Test Blu-ray / Seule contre la mafia, réalisé par Damiano Damiani

SEULE CONTRE LA MAFIA (La Moglie più bella) réalisé par Damiano Damiani, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 6 octobre 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Alessio Orano, Ornella Muti, Tano Cimarosa, Joe Sentieri, Enzo Andronico, Pierluigi Aprà, Salvatore Baccaro, Amerigo Tot…

Scénario : Damiano Damiani, Enrico Ribulsi & Sofia Scandurra

Photographie : Franco Di Giacomo

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 1970

LE FILM

Sicile, années 1960. Don Antonino, parrain de la mafia locale, est sur le point d’être arrêté. Avant de se rendre, il adoube un jeune homme de vingt-deux ans à l’avenir très prometteur, Vito Iuvara. Seule condition : que celui-ci épouse une jeune fille vertueuse issue d’une famille pauvre. Vito jette son dévolu sur Francesca, âgée de quinze ans. D’abord flattée d’avoir été choisie, la jeune fiancée se sent vite piégée et refuse le mariage. Humilié par ce rejet, Vito décide de se venger…

C’est une filmographie qui en dit long, composée de titres aussi prestigieux que La Mafia fait la loi – Il Giorno della civetta, Confession d’un commissaire de police au procureur de la république – Confessioni di un commissario di polizia al procuratore della repubblica, Nous sommes tous en liberté provisoire – L’istruttoria è chiusa dimentichi, Comment tuer un juge – Perché si uccide un magistrato, Un homme à genoux – Un uomo in ginocchio, Goodbye et Amen…et même, poussons le bouchon en citant aussi Amityville 2 : Le Possédé, le plus frappadingue de la franchise horrifique. Ces films sont évidemment l’oeuvre du grand Damiano Damiani (1922-2013), quelque peu oublié jusque dans les années 1990, mais qui a connu depuis un merveilleux regain d’intérêt, avec entre autres une rétrospective à la Cinémathèque Française. S’il y a bien un long-métrage que l’on pourrait qualifier de matriciel chez le cinéaste, c’est incontestablement Seule contre la mafia – La Moglie più bella, qui sort en 1970 et fait l’effet d’une grenade dégoupillée lancée dans l’industrie du cinéma. Furieusement moderne, toujours d’actualité on peut même dire, ce thriller psychologique offre le rôle principal – et quel rôle ! – à une jeune adolescente de 14 ans, qui répond au nom d’Ornella Muti, qui crève, pulvérise l’écran de son talent et de son charisme flamboyant. Tâtant toujours le pouls de son pays, Damiano Damiani – et ce malgré un carton en introduction qui indique le contraire – s’inspire ici de l’affaire Franca Viola (née en 1948), italienne âgée d’une quinzaine d’années, devenue une véritable icône pour avoir été la première à refuser ce qu’on appelait alors un “mariage réparateur”, autrement dit l’union avec l’homme (issu d’une famille mafieuse) qui l’avait enlevé, puis violé. Un cas rendu public, l’affaire ayant été portée devant la justice. Seule contre la mafia est un chef d’oeuvre percutant, politique, immersif, social, engagé, sans filtre et qui pourtant n’oublie pas sa dimension divertissante, car le cinéma doit rester avant tout un spectacle. Seule contre la mafia, titre français qui fait sans doute référence à un opus précédent du cinéaste, le formidable La Mafia fait la loi, est une plongée étouffante dans la Sicile des années 1960, même si l’histoire pourrait tout aussi bien se dérouler de nos jours, un portrait de femme édifiant doublé d’un récit d’émancipation rare dans le paysage cinématographique transalpin.

Sicile. Francesca Cimarosa est une jeune fille de quinze ans, issue d’une famille de paysans, dont s’éprend Vito Juvara, un mafieux riche et en pleine ascension. Ses parents sont fiers d’accorder la main de leur fille au parrain. Elle-même, très amoureuse, accepte les fiançailles, mais découvre bien vite le machisme de son fiancé ; elle se rebelle, allant jusqu’à le rejeter totalement. En réaction, il viole sa promise pour la contraindre à un « mariage réparateur ». Mais Francesca réagit : elle trouve le courage de s’insurger contre ses parents, prisonniers de conventions archaïques, et se rend chez les carabiniers pour porter plainte. Cette dénonciation du viol provoque un scandale et l’instruction piétine, car ses parents — et même son petit frère, enlevé en même temps qu’elle — refusent de confirmer sa déposition. Francesca se retrouve alors seule à mener ce combat, pratiquement reniée par sa famille et mise au ban de la société.

Damiano Damiani filme le regard azur, presque mauve, de son personnage et donc d’Ornella Muti, derrière lequel brûlent les flammes. Francesca n’est peut-être qu’un « petit bout de femme », celle-ci va en étonner plus d’un en se rebellant non seulement contre un homme, mais aussi contre une organisation, contre la tradition. C’est toute une région, pour ne pas dire tout un pays qu’elle se met à dos en n’acceptant pas sa condition. La comédienne, merveilleusement dirigée par Damiano Damiani, rend aussi compte de cette ambiguïté qui anime Francesca, car malgré tout elle reste une jeune femme amoureuse, qui en viendra même jusqu’à sauver la vie de son bourreau, en lui révélant que le clan rival prépare une embuscade pour l’éliminer.

Franca Viola, qui devient ici Francesca, est par la suite devenue un symbole du progrès culturel dans l’Italie d’après-guerre, dont les actes et le comportement se heurtaient aux conventions sociales traditionnelles du sud de l’Italie. Elle sera d’ailleurs nommée Grand Officier de l’Ordre du Mérite de la République italienne en 2014. Mais pour l’heure, Damiano Damiani expose brièvement la mafia locale, dont le parrain doit purger une peine de prison, qui avant de suivre les carabiniers décide de laisser la gestion de ses affaires au jeune chien fou Vito, impeccablement interprété par Alessio Orano, qui chose « amusante », sera le compagnon d’Ornella Muti durant plusieurs années. Puis, la mécanique infaillible du scénario coécrit par le réalisateur, Sofia Scandurra et Enrico Ribulsi (Les Cent Cavaliers) se met en route et le cinéaste d’enchaîner les scènes d’affrontements, tant physiques que psychologiques.

On ressort épuisé de Seule contre la mafia, dont la tension se resserre au fur et à mesure que Francesca continue sur sa lancée et se retrouve progressivement seule sur son chemin. Cette sensation d’étouffement est aussi caractérisée par la partition lancinante signée Ennio Morricone, marquée par l’utilisation d’une guimbarde, qui vient comme qui dirait parasiter l’harmonie et donc renforcer cette impression d’existence contrariée et placée sous le joug d’un dangereux personnage.

Comme d’habitude, Damiano Damiani soigne sa mise en scène, magistrale, virtuose, couplée à une magnifique photographie imputable au chef opérateur Franco Di Giacomo (Le Canard à l’orange, Qui l’a vue mourir ?, La Proie de l’autostop). Capolavoro on vous dit !

LE COMBO BLU-RAY + DVD

Merci, tellement, infiniment à Artus Films de nous offrir enfin Seule contre la mafia en DVD, mais aussi et surtout en Blu-ray. Voilà un magnifique Combo qui rejoint la collection Cinéma italien de l’éditeur, qui revient du coup à Damiano Damiani, plus de trois ans après avoir édité le sublime coffret réunissant Nous sommes tous en liberté provisoire + Comment tuer un juge + Goodbye & Amen, disponibles depuis à l’unité, ainsi que Un homme à genoux. Les deux disques reposent dans un Digipack à deux volets, glissé dans un fourreau cartonné, illustré par un visuel provenant de l’affiche originale d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

Vous pouvez démarrer les bonus par le petit mais intéressant et sympathique entretien avec Antonio Siciliano (né en 1936), prolifique monteur avec plus de 200 titres à son actif (19’). Ce dernier se souvient de ses débuts, sur le film Lacrime d’amore de Mario Amendola, avec le chanteur Mal, qui avait connu un grand succès dans les salles. Remarqué pour son travail, il arrive sur Seule contre la mafia, qui n’était alors que son deuxième film. Antonio Siciliano évoque sa collaboration avec Damiano Damiani, avec lequel il allait s’associer à de nombreuses autres reprises, puis explique comment s’est déroulé le tournage, ainsi que sa mission sur le film qui nous intéresse aujourd’hui. Il regrette que le cinéaste n’ait pas été très demandé ou même estimé par les producteurs.

Ensuite, installez-vous confortablement et prenez le temps, un peu plus d’une heure, pour écouter l’intervention du grand Olivier Père (1h05). Nous avons déjà dit maintes fois à quel point nous adorons ce dernier. Cette fois encore, nous assistons à une véritable masterclass. Le directeur d’Arte France Cinéma, journaliste et critique, revient longuement sur « un des meilleurs films de Damiano Damiani, un film très beau, très original, très réussi, extrêmement courageux pour l’époque », Seule contre la mafia. Olivier Père aborde le parcours et la carrière du réalisateur, indiquant que celui-ci a été redécouvert assez tardivement contrairement à certains de ses confrères, sans doute plus exposés et aux titres plus grands publics. Ses titres les plus connus sont passés au crible, tout comme l’affaire Franca Viola, qui a inspiré l’histoire au cinéaste. Le fond et la forme se croisent sans interruption, de façon magistrale, les thèmes sont disséqués, le casting abordé (avec évidemment la découverte et la révélation d’Ornella Muti, 14 ans au moment du tournage), les partis-pris et les intentions de Damiano Damiani mis en relief, la psychologie du personnage principal analysée, les conditions de tournage dévoilées, la musique d’Ennio Morricone réévaluée…Assurément l’un des bonus à ne pas manquer en cette fin d’année.

L’interactivité se clôt sur un large Diaporama d’affiches et de photos d’exploitation, sans oublier la longue bande-annonce originale.

L’Image et le son

Posséder Seule contre la mafia en DVD était inespéré. Alors en Blu-ray c’est vous dire ! Le film de Damiano Damiani renaît donc de ses cendres chez Artus Films dans une copie – présentée dans son format original – d’une propreté souvent hallucinante, même si de légers points blancs demeurent et ont échappé au Biactol numérique. Point d’artefacts de la compression à signaler, aucun fourmillement, les couleurs se tiennent, le master est stable, les noirs plutôt concis, la texture argentique préservée et les contrastes homogènes. Le cadre fourmille souvent de détails, le piqué est joliment acéré, le relief et la profondeur de champ sont éloquents, les partis pris du célèbre directeur de la photographie Franco Di Giacomo sont divinement bien restitués. Certains plans rapprochés tirent agréablement leur épingle du jeu avec une qualité technique quasi-irréprochable. Une véritable redécouverte, merci Artus Films!

Les mixages italien et français 2.0 sont propres, dynamiques et distillent parfaitement la musique d’Ennio Morricone. La piste italienne est la plus équilibrée du lot avec une homogénéité entre les dialogues et les bruitages, ainsi qu’un niveau des dialogues plus plaisant.

Crédits images : © Artus Films / Rewind / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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