Test DVD / La Tournée, réalisé par Florian Hessique

LA TOURNÉE réalisé par Florian Hessique, disponible en DVD le 19 novembre 2025 chez Blaq Out.

Acteurs : Patrick Chesnais, Florian Hessique, Richard Berry, Thierry Lhermitte, Martin Lamotte, Aurore Planas, Hélène Bizot, Roland Marchisio, Dominique Frot, Vincent Desagnat, Alexandre Pesle…

Scénario : Florian Hessique

Photographie : Julia Escobar

Musique : Raphaël Dargent

Durée : 2h

Année de sortie : 2025

LE FILM

Marius de Villeduc est un acteur vieillissant, endetté et dont la carrière a décliné. Il accepte à contre-cœur de tenir le rôle principal d’un film réalisé par Richard Favard, un acteur-réalisateur prometteur, mais qu’il ne connaît pas du tout. Une fois le film tourné, Marius doit — pour obtenir l’intégralité de son cachet — participer à la tournée promotionnelle du film. Ainsi, accompagné du metteur en scène et de Colette et Lulu, Marius va devoir participer à de nombreuses avant-premières dans toute la France.

Soyons réalistes une minute. Quand on la curiosité d’aller lire les avis des spectateurs postés sur Allociné concernant La Tournée de Florian Jessique, on se rend compte que 50 supposés abonnés sur les 80 critiques postées sur ce long-métrage, ne se sont inscrits que pour encenser uniquement ce film, en lui donnant quatre étoiles, quand ce n’est pas carrément la note maximale. C’est louche. Et cela se vérifie sur d’autres sites, comme sur SensCritique, sur La Fnac, etc…Cela s’est déjà vu, cela se reverra encore. De là à dire qu’il y a plus de critiques publiées que de spectateurs ayant vu le film dans les salles (autrement dit 18.000 seulement)…En l’état, La Tournée n’a rien de transcendant sur le papier, mais repose sur un casting sympathique, mené par l’impérial Patrick Chesnais. D’ailleurs, si l’on réussit à aller jusqu’au bout de ces deux longues heures, c’est essentiellement grâce à son abattage habituel, son formidable cabotinage grincheux et son côté bourru. Mais il est bien entouré, par Roland Marchisio, visage récurrent de la télévision (en gros toutes les séries policières de TF1, Plus belle la vie) et finalement peu vu au cinéma (dans quelques films de Gérard Jugnot), la belle Aurore Planas (jolie découverte) et l’excellente Hélène Bizot, dont on connaît principalement la voix, qu’elle prête habituellement à Naomi Watts. Si l’on a plus de mal avec l’interprétation paresseuse de Florian Hessique, ce bémol est compensé par l’apparition amicale (et qu’on imagine rémunérée au minimum syndical vu le budget) et marquante de Thierry Lhermitte (génial), Martin Lamotte (impeccable en distributeur dépassé par les événements et déjà dans L’Instant présent du même réalisateur), Richard Berry (toujours convaincant en mec odieux), Vincent Desagnat (burlesque et lunaire à souhait)…Si le rythme est en dents de scie, pour ne pas dire pépère (tiens au passage, Papy Drucker fait une énième apparition dans son propre rôle), La Tournée, malgré son aspect téléfilm France 3 Picardie, possède un charme anachronique et l’alchimie entre les comédiens fonctionne assez pour qu’on aille jusqu’au bout de cette comédie d’un autre temps.

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Test Blu-ray / All Ladies Do It, réalisé par Tinto Brass

ALL LADIES DO IT (Così fan tutte) réalisé par Tinto Brass, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 4 novembre 2025 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Claudia Koll, Paolo Lanza, Franco Branciaroli, Isabella Deiana, Renzo Rinaldi, Ornella Marcucci, Marco Marciani, Maurizio Martinoli…

Scénario : Tinto Brass, Francesco Costa & Bernardino Zapponi, d’après l’opéra de Mozart

Photographie : Massimo Di Venanzo & Silvano Ippoliti

Musique : Pino Donaggio

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1992

LE FILM

Si, au terme de cinq ans de mariage, Diana aime toujours Paolo, elle rêve aussi de nouvelles expériences dans les bras d’autres hommes. Un séduisant antiquaire français, un premier flirt sur le retour… Les amants vont et viennent dans un tourbillon de liaisons scandaleuses. Plutôt que de cacher la vérité de ses infidélités à Paolo, Diana les lui raconte, toutes. Autant de récits qui ajoutent du piment à une vie de couple pourtant pas à l’abri des démons de la jalousie…

Quand il tourne Così fan tutte, l’amico Tinto Brass trône depuis dix ans comme étant le « Sergio Leone du cul » et ce dès le succès monstre rencontré par La ClefLa Chiave (1983), porté par la sublime Stefania Sandrelli. Après celui-ci, le cinéaste a mis les bouchées doubles avec le génial Miranda (1985) et l’envoûtant Paprika (1991). Le tournant des années 1990 n’a rien changé pour Tinto Brass, qui continue sur sa lancée, quand bien même nombreux sont ses détracteurs qui jugent son cinéma ana(l)chroNique. All Ladies Do It, autre titre de Così fan tutte, est une autre comédie érotique, qui met cette fois en vedette l’actrice Claudia Koll, nom de scène de Claudia Maria Rosaria Colacione, alors âgée de 27 ans au moment du tournage et qui deviendra par la suite une diva érotique dans l’Italie de la première moitié des années 1990. Visage récurrent de la télévision transalpine, Claudia Koll, présentera le célèbre festival de Sanremo, donnera la réplique au monstre Nino Manfredi dans la série Linda e il brigadiere, jouera pour Lamberto Bava, avant de se tourner vers Dieu et les associations caritatives. Mais pour l’heure, elle n’est sûrement pas avare de ses charmes dans All Ladies Do It et détient une place particulière dans le cheptel du maestro. Loin d’avoir les formes rebondies des autres héroïnes brassiennes, Claudia Koll étonne, détonne même et marque donc les esprits, ainsi que le bas-ventre des spectateurs. Ôde à la sodomie, All Ladies Do It est aussi une radiographie ironique du couple et de ses conventions, dans laquelle Tinto Brass met les femmes à égalité avec les hommes et montre d’ailleurs que ces derniers font pâle figure à côté des premières, qui quand elles ont décidé d’être libres, le sont vraiment et totalement. Tinto Brass, réalisateur féministe, vous en doutiez ?

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Test Blu-ray / Paprika, réalisé par Tinto Brass

PAPRIKA réalisé par Tinto Brass, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 4 novembre 2025 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Debora Caprioglio, Stéphane Ferrara, Martine Brochard, Stéphane Bonnet, Rossana Gavinel, Renzo Rinaldi, Conte Bastiano…

Scénario : Tinto Brass & Bernardino Zapponi, d’après le roman Fanny Hill de John Cleland

Photographie : Silvano Ippoliti

Musique : Riz Ortolani

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1991

LE FILM

Belle à croquer et encore jeunette, Mimma aime follement Nino, au point qu’elle vend son corps pour ses beaux yeux. Devenue, sous le nom de Paprika, la pensionnaire la plus populaire de la maison close de Mme Colette, la jeune femme oublie vite son premier amour pour se consoler dans les bras d’un beau marin. D’un établissement de plaisir à l’autre, de la France à l’Italie, où prêtres et politiciens se bousculent à sa porte, Paprika fait tourner les têtes et valser les caleçons.

Aaaah Paprika…c’est tout un poème comme le chantait Yves Montand. Assurément l’une des plus grandes héroïnes de Tinto Brass, Mimma, surnommée Paprika en raison de sa nature caliente, fait partie des « meneuses » dans le cheptel de son auteur. Incarnée par l’impressionnante Debora Caprioglio, excessivement généreuse, plantureuse (euphémisme) créature, Paprika marque le retour du maestro à un érotisme encore plus exacerbé. Superbe portrait de femme libre, qui fait ce qu’elle veut de son cul (qu’elle a comme une mandoline) et qui ne s’en prive pas, Paprika se double cette fois d’un « hommage » aux maisons closes, que le sieur Brass a toujours fréquenté dans sa vie. D’où une vision fantasmée, idéalisée, rêvée et donc mise en scène de façon stylisée à travers des décors que l’on imagine tout droit sortis d’un rêve (mouillé). Rétrospectivement, Paprika, sorti en 1991, est l’un des plus beaux longs-métrages du Maestro del Culo, un des plus passionnants aussi, comme un mix entre Salon Kitty et Miranda. Inoubliable.

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Test Blu-ray / Steel Flower, réalisé par Park Seok-Yeong

STEEL FLOWER (Seutil peullawo) réalisé par Park Seok-Yeong, disponible en Blu-ray le 30 juillet 2025 chez Badlands.

Acteurs : Jeong Ha-Dam, Kim Tae-Hee, Park Myeong-Hoon, Choi Moon-Sook, An Yu…

Scénario : Park Seok-Yeong

Photographie : Park Hyeong Ik & Oh Tae-Seung

Musique : Kim Dong-Gi

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 2015

LE FILM

Une sans-abri se loge dans des maisons vides pour essayer de s’en sortir. Durant l’hiver, elle quitte Séoul pour aller chercher du travail sur Busan, mais elle ne parvient pas à grand-chose sans téléphone ni adresse. Par-dessus tout, elle se fait souvent duper par les gens et n’a personne à qui parler.

Au centre de sa trilogie dite des « Fleurs », constituée de Wild Flower (2014), Steel Flower (2015) et de Ash Flower (2017), le réalisateur Park Seok-Yeong (né en 1973) place au centre une comédienne unique, Jeong Ha-dam. Née en 1994, celle-ci se fond dans un personnage, que l’on pourrait définir comme étant proche de ce qu’elle est en réalité et qui s’appelle d’ailleurs Ha-dam. À la fois portrait dressé d’une jeunesse livrée à elle-même et constat implacable d’une nouvelle génération laissée sur le carreau, Steel Flower est une plongée immersive dans le quotidien d’une jeune femme. Ha-dam tente de survivre dans la société d’aujourd’hui, en se demandant constamment où elle va pouvoir dormir la nuit prochaine et comment elle pourra se nourrir, dignement, sans avoir recours à la mendicité, en recherchant constamment un petit job qui lui permettra de se remplir le ventre et de trouver un toit au -dessus de sa tête. On suit donc Ha-dam, sans-abri, quasi-muette, qui débarque à Busan dans l’espoir de trouver du travail, mais qui se heurte à un refus à chaque étape. Ha-dam est là sans l’être, ou plutôt la plupart ferait tout pour ne pas la voir, comme s’il s’agissait d’un spectre qui fait tâche dans la société coréenne trop bien réglée et où rien ne devrait dépasser. Par sa mise en scène heurtée, chaotique, avec une caméra portée, Park Seok-Yeong implique le spectateur du début à la fin, colle au plus près de son personnage principal, qu’on ne quittera pas une seconde, qu’on accompagne dans son périple de tous les jours. Steel Flower peut se voir indépendamment des deux autres opus « Flower ». L’auteur de ces mots ne les a pas vus, mais ce second opus donne sérieusement envie de découvrir les autres. Assurément une belle découverte sensorielle que ce cinéaste coréen et formidable révélation que son actrice principale.

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Test Blu-ray / Lola, réalisé par Bigas Luna

LOLA réalisé par Bigas Luna, disponible en Coffret Combo Blu-ray + DVD + Livre le 7 octobre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Ángela Molina, Patrick Bauchau, Féodor Atkine, Assumpta Serna, Carme Sansa, Pepa Lopez, Constantino Romero…

Scénario : Luis Hercé, Bigas Luna & Enrique Viciano

Photographie : Josep M. Civit

Musique : José Manuel Pagán

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1986

LE FILM

Lola s’éloigne de Mario, son amant alcoolique et violent à son égard. Cinq ans plus tard, elle est mariée avec Robert, un chef d’entreprise français, et vit dans son confort bourgeois avec leur fille Ana. C’est à ce moment que Mario retrouve Lola.

Dans la carrière de Bigas Luna, Lola intervient après un rapide passage par les États-Unis, où le réalisateur a tourné Reborn, connu aussi sous le titre espagnol Renacer, dans lequel il dirigeait Dennis Hopper. Un échec cinglant dans les salles. Il revient en terre ibérique et crée la série Kiu i els seus amics en 1985, qui le remet en selle. Il peut donc signer son retour au cinéma en 1986 avec Lola, qui change du tout au tout avec Bilbao et Caniche, puisque Bigas Luna joue ici avec le thriller néo-noir, teinté d’histoire d’amour « contrariée », les guillemets n’étant pas de trop. Bien sûr, Lola n’est pas un film comme les autres. Oeuvre hybride, pensée pour contenter les spectateurs en quête d’émotions fortes dans le bas-ventre et les amateurs de film de genre, Lola est avant tout un portrait de femme forte et indépendante, qui fait ce qu’elle veut de son séant et qui tente de lutter contre ses penchants sexuels teintés de violence (« consentie »), tandis que son cerveau aspire à plus de d’équilibre et de tranquillité. Autant dire que la psychologie des personnages est on ne peut plus complexe et Lola vaut non seulement pour la mise en scène toujours aspirée et frontale de Bigas Luna, mais aussi pour l’interprétation habitée de ses trois têtes d’affiche, l’espagnole Ángela Molina (dans le rôle-titre), le belge Patrick Bauchau et le français Féodor Atkine. Grand succès du réalisateur, Lola est étrangement souvent oublié aujourd’hui quand on évoque la carrière du cinéaste. Raison de plus pour le réhabiliter quarante ans après sa sortie.

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Test Blu-ray / Caniche, réalisé par Bigas Luna

CANICHE réalisé par Bigas Luna, disponible en Coffret Combo Blu-ray + DVD + Livre le 7 octobre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Àngel Jové, Consol Tura, Linda Pérez Gallardo, Cruz Tobar, Sara Grey…

Scénario : Bigas Luna

Photographie : Pedro Aznar

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1979

LE FILM

Bernardo et sa sœur Eloisa vivent dans une grande maison héritée d’une vieille tante récemment décédée. Petit à petit, une étrange relation se met en place entre eux deux et Dani, un caniche un peu trop présent…

Bigas Luna, suite. Après le succès rencontré par Bilbao, le réalisateur enchaîne rapidement avec Caniche, inspiré par une anecdote personnelle de Salvador Dali. Celui-ci aurait confié à Bigas Luna que devant quitter l’Espagne franquiste de toute urgence, sa compagne Gala et lui auraient décidé de manger leur chien bien aimé, afin de « le garder avec eux », plutôt que de se résigner à l’abandonner. Allez savoir avec Daliiiiii si ce récit est vrai…S’il est sans doute plus vraisemblable de penser qu’il s’agissait d’un lapin, le cinéaste ibérique allait prendre ce souvenir comme point de départ de Caniche, l’un de ses films les plus controversés, et pour cause. Comme s’il pouvait enfin se permettre d’aborder encore plus frontalement certains sujets, Bigas Luna évoque rien de moins que les sujets de l’inceste et de la zoophilie. La critique de l’époque a d’ailleurs retenu uniquement les scènes plus choquantes de Caniche, et Dieu sait qu’elles le sont, sans chercher à comprendre où l’auteur souhaitait en venir. Huis clos asphyxiant où les deux personnages principaux vivent repliés sur eux-mêmes en compagnie d’un petit chien qui prend trop de place, Caniche évoque la résultante de quarante ans de régime totalitaire, qui a rendu les individus fous, déconnectés de la réalité, pervers, et qui ont survécu en s’adaptant comme ils le pouvaient, loin du monde extérieur comme ils l’étaient. Encore plus radical que Bilbao, Caniche décontenancera une bonne partie du public et le film, malgré le Prix de l’Âge d’or remporté en 1981 (récompense décernée par la Cinémathèque royale de Belgique et le musée du cinéma de Bruxelles), connaîtra un succès moindre que le précédent. Aujourd’hui, rétrospectivement, Caniche apparaît comme étant l’une des œuvres les plus dérangeantes de Bigas Luna, l’une des plus déconseillées aux âmes sensibles. En un mot, Caniche est aussi morbide qu’indispensable.

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Test Blu-ray / Bilbao, réalisé par Bigas Luna

BILBAO réalisé par Bigas Luna, disponible en Coffret Combo Blu-ray + DVD + Livre le 7 octobre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Àngel Jové, María Martín, Isabel Pisano, Francisco Falcon, Jordi Torras, Pepita Llunell, Marta Molins…

Scénario : Bigas Luna

Photographie : Pedro Aznar

Musique : Iceberg

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Leo qui vit avec Maria qui pourrait être sa tante avec laquelle il répond à ses fantasmes sexuels, est obsédé par Bilbao, une femme prostituée et strip-teaseuse qu’il veut posséder et transformer selon ses obsessions.

José Juan Bigas Luna (1946-2013), ou tout simplement Bigas Luna pour les intimes et cinéphiles, est l’un des réalisateurs espagnols les plus importants de l’histoire du cinéma. Réputé pour ses œuvres sulfureuses comme Jambon, jambonJamón, jamón (1992) et La Lune et le Téton La teta y la luna (1994), celui-ci n’était pourtant pas prédisposé au septième art. Après des études universitaires en économie, Bigas Luna devient designer industriel et d’intérieur, tout en s’adonnant à l’une de ses autres passions, la peinture, art où il excelle et qui lui permet d’être exposé. C’est d’ailleurs au cours d’une galerie qui lui est consacrée, qu’il rencontre Salvador Dalí, avec lequel il se lie d’amitié. Petit à petit, Bigas Luna en vient à la vidéo, toujours dans le cadre d’une de ses expositions. Grâce au format court, il expérimente sur le cadre et les corps. Cela le conduit à son premier long-métrage, TatouageTatuaje (1976), où les thèmes du fétichisme et de l’obsession sont déjà au rendez-vous. Alors que la dictature franquiste connaît ses dernières heures et que l’Espagne se réveille d’une gueule de bois qui aura duré quatre décennies, Bigas Luna est bien décidé à briser tous les tabous grâce à ce nouveau médium qui lui convient totalement et dans lequel il peut s’exprimer pleinement. 1978, Bilbao fait l’effet d’une explosion dans le cinéma ibérique. Dans la continuité de Tatouage, dans lequel le cinéaste suivait un détective privé qui menait l’enquête sur la mort d’un inconnu tatoué, Bigas Luna suit l’itinéraire d’un autre individu, perdu dans ses pensées, sauf que cette fois cet homme étrange ne pense qu’à une « chose », Bilbao. Non pas la ville située au Nord de l’Espagne, mais une prostituée, sujet principal de toutes ses réflexions. Avec sa caméra 16mm, le « director » plonge dans les rues sombres et éclairées aux néons de Barcelone, en s’attachant au milieu de la nuit, quand Bilbao entre en scène, entreprend un striptease sur scène, où elle dévoile ses charmes affriolants aux spectateurs au front perlé de sueur. Étrangement, Bilbao annonce Schizophrenia (1983) de Gerald Kargl, qui suit un psychopathe libéré de prison après avoir purgé une longue peine pour un meurtre qu’il a commis sans mobile ni préméditation. Errant en ville, il retrouve le monde avec une seule idée en tête : tuer à nouveau. Dans Bilbao, on adopte le point de vue d’un homme, à l’aube de la quarantaine, qui n’a qu’une idée fixe, « s’emparer » de Bilbao, ramenée, rabaissée à l’état de « chose » comme il la qualifie lui-même, pour la posséder, pour qu’elle ne soit qu’à lui seul. Véritable choc de l’industrie cinématographique des années 70, Bilbao demeure encore aujourd’hui une expérience rare. Bigas Luna s’associe au chef opérateur Pedro Aznar, qu’il retrouvera sur Caniche, pour proposer aux spectateurs une plongée dans les méandres d’un esprit dérangé. Pendant 1h30, le monologue intérieur omniprésent, calme et réfléchi du personnage principal, tente de relativiser le côté injustifiable de ses actes et ne laisse aucune échappatoire aux spectateurs, pris malgré eux dans cette spirale infernale placée sous le signe du sexe et de la violence.

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Test Blu-ray / Liquid Sky, réalisé par Slava Tsukerman

LIQUID SKY réalisé par Slava Tsukerman, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Anne Carlisle, Paula E. Sheppard, Susan Doukas, Otto von Wernherr, Bob Brady, Elaine C. Grove, Stanley Knapp, Jack Adalist…

Scénario : Slava Tsukerman, Anne Carlisle & Nina V. Kerova

Photographie : Yuri Neyman

Musique : Brenda I. Hutchinson, Clive Smith & Slava Tsukerman

Durée : 1h53

Date de sortie initiale : 1982

LE FILM

Dans le New-York branché du début des années 1980, Margaret est mannequin et vit chez son amie Adrian, musicienne électro rêvant d’un succès international. Dans leur quotidien évolue Jimmy, mannequin homme, qui partage leur attirance pour l’héroïne, ainsi que la mère de Jimmy qui tente de séduire un prétendu scientifique est-allemand venu étudier les extra-terrestres qui se sont posés au-dessus de l’appartement d’Adrian afin de se gaver des drogues sécrétées par le cerveau humain durant l’orgasme, opération ayant pour effet secondaire la mort du sujet. Les orgasmes étant nombreux au domicile d’Adrian, les morts le deviennent en proportion. À l’inverse de ses partenaires, Margaret ne meurt pas, étant frigide. Mais voulant connaître l’orgasme, elle s’injecte de l’héroïne et meurt à son tour de par le fait des extra-terrestres.

Si vous n’avez jamais pris de drogue (on l’espère pour vous hein) et que vous voulez connaître au moins une fois ce que certaines substances chimiques peuvent faire à votre cerveau et vous faire (faussement) ressentir, alors Liquid Sky est fait pour vous. Nous sommes ici en pleine science-fiction, indépendante, donc autant vous dire que les moyens sont très limités et l’on parle même d’un budget de seulement 500.000 dollars. Contre toute attente, Liquid Sky deviendra le film « indé » le plus rentable de l’année 1983, en engrangeant près de deux millions de billets verts américains dans le monde. Si vous désirez réaliser un trip doublé d’un voyage dans le temps, placez-vous confortablement devant votre écran et plongez dans Liquid Sky, considéré comme ayant influencé un mouvement musical apparu au début des années 2000, à Brooklyn, mais aussi dans différentes capitales européennes (de Londres à Paris, en passant par Berlin), appelé Electroclash. Il y a de tout dans Liquid Sky, et pourtant on serait tenté de dire qu’il n’y a rien, ou presque. Ce premier long-métrage réalisé par Slava Tsukerman est un fourre-tout complètement dingue de ce que l’on pouvait trouver dans le milieu underground punk et new wave, avec toutes les couleurs fluorescentes, les coupes improbables et les maquillages à la truelle que cela comporte. LA grande révélation de ce coup d’essai est incontestablement Anne Carlisle, dans sa première apparition au cinéma, que l’on reverra peu par la suite, mais qui marquera certains films (Recherche Susan désespérément, Crocodile Dundee), et qui deviendra art-thérapeute. Son charisme rare, son talent inné, ses jambes interminables et son look androgyne font la substantifique moelle de Liquid Sky, qui sans elle ne serait rien d’autres qu’une succession de séquences (interminables et bavardes) qui n’ont ni queue ni tête. Il faut souvent s’armer de patience pour aller jusqu’au bout de ce délire coloré et nawak, qui ne mène nulle part et qui se termine d’ailleurs en eau de boudin, mais rien que pour la (double) présence explosive d’Anne Carlisle, parfaite dans son double rôle, Liquid Sky mérite d’être vu au moins une fois dans sa vie de cinéphile.

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Test Blu-ray / La Maison au fond du parc, réalisé par Ruggero Deodato

LA MAISON AU FOND DU PARC (La Casa sperduta nel parco) réalisé par Ruggero Deodato, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : David Hess, Annie Belle, Christian Borromeo, Giovanni Lombardo Radice, Marie Claude Joseph, Gabriele Di Giulio, Lorraine De Selle, Karoline Mardeck, Brigitte Petronio…

Scénario : Gianfranco Clerici & Vincenzo Mannino

Photographie : Sergio D’Offizi

Musique : Riz Ortolani

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

Alex, voyou et violeur, tient sous sa coupe Ricky, un peu simplet. Tous deux travaillent dans un garage aux affaires douteuses. Alors qu’ils s’apprêtent à sortir en boîte, ils dépannent la voiture d’un couple de jeunes bourgeois qui, pour les remercier, les invite à une soirée dans leur villa. Si Ricky s’y amuse, Alex réalise vite que l’assemblée cherche à les humilier. Énervé, il sort son rasoir et prend la soirée en main…

La Maison au fond du parcLa Casa sperduta nel parco est né de l’argent qui restait à disposition aux deux producteurs Franco Di Nunzio et Franco Palaggi, après le tournage de Cannibal Holocaust. En effet, le réalisateur Ruggero Deodato ayant été encore plus radical et rapide que prévu en Colombie, celui-ci se voit proposer d’emballer un autre film avec ce qui reste alors dans la tirelire mise à disposition. Seule recommandation, le metteur en scène doit filmer lui-même quelques scènes à New York, afin d’y ancrer l’histoire de son nouvel opus, les scènes d’intérieur étant prévues en studio en Italie. Le montage prendra le relais pour faire croire que tout se déroule à New York et dans ses environs. Gianfranco Clerici (La Longue nuit de l’exorcisme, MurderRock, L’Éventreur de New York) et Vincenzo Mannino (Formule pour un meurtre, Les Prédateurs du futur, L’Antéchrist), se mettent à l’écriture et livrent ce qui sera La Maison au fond du parc, qui appartient au genre rape & revenge, tout droit hérité de La Dernière maison sur la gauche (1972) de Wes Craven. Non seulement la trame narrative et l’intrigue sont très proches de ce film devenu immédiatement une référence et un modèle à plagier, mais David Hess, qui incarnait le fameux Krug Stillo, tient également le haut de l’affiche dans cette Casa sperduta nel parco. Le sieur Deodato devait démarrer les prises de vue alors que son odyssée sanglante dans la forêt amazonienne n’était pas encore sortie sur les écrans, avec le scandale qui allait l’accompagner. Rétrospectivement, La Maison au fond du parc est sans doute l’un des meilleurs opus du maestro. Impeccablement emballé, ce thriller demeure une oeuvre très violente, sans concession, morbide, cruelle, dérangeante, à l’érotisme malsain, mais génialement réalisée, photographiée, cadrée, montée et interprétée, le tout en trois semaines seulement et dont la rapidité (pour ne pas dire l’urgence) d’exécution se ressent à l’écran. À ne pas mettre devant tous les yeux toutefois. Il faut dire que Ruggero Deodato n’y va pas de main-morte et met souvent tout humour de côté, aucune soupape permettant au spectateur de reprendre son souffle devant ce spectacle transgressif, sulfureux et subversif. Un chaînon manquant, toutes proportions gardées bien sûr, ne hurlez pas, entre La Maison des otagesThe Desperate Hours (1955) de William Wyler (que refera Michael Cimino au début des années 1990) et Orange mécanique A Clockwork Orange (1971) de Stanley Kubrick.

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Test Blu-ray / La Queue du scorpion, réalisé par Sergio Martino

LA QUEUE DU SCORPION (La Coda dello scorpione) réalisé par Sergio Martino, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : George Hilton, Anita Strindberg, Alberto de Mendoza, Janine Reynaud, Luis Barboo, Tom Felleghy, Lisa Leonardi, Tomás Picó, Ida Galli, Luigi Pistilli…

Scénario : Ernesto Gastaldi

Photographie : Emilio Foriscot

Musique : Bruno Nicolai

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Suite au décès de son mari, Kurt, dans l’explosion d’un avion, Lisa Baumer hérite d’un million de dollars qu’elle ne pourra toucher qu’en quittant Londres pour se rendre à Athènes. Sur place, elle est suivie par Peter Lynch, dépêché par la compagnie d’assurances, ainsi que par John Stanley, un policier. Peu après, la riche héritière croise la route d’une ex-maîtresse de son mari, Lara Florakis. Flanquée de Sharif, son homme de main, celle-ci lui réclame la moitié du pactole, sous peine de représailles…

C’est on peut le dire la plus grande période de la carrière éclectique et prolifique de Sergio Martino (né en 1938), puisque La Queue du scorpion La Coda dello scorpione (1971) prend place entre L’Étrange Vice de madame WardhLo Strano vizio della Signora Wardh et Toutes les couleurs du viceTutti i colori del buio. Nous sommes donc en plein giallo, genre qui fait habituellement fuir les critiques de cinéma et qui remplit pourtant les salles. Point d’Edwige Fenech au générique, pour cause d’heureux événement à venir, la magnifique actrice a dû laisser sa place à sa consœur suédoise Anita Strindberg, précédemment à l’affiche du Venin de la peurUna lucertola con la pelle di donna de Lucio Fulci et qui en l’espace de trois ou quatre ans marquera les esprits en enchaînant Qui l’a vue mourir ?Chi l’ha vista morire? d’Aldo Lado, Tropique du Cancer Al tropico del cancro de Gian Paolo Lomi et Edoardo Mulargia et L’Antéchrist L’Anticristo d’Alberto de Martino, pour ne citer que ceux-là et c’est déjà pas mal. Sergio Martino et Anita Strindberg, qui se retrouveront tout de suite après pour le légendaire (c’est toujours un plaisir d’écrire ce titre) Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la cléIl tuo vizio è una stanza chiusa e solo io ne ho la chiave, tournent La Queue du scorpion, thriller italo-espagnol, avec une petite touche de moussaka et de pudding, le film allant se faire voir chez les grecs dans la seconde partie et de l’autre côté de la Manche pour deux ou trois scènes ajoutées en raison d’une durée jugée trop courte pour l’exploitation du film. La Queue du scorpion est un parfait représentant du giallo avec son intrigue « tarabiscotée » (rien de péjoratif ici), ses femmes fatales, ses beaux gosses ténébreux, son tueur masqué, vêtu de noir, l’arme blanche empoignée par une main endossée d’un gant en cuir, ses victimes passant de vie à trépas dans d’atroces douleurs et le plus souvent dans un bain de sang bien rouge ketchup ou sauce barbecue si la lame atteint le foie. Le spectacle demeure total, excellemment mis en scène par des plus grands et habiles artisans en la matière. Une vraie référence non usurpée.

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