
L’HOMME DE KANSAS CITY (Fighting Man of the Plains) réalisé par Edwin L. Marin, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret le 12 mars 2026 chez Sidonis Calysta.
Acteurs : Randolph Scott, Bill Williams, Victor Jory, Jane Nigh, Douglas Kennedy, Joan Taylor, Berry Kroeger, Rhys Williams…
Scénario : Frank Gruber, d’après son roman Fighting Man
Photographie : Fred Jackman Jr.
Musique : Paul Sawtell
Durée : 1h34
Date de sortie initiale : 1949
LE FILM
Lors d’un raid mené avec la troupe de Quantrill, Jim Dancer tue l’homme qu’il tient pour responsable de la mort de son frère. Mais celui-ci était innocent, et Dancer devient un fugitif. Quelques mois plus tard, il refait surface comme shérif d’une petite ville du Kansas, où il met en déroute une bande de malfrats avec l’aide d’un autre paria, Jesse James…

Du réalisateur américain Edwin L. Marin (1899 ou 1901-1951) on connaissait le formidable L’Agent invisible contre la Gestapo (1942), divertissement haut de gamme doublé d’un film de propagande, mais aussi deux westerns de série B à connaître absolument, Canadian Pacific (1949) et La Piste des Caribous – The Cariboo Trail (1950), interprétés par Randolph Scott. Ce dernier doit d’ailleurs beaucoup au réalisateur et ce bien avant ses collaborations avec André de Toth (6 films) et bien sûr Burt Boetticher (7 films). En effet, le comédien, considéré encore aujourd’hui par beaucoup comme étant le plus grand cowboy du cinéma et Edwin L. Marin ont tourné pas moins de huit longs-métrages de 1941 (Ici Londres – London Calling) à 1951 (Sugarfoot). Un film d’espionnage, une comédie-romantique et surtout six westerns les réuniront durant dix ans, associations avec lesquelles le metteur en scène crée littéralement le « personnage » qui collera plus tard Randolph Scott à la peau tout le reste de sa vie. L’Homme de Kansas City – Fighting Man of the Plains est leur second western. L’Ancien assistant opérateur à la MGM et à la RKO, devenu réalisateur au début des années 1930 et qui signera une œuvre aussi éclectique que prolifique (une soixantaine de longs métrages), composée entre autres de A Christmas Carol (1938) adapté de Charles Dickens, ou bien encore L’Amazone aux yeux verts (1944) avec John Wayne, montre son aisance à raconter des histoires traitant de l’Ouest Américain. L’Homme de Kansas City est certes un film modeste tourné dans un cadre restreint, le film d’Edwin L. Marin donne à son récit une ampleur digne des plus grandes productions. Randolph Scott crève l’écran et le héros qu’il incarne annonce étonnamment ceux qu’il interprétera dans le légendaire cycle Ranown. Autant dire que la découverte est plus que recommandée pour les passionnés du genre.


Jim Dancer est l’un des pillards de Quantrill et un ami proche de Jesse James. Ils participent au massacre de Lawrence, au cours duquel Dancer tue Theodore Slocum, le prenant pour son frère Bert Slocum, responsable de la mort de son propre frère. Evelyn, la fille de Theodore Slocum, assiste au meurtre et apprend le nom de Dancer. Après la guerre de Sécession, Dancer devient un hors-la-loi recherché et est finalement capturé quelques années plus tard par le détective George Cummings. Ce dernier lui révèle alors qu’il a tué le mauvais Slocum. Alors qu’ils traversent une rivière près de Lanyard, au Kansas, une violente tempête frappe l’embarcation, effrayant les chevaux. Cummings est heurté par un sabot et tombe à l’eau, entraînant Dancer avec lui. Ils sont menottés ensemble. Cummings se noie et Dancer, toujours enchaîné à lui, s’effondre sur la rive. Le lendemain, les habitants de Lanyard les retrouvent, parmi lesquels le joueur Dave Oldham et la tenancière de saloon Florence Peel. Dancer prétend être Cummings et affirme que son prisonnier s’est noyé. Dave et Florence savent qu’il ment, mais gardent le silence pour l’instant. Sous l’identité de Cummings, Dancer quitte l’agence de détectives et aide à la construction du chemin de fer. Il se trouve à Lanyard lorsque la ligne est achevée et découvre que son ennemi, Bert Slocum, est le caïd de la ville et possède la plupart des propriétés. Lorsqu’une bande de cowboys sème la terreur et tente d’agresser Evelyn, Dancer la sauve et est contraint de dégainer son arme et d’abattre le chef. Les habitants le supplient de devenir shérif, mais il refuse. Dave et Florence le confrontent et lui révèlent qu’ils savent qu’il n’est pas Cummings ; il accepte alors le poste. Aidé de son associé psychotique Johnny Tancred, Slocum entreprend de monopoliser la ville et ses environs, y compris la voie ferrée exploitée par Charles Lanyard, le fondateur de la ville. Méfiant envers le Marshal, Slocum fait appel à Cliff Bailey, un détective de Chicago qui connaissait Cummings, pour l’identifier.


C’est l’histoire d’une rédemption. Celle d’un ancien membre des Raiders de Quantrill et ami de Jesse James, Jim Dancer, que le destin a conduit à devenir le shérif d’une petite ville du Kansas. Mais le passé finit toujours par ressurgir. Comme les opus formant le cycle Ranown, L’Homme de Kansas City est une œuvre sèche, resserrée, rapide (94 minutes menées sans aucun temps mort, sans gras), allant droit à l’essentiel. Le scénario signé Frank, Gruber, d’après l’un de ses très nombreux romans (ici Fighting Man), auteur qui a été maintes fois transposé au cinéma ou appelé directement par les studios pour écrire lui-même les scénarios, contient tous les éléments liés au genre et demeure surtout irrigué par une violence étonnante pour l’époque. Nombreux sont les metteurs en scène qui se baseront sur un de ses livres ou scénarios (Raoul Walsh, Jean Negulesco, Sidney Salkow, Gordon Douglas, Phil Karlson, Jerry Hopper, Lesley Selander) et Edwin L. Marin le fera à trois reprises, Johnny Angel (1945) avec George Raft, et L’Homme de Kansas City et La Piste des caribous, tournés à la suite avec Randolph Scott.


Ce dernier est par ailleurs fort bien entouré, Bill Williams (Le Pigeon d’argile de Richard Fleischer, Secret de femme de Nicholas Ray), impeccable en cinglé suintant fou de la gâchette, le grand Victor Jory (Papillon, Qui tire le premier?, Miracle en Alabama), dont le personnage contribue largement à l’évolution de Dancer et apporte beaucoup d’émotions, la belle Jane Nigh, feu follet dans l’histoire du cinéma, mais visage récurent de la télévision US dans les années 1950, le toujours impeccable Douglas Kennedy (Les Tuniques écarlates, Les Passagers de la nuit) et la géniale Joan Taylor (À des millions de kilomètres de la Terre, Les Soucoupes volantes attaquent, Fort Yuma).


Difficile d’émettre un jugement sur la photographie de Fred Jackman Jr., chef opérateur complice d’Edwin L. Marin, puisque si le générique indique que le film a été tourné avec le procédé Cinecolor, la copie qui circule le plus souvent et qui a donc servi pour cette critique/chronique est en N&B ! Si cela ne change « rien » sur la qualité du film, on est en droit de se demander où est passée la copie originale. Demeurent la dynamique composition du fertile Paul Sawtell (Je suis une légende, Le Sous-marin de l’apocalypse, Le Cri de guerre des Apaches, Le Sorcier du Rio Grande), des décors soignés, un montage nerveux qui participent à la grande réussite de cette série B de luxe.


LE BLU-RAY
L’Homme de Kansas City est un western inédit en DVD en France, qui rejoint désormais la prestigieuse Collection Silver de Sidonis Calysta. Le film d’’Edwin L. Marin est présenté en Combo Blu-ray + DVD + Livre de 24 pages rédigé par Jean-François Giré (non reçu pour ce test). Le menu principal est animé et musical.

Noël Simsolo est seul en piste pour présenter L’Homme de Kansas City (16’). L’historien du cinéma est visiblement très heureux de revenir sur ce « film bougrement intéressant ». Celui-ci aborde l’oeuvre de l’auteur Frank Gruber (« qui n’était pas un tendre, dont le style n’est pas élégant et un peu dur ») qui signe un « scénario passionnant ». Puis, Noël Simsolo aborde la large filmographie d’Edwin L. Marin, qu’il souhaite réhabiliter et indique pourquoi ce « cinéaste méconnu à aider à cristalliser le personnage de Randolph Scott, à façonner le mythe dans l’histoire du western ». Cette formidable intervention, où l’on constate de nombreuses coupes (probablement en raison de digressions, spécialité de Simsolo), donne sérieusement envie de se faire une petite rétro d’Edwin L. Marin.

L’Image et le son
Il semblerait que ce Blu-ray de L’Homme de Kansas City soit une exclusivité mondiale. Comme nous l’indiquions dans la critique, Edwin L. Marin a conçu son film en couleur et a bénéficié pour cela du Cinecolor. Mais la copie présentée par Sidonis Calysta est en N&B et ce malgré l’annonce sur leur site « Un film exceptionnellement présenté tel qu’il a été tourné, en couleurs, et non en noir et blanc comme il fut le plus souvent exploité », suivi immédiatement de la mention N&B…Allez comprendre ! D’autant plus que la version en couleur circule sur YouTube…Le master HD présenté ici est dans son format 1.37, compatible 16/9, Blu-ray au format 1080p. L’ensemble est passable, très lisse, sans véritable aspérité. Des plans flous apparaissent ici et là, les détails manquent à l’appel, le piqué est aléatoire…Étonnamment, l’ensemble est très propre et même stable.

Comme l’indique l’éditeur, la version française est incomplète et les passages jamais doublés passent donc automatiquement en anglais sous-titré en français. Environ une bonne demi-douzaine de scènes sont ainsi, ce qui est tout de même conséquent pour un film de 95 minutes. La piste originale est la plus naturelle du lot, quand bien même certains échanges s’avèrent quelque peu grinçants, surtout dans la dernière partie. En français, l’action se focalise surtout sur le rendu (artificiel) des voix, au détriment des effets annexes. Léger souffle constaté sur la VO.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
