Test Blu-ray / La Dernière chance, réalisé par Maurizio Lucidi

LA DERNIÈRE CHANCE (L’Ultima chance) réalisé par Maurizio Lucidi, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Fabio Testi, Ursula Andress, Eli Wallach, Massimo Girotti, Barbara Bach, Carlo De Mejo, Howard Ross…

Scénario : Maurizio Lucidi, Giovanni Fago, Fulvio Gicca Palli, Vittoria Vigorelli & Francesco Giorgi, d’après un roman de Franco Enna

Photographie : Gábor Pogány

Musique : Luis Bacalov

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Floyd Gambino sort de prison pour vol de voiture. Son patron Joe Malcomb lui propose de se faire engager dans une bijouterie avec l’objectif de la braquer par la suite. Le vol réussit mais dans leur fuite un client se fait tuer et Floyd Gambino doit se cacher dans un motel. Michelle la femme du propriétaire de la bijouterie réussit à mettre la main sur le butin.

Si le réalisateur Maurizio Lucidi (1932-2005) détient une filmographie plutôt conséquente, peu de ses œuvres demeurent aujourd’hui commentées et valorisées, en dehors du formidable La Victime désignée. Pourtant celui-ci aura signé une trentaine de films et téléfilms en près de quarante ans. C’est tout d’abord comme monteur qu’il fait ses classes au cinéma, chez Alberto Cavalcanti (Les Noces vénitiennes), Giorgio Bianchi (En avant la musique), Vittorio Cottafavi (Les Cent Cavaliers), Luigi Vanzi (Un dollar entre les dents), Dino Risi (Le Fanfaron, Les Monstres), où son savoir-faire et son efficacité font l’unanimité auprès de ses confrères. Après avoir assisté rien de moins que Pier Paolo Pasolini sur L’Évangile selon saint Matthieu – Il vangelo secondo Matteo (1964), Maurizio Lucidi, sous le pseudonyme de Maurice A. Bright passe derrière la caméra et signe quasiment simultanément un péplum (Le Défi des géants – La Sfida dei giganti) avec Reg Park et un western (Mon nom est Pécos – 2 once di piombo) dans lequel il dirige Robert Woods. Il continue ainsi dans le domaine de « l’Ouest Américain », avant de passer au film de guerre (il faut bien suivre les modes et les goûts changeants des spectateurs), avec Les Héros ne meurent jamais – Probabilità zero (1969), d’après une histoire de Dario Argento, et le méconnu Hamisha Yamim B’Sinai, avec Franco Giornelli. Début des années 1970, le giallo, puis le poliziottesco explosent et remplissent les salles du monde entier. La Dernière chance – L’Ultima chance sort en 1973 et s’avère l’un des meilleurs opus de son auteur. Essentiellement tourné au Canada, ce thriller dramatique teinté de romance repose sur un scénario classique, mais malin, coécrit entre autres par le talentueux Fulvio Gicca Palli (Magnum Cop, Comment tuer un juge, Confession d’un commissaire de police au procureur de la République), d’après un roman de Franco Enna (La Guerre des gangs d’Umberto Lenzi). Remarquablement interprété par Fabio Testi, quasiment de toutes les scènes et dont la mise en scène épouse l’énergie, mais aussi les doutes et la fureur du personnage, La Dernière chance est un spectacle aussi prenant que beau à regarder.

A Montréal, Floyd et Joe, deux malfrats venus des Etats-Unis, commettent ensemble un hold-up dans une bijouterie. Après le cambriolage, ils ne parviennent qu’à échapper difficilement à la police. Décidant de se séparer pour compliquer la traque, Floyd et Joe se donnent rendez-vous près de la frontière, aux Etats-Unis. C’est Floyd, ancien cascadeur, qui conserve le butin et part en voiture. En route, il est victime d’un accident sans gravité mais qui le contraint à passer quelque temps dans un motel en attendant que le véhicule soit réparé. Il est accueilli avec beaucoup d’égards par les gérants, Fred et Michele Nolton. Rapidement sous le charme, la patronne a toutefois des soupçons sur l’identité réelle de Floyd, notamment depuis que la police patrouille dans le secteur…

D’emblée, Maurizio Lucidi instaure une ambiance, une atmosphère. Floyd, américain, a purgé six mois de taule au Canada et sort enfin, en prenant son temps. Il fait froid, la glace et la neige apportent un peu de brillant à cette bâtisse bien gardée. Mais à peine Floyd a-t-il franchi les portes, que son vieux complice Joe, qui est venu le chercher, l’emmène braquer une bijouterie. Et bien sûr, le casse tourne mal. Mais ils emportent tout de même avec eux un demi million de dollars en bijoux. Les deux hommes se séparent pour passer la frontière et retourner aux États-Unis chacun de leur côté, avant de pouvoir se retrouver de l’autre côté plus tard pour le partage. Floyd garde le butin avec lui et, après un bête accident, se retrouve sans bagnole, à quelques kilomètres de la frontière. Obligé de poireauter quelques jours dans un motel des environs, Floyd prend son mal en patience. Mais heureusement, la superbe épouse du propriétaire va le distraire un peu.

La petite bourgade de La Dernière chance apparaît comme une ville, non pas fantôme puisqu’elle est bel et bien habitée, mais peuplée d’hommes et de femmes qui semblent avoir atterri là par hasard et n’ont jamais pu en repartir. L’ennui est omniprésent, chacun voudrait prendre la poudre d’escampette, aller à Toronto par le petit bus, ou pourquoi pas aller tenter sa chance à New York. Mais les habitants demeurent comme englués. C’est le cas de l’étrange Michelle Norton (qui « s’évade » en s’inventant un monde, ainsi qu’un passé), incarnée par la sublime Ursula Andress, qui sortait de L’Arnaqueuse – Perfect Friday de Peter Hall. Les deux solitaires ne vont pas tarder à se rapprocher (ce qui allait aussi arriver sur le plateau), Michelle étant au courant que deux bandits américains en cavale risquent de passer dans le coin pour rejoindre les États-Unis.

De son côté, Floyd, freiné dans son espoir de partir (n’ayant pas encore de voiture disponible) craint que son complice pense qu’il ait décidé de garder les bijoux pour lui et qu’il rapplique lui régler son compte. On comprend qu’il ait quelques suées, car son binôme est interprété par Eli Wallach, avec lequel il ne faut pas rigoler. L’acteur venait de temps en temps faire quelques panouilles pour le compte du cinéma italien (chez Duccio Tessari, Giuseppe Colizzi, Sergio Corbucci) et campe ici un gangster que l’on sent prêt à exploser à n’importe quel moment. Aux côtés de Fabio Testi, qui avait alors le vent en poupe après Mais… qu’avez vous fait à Solange ? – Cosa avete fatto a Solange? de Massimo Dallamano et La Poursuite implacable – Revolver de Sergio Sollima, on reconnaîtra le grand Massimo Girotti (Les Amants diaboliques, Senso, Théorème), ainsi que la jeune et déjà magnifique Barbara Bach, qui n’était qu’au début de sa carrière (Je suis vivant ! – La corta notte delle bambole di vetro d’Aldo Lado, Un peu de soleil dans l’eau froide de Jacques Deray), quatre ans seulement avant L’Espion qui m’aimait – The Spy Who Loved Me de Lewis Gilbert.

On se laisse prendre facilement par ce poliziottesco noir, mélancolique et pessimiste, teinté d’érotisme (Ursula Andress n’était pas avare de ses charmes à cette époque, elle avait bien raison), impeccablement mis en scène par l’un des artisans souvent oublié du cinéma d’exploitation transalpin, assurément à réhabiliter, photographié avec élégance par Gábor Pogány (Les Deux missionnaires, Section de choc, La Bête tue de sang-froid) et bercé par la partition du toujours inspiré Luis Bacalov (L’Évangile selon saint Matthieu, Django, El Chuncho). Un très bon cru.

LE BLU-RAY

Disponible chez Le Chat qui fume, La Dernière chance apparaît en Haute-Définition. Le disque repose dans un boîtier Scanavo, surmonté d’une jaquette au visuel soigné. Le tout est glissé dans un superbe fourreau cartonné, également illustré avec élégance. Le menu principal est animé et musical.

Aux côtés de la bande-annonce, nous trouvons un formidable entretien avec Fabio Testi (16’). Toujours chaleureux et disponible pour évoquer son travail et donc pour se pencher sur sa filmographie, le comédien, aujourd’hui âgé de 85 ans (et qui les porte merveilleusement), évoque tout d’abord le réalisateur Maurizio Lucidi, dont il conserve un très bon souvenir, « qui avait ses limites professionnelles, mais qui ne s’est jamais dédié à un seul genre […] qui était un exécutant plutôt qu’un auteur, qui tournait quasi-monté, certes qui n’avait pas une très grande fibre artistique, mais qui était avant tout un très bon artisan et un homme charmant, complètement disponible pour ses acteurs ». Fabio Testi en vient aux conditions (« pas faciles ») de tournage de La Dernière chance au canada (sauf la fin, tournée en Italie), au casting, à son début d’histoire d’amour avec Ursula Andress (alors encore en couple avec Ryan O’Neal), aux qualités de ce « très beau film ». Puis, l’acteur revient sur ce qui faisait du cinéma italien la plus grande industrie cinématographique de l’époque.

L’Image et le son

L’élévation HD (1080p, AVC) de La Dernière chance est probante, surtout au niveau des couleurs, froides, glaciales. La clarté est évidente, le relief probant, la propreté de la copie restaurée est indéniable, la texture argentique flatteuse et la définition fort appréciable. La gestion du grain est solide comme un roc et les visages des comédiens ne manquent pas de détails.

En italien comme en français, les mixages DTS HD Master Audio 2.0 instaurent un bon confort acoustique. Les dialogues sont délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, avec peut-être un léger souffle. La composition de Luis Bacalov dispose d’un très bel écrin. Doublage français très réussi.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Surf Film / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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