Test Blu-ray / Fais-moi très mal, mais couvre-moi de baisers (Fiançailles à l’italienne), réalisé par DIno Risi

FAIS-MOI TRÈS MAL, MAIS COUVRE-MOI DE BAISERS (Fiançailles à l’italienne) (Straziami, ma di baci saziami) réalisé par Dino Risi, disponible en DVD et Blu-ray depuis le 16 mars 2022 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Nino Manfredi, Ugo Tognazzi, Pamela Tiffin, Moira Orfei, Livio Lorenzon, Gigi Ballista, Pietro Tordi, Samson Burke…

Scénario : Dino Risi, Agenore Incrocci & Furio Scarpelli

Photographie : Alessandro D’Eva

Musique : Armando Trovajoli

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Marino, un jeune coiffeur, tombe amoureux de la jolie Marisa. Suite a des calomnies, il doit mettre fin à sa relation avec la jeune fille alors qu’ils s’étaient fiancés. Elle épouse un tailleur sourd-muet mais, la passion ne disparaît pas si facilement…

Les années 1960 sont exceptionnelles pour Dino Risi (1916-2008), le réalisateur enchaînant alors les films les uns à la suite des autres avec autant de réussite que de succès, en sortant parfois deux voire trois longs-métrages par un. Ainsi, se succèdent Une vie difficile Une vita difficile, La Marche sur Rome La Marcia su Roma, Le Fanfaron – Il Sorpasso, Le Jeudi Il giovedì, Les Monstres I Mostri, Le Gaucho Il Gaucho et L’Homme à la Ferrari Il Tigre. Un C.V. qui en ferait baver plus d’un. 1968, il maestro livre deux opus. Le premier est Le ProphèteIl Profeta, où Dino Risi reforme le même couple que dans son film précédent, Vittorio Gassman et Ann-Margret, peu connu dans nos contrées malgré son immense succès de l’autre côté des Alpes. Le second, celui qui nous intéresse, est Fais-moi très mal mais couvre-moi de baisers Straziami, ma di baci saziami, aussi sous-titré Fiançailles à l’italienne en France, dans lequel le metteur en scène dirige rien de moins que Nino Manfredi, Ugo Tognazzi et la ravissante Pamela Tiffin. Amis cinéphiles, arrêtez ce que vous êtes en train de faire et ruez-vous sur ce joyau de la comédie italienne ! En effet, bien dissimulé derrière d’autres titres porteurs du genre et qui le sera même encore après par Au nom du peuple italien In nome del popolo italiano, Le Sexe fou Sessomatto, Parfum de femme Profumo di donna et La Carrière d’une femme de chambre Telefoni bianchi, Fais-moi très mal mais couvre-moi de baisers – qui aura droit à un remake français en 2010, Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour…, réalisé par Pascal Thomas, avec Marina Hands et Julien Doré – n’a absolument rien à envier aux chefs-d’oeuvre plus emblématiques de Dino Risi et mérite d’être réhabilité.

Marino Balestrini, coiffeur naïf, fait la connaissance de Marisa, jeune ouvrière un peu gourde lors d’un festival de danses folkloriques à Rome. C’est le coup de foudre. Un jour d’hiver, Marino arrive dans la petite ville où vit Marisa et s’y fait engager par le coiffeur. Au printemps, Marino et Marisa décident de se marier. Hélas, le père de celle-ci, sculpteur vertueux, refuse. Eplorés, les jeunes gens tentent de se suicider mais le père de Marisa meurt soudainement. Il n’y a plus d’obstacle à leur amour. Mme Adelaïde, propriétaire de la pension où loge Marino, est follement amoureuse de lui. Repoussée, elle insinue des propos malveillants sur la conduite passée de Marisa avec un certain Guido. Marino accuse alors Marisa de le tromper. Elle le gifle. Fou de douleur, il se retrouve malade et délirant. Quand il revient à lui, Guido et le curé lui révèlent son erreur. Marino court chez Marisa. Trop tard : ulcérée, celle-ci est partie pour Rome. Dans la Ville Eternelle, Marino cherche partout son aimée, qui a trouvé du travail chez Umberto Ciceri, tailleur jovial, bon vivant et sourd-muet. Le temps passe. Marino a été engagé comme valet chez un riche bourgeois qui, à la suite d’une altercation, le renvoie. Sans travail et sans le sou, Marino n’est bientôt plus qu’un clochard. A Noël, désespéré, il se jette dans le Tibre ; mais un vieil original le sauve. Apprenant la nouvelle par les journaux, Marisa lui rend visite à l’hôpital et lui avoue qu’elle a épousé Ciceri.

Fais-moi très mal mais couvre-moi de baisers est la quatrième collaboration de Nino Manfredi et Dino Risi, après Il Gaucho (1964), le film à sketches Les Complexés I Complessi (1965) et Opération San Gennaro Operazione San Gennaro (1966). Avant de se retrouver une dernière fois sur Une poule, un train… et quelques monstres Vedo nudo (1969), les deux complices livrent peut-être leur meilleur film avec ces Fiançailles à l’italienne, qui au passage est sans doute l’une des mises en scène les plis inspirées du maître. Reposant sur un scénario en béton armé coécrit par Dino Risi lui-même avec le légendaire tandem Age & Scarpelli, cette comédie compile les morceaux de bravoure du début à la fin comme des perles sur un collier, offre à ses têtes d’affiche une fabuleuse partition avec laquelle ils composent une étourdissante prestation. S’il n’a jamais eu le prestige, en France tout du moins, que ses camarades Alberto Sordi, Marcello Mastroianni, Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi, Nino Manfredi est pourtant sublime cette fois encore ici dans le rôle du povero Marino, atteint de ce mal universel et intemporel que l’on nomme chagrin d’amour. Désespéré de ne pas mettre la main sur celle qu’il aime et qu’il a perdu à cause de ragots dénués de fondements, Marino, qui avait tout quitté pour rejoindre celle dont il était tombé éperdument amoureux durant une fête consacrée aux 2700 ans de Rome, se retrouve très vite sans le sou, paumé dans la Ville Éternelle, sombrant dans le caniveau, allant jusqu’à tenter de mettre fin à ses jours, avant d’être sauvé par le Mister OK (un plongeur qui fait un saut dans le Tibre pendant les fêtes de fin d’année) de l’époque. C’est alors que sa dulcinée réapparaît…mais celle-ci lui annonce qu’elle est mariée à un tailleur-artiste et cuisinier à ses heures, Umberto Ciceri, revenu sourd et muet du bombardement de San Lorenzo. Peu décidé à s’avouer vaincu, d’autant plus qu’il vient de remporter le gros lot au loto, Marino souhaite récupérer sa belle et s’incruste dans ce couple pour le torpiller.

Marisa, c’est la délicieuse Pamela Tiffin, actrice américaine révélée en 1961 par Billy Wilder dans le fantastique Un, deux, trois One, Two, Three, aux côtés de James Cagney, qui entamait alors une carrière en Italie, où elle allait travailler avec Marcello Fondato, Luigi Bazzoni et Steno, avant de s’éloigner du métier pour s’occuper de sa famille. Véritable poupée de porcelaine au teint de lait et aux yeux de biche, elle tient la dragée haute à Nino Manfredi et s’avère bluffante dans les scènes de pure comédie et burlesques. Comment ne pas mentionner le grand Ugo Tognazzi, qui lui aussi s’associera avec Dino Risi sur une dizaine de longs-métrages, de La Marche sur Rome La Marcia su Roma en 1962 au Bon Roi Dagobert en 1984. Il trouve un de ses rôles les plus singuliers dans Fais-moi très mal mais couvre-moi de baisers, celui du mari cocu et handicapé, immensément sympathique, innocent, généreux, toujours le sourire aux lèvres, doux, attentionné et aimant, qui ne se rend pas compte (quoique…) de ce qui passe parfois sous son propre toit dès qu’il a le dos tourné.

Le final bourré d’ironie et mené à cent à l’heure, est digne des bijoux habituellement encensés de la comédie transalpine. S’il démarre comme une bluette naïve, Fiançailles à l’italienne plonge progressivement dans la noirceur qui n’a d’égale que celle des mythiques Monstres, le dernier acte prenant d’ailleurs une tournure inattendue. Con questo capolavore (« avec ce chef d’oeuvre » dans la langue de Dante), Dino Risi n’en finit pas d’étonner encore et toujours, même aujourd’hui, et l’on aura de cesse de fouiner dans sa riche, prolifique et éclectique filmographie qui, c’est certain, regorge de pépites qui ne demandent qu’à être déterrées.

LE BLU-RAY

Après une première édition DVD qui avait fait criser les cinéphiles en raison de l’absence de sous-titres français sur la VO, LCJ Editions & Productions rectifie le tire en sortant Straziami, ma di baci saziami à la fois dans une nouvelle édition Standard, mais aussi pour la première fois en Haute-Définition, avec la VOSTF bien entendu. La jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, est réversible et propose un recto arborant un visuel tiré d’une des affiches dessinées d’exploitation, et un verso affichant la photo des trois acteurs principaux. Le menu principal est fixe et musical.

Aucun supplément. LCJ Editions, si vous nous lisez, nous sommes prêts à vous faire une présentation du film la prochaine fois !

L’Image et le son

Bien que non dépourvue de défauts, cette copie enterre purement et simplement l’ancienne éditée il y a huit ans. Les credits apparaissent dans la langue de Molière, la texture argentique est aléatoire, des décrochages persistent sur les plans truqués (les effets de montage ou quand apparaissent des textes à l’écran), des rayures verticales et des poussières sont encore présentes, mais beaucoup de plans et même des séquences sont superbes et justifient – en plus de la présente des sous-titres français sur la VO – le rachat de Fais-moi très mal mais couvre-moi de baisers en Blu-ray. Les couleurs retrouvent une vivacité qui leur manquait sur la précédente édition, le piqué est plus ferme aussi, les contrastes souvent rééquilibrés et les détails plus conséquents. A ce titre, les scènes se déroulant dans la neige au début du film, sont lumineuses et tirent véritablement profit de cette promotion HD.

Nous ne reviendrons pas sur la version française de Fiançailles à l’italienne. S’il s’avère réussi, notamment avec l’excellent Pierre Vernier, qui prête sa voix à Nino Manfredi, il est bien entendu largement conseillé (euphémisme) de visionner le film de Dino Risi en version originale, d’autant plus que les sous-titres français sont donc cette fois enfin disponibles. Toutefois, nous constatons tout de même quelques craquements et des échanges parfois plus étouffés. Il est évident que tous les dialogues ont été enregistrés en postsynchronisation, comme c’était alors de coutume en Italie, mais l’ensemble manque de coffre. Mais on ne va pas faire la fine bouche hein !

Crédits images : © LCJ Editions & Productions / Fida Cinematografica & Les productions Jacques Roitfeld / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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