Test DVD / C’était mieux demain, réalisé par Vinciane Millereau

C’ÉTAIT MIEUX DEMAIN, réalisé par Vinciane Millereau, disponible en DVD & Blu-ray le 14 février 2026 chez UGC.

Acteurs : Elsa Zylberstein, Didier Bourdon, Frédéric Clou, Esteban Delsaut, Maxim Foster, Giulia Lambert…

Scénario : Vinciane Millereau & Julien Lambroschini

Photographie : Philippe Guilbert

Musique : Romain Trouillet

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Hélène est l’épouse modèle de 1958 : elle s’occupe des enfants, mitonne de bons petits plats et reste bien entendu aux petits soins pour Michel, son mari. Le jour où elle gagne une machine à laver, c’est l’euphorie ! Elle aura enfin un peu de temps pour elle. Michel ne l’entend pas de cette oreille : du temps pour quoi faire, non mais oh ! Il veut débrancher l’engin mais un coup de jus les catapulte tous les deux en 2025. Et Hélène de se découvrir cheffe d’entreprise et Michel homme au foyer… entre autres changements.

Quoi de neuf dans le Bourdon Cinematic Universe ? Après un gros passage à vide, cet ancien étudiant du Conservatoire national supérieur d’art dramatique et bien sûr membre des Inconnus, connaît depuis dix ans un revival assez impressionnant au cinéma. Forcément, parmi les nombreux films dont il a été la tête d’affiche, beaucoup se sont plantés (L’Homme parfait, 38°5 Quai des Orfèvres, Inestimable, À l’ancienne, 4 zéros, Un Noël en famille), d’autres ont fait le job (Garde alternée, Beaux-parents, Mes très chers enfants, Permis de construire), mais certains autres ont vraiment cartonné (Chasse gardée, Cocorico). Sans parler de ses participations aux triomphes de la bande à Lacheau (Marsupilami, Alibi.com et sa suite, Nicky Larson et le parfum de Cupidon). Didier Bourdon est partout, y compris à la télévision où il tient la vedette de la série Le Daron. C’était mieux demain, premier long-métrage de Vinciane Millereau, se situe dans la moyenne haute on va dire. Quasiment 900.000 spectateurs sont venus découvrir dans les salles cette comédie « fantastique », qui ne révolutionne pas le genre, mais offre surtout à Elsa Zylberstein un rôle qui lui permet d’exploiter encore son merveilleux talent d’actrice comique, un genre qui lui sied à merveille, mais pour lequel elle n’a été que peu employée. C’est peu dire qu’elle vole littéralement chaque scène où elle apparaît, par son naturel, son élégance, sa beauté et son énergie. Le gros problème de C’était mieux demain demeure son écriture, qui pioche ici et là dans les comédies ayant déjà exploité le thème du voyage dans le temps, y compris Les Rois Mages des Inconnus. Les dialogues manquent aussi d’originalité (« Une Cinquième République ? N’importe quoi ! », « Je suis ton mari et tu m’obéis, c’est écrit dans le Code Civil ! » « Qui date de Napoléon ! » « Un grand homme ! »). On regarde ce gentil spectacle avec indulgence, le rythme est plutôt bien géré et surtout le couple principal – très complice – fonctionne à plein régime. Le charme opère donc.

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Test Blu-ray / T’as pas changé, réalisé par Jérôme Commandeur

T’AS PAS CHANGÉ, réalisé par Jérôme Commandeur, disponible en DVD & Blu-ray le 11 mars 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Laurent Lafitte, François Damiens, Vanessa Paradis, Jerôme Commandeur, Zineb Triki, Olivia Côte, Rufus, Catherine Allégret, Michaël Abiteboul, Delphine Baril, Catherine Hiegel…

Scénario : Jérôme Commandeur & Kévin Knepper

Photographie : Antoine Struyf

Musique : Maxime Desprez & Michaël Tordjman

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

D’anciens camarades décident, à la suite d’un décès d’un de leurs amis, de se retrouver avec les anciens du lycée. Mais les retrouvailles programmées vont réveiller des souvenirs pas forcément sympathiques. Les quatre potes, à un tournant de la vie, doivent se remettre en question…

Les films de potes est un genre à part entière. Surtout dans le cinéma français, même si ce n’est pas une spécificité. On peut citer en vrac Les Petits mouchoirs, Le Coeur des hommes, La Vérité si je mens, Les Copains, Quatre garçons pleins d’avenir, Vincent, François, Paul et les autres…, Husbands, Les Sous-Doués, Five, Play, Un éléphant ça trompe énormément (et sa suite bien sûr), Comme des frères, Mes meilleurs copains, Le Péril jeune, Comme t’y es belle, L’Aventure c’est l’aventure et bien d’autres, même si l’on parle ici uniquement d’un minimum de trois amis dans la bande. Il semblerait que l’inspiration de Jérôme Commandeur pour T’as pas changé provienne des Copains d’abord de Lawrence Kasdan et de Peter’s Friends de Kenneth Branagh. Sa troisième comédie comme scénariste, producteur, interprète et metteur en scène est cette fois encore une grande réussite. L’humoriste (on peut le dire, un des meilleurs en France) signe un film « générationnel », qui s’adresse en priorité à la tranche d’âge 40-50 ans, Jérôme Commandeur affichera d’ailleurs très prochainement un demi-siècle au compteur, carrefour existentiel emblématique, l’heure d’un premier bilan, avant de glisser (normalement) vers la maturité. T’as pas changé, titre qui fait évidemment référence à la chanson Place des Grands Hommes de Patrick Bruel est une savoureuse comédie, remplie de gags inspirés, de répliques tordantes, d’émotions aussi, car on ne saurait être un auteur comique sans être sensible, notamment à ce qui nous entoure. Qui plus est, le quatuor d’acteurs principaux est en parfaite osmose et Vanessa Paradis se distingue une fois de plus. Elle trouve l’un de ses meilleurs rôles et la scène de règlements de comptes sous l’emprise de l’alcool restera certainement culte dans sa filmographie. Toujours est-il que lorsque vous écoutez un tube de votre adolescence sur Nostalgie, c’est que la « routourne » a tourné et que vous êtes passés de l’autre côté, celui de vos parents…Certains ne s’en sont pas encore rendu compte et c’est de cela que parle T’as pas changé, à ne manquer sous aucun prétexte.

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Test Blu-ray / La Buraliste de Vallecas, réalisé par Eloy de la Iglesia

LA BURALISTE DE VALLECAS (La estanquera de Vallecas) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 mars 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Emma Penella, José Luis Gómez, José Luis Manzano, Maribel Verdú, Fernando Guillén, Jesús Puente, Antonio Gamero, Antonio Iranzo…

Scénario : José Luis Alonso de Santos, Gonzalo Goicoechea & Eloy de la Iglesia, d’après la pièce de théâtre de José Luis Alonso de Santos

Photographie : Manuel Rojas

Musique : Patxi Andión

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Leandro et Tocho, deux petits voyous sans envergure, et surtout sans expérience, pénètrent dans un bureau de tabac avec l’intention de braquer la caisse. Mme Justa, la gérante, et sa nièce Angeles, parviennent à déjouer les intentions des malfrats. Mais, pendant qu’à l’extérieur, la police – et les habitants du quartier – prépare l’assaut, une complicité inattendue naît entre les voyous et les « victimes ».

El Pico L’Enfer de la drogue et sa suite El Pico 2 ayant été de très grands succès, tout va pour le mieux pour le réalisateur Eloy de la Iglesia durant les années 1980. Cependant, il connaît un revers avec son adaptation de Le Tour d’écrou d’Henry James, intitulé Un autre tour d’écrou Otra vuelta de tuerca. Ce giallo ibérique dit d’épouvante déconcerte quelque peu les spectateurs, mais emballe malgré tout la critique, qui salue son originalité et son ambition. Le cinéaste parviendra à renouer avec les sommets du box-office espagnol deux ans plus tard, avec La Buraliste de VallecasLa estanquera de Vallecas, adaptation de la pièce de théâtre éponyme de José Luis Alonso de Santos. Quand on découvre ce quasi-huis clos, dont l’action se déroule entre le bureau de tabac du titre et la place ensoleillée sur laquelle il se trouve, on ne peut s’empêcher de penser étrangement à deux autres titres d’un autre de la Iglesia (même si les deux auteurs n’ont aucun lien), Álex de son prénom bien sûr : Un jour de chance La chispa de la Vida (2011) et Pris au piège El bar (2017), le premier étant une relecture du Gouffre aux chimèresAce in the Hole (1951) de Billy Wilder , le second se focalisant sur une poignée de personnages disparates, enfermés dans un bar après que celui-ci ait été la cible d’un sniper. Ainsi, bien avant ces deux longs-métrages, Eloy de la Iglesia traitait exactement des mêmes thèmes. Car La Buraliste de Vallecas est certes une comédie, mais c’est aussi un film qui a évidemment des choses à dire sur l’Espagne. Pas étonnant que le film ait rencontré un immense succès dans son pays. Bourré d’humour noir, La estanquera de Vallecas est une comédie brutale, cinglante et grinçante doublée d’une satire politique portant sur le pouvoir médiatique où chaque protagoniste, politicien, policier y voit l’occasion de briller et de servir son intérêt personnel devant la caméra des charognards. Avec sa virtuosité coutumière (malgré un espace confiné) et un montage alerte, Eloy de la Iglesia signe un film extrêmement attachant, virulent, émouvant, drôle, qui rappelle souvent la comédie italienne. Merveilleux directeur d’acteurs, il offre à son quatuor principal de fabuleux numéros et l’on se souviendra longtemps de la confrontation et de l’étrange relation qui s’installe entre leurs personnages. Film culte par excellence, La Buraliste de Vallecas est un vrai bijou d’orfèvre et espérons que sa sortie inespérée en Haute-Définition chez Artus Films contribue à faire de nouveaux adeptes.

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Test DVD / Pour l’éternité, réalisé par David Freyne

POUR L’ÉTERNITÉ (Eternity) réalisé par David Freyne, disponible en DVD le 10 avril 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Elizabeth Olsen, Miles Teller, Callum Turner, Da’Vine Joy Randolph, John Early, Christie Burke, Danny Mac, Damon Johnson…

Scénario : Patrick Cunnane & David Freyne

Photographie : Ruairí O’Brien

Musique : David Fleming

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Joan et Larry, nouvellement décédés, se retrouvent à subir un châtiment où chacun dispose d’une semaine pour savoir où ils passeront l’éternité, soit à la montagne, à la plage, à la bibliothèque, etc. Joan doit faire face à des choix induisant un triangle amoureux, car elle va doit choisir entre son premier mari mort pendant la guerre et son second…

Pour l’éternitéEternity est un fabuleux hommage à l’âge d’Hollywood. Le trio formé par Elizabeth Olsen, Miles Teller et Callum Turner rappelle celui d’Indiscrétions The Philadelphia Story (1940) de George Cukor, Katharine Hepburn, James Stewart et Cary Grant. Avouez qu’il y a pire comme références ! Et en effet, Pour l’éternité est une comédie romantique comme on ne l’espérait plus, qui regorge de trouvailles à chaque scène, qui séduit chaque seconde. Le scénario de Pat Cunnane, auteur de la série Designated Survivor, avec Kiefer Sutherland, était inscrit sur la fameuse liste noire des scripts non produits les plus plébiscités depuis 2022. Il aura fallu attendre mars 2024, pour que le réalisateur David Freyne, remarqué avec The Cured en 2017, se fasse embaucher par le désormais incontournable studio A24. 19.000 spectateurs seulement sont venus découvrir ce petit bijou dans les salles françaises et qui mérite absolument d’avoir une deuxième chance. Le mieux est d’en savoir le moins possible sur le film (l’auteur de ces mots n’avait lu aucun résumé avant de lancer le DVD) et de se laisser porter par la fulgurance des trois acteurs principaux, l’originalité de cette relecture du triangle amoureux, qui déborde de charme, illuminé par le sourire dévastateur et le regard menthe à l’eau d’Elizabeth Olsen. On croyait cette dernière enfermée dans l’univers Marvel où elle incarnait Wanda Maximoff / La Sorcière Rouge depuis plus de dix ans. On est heureux de revoir celle qui nous avait éblouit en 2011 dans Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin dans un rôle digne de ce nom. Sa présence est comme un astre qui émerveille à chaque instant, même si ses deux partenaires n’ont rien à lui envier. Précipitez-vous sur ce film on vous dit !!!

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Test Blu-ray / Monsieur Taxi, réalisé par André Hunebelle

MONSIEUR TAXI réalisé par André Hunebelle, disponible en Edition limitée Blu-ray & DVD le 25 mars 2026 chez Pathé.

Acteurs : Michel Simon, Jane Marken, Jean Brochard, Pauline Carton, Espanita Cortez, Jeanne Fusier-Gir, Claire Olivier, Nathalie Nattier…

Scénario : Jean Halain

Photographie : Paul Cotteret

Musique : Jean Marion

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 1952

LE FILM

Chauffeur de taxi bourru au grand cœur, Pierre Verger, surnommé Monsieur Taxi, est accompagné de son fidèle Gangster, un jeune chien malicieux. Il sillonne Paris et conduit notamment de riches étrangères. Un jour, il retrouve dans son taxi un sac contenant 300 000 francs. En tentant de retrouver la propriétaire du sac il se trouve pris pour le complice d’un vol et arrêté par la police.

André Hunebelle (1896-1985) est un cas à part dans le cinéma français. Ancien maître verrier, il décide de se reconvertir dans le cinéma à presque 45 ans. Il se lance en tant que producteur et réalisateur et signe son premier film en 1948, Métier de fous. Le succès sera immédiatement au rendez-vous. Au cours de sa carrière, qui s’étendra jusqu’à la fin des années 1970, les films du metteur en scène attireront près de 85 millions de français dans les salles. Un score inimaginable. On a tous ses plus grands hits en mémoire, Le Bossu (1959, 5,8 millions d’entrées), Les Trois Mousquetaires (1953, 5,3 millions), Le Capitan (1960, 5,2 millions), Fantômas (1964, 4,5 millions), Fantômas se déchaîne (1965, 4,2 millions)…D’autres titres sont évidemment aussi emblématique, Fantômas contre Scotland Yard, Cadet Rousselle, Le Miracle des loups…On connaît moins la première partie de sa filmographie et c’est avec plaisir que nous découvrons Monsieur Taxi, sorti en 1952 et qui avait déjà réuni près de deux millions de spectateurs. Un véhicule de star pour Michel Simon, qui parcourt les rues de Paris au volant de son vieux tacot, son fidèle chien sur les genoux, entamant facilement la conversation avec celles et ceux qui feront un petit bout de chemin avec lui. Monsieur Taxi est ni plus ni moins une chronique bon enfant sur le quotidien d’un modeste chauffeur de taxi, qui fait ce qu’il peut pour entretenir sa famille, y compris ses deux enfants, désormais en âge de se marier. C’est alors qu’un jour, son train-train est quelque peu bouleversé par la découverte d’un sac à main contenant 300.000 « balles ». Honnête et intègre, Pierre va se mettre à la recherche de sa propriétaire. Ce qui marque surtout dans Monsieur Taxi, c’est le tournage qui fait souvent honneur aux extérieurs, ce qui permet de revoir Paris au début des années 1950, alors que les trublions (pour être poli) de la Nouvelle vague fustigeaient ce « cinéma de papa » principalement confiné dans les studios. L’oeuvre d’André Hunebelle, Gilles Grangier, Alex Joffé et les autres pris en grippe par les prétentieux a pourtant nettement mieux vieilli que les expériences formelles de Godard et consorts, d’autant plus qu’ils se doublent aujourd’hui d’une dimension documentaire. Indubitablement, Monsieur Taxi n’est pas une grande comédie, mais reste un savoureux divertissement.

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Test Blu-ray / Anna, réalisé par Pierre Koralnik

ANNA réalisé par Pierre Koralnik, disponible en DVD & Blu-ray depuis le 15 décembre 2025 chez Malavida Films.

Acteurs : Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Serge Gainsbourg, Marianne Faithfull, Barbara Sommers, Isabelle Felder, Henri Virlojeux, Hubert Deschamps…

Scénario : Serge Gainsbourg & Jean-Loup Dabadie

Photographie : Willy Kurant

Musique : Serge Gainsbourg

Durée : 1h30

Date de sortie initiale: 1967

LE FILM

Anna débarque à Paris. Dès sa descente du train, Serge, directeur d’une agence publicitaire, tombe fou amoureux. Pour la retrouver, il fait placarder l’unique photo d’elle qu’il possède dans toutes les rues de la capitale, sans réaliser qu’il la croise pourtant tous les jours…

C’est un petit trésor caché, oublié, enfoui, qui a été longtemps l’objet de fantasmes de la part des cinéphiles. Rendez-vous compte, Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Serge Gainsbourg, Marianne Faithfull et même Eddy Mitchell réunis dans un même film ! Ou un téléfilm pour être exact, puisque Anna, réalisé par Pierre Koralnik, aura été diffusé le 13 janvier 1967 sur la Première chaîne de l’ORTF, avant de prendre la poussière pendant de longues, très longues années. Né en Suisse en 1937, Pierre Koralnik, d’origine ukrainienne, se présente au concours de l’IHDEC et obtient son diplôme. Il se retrouve aux commandes d’Anna, sur une proposition de la productrice Michèle Arnaud, première comédie musicale réalisée en 35mm pour la télévision française et en couleur s’il vous plaît, quand bien même le (télé)film sera évidemment diffusé en N&B…Presque soixante ans plus tard, nous pouvons enfin découvrir Anna comme le metteur en scène et son chef opérateur Willy Kurant (Le Monstre qui vient de l’espace, Je t’aime, moi non plus, Le Départ) l’ont conçu. Témoignage d’un temps que les moins de vingt ans et leurs parents ne peuvent pas connaître, Anna est une fusion étonnante entre la Nouvelle vague et le cinéma de Jacques Demy (qui a toujours été à part du mouvement), doublé d’un objet pop acidulé dont les couleurs clinquantes et l’énergie qui anime l’ensemble contrastent avec le spleen qui coule dans chaque séquence. Immortalisé par le Sous le soleil exactement chanté par Anna Karina sur la plage de Deauville, Anna n’a pas volé son statut culte.

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Test Blu-ray / Knock, réalisé par Guy Lefranc

KNOCK réalisé par Guy Lefranc, disponible en Blu-ray et DVD le 3 mars 2026 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Louis Jouvet, Jean Carmet, Jean Brochard, Pierre Renoir, Louis de Funes, Jane Marken, Yves Deniaud, Pierre Bertin, Marguerite Pierry, Mireille Perrey…

Scénario : Georges Neveux & Jules Romains, d’après la pièce Knock ou le Triomphe de la médecine de Jules Romains

Photographie : Claude Renoir

Musique : Paul Misraki

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1951

LE FILM

Le nouveau docteur de Saint Maurice, Knock, confie à son prédécesseur, Parpalaid, qu’il aurait dû mieux tirer parti de sa situation. Le pharmacien et l’aubergiste comprennent vite l’aspect financier d’une mise en coupe réglée de la commune sur le plan médical, car « les bien portants sont des malades qui s’ignorent ». Il faut éclairer ceux qui sont capables de payer les soins qu’exige leur état. Le village devient donc le sanctuaire de la maladie, le rite quotidien est la prise de température.

Il y a des rôles qui poursuivent certains comédiens toute leur vie et donc durant leur carrière. C’est le cas pour le légendaire Louis Jouvet (1887-1951) avec le personnage de Knock, tiré de la pièce de théâtre en trois actes Knock ou le Triomphe de la médecine de Jules Romains, représentée pour la première fois à Paris, à la Comédie des Champs-Élysées, en décembre 1923, sous la direction de Jacques Hébertot et déjà mise en scène et interprétée par Louis Jouvet. 1925, le cinéma s’empare de ce triomphe et la première adaptation pour le grand écran est réalisée par René Hervil, avec Fernand Fabre dans le rôle principal. Pendant ce temps, Louis Jouvet l’incarne au cinéma en 1933 et co-réalise le film aux côtés de Roger Goupillières. Il reprend ce personnage (qu’il aurait joué près de 1500 fois) sur les planches en 1935, puis pour la dernière fois en 1938 au Théâtre de l’Athénée. 1951, cinq mois avant sa disparition à l’âge de 63 ans, Louis Jouvet interprète encore Knock dans une nouvelle transposition cinématographique, signée cette fois Guy Lefranc, où le comédien officie également comme directeur artistique. Il s’agit aujourd’hui de la mouture la plus célèbre. Et c’est une leçon. Non pas de mise en scène, somme toute classique, même si Guy Lefranc parvient à éviter le théâtre filmé, mais de Louis Jouvet. En fait, Knock n’a pas vieilli malgré ses 75 ans au compteur. Il demeure même furieusement moderne et d’actualité avec tout ce qui est à la mode aujourd’hui avec ces supposés « coachs » en développement personnel qui pullulent partout sur internet. Chose étonnante, Knock met par exemple knock-out le récent Gourou de Yann Gozlan (qui part bien, puis s’enlise dans le nawak ronflant), dont les thèmes sont finalement assez proches. Et puis soyons honnêtes, Louis Jouvet qui « regarde » le spectateur complice à plusieurs reprises à la fin lors du face-à-face Knock/Parpalaid, cela reste monumental.

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Test Blu-ray / Fortunat, réalisé par Alex Joffé

FORTUNAT réalisé par Alex Joffé, disponible en Blu-ray et Combo Blu-ray+ DVD + Livret le 3 mars 2026 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Michèle Morgan, Bourvil, Rosy Varte, Teddy Bilis, Gaby Morlay, Frédéric Mitterrand, Patrick Millow, Albertine Sarov, Jean-Marie Amato…

Scénario : Alex Joffé & Pierre Corti, d’après le roman « Fortunat, ou le père adopté » de Michel Breitman

Photographie : Pierre Petit

Musique : Denis Kieffer

Durée : 1h55

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Juliette Valecourt, grande bourgeoise parisienne, ignore que son mari fait partie de la Résistance. Quand il est arrêté, elle se réfugie dans une bourgade de province proche de la ligne de démarcation. Elle y rencontre Fortunat, cordonnier rustre et ivrogne qui doit, pour leur sécurité, se faire passer pour son mari…

Quand on regarde la filmographie éclectique et conséquente de Bourvil, 60 films en trente ans de carrière, Fortunat arrive en 24è position de son box-office personnel. Avec 3,3 millions d’entrées, cette seconde association de l’acteur avec le réalisateur Alex Joffé se situe entre Les Grandes gueules (3,6 millions d’entrées) de Robert Enrico et Par la fenêtre (3,2 millions de spectateurs) de Gilles Grangier. Étonnamment oublié quand on évoque le comédien, Fortunat est pourtant l’un de ses plus beaux films et lui offre l’un de ses plus grands rôles. Tour à tour drôle, émouvant, bouleversant, pathétique et toujours attachant, Bourvil crève l’écran une fois de plus et il retrouve à cette occasion la magnifique Michèle Morgan, deux ans après Le Miroir à deux faces d’André Cayatte. 1960 est une très grande année pour Bourvil, qui attire déjà près de six millions de français dans les salles dès le mois de janvier avec Le Bossu et plus de cinq millions en octobre avec Le Capitan, tous les deux mis en scène par André Hunebelle. Plus grave et réaliste, le récit de Fortunat se déroule durant la Seconde Guerre mondiale. Quinze ans après la fin du conflit, le traumatisme est encore présent et le film d’Alex Joffé, qui sera également le plus grand hit du cinéaste, évoque la France de Vichy, la rafle des juifs, le marché noir, avec autant de frontalité que de délicatesse. Alex Joffé et Pierre Lévy-Corti (La Cuisine au beurre, Le Tatoué, Alexandre le bienheureux) adaptent le roman Fortunat, ou le père adopté (Denoël, 1955) de Michel Breitman et condensent en près de deux heures les trois années du quotidien et de la survie de Noël, Juliette, Pierrot et Maurice. Drame sombre et cependant solaire, pudique et plein de tact, illuminé par la présence d’un des plus grands monstres du cinéma français au sommet de son art, Fortunat, rarement diffusé à la télévision, mérite vraiment une redécouverte et s’adresse à toute la famille.

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Test Blu-ray / Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville, réalisé par Alex Joffé

LE TRACASSIN OU LES PLAISIRS DE LA VILLE réalisé par Alex Joffé, disponible en Blu-ray et Combo Blu-ray+ DVD + Livret le 3 mars 2026 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Bourvil, Maria Pacome, Pierrette Bruno, Rosy Varte, Armand Mestral, Yvonne Clech, Harry Max, Mario David, Léo Campion, Christian Marin, Teddy Billis…

Scénario : Alex Joffé & Jean Bernard-Luc

Photographie : Marc Fossard

Musique : Georges Van Parys

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Le « tracassin », c’est la maladie du siècle : le trop-plein d’ennuis en un minimum de temps. Le pauvre André Loriot en est atteint jusqu’à la moelle ! Entre les réveils au bruit des poubelles, les klaxons, les patrons exigeants et les amours contrariées, sa vie devient un tourbillon d’absurdités quotidiennes. Pour tenir le coup, il avale des pilules B.H. 33, dynamisant euphorisant censé redonner la joie de vivre. Mais à haute dose, toute sa maîtrise s’effondre et les ennuis, cette fois, deviennent incontrôlables…

Bourvil – Alex Joffé, troisième ! Action ! Rétrospectivement, Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville est donc la troisième association du comédien avec le réalisateur et se situe entre Fortunat (1960, 3,3 millions d’entrées, leur plus grand succès) et Les Culottes rouges (1962, 2 millions de spectateurs). C’est aussi leur opus le plus expérimental, qui lorgne sur le cinéma de Jacques Tati, surfe sur la vague de Mon oncle (1958) et annonce étrangement Playtime (1967). Car dans Le Tracassin (ou l’humeur inquiète, chagrine) ou Les Plaisirs de la ville (titre évidemment ironique), Alex Joffé et le co-scénariste Jean Bernard-Luc (Hibernatus, Les Cadets de l’océan, Les Trois Mousquetaires version Bernard Borderie) il est pleinement question de la vie moderne supposée contribuer au confort de l’être humain et plus particulièrement du citadin. Il y a beaucoup de gags purement visuels dans Le Tracassin, qui renvoie au cinéma muet, d’autant plus que Bourvil y arbore une petite moustache façon Chaplin (non, pas celle du peintre frappadingue au bras levé), ce qui change particulièrement sa bonne tête et contribue à la création du personnage. Car Bourvil, comme bien souvent d’ailleurs, contrairement à ce que l’on pourrait penser, était virtuose dans l’art de la transformation. Dans ces Plaisirs de la ville, il n’est pas le benêt de la campagne, mais un élément important d’un grand laboratoire pharmaceutique. Le hic, c’est qu’il a accès gratuitement et facilement à un médicament « révolutionnaire », autrement dit un régulateur neuropsychique, qui rend euphorique, apaise et stimule tout en même temps…et que son existence bien agitée fait qu’il prend ce remède miracle bien plus que de raison. Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville narre 24 heures de la vie d’un parisien et cette comédie, très peu diffusée à la télévision, s’avère on ne peut plus originale, menée à cent à l’heure et ne laisse pas plus de répit à son personnage principal qu’aux spectateurs. Une vraie et grande curiosité.

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Test Blu-ray / Les Hussards, réalisé par Alex Joffé

LES HUSSARDS réalisé par Alex Joffé, disponible en DVD & Blu-ray le 3 mars 2026 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Bourvil, Bernard Blier, Georges Wilson, Louis de Funès, Alberto Bonucci, Giovanna Ralli, Carlo Campanini, Giani Esposito, Virna Lisi…

Scénario : Pierre-Aristide Bréal, Alex Joffé & Gabriel Arout, d’après la pièce de Pierre-Aristide Bréal

Photographie : Jean-Serge Bourgoin

Musique : Georges Auric

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Au cours de la campagne d’Italie, le brigadier Le Gouce et le soldat Flicot perdent leurs montures aux abords d’un village. Pour se justifier devant leurs supérieurs, les deux hommes prétendent avoir été attaqués par un franc-tireur. Cet événement provoque l’arrestation de plusieurs otages, le prétendu franc-tireur étant en fuite. L’un des otages doit être fusillé le soir même si le coupable n’est pas retrouvé. Les deux hussards – bons bougres – sont désespérés des conséquences de leur mensonge et tentent, par un audacieux stratagème, de sauver les Italiens. Mais dans l’intervalle, les chevaux rejoignent le bivouac. Le capitaine condamne les deux hussards à la peine capitale pour leur coupable négligence en campagne. En vain, les Italiens reconnaissants font leur possible pour sauver Le Gouce et Flicot.

La carrière du réalisateur Alex Joffé (1919-1995) tourne essentiellement autour de Bourvil, avec lequel il collaborera à six reprises : Les Hussards (1955, 2,9 millions d’entrées), Fortunat (1960, 3,3 millions), Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville (1961, 1,8 million), Les Culottes rouges (1962, 2 millions), La Grosse Caisse (1965, 1,8 million) et Les Cracks (1968, 2,9 millions). Tous de grands succès populaires, tout comme le reste de la filmographie du metteur en scène, à qui l’on doit également Les Fanatiques (1957) avec Pierre Fresnay et Du rififi chez les femmes (1959) avec Robert Hossein et Roger Hanin. Pour leur première association, le cinéaste et Bourvil se lancent dans la comédie de guerre, qui n’est pas sans annoncer La Grande guerre La Grande guerra (1959) de Mario Monicelli, avec Alberto Sordi Vittorio Gassman. En effet, Alex Joffé livre une œuvre antimilitariste adaptée de la pièce éponyme de Pierre-Aristide Bréal, créée en 1953, manie avec dextérité l’humour noir et l’ironie qui seront souvent liées à la comédie italienne. On y retrouve un côté grinçant plutôt rare de ce côté des Alpes, ce qui a pu déconcerter quelque peu une partie des spectateurs à la sortie du film. En dehors de quelques extérieurs, par ailleurs très beau, qui plantent le décor principal de l’action, le tournage s’est essentiellement déroulé à Lagny-sur-Marne (en Seine-et-Marne) et dans les studios de Boulogne, où le village a été reconstitué. Les Hussards se révèle être un quasi-huis clos à ciel ouvert, puisque le récit ne sortira plus de cette petite bourgade « italienne » une fois nos deux trublions débarqués. Mais ce n’est pas pour autant que la réalisation demeure statique, bien au contraire. Les Hussards est une comédie parfois sombre, menée tambour battant (et trompette), qui ne s’arrête pas une seconde, qui passe d’un quiproquo à l’autre, alors que la situation change sans arrêt pour Le Gouce (Bernard Blier) et Flicot (Bourvil), qui se retrouvent en fâcheuse posture parce que le second était pris d’une envie pressante. Assez mal connu, peu diffusé à la télévision (en raison de son côté « historique » peut-être), Les Hussards est un spectacle étonnant, dans lequel les deux monstres du cinéma français s’affrontent, s’engueulent, se battent même, mais s’allient et deviennent même amis (ce qui n’était apparemment pas le cas sur le plateau) devant l’idiotie de l’armée. Un divertissement humaniste, drôle, beau à regarder, que demander de plus ?

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