Test Blu-ray / Montagne rouge, réalisé par William Dieterle

MONTAGNE ROUGE (Red Mountain) réalisé par William Dieterle, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 3 juin 2021 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Alan Ladd, Lizabeth Scott, Arthur Kennedy, John Ireland, Jeff Corey, James Bell, Bert Freed, Walter Sande…

Scénario : George W. George, John Meredyth Lucas & George F. Slavin

Photographie : Charles B. Lang Jr.

Musique : Franz Waxman

Durée : 1h24

Date de sortie initiale: 1951

LE FILM

Colorado, 1865, le prospecteur Lane Waldron est accusé du meurtre d’un négociant en or. En effet plusieurs témoins l’ont vu sortir du bureau de la victime. Alors que les habitants s’apprêtent à le tuer sans procès, Waldron est sauvé par le capitaine Brett Sherwood, un officier sudiste qui a déserté l’armée. Mais Waldron est vite persuadé que son sauveur est le véritable assassin. Les deux hommes se retrouvent en cavale, ils sont bientôt rejoints par Chris, la fiancée de Lane…

Les Mystères d’Angkor (1960) avec Micheline Presle, La Piste des éléphants (1954) avec Elizabeth Taylor, Salome (1953) avec Rita Hayworth, La Main qui venge (1950) avec Charlton Heston, Vulcano (1950) avec Anna Magnani, Le Portrait de Jennie (1948) avec Jennifer Jones, The Devil and Daniel Webster (1941) avec Walter Huston, Quasimodo (1939) avec Charles Laughton, tous ces films ont pour dénominateur commun le réalisateur Wilhelm Dieterle, alias William Dieterle (1893-1972). Le metteur en scène, comédien, producteur et scénariste allemand naturalisé américain (il rejoindra Hollywood suite à la montée du nazisme) aura signé près de 90 longs-métrages et téléfilms de 1923 à 1966, une carrière éclectique et prolifique. Toutefois, s’il y a un genre auquel on ne l’associe pas, c’est le western, même s’il avait été appelé pour remplacer King Vidor, qui avait quitté le plateau du film Duel au soleil (1946), suite à une mésentente avec David O. Selznick. S’il n’est pas crédité au générique, William Dieterle finira bel et bien le long-métrage, avec également la participation de son confrère Josef von Sternberg. Cinq ans plus tard, le cinéaste revient au western, en reprenant une fois de plus un projet débuté par un autre, en l’occurrence John Farrow (Les Yeux de la nuit, Un pacte avec le diable, Californie, terre promise), tout en évinçant le comédien Wendell Corey, au profit de John Ireland. Mais la star de ce film intitulé Montagne rouge Red Mountain est Alan Ladd, alors au top de sa popularité et ce depuis une dizaine d’années, après le triomphe de Tueur à gages This Gun for Hire de Frank Tuttle où il donnait la réplique à Veronica Lake. Dans Montagne rouge, il partage l’affiche avec l’une des plus grandes comédiennes des années 1950, la remarquable Lizabeth Scott, qui retrouvait William Dieterle pour la troisième fois de sa carrière après La Rue de traversePaid in Full et La Main qui venge Dark City. Comme un huis clos à ciel ouvert, Red Mountain concentre essentiellement son action dans un décor quasi-unique, excellemment exploité par le réalisateur, qui traite beaucoup de sujets, trop peut-être, un triangle amoureux, un meurtre non élucidé, et surtout le portrait de William Clarke Quantrill (1837-1865), hors-la-loi et ancien chef de l’unité de combat de la guerre de Sécession, soldat fanatique et maître de la guérilla, jugé responsable des plus importantes tueries visant des civils, notamment dans l’épisode tristement célèbre du massacre de Lawrence, au Kansas. Il y a beaucoup d’éléments dans Montagne rouge, western très divertissant, qui se disperse mais qui repose avant tout sur le charisme et le talent de ses sublimes interprètes.

Tandis que la Guerre de Sécession touche à sa fin, le prospecteur et ancien soldat Lane Waldron est accusé du meurtre d’un négociant en or. Capturé par la milice, il échappe de peu au lynchage, sauvé par Brett Sherwood, un mystérieux inconnu qui pourrait bien être le véritable assassin. Désormais à couteaux tirés, Waldron et Sherwood sont bientôt rejoints par Quantrill, un général qui ne vit que pour poursuivre le combat et en tirer des bénéfices personnels…

William Dieterle parvient à se dépêtrer des pièges tendus par la scénario coécrit par George W. George (Bodyguard de Richard Fleischer, L’Homme du Nevada de Gordon Douglas), George F. Slavin (La Grève des dockers de Robert Stevenson, Le Sous-marin mystérieux de Douglas Sirk) et John Meredyth Lucas (Pékin-Express), en trouvant l’équilibre entre les trois principaux axes de son récit. Mais ce que l’on retient le plus de Montagne rouge, c’est la confrontation entre Alan Ladd et John Ireland (La Poursuite infernale, Marché de brutes, La Rivière rouge), plus intéressante que l’histoire d’amour naissante entre le premier et Lizabeth Scott. Le personnage historique et controversé de William Quantrill (ou Quantrell, c’est selon) avait déjà été représenté au cinéma dans L’Escadron noir Dark Command de Raoul Walsh, dans lequel il était interprété par Walter Pidgeon, ainsi que dans Kansas en feu de Ray Enright, où Brian Donlevy l’incarnait. John Ireland est impeccable dans la peau de ce fou sanguinaire poursuivi par l’armée nordiste. Si de nombreuses libertés ont été prises avec les faits réels par les scénaristes (Quantrill ne s’est jamais associé avec les Utes), on ressent l’aversion progressive ressentie par Breet Sherwood envers le général, dont il voulait à l’origine rejoindre les troupes afin de poursuivre le combat à leurs côtés. Pendant ce temps, il tombe amoureux de Chris (Lizabeth Scott), l’épouse d’un homme accusé de meurtre, un ex-soldat confédéré (Arthur Kennedy, dans un rôle un peu sacrifié) qu’il a sauvé juste avant que celui-ci ne soit lynché par une milice lancée à ses trousses.

Red Mountain est marqué par une étonnante ambiguïté des personnages, à tel point que l’empathie en devient difficile. C’est le seul point faible que l’on pourrait reprocher à ce film remarquablement mis en scène, porté par des comédiens exceptionnels et un souffle romanesque, sans oublier la beauté des décors et de la photographie en Technicolor (Charles Lang, chef opérateur de L’Aventurier du Texas, L’Aventure de Madame Muir, Certains l’aiment chaud) et celle de la percutante musique de Franz Waxman, qui font de Montagne rouge un western aussi étrange que largement conseillé aux passionnés du genre.

LE BLU-RAY

Inédit sur support physique en France, Montagne rouge apparaît dans les bacs hexagonaux dans la collection Silver chez Sidonis Calysta, en DVD et en Combo Blu-ray + DVD. Superbe visuel. Le menu principal est animé et musical.

Sidonis reprend le documentaire rétrospectif sur Alan Ladd réalisé en 1998 et intitulé Le Véritable homme tranquille (57’), que l’on avait déjà vu sur le DVD de L’Enfer au-dessous de zéro de Mark Robson. Constitué d’archives personnelles, de photos, de films de famille, d’extraits, de bandes-annonces d’époque, ce module croise également les interventions – doublées par une voix-off française – de quelques acteurs (Lizabeth Scott , Mona Freeman, Peter Hansen, Paricia Medina), réalisateurs (Edward Dmytryk), d’historiens du cinéma et de proches (David Ladd, le fils du comédien). La réalisation est classique, comme une illustration en images de la fiche Wikipédia d’Alan Ladd (on y brasse son enfance, le trauma avec le suicide de sa mère devant ses yeux, ses débuts, ses premiers succès, ses problèmes avec l’alcool et les médicaments, sa vie de famille, son rapport avec les femmes), mais l’ensemble est suffisamment intéressant et n’est pas avare en images rares voire inédites.

Patrick Brion (13’) et Jean-François Giré (16’), deux spécialistes du western, nous présentent ensuite Montagne rouge, avec leur style personnel et leur sensibilité propre, mais qui se rejoignent sur l’ensemble des arguments qu’ils avancent. Bonne surprise, Patrick Brion y est plus prolixe que d’habitude, et donne de nombreuses informations sur la mise en route du film (commencé par John Farrow, puis remplacé par William Dieterle), sur le rapport quasi-anecdotique de ce dernier avec le western (ce sera ici sa seule véritable incursion dans le genre), sur le casting, ainsi que sur le scénario (« un peu confus ») et la représentation au cinéma de William Clarke Quantrill.

De son côté, Jean-François Giré évoque la participation de William Dieterle au film Duel au soleil, pour lequel le réalisateur aurait mis en scène la scène de danse. Puis l’invité de Sidonis passe vite fait en revue les biopics que William Dieterle signera dans les années 1930 (sur Pasteur, sur Émile Zola…), avant de parler plus longuement de Montagne rouge, « un film très rare et complètement oublié, qui méritait de sortir de l’oubli » selon lui. Ses propos et les sujets abordés rejoignent globalement ceux de Patrick Brion, avec peut-être plus de détails sur Quantrill et les libertés prises par les scénaristes sur les faits réels.

L’éditeur a également proposé à l’excellent Jean-Claude Missiaen (Les Hordes), de réaliser un portrait d’Alan Ladd (18’), disparu en 1964 à l’âge prématuré de 51 ans. Uniquement constitué de photos et d’affiches d’exploitation, ainsi que de quelques extraits de films, ce module commenté par Jean-Claude Missiaen lui-même, est merveilleusement écrit, d’une grande sensibilité et donne furieusement envie de se faire une rétrospective des films du comédien. Un fabuleux hommage.

L’Image et le son

Des tâches, des poussières, des décrochages sur les fondus enchaînés, ainsi que des marques du défilement de la pellicule subsistent sur ce master HD (au format 1080p et par ailleurs une première au monde), qui toutefois s’en sort relativement bien, même si certains trouveront que le Technicolor et les contrastes manquent d’harmonie (certains plans apparaissent étrangement rosés) et s’avèrent peut-être même un peu criards. Le cadre 1.33 (16/9) est respecté, ainsi que la texture argentique (même si aléatoire), le piqué est acceptable et les détails bien ciselés sur les décors principaux. Si elle n’est sans doute pas de première jeunesse, la copie se révèle être élégante et participe à la (re)découverte de Montagne rouge.

L’éditeur nous propose les versions anglaise et française de Montagne rouge. Passons rapidement sur cette dernière, plus anecdotique, mais qui a toutefois bénéficié d’un nettoyage aussi complet que son homologue. Evidemment, notre préférence penche pour la version originale, plus homogène et naturelle, tout aussi propre, sans souffle parasite. Le confort acoustique est largement assuré. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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