Test Blu-ray / Folle à tuer, réalisé par Yves Boisset

FOLLE À TUER réalisé par Yves Boisset, disponible en combo Blu-ray+DVD le 31 juillet 2019 chez Studiocanal

Acteurs : Marlène Jobert, Tomas Milian, Thomas Waintrop, Michel Peyrelon, Victor Lanoux, Jean Bouchaud, Jean Bouise, Michael Lonsdale…

Scénario : Yves Boisset, d’après le roman Ô dingos, ô châteaux ! de Jean-Patrick Manchette

Photographie : Jean Boffety

Musique : Philippe Sarde, Giuseppe Verdi (extraits de l’opéra La Force du destin)

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1975

LE FILM

Une jeune femme, sortie d’une clinique psychiatrique, est engagée comme gouvernante du neveu d’un riche industriel. Mais un tueur à gages enlève celle-ci et le gamin lors d’une promenade. Le tueur la contraint à écrire une lettre la désignant comme coupable, avant de les tuer. Mais elle parvient à tromper sa vigilance et prend la fuite.

“Vous savez, j’suis pas grand-chose…un p’tit grain de sable…”

Coincé, dissimulé même entre deux grands piliers de sa carrière, Dupont Lajoie (1975) et Le juge Fayard dit Le Shériff (1977), Folle à tuer est pourtant un véritable exercice de style dans lequel Yves Boisset y met tout son amour pour le film noir, mais cette fois mâtiné de tendresse. C’est aussi la première fois que le cinéaste confie le rôle principal à une comédienne et pas n’importe laquelle, puisque Folle à tuer est véritablement porté par la grande et sublime Marlène Jobert, impériale dans le rôle de Julie, héroïne malgré-elle et prise dans une spirale infernale, dans laquelle elle fera tout pour sauver sa peau, mais surtout celle d’un petit garçon interprété par l’étonnant Thomas Waintrop. Complètement méconnu, Folle à tuer est pourtant un savoureux tour de force (même si le final se devine bien à l’avance), un polar fringuant, un drame psychologique doublé d’un road movie, bref, c’est un putain de bon film.

Julie fait tout ce qu’elle peut pour surmonter ses peurs. Dans son enfance, quelque chose s’est passé qui l’a renfermé sur elle-même. Le Docteur Rosenfeld est certain qu’elle a réussi a vaincre ses démons intérieurs. Qu’elle est guérie. Récupérable. C’est pourquoi, il recommande Julie à Mostri, un richissime industriel. Elle devra s’occuper de l’éducation de Thomas, son neveu, un petit garçon de six ans qui souffre dans sa solitude depuis la mort accidentelle de son père et de sa mère. Entre Thomas et Julie, le début des relations est loin d’être facile. Il est autoritaire, coléreux. Elle est indécise et un peu perdue dans ce monde moderne qu’elle avait oublié pendant son internement. Ils s’accommodent tant bien que mal l’un et l’autre jusqu’à cette journée au parc de Saint-Cloud. Julie et Thomas se trouvent confrontés avec un objet terrifiant : un gros pistolet Luger braqué par un homme impassible. A bord de la D.S. des Mostri, les voilà roulant le long des routes, Julie, Thomas et George, le chauffeur, sous la menace du gros Luger. C’est un enlèvement ! Au milieu d’une forêt, un autre homme les attend : Walter, le complice de Thompson, l’homme au Luger. C’est là qu’ils vont être séquestrés. Thompson et Walter semblent obéir à un plan minutieusement préparé : ils vont dicter à Julie une lettre à l’adresse de Mostri, dans laquelle elle réclame une rançon en des termes menaçants et un style volontairement incohérent. Une vraie lettre de folle. L’indignation est alors plus forte que la peur. Julie parvient à leur fausser compagnie avec Thomas, échappant de justesse au gibet promis. Mais elle est désormais recherchée par toute la police de France.

Si le rythme lent pourrait en déconcerter plus d’un, force est d’admettre que le réalisateur, qui signait alors son huitième long métrage, parvient à maîtriser son suspense jusqu’au bout. Cette langueur évidente participe à la très grande réussite de Folle à tuer, qui démarre comme un drame décalé où pointe une forme d’humour noir, pour bifurquer soudain vers le thriller pur et dur. Si Yves Boisset s’est inspiré d’un roman de Jean-Patrick Manchette, Ô dingos, ô châteaux ! (publié en 1972, Grand Prix de la littérature policière), les dialogues percutants sont signés par un autre grand écrivain, Sébastien Japrisot (Compartiment tueurs), dont le style s’accorde parfaitement au récit de son confrère. Les répliques sont certes abondantes dans la première partie, mais n’en demeurent pas moins ciselées et incitent à la réflexion, à l’instar de celles mises dans la bouche de l’immense Michael Lonsdale.

Comme ce sera souvent le cas dans les années 1970, Yves Boisset impose un casting hétéroclite. Aux côtés de Marlène Jobert, qui avait déjà tourné pour Jean-Luc Godard, Michel Deville, Yves Robert, Louis Malle, Michel Audiard, José Giovanni, René Clément, Jean-Paul Rappeneau, Philippe de Broca, Claude Chabrol, Maurice Pialat et Robert Enrico, excusez du peu, on retrouve ainsi Tomás Milián, qui aura eu le temps d’emballer Folle à tuer entre un Umberto Lenzi et un Sergio Martino. Même s’il est ici doublé en français, sa présence demeure magnétique. Folle à tuer, c’est aussi un festival de tronches où l’on croise celles de Michel Peyrelon, Jean Bouise et Victor Lanoux. Parallèlement, Yves Boisset, épaulé par Jean Boffety à la photographie et Philippe Sarde à la musique (avec quelques éléments de La Force du destin de Verdi), en profite pour filmer la France du milieu des années 1970, l’érection de la Défense d’un côté, la campagne française figée de l’autre.

Un territoire sans histoire qui peut pourtant devenir hostile, comme un Far West hexagonal où si l’époque et l’architecture ont changé, les méthodes restent les mêmes et la violence – les femmes et les gamins s’en prennent plein la tête – n’a fait que s’exacerber.

LE BLU-RAY

Suite du numéro 14 de la collection Make My Day disponible chez Studiocanal ! A l’instar du combo Digipack Hitler…connais pas / France société anonyme qui regroupait un film de Bertrand Blier et d’Alain Corneau, l’éditeur et Jean-Baptiste Thoret proposent ici deux films rares d’Yves Boisset, Folle à tuer (1975) et Canicule (1983). Après notre chronique consacrée à Canicule (disponible ici https://homepopcorn.fr/test-blu-ray-canicule-realise-par-yves-boisset/), place aujourd’hui à Folle à tuer. Le menu principal est typique de la collection, sensiblement animé et muet.

En tant que créateur de cette collection, Jean-Baptiste Thoret présente tout naturellement le film qui nous intéresse au cours d’une préface en avant-programme (6’30). Comme il en a l’habitude, le critique replace de manière passionnante Folle à tuer dans son contexte, dans la filmographie et le parcours d’Yves Boisset. Il évoque également la rareté du film, son casting, l’adaptation du roman de Jean-Patrick Manchette. Tout cela est abordé sans pour autant spoiler le film pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vu.

L’autre gros morceau de cette interactivité est un entretien avec Yves Boisset (48’) enregistré pour l’émission Cinescope, diffusée sur RTBF Liège en 1984. Menée par René Michelems, cette interview est absolument passionnante et comblera les aficionados du cinéaste, qui revient sans langue de bois sur quelques-uns de ses plus grands films (avec un long extrait du Prix du danger), mais aussi sur ses intentions, sur ses partis-pris, sur son amour pour le cinéma, son rapport à la violence et aux spectateurs. Le tout blindé d’anecdotes de tournage diverses.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Comme pour l’ensemble de la collection Make My Day, il serait difficile de faire mieux que cette édition HD qui respecte les volontés artistiques originales (dont le grain original) du chef opérateur Jean Boffety, tout en tirant intelligemment et admirablement partie de l’élévation en Haute définition. La clarté est très appréciable, notamment sur toutes les séquences en extérieur, la propreté du master est sidérante, ainsi que la stabilité, le relief, la gestion des contrastes et le piqué (voir la campagne environnante) qui demeure impressionnant. N’oublions pas la colorimétrie, restituant à merveille les partis-pris esthétiques de l’époque. On se délecte de voir, revoir ou découvrir (dixit Jean-Baptiste Thoret lors de ses présentations) Folle à tuer dans de telles conditions techniques !

Ce mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un confort acoustique probant et solide. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise et les silences sont denses. Notons toutefois que les dialogues de Tomás Milián ont été repris en postsynchronisation et entraînent un sensible décrochage qui se fait ressentir avec le son direct. Pas de sous-titres pour les spectateurs sourds et malentendants, ni de piste Audiodescription.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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