…

Scénario : Franco Arcalli, Giulio Questi

Photographie : Dario Di Palma

Musique : Bruno Maderna

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Marco est un éleveur de poules. Sa femme, Anna, est la patronne de l’entreprise et pense être l’épouse idéale pour son mari. Mais Marco, qui s’est rendu compte qu’il s’était trompé en l’épousant, recherche des émotions inhabituelles auprès des prostituées d’un motel.

Venu du documentaire, Giulio Questi (1924-2014) n’aura réalisé que trois longs métrages pour le cinéma. Pourtant, ses trois films, Tire encore si tu peux (1967), La Mort a pondu un œuf (1968) et Arcana (1972) ont su marquer les cinéphiles et leur réputation n’est pas usurpée. Le premier est tout simplement l’un des plus grands westerns italiens, un chef d’oeuvre qui joue avec les genres et même parfois avec les codes du giallo, ce qui lui a valu de nombreux déboires avec la censure à sa sortie, au point d’être interdit trois jours seulement après son arrivée sur les écrans. Avec ses séquences très gore comme celle où des individus mal intentionnés s’acharnent sur le corps criblé de balles en or d’un mourant, désireux de s’emparer de ce butin inattendu, Tire encore si tu peux est un western teinté de film d’horreur surréaliste et de fantastique. Giulio Questi souhaite s’affranchir des conventions. Pour son second long métrage, il surfe sur la vague du giallo. Mais comme pour son premier film, le cinéaste décide d’aller bien au-delà. Les éléments-clé sont présents, un tueur ganté, une arme blanche (poignard et rasoir), une pointe d’érotisme, mais La Mort a pondu un œuf – La Morte ha fatto l’uovo repousse encore une fois les limites. Le réalisateur livre un véritable OFNI redoutablement pessimiste sur la nature humaine, dans lequel brille une fois de plus l’immense talent de Jean-Louis Trintignant.

Marco occupe le poste de cadre supérieur au sein d’une entreprise que possède son épouse Anna. Il s’agit d’une ferme industrielle expérimentale, dotée d’un laboratoire, spécialisé dans l’élevage de poulets en batterie. Mais le couple bat de l’aile, ils ne se supportent plus. D’autant plus que Marco, castré et complexé par sa femme, lui cache ses pulsions meurtrières. Il entraîne des prostituées dans une chambre d’hôtel pour les tuer. Quant à Anna, elle tient les rênes de la société et gère la bourse de leur business. Marié mais sans enfants, le couple vit avec Gabrielle, la jeune cousine, orpheline et leur héritière directe. Un jour, alors qu’il assassine une femme de petite vertu, Marco est surpris par un témoin qui n’intervient pas et n’appelle pas la police.  Le lendemain, Marco est convoqué pour rencontrer Mondaini, un directeur de marketing. Il s’agit du témoin du meurtre de la prostituée.

La Mort a pondu un œuf est un film expérimental, inclassable, unique, qui agit comme une séance d’hypnose angoissante et glaçante. Virtuose, maîtrisé du début à la fin, audacieux, sans cesse inventif, La Morte ha fatto l’uovo reste et restera une véritable et fascinante curiosité. Dans cette optique, Giulio Questi « détourne » Jean-Louis Trintignant en lui faisant endosser le rôle principal, celui d’un homme frustré, à l’esprit déviant. Son visage impassible exprime la folie intérieure qui anime son personnage, qui s’ennuie à la fois dans son travail et dans son couple. Sa moitié n’est autre que la « Lollo », Gina Lollobrigida, dans l’une de ses dernières véritables apparitions au cinéma. Sculpturale, magnétique, sensuelle, l’éternelle Bersagliera de Pain, Amour et Fantaisie de Luigi Comencini incarne également une femme à la sexualité refoulée, attirée par les femmes et même par l’inceste.

Si l’intention de départ était de réaliser un giallo, Giulio Questi dresse en réalité le portrait d’un couple qui n’est pas sans rappeler La Nuit – La Notte de Michelangelo Antonioni, avec cette célèbre « absence de dialogue » vulgairement appelée « incommunicabilité ». Derrière ce vernis glacé, une mélancolie naît et se fait palpable. La Mort a pondu un œuf c’est le récit d’un homme malheureux, paumé dans une élite bourgeoise dans laquelle il ne se reconnaît pas et qui cherche à se sentir vivant en donnant la mort. Sans en révéler plus, disons que cette jouissance provoquée par l’assassinat n’est qu’éphémère. Marco sera toujours un être seul, perdu dans ses tourments, son mal-être, ses complexes. Le montage frénétique, particulier et déstructuré renvoie au cerveau perturbé du personnage principal, tout comme cette musique dissonante marquée constamment par des ruptures.

Autour de lui, le monde change. L’industrialisation implique le renvoi des employés (qui protestent derrière un grillage comme des poules dans leur enclos), la manipulation génétique – des volatiles naissent sans tête et sans ailes – remplace l’élevage traditionnel. Marco perd ses repères et n’est pas prêt à affronter ces mutations. Il n’a donc qu’un seul remède pour se sentir encore vivant et repousser le plus longtemps cette société déshumanisée qui souhaite l’absorber. On pourrait continuer encore longtemps ainsi tant La Mort a pondu un œuf regorge de pistes possibles, certaines inexplorées, toujours labyrinthiques. C’est là toute la puissance de cet étonnant et très étrange faux giallo, mais avant tout drame social et psychologique, mystérieux objet de culte chéri par les cinéphiles du monde entier et les réalisateurs (David Lynch pour Eraserhead, David Cronenberg pour Frissons et Rage), qui est loin d’avoir dévoilé et révélé toutes ses facettes.

LE BLU-RAY

La Mort a pondu un oeuf est le numéro 5 de la collection Make my Day supervisée par Jean-Baptiste Thoret. Comme pour les autres titres de la collection, Studiocanal permet enfin de (re)découvrir La Mort a pondu un oeuf dans une édition digne de ce nom. Le film de Giulio Questi est présenté ici dans un combo Blu-ray/DVD, disposés dans un Digipack, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est sobre, très légèrement animé et musical.

En tant que créateur de cette collection, Jean-Baptiste Thoret présente tout naturellement le film qui nous intéresse au cours d’une préface en avant-programme (6’). Comme il en a l’habitude, le critique replace de manière passionnante La Mort a pondu un oeuf dans son contexte, dans la filmographie et le parcours de Giulio Questi. « Un film extraordinaire et extrêmement rare » déclare Thoret, qui indique également que ce film était perdu dans le catalogue de Studiocanal sous le titre « Le Sadique de la chambre 24 ». Il évoque également la sortie de La Mort a pondu un oeuf dans une version amputée, ainsi que la genèse et les thèmes du film, mais également le casting « intelligent et judicieux ». Tout cela est abordé sans pour autant spoiler le film pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu.

L’éditeur propose ensuite un entretien de Giulio Questi, réalisé à Florence en novembre 2009 (12’30). Durant cette interview, le réalisateur parle de ses films « qui ont toujours eu du mal à faire recette » en raison du traitement original et personnel avec lequel il abordait ses sujets. Le cinéaste était toujours animé par cette passion pour « l’art pop » comme il désignait le septième art et se penche plus longuement sur sa liberté créatrice, ou comment reprendre les schémas éprouvés du cinéma de genre, pour mieux se les approprier.

Nous trouvons un entretien passionnant avec James Blackford, producteur de DVD et de Blu-ray au British Film Institute, qui propose un formidable tour d’horizon des films de Giulio Questi, dont il admire l’oeuvre (19’). Cet exposé contient des spoilers sur les œuvres abordées. James Blackford ne manque pas d’arguments pour analyser les longs métrages « singuliers, fascinants, étranges, surréels, extravagants et magnifiques » de ce cinéaste qui le fascine tant. L’atmosphère, le style et le regard sur le monde de Giulio Questi sont finement abordés, ainsi que son sens de l’humour macabre, la complexité de son montage et de son désir de « renverser les modèles préétablis ». Les thèmes de La Mort a pondu un œuf sont également explorés, ainsi que les trente minutes coupées au montage, réintégrées ici dans cette édition.

Nous terminons pas un véritable cadeau, un entretien avec l’immense Jean-Louis Trintignant, réalisé en 2004 par Sandrine Dumarais, intitulé Jean-Louis Trintignant – J’ai rendez-vous avec vous (51’). Ce film diffusé sur France Télévisions est un voyage poétique dans l’univers du comédien. Suivant le rythme tranquille des représentations bi-hebdomadaires des Poèmes à Lou de Guillaume Apollinaire, en immersion dans la quiétude  du Théâtre de La Madeleine, entre deux répétitions, nous le retrouvons dans la chaleur feutrée de sa loge :  alors Trintignant nous entraîne  sur les chemins du cinéma, propos souvent amusés, inédits. Avec un réel plaisir, il parle des comédiens (les « Colonels » comme Mastroianni), des réalisateurs qu’il a aimé rencontrer (Jacques Audiard, François Truffaut, Patrice Chéreau), il parle aussi des films qu’il a faits (en tant qu’acteur mais aussi comme réalisateur), il parle surtout de ce drôle de métier qu’il exerce depuis plus de cinquante ans. Revenant sur la création théâtrale, il parle de sa fascination pour les poèmes d’Apollinaire, de la relation passionnée qui le liait à Lou, de la genèse de ce spectacle qui est née de sa fille Marie qui était à ses côtés sur scène lors de la première création. Les images de la représentation, des répétitions, se mêlent à la musique aérienne du spectacle, à la voix de Trintignant qui raconte, qui se raconte…  Des images super 8, comme de petites bulles naîtront de la musique et s’évanouiront entre les lignes des poèmes interprétés par Trintignant sur scène.

L’Image et le son

Rien ne l’indique, sauf dans les suppléments, mais le montage présenté ici de La Mort qui a tué un œuf est la version intégrale du film. Censuré à sa sortie avec près d’une demi-heure de séquences coupées, La Morte ha fatto l’uovo a depuis été reconstitué. Hors la qualité des images des scènes longtemps invisibles se voient comme le nez au milieu de la figure. En dépit d’une forte restauration, certains défauts n’ont pu être corrigés sur les séquences coupées, comme tout ce qui concerne l’ami de Marco, qui était passé à la trappe. Il n’est d’ailleurs pas rare que la définition flanche brutalement au cours d’une même séquence avec un grain nettement plus imposant (les scènes de Marco au travail) et des visages très rosés. En dehors de ça, malgré quelques fourmillements, cette présentation HD se tient avec une belle luminosité, des couleurs ragaillardies, un piqué parfois même acéré et une propreté indéniable du master.

Seule la version originale aux sous-titres français est disponible. Ce mixage est dynamique et le souffle aux abonnés absents. Comme de coutume, les dialogues ont été entièrement retravaillés en post-production, d’autant plus que Jean-Louis Trintignant ne parlait pas italien.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

Test Blu-ray / Porte des Lilas, réalisé par René Clair

PORTE DES LILAS réalisé par René Clair, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Pierre Brasseur, Georges Brassens, Henri Vidal, Dany Carrel, Raymond Bussières, Gabrielle Fontan, Amédée, Annette Poivre, Alain Bouvette, Alice Tissot…

Scénario : René Clair, Jean Aurel d’après le roman « La Grande ceinture » de René Fallet

Photographie : Robert Le Febvre

Musique : Georges Brassens

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1957

LE FILM

Juju « propre à rien, ivrogne et paresseux », mais aimé par les habitants de son quartier parisien de le Porte des Lilas, admire son ami « l’Artiste », un guitariste qui habite dans le petit pavillon voisin. C’est là qu’un matin, un inconnu qui fuit la police, vient se réfugier…

Porte des Lilas est l’un des derniers longs métrages du grand cinéaste René Clair (1898-1981). L’auteur de Sous les toits de Paris (1930), La Belle Ensorceleuse (1941), La Beauté du diable (1950), Les Belles de nuit (1952) sort du triomphe des Grandes manœuvres (5,3 millions d’entrées) avec Gérard Philipe et Michelle Morgan, son premier film en couleur et récompensé par le Prix Louis-Delluc. Il jette son dévolu sur un roman de René Fallet (La Soupe aux choux, Le Triporteur, Les Vieux de la vieille), intitulé La Grande ceinture, qui vient d’être publié. René Clair adapte librement le livre original, désireux de revenir à une production plus « modeste » que son film précédent. Porte des Lilas a longtemps été sous-estimé. Certes, cette comédie-dramatique n’égale pas ses plus grandes réussites et souffre d’un manque de rythme, mais Porte des Lilas vaut bien plus que sa réputation de « petit film » et reste curieux à plus d’un titre puisqu’il s’agit de l’unique apparition au cinéma du chanteur et compositeur Georges Brassens.

Juju, un brave homme nonchalant, passe le plus clair de son temps à boire. Il vit non loin de chez son meilleur ami, surnommé l’Artiste, un chanteur-guitariste. Un jour, leur quartier est investi par la police, qui recherche Barbier, un dangereux criminel. Les agents repartent bredouilles. Juju et l’Artiste acceptent d’héberger le malfaiteur, dont l’élégance et l’assurance ne manquent pas de les impressionner. Juju, en particulier, admire beaucoup leur hôte, dont il accepte même les tentatives de séduction à l’endroit de la jeune Maria qui, pourtant, est la dame de ses propres pensées. Quand Barbier s’apprête à disparaître, seul, après avoir dépouillé Maria et son père, Juju décide enfin de réagir…

Georges Brassens incarne un chanteur anarchiste, misanthrope, aimant les chats et gratter sa guitare toute la journée. Autrement dit lui-même. Véritable attraction de Porte des Lilas, « l’autre moustache » comme l’appelle avec « affection » Bernard Frédéric dans Podium, ne fait pas grand-chose face à la caméra, à part chanter dans un bistrot parisien reconstitué en studio. Passée la surprise, c’est finalement l’immense talent de Pierre Brasseur, magnifique, qui crève l’écran une fois de plus et que l’on retient longtemps après. Son personnage très attachant et bouleversant, parfois proche de celui tenu par Jean Lefebvre dans Un idiot à Paris (également adapté de René Fallet) fait le grand intérêt de Porte des Lilas. Il y a aussi la virtuosité discrète, mais indéniable de René Clair qui parvient à reconstituer une vraie vie de quartier en studio, avec sa petite rue aux pavés mouillés, ses terrains vagues, ses commerçants, ses gamins en culotte courte qui se courent après et surtout, ses habitants. René Clair filme les habitués d’un bistrot, écoutant les chansons de l’Artiste, en regardant le fond de leur verre, en philosophant sur l’existence. Au milieu de ces piliers de bar déambule la fille du patron Alphonse (Raymond Bussières), Maria, interprétée par la délicieuse Dany Carrel, déjà présente dans Les Grandes manœuvres.

Le quotidien de ces petites gens va être bouleversé par l’arrivée d’un « ennemi public ». Si l’Artiste rechigne à le cacher dans sa cave, Juju va vouloir à tout prix devenir le protecteur de Barbier (Henri Vidal qui en fait des caisses, point faible du film), dont il admire l’audace et le succès auprès des femmes. Barbier va alors profiter de la naïveté de ses hôtes. Porte des Lilas conserve une spontanéité et une fraîcheur très agréables. René Clair trouve le parfait équilibre entre la comédie et l’émotion, notamment grâce à la gouaille de Pierre Brasseur et la déconvenue finale de son personnage. Sa mise en scène, tout comme la photographie de Robert Le Febvre (Casque d’or, Le Blé en herbe) inspirée de certaines œuvres de Robert Doisneau élèvent Porte des Lilas bien au-dessus du lot, en se rapprochant parfois du réalisme poétique de Marcel Carné. Et rien que pour cela, ce film souvent oublié est à réévaluer tant son charme rétro agit encore.

LE DIGIBOOK

Porte des Lilas est le sixième et dernier Digibook disponible dans la première vague éditée par Coin de Mire Cinéma que nous passons en revue. Si vous désirez en savoir plus sur la présentation de l’objet concocté par Coin de Mire Cinéma, reportez-vous aux chroniques d’Archimède le clochard, Les Grandes familles et Des gens sans importance, sans oublier celles des Amants du Tage et de Si tous les gars du monde… Comme sur les autres titres de la collection, le menu principal est fixe et musical.

 

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition de Porte des Lilas contient les actualités de la 39e semaine de l’année 1957, consacrées notamment aux malheurs et désespoirs de l’agriculture française, la désertion des campagnes, la crise agricole. Nous voyons également la Tour Eiffel grandir de huit mètres, ainsi qu’un récapitulatif du sixième Tour de France Automobile. Ce journal évoque également « l’Algérie Française »…(15’).

Ne manquez pas les réclames de l’année 1957 avec une publicité pour les bonbons Kréma, les caramels Valentin, Formica, les petits pois Libby’s et surtout un spot pour Martini avec Louis de Funès. (8′)

La bande-annonce de Porte des Lilas et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

Quel plaisir de redécouvrir Porte des Lilas dans de telles conditions ! L’apport HD demeure omniprésent, fabuleux, offrant aux spectateurs un relief inédit (les flocons de neige !), des contrastes denses et chatoyants, ainsi qu’un rendu ahurissant des gros plans. La propreté du master est ébouriffante (restauration 4K HD à partir du négatif original), la stabilité et la clarté sont de mise, le grain cinéma respecté et la compression AVC de haute volée. A l’exception d’une rayure verticale sur le générique en ouverture, de décrochages sur les fondus enchaînés et quelques plans peut-être plus vaporeux ou moins pointus, nous nous trouvons devant la plus belle copie à ce jour du film de René Clair. Vous pouvez dire au revoir à l’édition DVD René Chateau sortie en 2005.

Aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio Mono 2.0. Le confort phonique de cette piste unique est indéniable, les dialogues sont clairs et nets. Si quelques saturations demeurent inévitables, ainsi qu’un léger souffle, la musique est joliment délivrée et aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Aux frontières de l’aube, réalisé par Kathryn Bigelow

AUX FRONTIÈRES DE L’AUBE (Near Dark) réalisé par Kathryn Bigelow, disponible en combo Blu-ray/DVD le 25 septembre 2018 chez Studiocanal

Acteurs : Adrian Pasdar, Jenny Wright, Lance Henriksen, Bill Paxton, Jenette Goldstein, Tim Thomerson…

Scénario : Kathryn Bigelow, Eric Red

Photographie : Adam Greenberg

Musique : Tangerine Dream

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Dans une petite bourgade de l’Oklahoma, un soir, Caleb fait la rencontre d’une étrange fille, Mae, qui va bouleverser son existence. En effet, Mae est vampire. Caleb se retrouve alors parmi une redoutable « meute » de tueurs-vampires qui ne sévissent que la nuit car ils craignent les mortels rayons du soleil.

S’il n’a eu aucun succès dans les salles américaines à sa sortie en 1987 malgré son petit budget de 5 millions de dollars, Aux frontières de l’aube – Near Dark est pourtant devenu une œuvre culte, reconnue, une référence du genre fantastique, une étape fondamentale du film de vampires. Il s’agit également du premier long métrage mis en scène en solo par l’immense Kathryn Bigelow, six ans après The Loveless, qu’elle avait coréalisé avec Monty Montgomery. Si Aux frontières de l’aube est un chef d’oeuvre aujourd’hui cité et plagié, le film possède également la particularité de reprendre trois comédiens d’Aliens, le retour de James Cameron, Lance Henriksen, Bill Paxton et Jenette Goldstein, réalisé l’année précédente et dont le titre apparaît d’ailleurs sur la devanture d’un cinéma dans Near Dark. Quatre ans avant le succès mondial de Point Break, Kathryn Bigelow installe déjà les composantes de son cinéma, précipité de violence, d’adrénaline (la véritable drogue de tous les personnages chez la cinéaste), de testostérone et de fureur.

Une nuit, Caleb, un jeune fermier candide de l’Oklahoma, rencontre la belle Mae. Fasciné, il tente de la séduire et obtient d’elle un baiser qui devient une morsure. Ce contact va entraîner Caleb dans le monde des compagnons de Mae, des vampires. Il devra apprendre à tuer pour s’abreuver du sang de ses victimes.

Priez pour que l’aube arrive…

Il y a eu définitivement un an avant et un après Les Frontières de l’aube. Si le mot vampire n’est jamais utilisé durant le film, la troupe, on peut même parler de famille reconstituée, de Near Dark appartient bel et bien à ces créatures. S’ils se trouvent dépourvus de canines affûtées, ils se nourrissent quand même du sang de leurs victimes croisées sur les routes désertiques, dans quelques motels glauques qui jonchent les chemins poussiéreux de l’Amérique profonde ou dans quelques bars crasseux où leur dégaine ne passe pas inaperçue dans ces contrées reculées.

Le souhait original de Kathryn Bigelow et de son coscénariste Eric Red (l’auteur du mythique Hitcher de Robert Harmon) était de faire un véritable western, la réalisatrice étant une grande admiratrice du cinéma de Sam Peckinpah, en particulier de La Horde sauvage. Essuyant le refus des producteurs qui prétextaient alors que le genre était démodé et peu amène d’attirer les spectateurs dans les salles, les deux associés changent leur fusil d’épaule en combinant le western et le fantastique.

Western horrifique, Aux frontières de l’aube ne s’embarrasse pas de la mythologie originale. Pas de gousses d’ail ici, ni de crucifix, encore moins d’eau bénite et de cercueils. Demeure l’intolérance au soleil, qui reste fatal pour ces créatures pourtant immortelles. Si la figure du vampire a toujours été accompagnée d’un érotisme latent, Kathryn Bigelow et Eric Red narrent une véritable histoire d’amour, celle entre Caleb (Adrian Pasdar, vu dans Top Gun et dans L’Impasse) et Mae (Jenny Wright), à la dimension Shakespearienne, puisque les deux familles des intéressés vont s’interposer comme dans Roméo & Juliette.

La nuit a son prix…

Après leur mutation, ils représentent ce qu’il y a encore d’humain avec l’amour qu’ils ressentent l’un pour l’autre, alors que ceux qui les entourent ne cessent de s’acharner sur leurs proies, dans le sang et la peur. A ce titre, celui qui tire indéniablement son épingle du jeu est le grand et regretté Bill Paxton. Complètement azimuté, explosif, déchaîné, bestial, son personnage Severen, sourire vicieux et sadique collé au visage, adore provoquer ses futures victimes, les pousser à bout, pour ensuite mieux se jeter sur elles et se repaître de leur hémoglobine. Plus « sage » en apparence, mais tout aussi monstrueux, impitoyable et machiavélique, Lance Henriksen campe une variation ténébreuse et sanguinaire de son Bishop d’Aliens, le retour. Son look de gourou des temps modernes, ancien soldat sudiste qui ne cesse d’évoquer sa « mort », est aussi inoubliable.

Réalisé à la fin des années 1980, Aux frontières de l’aube peut se voir comme une parabole sur l’épidémie mondiale du SIDA, avec la peur que la maladie entraîne chez ceux qui en ont « entendu parler » et qui repoussent ceux qui en seraient atteints. Au-delà de cette réinterprétation personnelle du film de vampires, Aux frontières de l’aube est un objet plastique crépusculaire fascinant. Dès sa sublime introduction, avec son montage percutant, la beauté de la photographie d’Adam Greenberg (Terminator, ouvertement cité lors de la scène du poids lourd dans le dernier acte) et la musique toujours enivrante de Tangerine Dream, Near Dark attrape le spectateur pour ne plus le lâcher. Tel un opéra-rock, le film enchaîne les morceaux de bravoure, sanglants ou furieusement romantiques avec une touche de mélancolie, doux et ultra-violents, jusqu’à l’époustouflant final.

Near Dark s’inspire lui-même du roman original d’Anne Rice, Entretien avec un vampire, publié à la fin des années 1970, pour ce qui touche au personnage d’Homer, adulte coincé dans un corps d’enfant. Mais, Aux frontières de l’aube donnera également naissance à d’autres films de genre réalisés dans les années 1990 avec bien évidemment Une nuit en enfer de Robert Rodriguez (1996) et surtout Vampires de John Carpenter (1998) dont certaines scènes renvoient directement au film de Kathryn Bigelow. Lauréat du Corbeau d’argent au Festival international du film fantastique de Bruxelles en 1988, Grand Prix et Licorne d’or pour Jenny Wright au Festival international de Paris du film fantastique et de science-fiction la même année, Aux frontières de l’aube est aujourd’hui unanimement reconnu comme un jalon important du genre. Du sang neuf dont se sont abreuvés les vampires à l’approche du XXIe siècle.

LE BLU-RAY

Aux frontières de l’aube est le numéro 2 de la collection Make my Day supervisée par l’un de nos meilleurs critiques cinéma, Jean-Baptiste Thoret. Comme pour Sans mobile apparent, Six femmes pour l’assassin, Max mon amour et La Mort a pondu un œuf, Studiocanal permet enfin de (re)découvrir Aux frontières de l’aube dans une édition digne de ce nom. Le film de Kathryn Bigelow est présenté ici dans un combo Blu-ray/DVD, disposés dans un Digipack, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est sobre, très légèrement animé et musical.

Jean-Baptiste Thoret présente tout naturellement le film qui nous intéresse au cours d’une préface en avant-programme (7’30). Comme il en a l’habitude, le critique replace de manière passionnante Aux frontières de l’aube dans son contexte, dans la filmographie et le parcours de Kathryn Bigelow. Il évoque également les conditions de tournage, la genèse et les thèmes du film, la musique de Tangerine Dream, mais également le casting. Tout cela est abordé sans pour autant spoiler le film pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu.

Cette édition comprend une interview de Kathryn Bigelow, réalisée pour l’émission française Rapido, diffusée sur Canal+ à l’occasion de la sortie française du film en 1988 (25’). Présenté sans coupes, l’entretien est parfois interrompu en raison d’un bruit parasite ou pour demander à la réalisatrice de se replacer face à la caméra. La cinéaste revient sur ses études, son expérience dans la peinture, les partis pris d’Aux frontières de l’aube (« rendre la nuit séduisante »), le travail avec le chef opérateur Adam Greenberg et son coscénariste Eric Red, les conditions de tournage (essentiellement de nuit pendant un mois et demi), les personnages et le casting. Kathryn Bigelow évoque également James Cameron (« Je suis une très grande fan de son cinéma »), ainsi que ses intentions, l’attrait de la violence au cinéma et ses aspirations pour les années à venir. Un document précieux à découvrir.

L’éditeur propose également un documentaire rétrospectif sur Aux frontières de l’aube, Living in Darkness, réalisé en 2002 et invitant une partie du casting, la réalisatrice, les producteurs et le chef opérateur Adam Greenberg (47’). Les anecdotes passionnantes s’enchaînent sur un rythme soutenu, ainsi que les souvenirs de tournage et les conditions des prises de vue. Chacun aborde également la psychologie des personnages et la relecture du mythe du vampire proposée par Near Dark. Des storyboards, ainsi que des photos de plateau illustrent ces propos.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Cette édition Haute-Définition d’Aux frontières de l’aube confortera à la fois les puristes, soucieux de retrouver la patine clairement indépendante de cette œuvre devenue culte, et les adeptes du support Blu-ray. Sans jamais dénaturer le grain original, parfois plus appuyé sur certaines séquences sombres, Studiocanal a trouvé le compromis entre le respect des volontés artistiques originales et l’upgrade numérique. Les contrastes sont au beau fixe (certains trouveront peut-être l’image trop sombre), les noirs denses, la copie stable et d’une propreté immaculée et les couleurs ravivées. Les scènes diurnes sont lumineuses et le piqué est inédit. Tourné avec un budget minuscule de 5 millions de dollars, Aux frontières de l’aube est un tout petit film et ses partis pris occasionnent quelques plans flous, qui apparaissent encore ainsi en HD. La restauration est donc éloquente, très plaisante et surtout très réussie, faisant oublier illico le DVD édité en 2010, au master aujourd’hui complètement obsolète.

La version originale aux sous-titres français imposés est proposée en DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0. La première option se contente de spatialiser le score hypnotique de Tangerine Dream, ainsi que des ambiances dynamiques sur les scènes agitées du dernier acte notamment. Les voix auraient toutefois mérité d’être un peu plus relevées sur la centrale. La piste 2.0 est de fort bon acabit, sans doute plus homogène dans son rendu et souvent percutante. Plus anecdotique, la version française est parfois plus sourde, feutrée et couverte, notamment dans son rendu des dialogues (très mauvais doublage) et des bruitages.

Crédits images : © Near Dark Joint Venture / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Si tous les gars du monde…, réalisé par Christian-Jaque

SI TOUS LES GARS DU MONDE… réalisé par Christian-Jaque, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 octobre 2018 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : André Valmy, Jean Gaven, Marc Cassot, Georges Poujouly, Jean-Louis Trintignant, Boudou Babet, Hélène Perdrière, Claude Sylvain, Andrex, Yves Brainville, Bernard Dhéran, Roger Dumas…

Scénario : Jacques Remy, Henri-Georges Clouzot, Christian-Jaque

Photographie : Armand Thirard

Musique : Georges Van Parys

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Le chalutier « Lutèce » pêche en pleine mer, à deux jours des côtes. Un des hommes de l’équipage tombe malade, atteint d’un mal étrange. Puis, un autre. Il n’y a pas de médecin à bord. Le capitaine fait lancer des appels par radio, mais personne ne répond. Le mal fait de nouvelles victimes…

Attention, chef d’oeuvre ! Immense découverte, Si tous les gars du monde… est réalisé en 1955 par le prolifique – 59 longs métrages à son actif de 1932 à 1977 – Christian Maudet alias Christian-Jaque (1904-1994). Aujourd’hui complètement oublié, il est temps de réhabiliter ce long métrage exceptionnel, drame à la limite du survival, film choral, haletante course contre-la-montre, suspense qui joue avec les nerfs des spectateurs du début à la fin. Il s’agit également du premier film d’un jeune comédien de 25 ans, Jean-Louis Trintignant. Oeuvre humaniste, véritable tour de force, roller-coaster émotionnel, Si tous les gars du monde… convoque plusieurs nationalités, plusieurs cultures, plusieurs pays, plusieurs religions, tous unis au-delà des blocs, de la Guerre Froide, pour aider une poignée d’hommes perdus au large de la Norvège. Ou comment filmer l’effet papillon.

Le Lutèce, un bateau de pêche de Concarneau, alors qu’il se trouve en pleine mer du Nord, voit ses douze marins tomber malades les uns après les autres après avoir consommé du jambon avarié : ils sont atteints de botulisme. La radio de bord étant hors service, le patron Le Guellec, avant de subir à son tour les effets de l’intoxication, a eu le temps de lancer un appel à l’aide depuis un émetteur radio ondes courtes. L’appel est capté par un radioamateur au Togo, une chaîne d’entraide se met en place pour faire parvenir des vaccins au bateau en détresse tandis qu’à son bord les derniers pêcheurs valides s’affrontent : sous les yeux désolés du jeune mousse Benj, Jos accuse Mohammed, musulman, et seul à ne pas avoir consommé de jambon, d’avoir empoisonné celui-ci. Pourtant, la survie de l’équipage va dépendre d’eux et ils vont devoir apprendre à faire corps pour maintenir leur cap et suivre les instructions radio de leurs secouristes. Pendant ce temps, les radioamateurs de France et d’Allemagne alors qu’on est en pleine nuit, ont réussi l’exploit de faire acheminer les médicaments de Paris à Berlin : grâce au dévouement d’hôtesses de l’air qui ont transgressé les règlements, à des soldats américains et soviétiques qui se sont alliés pour faire franchir la frontière entre Berlin Ouest et Berlin Est au précieux colis. Mais le colis arrivera t-il à temps ? Et comment le livrer alors que les pêcheurs sont perdus en pleine mer ?

« Si tous les gars du monde
Devenaient de bons copains
Et marchaient la main dans la main
Le bonheur serait pour demain »

Les Compagnons de la chanson

Si tous les gars du monde… est un film exceptionnel. Tel un jeu de piste, une course de relais, des hommes et des femmes de tout pays, vont s’unir dans le but d’en sauver d’autres. Parallèlement à cette chaîne humaine, Christian-Jaque, sur un scénario en béton cosigné avec Henri-Georges Clouzot et Jacques Rémy, met en valeur les bienfaits du progrès et des nouvelles technologies. Les moyens de communication et de transports permettent aux hommes de s’entendre, de se rapprocher, de s’entraider. Les personnages sont sans cesse en mouvement, agités, angoissés par le sort réservé aux pêcheurs si personne ne leur vient en aide. Conscients qu’ils ont un rôle à jouer pour qu’ils survivent, les protagonistes ne cessent d’aller d’un coin à l’autre de leurs villes respectives, à la recherche d’un passeur, à qui confier le Saint Graal, quelques ampoules contenant le sérum, un vaccin qui pourra guérir les pêcheurs bretons. Il faut voir Jean-Louis Trintignant, déjà génial et magnétique, enfourcher sa Vespa et aller de la Place de Clichy à l’Institut Pasteur, en passant par les Invalides et l’aéroport d’Orly, dans l’espoir de trouver une âme charitable qui pourrait convoyer le précieux traitement.

Malgré la barrière linguistique, les êtres parviennent à s’entendre et la chaîne de solidarité s’organise. L’immense Pierre Fresnay, de son timbre inimitable, ponctue le récit de temps à autre, en faisant le lien entre les protagonistes. Sur un rythme effréné pendant près de deux heures, Christian-Jaque attrape le spectateur pour ne plus le lâcher et pour l’emmener aux quatre coins de l’Europe. La photo du grand chef-opérateur Armand Thirard, fidèle collaborateur d’Henri-Georges Clouzot est sublime, la musique de Georges Van Parys unit les nations dans un hymne commun et universel, tandis que les comédiens, André Valmy, Jean Gaven, Hélène Perdrière, Marc Cassot, Georges Poujouly, Doudou Babt, Jean-Louis Trintignant et bien d’autres campent des personnages inoubliables.

A sa sortie, Si tous les gars du monde… se voit récompenser par le Prix de la Fraternité, le Prix Fémina belge du cinéma, le Globe de cristal au festival de Karlovy-Vary, la Médaille d’argent du film européen à Venise, le Prix des Nations unies, le Golden Laurel Award et le Prix des Associations de jeunesse en URSS.

LE DIGIBOOK

Si tous les gars du monde… est le cinquième Digibook disponible chez Coin de Mire Cinéma que nous passons en revue. Si vous désirez en savoir plus sur la présentation de l’objet concocté par Coin de Mire Cinéma, reportez-vous aux chroniques d’Archimède le clochard, Les Grandes familles et Des gens sans importance. Comme sur les autres titres de la collection, le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

L’édition de Si tous les gars du monde… contient les actualités de la 8e semaine de l’année 1956 : la mort du compositeur Gustave Charpentier, un déplacement en Afrique de la Reine Elizabeth II accompagnée du Prince Charles alors âgé de 7 ans, une expédition française au Pôle Sud, la Côte d’Azur sous la neige…(6’30).

Ne manquez pas les réclames de l’année 1956 avec une publicité pour les esquimaux Gervais, les caramels Dupont d’Isigny, l’eau Vichy Célestins et une poudre miraculeuse, Dentofix, destinée à maintenir votre dentier en place ! Ah oui, mentionnons également la sortie de la nouvelle machine à laver Vedette, « La machine de vos rêves madame ! ».(8′)

La bande-annonce de Si tous les gars du monde… et celles des cinq autres titres de la collection édités le 22 octobre sont également disponibles.

L’Image et le son

Le nouveau master HD (codec AVC) au format respecté 1.37 de Si tous les gars du monde… se révèle quasi-parfait. Piqué (affûté), gestion des contrastes (noirs denses, blancs lumineux), détails ciselés, clarté et relief. La propreté de la copie – restauration effectuée par le laboratoire L21 – est souvent impressionnante, la photo signée par le grand Armand Thirard retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé. Seuls petits accrocs constatés : de légers fourmillements et quelques plans à la définition plus chancelante.

Comme pour l’image, le son a également un dépoussiérage de premier ordre. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio 2.0. Le confort phonique de cette piste unique est réel, les dialogues sont clairs et nets, sans souffle ou bruit parasite. Notons que les passages en langue étrangère ne sont pas sous-titrés. Pour comprendre ces échanges, il vous faudra enclencher les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Coin de mire Cinéma / TF1 Droits Audiovisuels /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr