
LES WEEK-ENDS DE NÉRON (Mio figlio Nerone) réalisé par Steno, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 15 septembre 2026 chez Tamasa Distribution.
Acteurs : Alberto Sordi, Vittorio De Sica, Gloria Swanson, Brigitte Bardot, Ciccio Barbi, Mario Carotenuto, Mino Doro…
Scénario : Sandro Continenza & Diego Fabbri, d’après une histoire de Rodolfo Sonego
Photographie : Mario Bava
Musique : Angelo Francesco Lavagnino
Durée : 1h22
Date de sortie initiale : 1956
LE FILM
Néron, qui se rêve artiste lyrique, séjourne en vacances avec Poppée sa maîtresse, Agrippine sa mère, qui veut le voir partir à la guerre, et Sénèque son conseiller. Mais le pouvoir les dévore et les tentatives d’assassinat pullulent…

Ils sont plusieurs à avoir interprété au cinéma le cinquième et dernier empereur romain de la dynastie julio-claudienne et ce dès le début du septième art. On peut citer en vrac Charles Laughton (Le Signe de la croix – The Sign of the Cross de Cecil B. DeMille, 1932), Peter Ustinov (Quo vadis ? de Mervyn LeRoy, 1951), Ivan Triesault (Barabbas de Richard Fleischer, 1961) et même un peu plus tard Vittorio Caprioli dans Les Nuits érotiques d’une courtisane – Poppea… una prostituta al servizio dell’impero (1972) d’Alfonso Brescia. Mais s’il y a un comédien qui se distingue dans le lot, c’est bel et bien Alberto Sordi dans Les Week-ends de Néron – Mio figlio Nerone, réalisé par Stefano Vanzina, plus connu sous le nom de Steno (1917-1988), avec lequel l’Albertone devait tourner à six reprises dans son illustre carrière. N’attendez pas de nous une comparaison entre le personnage historique et sa représentation dans cette relecture fantaisiste (euphémisme) d’un épisode de la Rome antique. Cependant, nous ne sommes pas ici dans le registre de la parodie, car Les Week-ends de Néron a beau se moquer joyeusement de tout ce beau monde en toge, sandales, tuniques et jupette, la forme n’a sûrement pas été négligée. Les décors impressionnent, ainsi que les costumes, mais c’est surtout la photographie qui laisse pantois pour une comédie. Rien de moins surprenant quand on découvre qui est le chef opérateur derrière tout cela. On vous le donne en mille, il s’agit de Mario Bava, qui signe cet ouvrage (et les effets spéciaux) juste avant de passer lui-même derrière la caméra pour Les Vampires – I vampiri, remplaçant au pied levé Riccardo Freda. Quel étrange film que Mio figlio Nerone, qui vaut non seulement le détour pour son beau travail formel (superbe Scope), mais aussi pour son quatuor d’acteurs venus d’horizons différents. En effet, aux côtés d’Alberto Sordi (juste après Un héros de notre temps – Un eroe dei nostri tempi de Mario Monicelli), on retrouve Vittorio De Sica (qui dirigera d’ailleurs l’Albertone dans le merveilleux Il Boom), mais aussi Gloria Swanson (immédiatement après son comeback inattendu dans Boulevard du crépuscule – Sunset Boulevard de Billy Wilder) et même Brigitte Bardot, pétillante, avant qu’elle explose aux yeux (ainsi que les braguettes) du monde entier dans Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim. Le fait est qu’Alberto Sordi est totalement déchaîné, qu’il se livre à un concours de grimaces en permanence, qu’il ne tient pas en place une seule seconde et que son bagou à la mitraillette peut fatiguer à la longue. Mais les acteurs s’éclatent visiblement et leur énergie est contagieuse. On passe un très agréable moment devant ces Week-ends de Néron, dont certaines séquences, à l’instar du récital ou celle où chacun prépare un meurtre de son côté, sont considérées comme anthologiques dans la filmographie de notre Monstre préféré. Ah oui, autre particularité, un certain Lucio Fulci est crédité comme assistant du réalisateur. Un film Kamoulox quoi.


Nous sommes sous le règne décadent de l’empereur Néron. Celui-ci, à demi fou, a choisi son palais en bord de mer pour préparer un grand spectacle dont il sera la vedette. Il est accompagné par sa fiancée Poppée, son conseiller Sénèque ainsi que sa suite au grand complet. Mais sa mère Agrippine vient contrarier son séjour en le rappelant à ses devoirs, la préparation de l’offensive contre Britannia. De plus en plus énervé par ses obligations et les dissensions qui règnent dans son entourage alors qu’il est obnubilé par son spectacle, Néron va péter les plombs et beaucoup de têtes vont tomber pour que nul ne l’empêche de donner ses représentations…


Voir Rome et mourir…de rire
En fait, tout le monde fomente un complot contre tout le monde. Néron veut se débarrasser de sa mère Agrippine, celle-ci veut tuer Poppée (BB donc, qui prend des bains de lait d’ânesse et se met même à danser à la fin) car elle retient son fils au lit, plutôt que de le laisser aller sur le front de guerre, on place aussi de l’acide dans la limonade de ce bon vieux Sénèque, qui de son côté sait manier les mots et donne de précieux conseils à Néron, tout en fustigeant ses actes… À ce titre, Vittorio De Sica vole la vedette et campe un formidable hypocrite, calculateur, ambitieux, qui sait manipuler Néron, histoire de conserver les manettes du pouvoir. Mais c’était sans compter sur l’increvable Agrippine, qui se sort chaque fois miraculeusement des attentats qui la visent ouvertement. De son côté, Néron voudrait bien qu’on lui foute la paix. Ce qu’il préfère lui, c’est répéter son chant lyrique en compagnie de son lapin, de son cochon et de son hibou. Qu’on ne vienne pas lui parler de batailles à faire et surtout à remporter !


Alors, Néron est déconcerté quand il voit sa daronne débouler, lui qui a tout fait pour se débarrasser d’elle (avec l’aide de serpents venimeux), qui pensait avoir réprimé sa soif de conquêtes et de pouvoir. Les ennemis menacent les frontières, le peuple est mécontent en raison de la hausse des impôts…Bref, Néron était pénard, ne faisait rien ou pas grand-chose, multipliait les orgies, tandis que ses soldats utilisent leur lance comme canne à pêche. Néron n’a pas l’âme d’un conquérant, c’est un artiste, à fleur de peau…incompris aussi, car sa première représentation ne va se passer comme prévu et l’empereur est contraint de redevenir le fils vertueux qu’il est censé être. Agrippine reprend où elle les avait laissés les fastidieux conseils dont elle accable Néron. Excédé, celui-ci se voit contraint d’élaborer un nouveau stratagème pour se débarrasser d’elle…


Drôle, mais très bavard (ce qui peut parfois jouer avec les nerfs), très bien mis en scène, élégant et malin, Les Week-ends de Néron est une vraie curiosité quand on plonge dans l’oeuvre conséquente d’Alberto Sordi.



LE COMBO BLU-RAY + DVD
Plus de vingt ans après une première édition en DVD (chez LCJ Éditions & Productions, dans son anthologie dite des Films du Collectionneur), Tamasa Distribution a pu remettre la main sur Les Week-ends de Néron, désormais disponible dans son montage italien. Les deux disques reposent dans un boîtier Digipack illustré par un visuel aux couleurs vives. Le menu principal est fixe et musical.

La version française est proposée comme un bonus à part entière, du fait de ses différences de montage par rapport à la mouture italienne. Cela intervient surtout, étonnamment, durant la toute dernière scène du film, plus longue en français, avec un Néron qui délire jusqu’à plus soif, alors qu’il est plutôt brutalement interrompu dans ses œuvres sur le montage italien. Si l’éditeur indique que la qualité est médiocre, la copie reste pourtant de fort bonne qualité.

La présentation des Week-ends de Néron à ne pas rater est celle proposée par Jean-Ollé Laprune (28’). L’historien du cinéma parle longuement d’un des « génériques les plus étranges de l’histoire du cinéma », faisant référence à son casting hétéroclite, mais aussi à la présence de Lucio Fulci et Mario Bava dans l’équipe technique. « Comment en est-on arrivé là ? » dit l’invité de Tamasa. C’est l’occasion de parler de la situation du cinéma italien après la Seconde Guerre mondiale (« moribond, qui n’existe quasiment plus, mais qui repose sur un pilier de comédiens, ainsi que sur le sens du spectacle et de l’adaptation de l’industrie cinématographique transalpine »), du système des coproductions et de l’arrivée de certaines stars américaines de l’autre côté des Alpes. C’est là que les italiens s’approprient les genres, dont le péplum, comme c’est le cas pour le film de Steno. La carrière de ce dernier, la distribution, la figure historique de Néron, les conditions de tournage et les grandes qualités formelles des Week-ends de Néron sont aussi les sujets abordés.

L’interactivité se clôt sur la longue bande-annonce.
L’Image et le son
Le transfert ne déçoit pas, mais de très sensibles et perfectibles problèmes liés à la palette chromatique subsistent. La photo de Mario Bava fait la part belle aux teintes pastel. Sur certains plans, l’étalonnage est légèrement déséquilibré et les couleurs changent, parfois même au sein d’une même séquence, faisant apparaître un voile bleuté. Cela entraîne quelques légers fourmillements et des visages qui deviennent rosés. Signalons aussi un décrochage systématique au moment des fondus enchaînés. Le grain argentique est préservé, la copie est stable, très lumineuse et propre, le cadre large est superbe, la propreté est irréprochable et dans l’ensemble la copie HD est plus que satisfaisante. Une mise à jour qui rend évidemment caduque le DVD LCJ sorti il y a plus de vingt ans.

Le confort acoustique est largement assuré par la piste mono d’origine italienne. Ce mixage affiche une ardeur et une propreté remarquables, créant un spectre phonique fort appréciable et un bel écrin pour la musique d’Angelo Francesco Lavagnino. Les effets et les ambiances sont nets. Les sous-titres ne sont pas imposés.




Crédits images : © Tamasa / Studio TF1 Cinéma / Titanus . Cristaldi Film / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
