Test Blu-ray / La Vénus électrique, réalisé par Pierre Salvadori

LA VÉNUS ÉLECTRIQUE réalisé par Pierre Salvadori, disponible en DVD et Blu-ray le 15 septembre 2026 chez Diaphana.

Acteurs : Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Vimala Pons, Gustave Kervern, Romain Lefebvre, Pätrice Tepasso, Charline Cerri…

Scénario : Pierre Salvadori, Benoît Graffin & Benjamin Charbit, d’après une idée de Robin Campillo & Rebecca Zlotowski

Photographie : Julien Poupard

Musique : Camille Bazbaz

Durée : 2h02

Date de sortie initiale : 2026

LE FILM

Paris, 1928. Exploitée par Titus, Suzanne est la “Vénus electrificata” dans une foire. Un soir, alors qu’elle s’est glissée dans une caravane de voyante, un homme ivre mort, le peintre Antoine Balestro, lui demande de le mettre en contact avec sa défunte femme, Irène. Elle le fait. Il y croit, et promet beaucoup d’argent pour une autre séance. Suzanne se rend chez lui. Armand, qui est à la fois l’ami et le vendeur d’Antoine, surprend l’imposture. Choqué, il congédie Suzanne… puis la rattrape quand il s’aperçoit qu’Antoine s’est remis à peindre. Il l’embauche pour continuer.

Soyons honnêtes, cela fait longtemps qu’un film de Pierre Salvadori (né en 1964) n’est plus « attendu au tournant », si tant est que son cinéma l’ait été un jour. Les Apprentis a déjà plus de trente ans au compteur, son plus grand hit (Hors de prix, 2,2 millions d’entrées) affiche deux décennies au compteur et ses opus suivants n’ont guère laissé de souvenirs, même aux cinéphiles les plus aguerris. En liberté ! peut-être, qui avait frôlé la barre des 800.000 spectateurs, mais il n’en reste pas grand-chose aujourd’hui. Après avoir connu l’un de ses plus gros échecs en 2022 (La Petite bande, 115.000 entrées, aïe), le réalisateur revient avec un projet plus ambitieux, La Vénus électrique, dont le budget n’a pas été rendu public, mais avoisine sûrement les 15 millions d’euros. Pour son premier film dit historique, Pierre Salvadori convoque quatre comédiens français au nom porteur, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Pio Marmaï et Vimala Pons, casting royal qui a permis à ce onzième long-métrage d’aller jusque sur la Croisette, où il allait avoir les honneurs d’ouvrir le Festival de Cannes en 2026. La Vénus électrique compile tout ce qui a fait la renommée et parfois même le succès de son auteur, dont les œuvres ont souvent comme dénominateur commun le mensonge, les faux-semblants et la dissimulation. Cependant, le résultat est cette fois en demi-teinte. Rien à redire du point de vue formel, la photographie de Julien Poupard (Le Prix du succès, Les Ogres, Divines, L’Innocent) est clinquante à souhait, la reconstitution très convaincante, les décors superbes, les costumes éclatants, mais la mécanique tourne quelque peu à vide, ou plutôt disons que l’on connaît assez la ritournelle pour savoir constamment où le metteur en scène va nous mener dans la scène suivante. L’enchaînement des scènes se fait façon poussive, un ennui poli s’installe. Attention, La Vénus électrique n’est assurément pas un film déplaisant à regarder, mais de la part d’un cinéaste chevronné comme Pierre Salvadori, la déception est de mise en raison aussi de son manque d’émotion, du manque de naturel des scènes dramatiques. Si la critique s’est emballée, l’accueil du public a été beaucoup plus mitigé et le résultat au box-office a été là encore significatif, puisque seulement 645.000 spectateurs auront répondu présent, ce qui compte tenu de son coût de production reste bien en-dessous des espérances.

Dans le Paris des années folles, un jeune peintre en vogue, Antoine, veuf, a perdu son inspiration suite au décès de son épouse, Irène. Un soir d’ivresse, il se décide à recourir à une médium pour reprendre contact avec son ex-épouse. Une jeune femme, Suzanne, qui intervient aussi dans une attraction de la Foire du Trône pilotée par le forain Titus, l’attraction dite de la Vénus électrique, se substitue à la voyante. Armand, marchand de tableaux inquiet de la situation, constate que le jeune peintre, qui n’arrivait plus à travailler, s’est remis à produire et encourage Suzanne à approfondir son intervention. Parviendra-t-elle à le débarrasser de la culpabilité qui le ronge ? La jeune femme restera-t-elle insensible à leur relation ?

Comme le cinéma, tout dans la vie n’est que supercherie, trucage, effets spéciaux, illusion, manipulation. Dans La Vénus électrique, les êtres humains mentent comme ils respirent, mais cela était du même tonneau dans Cible émouvante, Les Apprentis, Hors de prix…et bien sûr dans …Comme elle respire et De vrais mensonges. Pierre Salvadori a toujours été fasciné par la réaction en chaîne d’une imposture, de ce qui en découle, autrement dit d’autres inévitables fabulations. L’idée de La Vénus électrique est venue au réalisateur sur le tournage de Planetarium de Rebecca Zlotowski, dans lequel il incarnait…un metteur en scène de cinéma. En demandant à sa consœur ce sur quoi son personnage était supposé travailler, la cinéaste lui expose l’histoire de ce qui allait devenir celle de La Vénus électrique, celle d’une fausse voyante qui fait croire à un jeune peintre qu’elle peut le mettre en contact avec son épouse défunte, mais ce faisant, elle tombe amoureuse de lui et devient la porte-parole de sa propre rivale.

Pierre Salvadori s’entoure du fidèle Benoît Graffin (Les Ambitieux de Catherine Corsini, La Fille de Monaco d’Anne Fontaine) et de Benjamin Charbit (La Guerre des prix d’Anthony Dechaux, Un monde merveilleux de Giulio Callegari) et livrent une fantaisie qui doit plus à l’investissement de ses comédiens qu’à l’histoire, qui manque finalement de surprise. Étonnamment, Anaïs Demoustier paraît fatiguée dans La Vénus électrique et ce sont surtout ses camarades qui tirent leur épingle du jeu. Le côté lunaire et décalé de Pio Marmaï (pour la quatrième fois chez Salvadori) fait merveille dans ce film, qui ne l’épargne pas encore une fois sur le plan sentimental, Gilles Lellouche est parfaitement dirigé et l’acteur impressionne dans ce rôle entre épaisseur faussement machiste et sensibilité à fleur de peau, tandis que Vimala Pons représente le côté sauvage qui mettra les deux hommes à ses pieds.

La Vénus électrique s’apparente à une succession de saynètes plus ou moins inspirées, qui manquent parfois de liant, ce qui entraîne des soucis de rythme, surtout sur un peu plus de deux heures. Mais subsiste tout de même ce retour aux sources du cinéma, une attraction de fête foraine, avec ses fausses femmes à barbe, ses lanceurs de couteaux (truqués), ses médiums de pacotille…Le charme de ce vaudeville (rien de péjoratif) burlesque et même parfois mélancolique est indéniable, et si le récit se déroule dans les années 1920, l’ensemble reste frais et moderne.

Dommage donc, c’est le cas pour d’autres réalisateurs de la même génération que Pierre Salvadori comme Cédric Klapisch (avec son récent La Venue de l’avenir), qu’un certain automatisme se fasse ressentir tout du long.

LE BLU-RAY

Les films de Pierre Salvadori se promènent d’un éditeur à l’autre, chez France.TV Distribution (En liberté!), chez Gaumont (La Petite bande), chez Wild Side Video (Dans la cour), chez TF1 Studio (Hors de prix, Après vous…), chez Pathé (De vrais mensonges) et chez Les Films Pelléas pour le reste de sa filmographie. La Vénus électrique apparaît en DVD et en Blu-ray chez Diaphana. Le visuel de l’édition HD reprend celui de la plus belle des deux affiches d’exploitation du film. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur fournit quelques scènes coupées (6’30). Non étalonnées, ni mixées, ces petites séquences valent le coup d’oeil, surtout une, où Suzanne et Antoine délirent une nuit en fumant un joint, une cigarette magique pardon.

Nous trouvons aussi une interview de Pierre Salvadori (19’). Toujours chaleureux et sympathique, passionnant aussi quand il aborde son métier, le réalisateur revient sur la genèse du film (né de sa participation comme acteur à Planetarium de Rebecca Zlotowski), son amour de la fiction, sur les thèmes du film, sur le fait que ses films sont issus « d’expériences personnelles et intimes » et qu’il parle donc de ce qu’il connaît. Pierre Salvadori se penche ensuite sur le registre de la comédie, qui lui permet d’aborder des choses graves, « car il ne saurait y avoir de comédie sans souffrance ».

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce, ainsi qu’un autre entretien avec Pierre Salvadori, disponible en partie BD-Rom.

L’Image et le son

La copie HD du film de Pierre Salvadori se révèle irréprochable. Ce master restitue brillamment les partis pris esthétiques de la photographie bigarrée du chef opérateur Julien Poupard. Le relief est omniprésent, le piqué aiguisé comme une lame de rasoir, la clarté de mise. Le cadre est magnifiquement exploité, les détails sont légion, un léger grain est palpable et la profondeur de champ impressionnante. Le nec plus ultra de la Haute définition, c’est superbe.

L’ensemble des enceintes sur la piste française DTS-HD Master Audio 5.1 est mis à contribution aux quatre coins cardinaux. Les ambiances fusent, la musique bénéficie d’un traitement de faveur avec une belle ouverture, plongeant constamment le spectateur dans l’ambiance. Les dialogues sont solidement harnachés sur la centrale, les effets sont systématiquement balancés de gauche à droite, et des enceintes avant vers les arrières. N’oublions pas le caisson de basses, qui se mêle ardemment à ce spectacle acoustique sur les séquences opportunes. L’éditeur joint aussi une piste Audiodescription, une Stéréo, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Diaphana / Les Films Pelléas / Guy Ferrandis / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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