Test Blu-ray / L’Homme sans mémoire, réalisé par Duccio Tessari

L’HOMME SANS MÉMOIRE (L’Uomo senza memoria) réalisé par Duccio Tessari, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 17 février 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Senta Berger, Luc Merenda, Umberto Orsini, Anita Strindberg, Bruno Corazzari, Rosario Borelli, Manfred Freyberger, Tom Felleghy…

Scénario : Ernesto Gastaldi

Photographie : Giulio Albonico

Musique : Gianni Ferrio

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

À la suite d’un accident, Edward est devenu amnésique. Après un long séjour en clinique, il retourne en Italie retrouver son épouse, Sara. Mais celle-ci a refait sa vie, le croyant mort. Petit à petit, elle est victime d’incidents étranges sans réelle explication, tandis que le passé trouble de voyou remonte à la surface dans la vie d’Edward. C’est alors que George intervient auprès de Sara, la menaçant de mort si son mari ne restitue pas une somme d’argent qu’il aurait gardée pour lui seul…

Duccio Tessari (1926-1994). Un cinéaste sur lequel l’auteur de ces mots revient toujours avec un immense plaisir. Cela avait déjà été le cas pour Le Retour de Ringo, Zorro, Un papillon aux ailes ensanglantées, La Mort remonte à hier soir et Un pistolet pour Ringo, nous n’aurons de cesse de remettre en avant le travail de cet artisan du cinéma italien, metteur en scène éclectique, dont la patte est reconnaissable quand on se penche sur son illustre filmographie. L’ancien assistant de Mario Bonnard et Sergio Leone sur Les Derniers jours de Pompéi – Gli ultimi giorni di Pompei (1959), de Vittorio Cottafavi (1960) sur Messaline, de Vittorio Sala sur La Reine des Amazones – La Regina delle Amazzoni (1960), et scénariste sur Pour une poignée de dollars Per un pugno di dollari (1964) compte déjà une vingtaine de long-métrages quand il entreprend L’Homme sans mémoire – L’Uomo senza memoria. Connu aussi en France sous le titre La Trancheuse infernale, réalisé après l’imposant Big Guns : Les Grands FusilsTony Arzenta, avec Alain Delon, ce thriller surfe allègrement sur les gialli qui fleurissaient dans les salles de cinéma, non seulement de l’autre côté des Alpes, mais aussi dans celles du monde entier. Sur un scénario du prolifique Ernesto Gastaldi (La Queue du scorpion, Le Dernier jour de la colère, Mort suspecte d’une mineure), Duccio Tessari livre un véhicule de star à Luc Merenda, acteur français devenu une icône du poliziottesco et du giallo avec des titres emblématiques comme Torso et Rue de la violenceMilano trema: la polizia vuole giustizia de Sergio Martino. Avant de retrouver ce dernier pour Le Parfum du diable La Città gioca d’azzardo et L’AccuséLa polizia accusa : il servizio segreto uccide, juste avant de collaborer à deux reprises avec l’éminent Fernandi Di Leo (Colère noire et Gli amici di Nick Hezard), l’acteur, qui a alors le vent en poupe signe une étonnante prestation dans L’Homme sans mémoire. Si le récit peut paraître quelque peu classique, les années n’ont en rien altéré son efficacité et cela grâce à une mise en scène stylisée propre à son auteur.

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Test Blu-ray / Tir à vue, réalisé par Marc Angelo

TIR À VUE réalisé par Marc Angelo, disponible en Blu-ray le 17 mars 2026 chez Arcadès éditions.

Acteurs : Sandrine Bonnaire, Laurent Malet, Jean Carmet, Michel Jonasz, Michel Stano, Pierre Londiche, Eric Picou, Salah Teskouk…

Scénario : Yves Mourot

Photographie : Charles Van Damme

Musique : Gabriel Yared

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police ne daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il dévalise une armurerie et se constitue ainsi tout un arsenal. Salem, qui, par hasard, l’a vu dans ses oeuvres, donne à la police un faux signalement et commence sa propre enquête. Richard vole ensuite une moto et agresse un pompiste. Alors que Richard s’apprête à agresser un touriste dans le métro, il fait la connaissance de Marilyn, post-adolescente qui s’amuse à prendre des photos de charme dans un photomaton. Ensemble, ils vont escalader l’échelle de la violence tandis que les inspecteurs Casti et Galo sont à leurs trousses et persécutent le seul témoin, un vieux maghrébin connu de leur service.

On connaissait Yves Angelo, éminent directeur de la photographie (Baxter, Nocturne indien, Tous les matins du monde, Germinal) et réalisateur (Le Colonel Chabert), lauréat de trois César, mais on ne savait pas que son frère Marc était officiait également dans le milieu du cinéma. Après avoir assisté Yves Boisset sur Le Prix du danger et Pierre Schoendoerffer sur Le Crabe-Tambour, celui-ci fait ses débuts comme metteur en scène et scénariste avec Tir à vue, qui sera son unique long-métrage. Un polar sorti en septembre 1984, quelques jours avant Les Ripoux de Claude Zidi, année qui verra le triomphe de Marche à l’ombre (qui trônera sur la première marche du podium), d’Indiana Jones et le temple maudit de Steven Spielberg, d’Amadeus de Milos Forman, tandis que Jean-Paul Belmondo apparaîtra deux fois dans le top dix avec Les Morfalous et Joyeuses Pâques. Le genre se porte bien avec Rue barbare (plus de deux millions d’entrées), L’Addition de Denis Amar (1,2 million d’entrées), Un été d’enfer de Michaël Schock (1,1 million), Canicule (1 million), Liste noire d’Alain Bonnot (proche du million de spectateurs), Ronde de nuit de Jean-Claude Missiaen (865.000 entrées), L’Arbalète de Sergio Gobbi (700.000 entrées). Mais Tir à vue aura du mal à se faire une place parmi toutes ces sorties (un peu plus de 350.000 entrées) et reste encore aujourd’hui méconnu, pour ne pas dire oublié. Pourtant, ce coup d’essai derrière la caméra de Marc Angelo ne manque pas de qualités, à savoir un casting alléchant, une violence graphique assumée, l’ensemble doublé d’un témoignage sur le Paris au début des années 1980. Forcément, le film demeure marqué par quelques tics propres au genre, repris par la suite dans moult séries télévisées estampillées TF1, du style Navarro ou Julie Lescaut, mais Tir à vue reste un bon divertissement à l’ancienne, qui montrait que le réalisateur en avait sous le capot. S’il fera l’essentiel de sa carrière à la télévision, il signera entre autres Bob le magnifique, remake TV du chef d’oeuvre de Philippe de Broca, avec Antoine de Caunes et Clotilde Courau, Marc Angelo gardera un pied dans le septième art en devenant réalisateur de seconde équipe auprès d’Alexandre Arcady (Dernier été à Tanger, L’Union sacrée) et Diane Kurys (La Baule-les-Pins, Après l’amour).

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Test Blu-ray / Mort un dimanche de pluie, réalisé par Joël Santoni

MORT UN DIMANCHE DE PLUIE réalisé par Joël Santoni, disponible en 4K Ultra HD + Blu-ray – Édition limitée & Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Nicole Garcia, Jean-Pierre Bacri, Dominique Lavanant, Jean-Pierre Bisson, Étienne Chicot, Jean-Pierre Malo, Marshall Titus, Cerise Leclerc…

Scénario : Joël Santoni & Philippe Setbon, d’après le roman de Joan Aiken

Photographie : Jean Boffety

Musique : Vladimir Cosma

Durée : 1h51

Date de sortie initiale : 1986

LE FILM

David Briand, un architecte, vit dans une grande maison avec sa femme et leur fille. À la suite de l’éboulement d’un immeuble dessiné par David, un homme, Cappy Bronsky se retrouve handicapé. David se sent obligé de l’engager comme jardinier et son épouse comme babysitter. Mais la vie des Briand va vite devenir un enfer.

Quelle audace ! Si le cinéma français d’aujourd’hui avait les mêmes cojones que celles qu’arborent Mort un dimanche de pluie, le septième art hexagonal se porterait bien mieux et attirerait sans doute plus de spectateurs dans les salles. Sept ans après le succès mitigé du il est vrai fort moyen Ils sont grands ces petits, Joël Santoni (1943-2018) revenait derrière la caméra avec ce qui sera alors son dernier long-métrage. Avant de consacrer tout le reste de sa carrière à la télévision, pour laquelle il signera notamment de nombreux épisodes de la série à succès Une famille formidable, qui s’étendra sur plus d’un quart de siècle, le réalisateur livre un incroyable film de genre, un thriller psychologique qui laisse pantois, magistralement mis en scène et interprété. Furieusement anxiogène et immersif, Un dimanche de pluie repose sur un scénario machiavélique coécrit par le cinéaste et Philippe Setbon (Cross, Mister Frost, scénariste des Fauves, de Parole de flic et même de Détective de Jean-Luc Godard), d’après le roman de Joan Aiken publié en 1972, qui joue avec les nerfs des spectateurs du début à la fin et prend un malin plaisir à plonger les personnages dans un cauchemar éveillé. Certaines scènes sont réservées à un public averti, une en particulier, celle de la scène dite des « toilettes », qui reste impensable à reproduire aujourd’hui, mais Mort un dimanche de pluie demeure un sacré tour de force.

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Test Blu-ray / Exit 8, réalisé par Genki Kawamura

EXIT 8 réalisé par Genki Kawamura, disponible en DVD & Blu-ray le 4 février 2026 chez ARP Sélection.

Avec : Kazunari Ninomiya, Yamato Kōchi, Naru Asanuma, Kotone Hanase, Nana Komatsu…

Scénario : Kotake Create, Genki Kawamura & Hirase Kentaro, d’après le jeu vidéo Exit 8

Photographie : Keisuke Imamura

Musique : Shōhei Amimori & Yasutaka Nakata

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Un homme piégé dans un couloir de métro cherche la sortie numéro 8. Pour la trouver, il faut traquer les anomalies. S’il en voit une, il fait demi-tour. S’il n’en voit aucune, il continue. S’il se trompe, il est renvoyé à son point de départ. Parviendra-t-il à sortir de ce couloir sans fin ?

Présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2025, Exit 8 est l’adaptation d’un jeu vidéo éponyme sorti en 2023 et qui reprend le même principe d’une personne piégée dans une station de métro, cherchant désespérément la sortie. Réalisé par Genki Kawamura (né en 1979), également producteur (Le Garçon et la bête, Your Name, Les Enfants du temps) et scénariste reconnu, remarqué avec son premier long-métrage (N’oublie pas les fleurs), Exit 8 s’empare de quelques codes issus du jeu vidéo, à l’instar de plans-séquences filmés en caméra subjective (toute l’introduction), peu d’interaction avec l’environnement, des changements du personnage principal. Ce qui a de quoi décontenancer lorsque le public est peu habitué à ce genre de narration. Toutefois, Exit 8 happe d’emblée le spectateur avec la présentation originale du personnage principal et l’exposition du décor, quasi-unique, dans lequel se déroulera l’intrigue. L’auteur de ces mots allait écrire « l’action », mais il n’y en a pas vraiment dans Exit 8, qui joue plutôt sur l’attente et l’angoisse qui en découle. Solide directeur d’acteurs comme il l’avait démontré dans son précédent film, Genki Kawamura aborde frontalement le genre fantastique teinté d’horreur, même si Exit 8 est aussi et avant tout un film dramatique, dans lequel un homme se retrouve à un carrefour de sa vie, au sens propre comme au figuré. L’allégorie et la métaphore sont reines dans cette seconde œuvre redoutablement anxiogène et immersive. Si quelques digressions s’avèrent peu utiles à la compréhension, et qui finissent d’ailleurs par alourdir le propos, Exit 8 est un sacré tour de force, une réelle expérience de cinéma, qui n’en finit jamais de retourner le ciboulot. Une grande réussite.

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Test Blu-ray / Le Monstre attaque, réalisé par Ciro Ippolito

LE MONSTRE ATTAQUE (Alien 2 – Sulla Terra) réalisé par Ciro Ippolito, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Belinda Mayne, Mark Bodin, Roberto Barrese, Benedetta Fantoli, Michele Soavi, Valeria Perilli, Danilo Micheli, Claudio Falanga…

Scénario : Ciro Ippolito

Photographie : Silvio Fraschetti

Musique : Guido & Maurizio De Angelis

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

Tandis que toutes les radios et télés de San Diego commentent la mystérieuse disparition de deux astronautes lors de leur retour sur Terre, et que d’étranges pierres bleues font leur apparition sur la côte Est, Thelma Joyce s’apprête à une nouvelle exploration souterraine avec son équipe de six spéléologues. Parmi ceux-ci, Burt ramasse un de ces jolis cailloux qu’il offre à sa collègue Jill. Bientôt, les spéléologues s’enfoncent sous terre, hors de portée du monde, loin d’imaginer que la pierre renferme une entité qui les contaminera l’un après l’autre…

Du réalisateur Ciro Ippolito (né en 1947), on connaissait surtout son boulot comme scénariste et de producteur (l’excellent Les Contrebandiers de Santa Lucia I contrabbandieri di Santa Lucia, d’Alfonso Brescia), mais moins son œuvre comme metteur en scène. C’est effectivement lui que l’on retrouve derrière le pseudonyme de Sam Cromwell, exportation oblige, et donc à la barre du Monstre attaque (même si le tournage a été commencé par Biagio Proietti, parti au bout de deux semaines), sorti de façon opportuniste sous le titre Alien 2 sulla Terra. Le film se présente comme une « séquelle » d’Alien, le huitième passager de Ridley Scott, triomphe de l’année précédente. En bon italien qui se respecte dans le monde du cinéma, Ciro Ippolito a immédiatement voulu s’engouffrer dans la brèche et profiter de l’engouement des spectateurs pour la science-fiction. Autant dire que Le Monstre attaque ne joue pas du tout dans la même catégorie que son modèle, reste un outsider mal élevé (car zieutant honteusement sur la copie de son voisin), mais n’en reste pas moins attachant dans ses innombrables défauts. Toutefois, dire que le film est raté serait également mentir, car cet Alien 2 sulla Terra comporte aussi quelques points forts, notamment ses superbes décors naturels, capturés dans les Pouilles, où ont été trouvées les grottes de Castellana, lieu d’action principal de l’intrigue. Résultat des courses, malgré les tentatives de la Fox et des producteurs (dont Walter Hill) d’empêcher sa distribution en menaçant Ciro Ippolito d’attaques en justice (restées sans suite), Le Monstre attaque a connu son petit succès dans le circuit du cinéma Bis, en devenant même un petit film culte. De là à déclarer comme certains qu’il s’agit d’une matrice – à sa façon – d’un autre désormais classique comme The Descent de Neil Marshall, il y a un pas que nous ne franchirons pas et préférons même reculer pour rire tout bas. En l’état, cette production horrifique remplit son contrat et on ne s’ennuie pas devant cette boucherie qui se déroule à 400 mètres de profondeur. Dans le gouffre, personne ne vous entendra rire.

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Test Blu-ray / Effraction, réalisé par Daniel Duval

EFFRACTION réalisé par Daniel Duval, disponible en Blu-ray depuis le 18 novembre 2025 chez Arcadès éditions.

Acteurs : Marlène Jobert, Jacques Villeret, Bruno Cremer, Jean-Pierre Dravel, Robert Darame, Denise Filiatrault, Robert Kramer, Florent Pagny…

Scénario : Daniel Duval & Francis Ryck, d’après le roman de Francis Ryck

Photographie : Michel Cénet

Musique : Maurice Vander

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Lors d’un hold-up qui tourne mal, Valentin tue plusieurs personnes. Il s’enfuit avec un butin confortable et, pourchassé par la police, rencontre un couple dont la femme l’attire irrémédiablement.

Dans le genre polar français passé plus ou moins inaperçu à sa sortie, peu diffusé à la télévision et donc indéniablement oublié aujourd’hui, Effraction est un spécimen. Pourtant, tout était réuni pour que le film connaisse un beau succès dans les salles ou fasse parler de lui plus tard si cela n’avait pas été le cas. Avec une affiche aussi prestigieuse réunissant Bruno Cremer, Marlène Jobert et Jacques Villeret, dirigés par Daniel Duval, Effraction faisait plus qu’envie…Échec cuisant avec à peine 250.000 entrées, Effraction ne méritait assurément pas ce désintérêt du public et même ce rejet dont il a fait l’objet ultérieurement. Nous sommes en avril 1983 et en cette belle année où Arnold Schwarzenegger devient officiellement citoyen américain, Les Dieux sont tombés sur la tête de James Ulys a attiré près de six millions de spectateurs (il restera d’ailleurs sur la première marche du podium), Tootsie fait le plein, Banzaï est un triomphe pour Coluche (même chose pour Tchao Pantin, qui sortira quelques mois après), Le Ruffian sera le dernier pour Lino Ventura, tandis que Sylvester Stallone vient de signer un doublé avec Rambo et Rocky III, L’Oeil du Tigre, qui ont dépassé tous les deux les trois millions d’entrées. Autant dire que le cinéma se porte bien, alors que d’autres mastodontes pointent déjà le bout de leur nez (Les Compères, L’Été meurtrier, Le Marginal, Flashdance, Papy fait de la résistance, Le Retour du Jedi, Octopussy…). Effraction n’apparaît qu’à la 112è place du box-office en 1983, coincé entre La Petite Bande de Michel Deville et Vive la sociale ! de Gérard Mordillat. Il est temps désormais de réhabiliter ce cinquième long-métrage mis en scène par Daniel Duval, qui quatre ans auparavant avait connu un succès international avec La Dérobade, 2,8 millions d’entrées et valu à Miou-Miou le César de la meilleure actrice. Pour Effraction, il adapte le roman éponyme de Francis Ryck, sorti dans la collection Série Noire en 1975, en collaboration avec celui-ci. Ce polar sombre et violent offre à Jacques Villeret l’un de ses rôles les plus inattendus, celui d’un type frappadingue, qui pour donner quelques exemples tue tout le monde à la mitraillette, tète le sein de Marlène Jobert et donne une raclée à Bruno Cremer, tout en faisant un hold-up, grimé avec postiche et fausse moustache et même en escaladant la corniche d’un hôtel comme Bebel. Oui, vous avez bien lu, et en plus le comédien apparaît très crédible dans toutes ces situations, ce qu’on était loin d’imaginer au premier abord. Également thriller psychologique, Effraction joue sur la tension et le malaise qui s’installent une fois que les trois personnages principaux sont réunis au mitan du film. De plus, on y retrouve un romantisme emphatique, exacerbé, propre à l’artiste hyper-sensible qu’était Daniel Duval. C’est tout cela Effraction, une œuvre hybride, qui semble ne pas savoir sur quel pied danser ni où se diriger, mais qui reflète justement ce sentiment de perte de repères des protagonistes. Une belle et grande réussite.

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Test Blu-ray / La Petite, réalisé par Louis Malle

LA PETITE (Pretty Baby) réalisé par Louis Malle, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 14 février 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Brooke Shields, Keith Carradine, Susan Sarandon, Frances Faye, Antonio Fargas, Matthew Anton, Diana Scarwid, Barbara Steele…

Scénario : Louis Malle & Poly Platt

Photographie : Sven Nykvist

Musique : Gerald Wexler

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

1917, Nouvelle-Orléans, dans l’une des maisons de tolérance du quartier chaud de Storyville. Après avoir assisté à l’accouchement de Hattie, sa mère prostituée, la jeune Violet fait la connaissance de Bellocq, un artiste qui arrache à la patronne de l’établissement où elle vit l’autorisation d’y photographier ses pensionnaires. Bien que celui-ci se lie d’amitié avec Violet, il n’en garde pas moins ses distances avec elle.

La Petite ou Pretty Baby est le premier film américain de Louis Malle (1932-1995). Après la polémique qui a accompagné la sortie de Lacombe Lucien, pour lequel le cinéaste était accusé (aussi bien par la droite que par la gauche) de légitimer les actions d’un collabo, Louis Malle commence à recevoir quelques propositions provenant d’outre-Atlantique. Avant cela, il signe l’étrange Black Moon, coproduit avec l’Allemagne de l’Ouest, qui déconcerte le public et se solde par un échec cuisant dans les salles, par ailleurs le premier du réalisateur. Celui-ci reçoit alors une offre sérieuse de la Paramount, qui lui accorde les « pleins pouvoirs » et carte blanche pour sa première aventure aux États-Unis. Ce sera donc La Petite, d’après un scénario de l’éclectique Polly Platt, tour à tour costumière (Les Anges sauvages de Roger Corman et sur quelques films de son mari Peter Bogdanovich), productrice et autrice (La Cible). Polly Platt développe l’idée du film après avoir rencontré Louis Malle et appris son amour pour la musique jazz de la Nouvelle-Orléans, qui faisait partie intégrante de Storyville, quartier historique du centre-ville, au début du 20e siècle. Platt base son récit sur la vie d’une jeune fille forcée à la prostitution par sa mère, racontée dans le livre de l’historien Al Rose de 1974, Storyville, New Orleans: Being an Authentic Illustrated Account of the Notorious Red-Light District, ainsi que sur la vie du photographe Ernest Bellocq, qui a photographié diverses prostituées de la Nouvelle-Orléans au début du 20e siècle à la même période. Suite à sa performance remarquée dans Taxi Driver, le studio souhaite ardemment confier le rôle de Violet à Jodie Foster. Cependant, Malle rejette l’idée, estimant que le rôle ne pouvait être interprété que par une jeune fille de 12 ans, alors que Foster en avait 14. Brooke Shields, jeune mannequin qui avait fait ses débuts au cinéma l’année précédente dans Alice, Sweet Alice, fait la rencontre de Louis Malle et de la scénariste du film, au cours de laquelle ils lui posent principalement des questions sur sa vie. Afin de s’assurer que la jeune fille était capable de comprendre le sujet, Louis Malle et Polly Platt lui demandent également si elle sait ce qu’est la prostitution. Brooke Shields de répondre qu’elle avait grandi à New York et avait observé des prostituées à Times Square. La Petite ne serait rien sans l’extraordinaire composition de la jeune comédienne. Louis Malle, visiblement fasciné par sa photogénie, la filme sous tous les angles (ce qui lui sera reproché) et s’avère quasiment de tous les plans, ou tout du moins de toutes les scènes. Sublime objet de cinéma, La Petite est un véritable voyage dans le temps, marqué par la beauté incommensurable de la photographie signée par le virtuose Sven Nykvist (Le Facteur sonne toujours deux fois, Le Locataire, L’Oeuf du serpent, Persona), qui sur le papier a tout pour instaurer le malaise, mais qui se révèle être un chef d’oeuvre bienveillant, ambitieux, sulfureux évidemment, mais suprêmement élégant et surtout passionnant.

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Test Blu-ray / La Créature du cimetière, réalisé par Ralph S. Singleton

LA CRÉATURE DU CIMETIÈRE (Graveyard Shift) réalisé par Ralph S. Singleton, disponible en Combo Blu-ray + DVD – Édition Limitée le 14 février 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : David Andrews, Kelly Wolf, Stephen Macht, Andrew Divoff, Vic Polizos, Brad Dourif, Robert Alan Beuth, Ilona Margolis…

Scénario : John Esposito, d’après la nouvelle Poste de nuit de Stephen King

Photographie : Peter Stein

Musique : Brian Banks & Anthony Marinelli

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1990

LE FILM

Le propriétaire d’une vieille usine de textile décide d’engager quelques ouvriers pour nettoyer la cave, encombrée d’un bric-à-brac et envahie par les rats. Mais l’un des travailleurs, effrayé par quelque chose, trébuche et périt broyé dans une machine. Un singulier dératiseur, Tucker Cleveland, entre alors en action…

Où se place La Créature du cimetièreGraveyard Shift dans les adaptations de Stephen King au cinéma et à la télévision ? Nous sommes en 1990 et Simetierre Pet Semetary de Mary Lambert vient de remporter un très grand succès dans le monde entier. Alors que Ça / « Il » est revenuStephen King’s It, mini-série en deux parties réalisée par Tommy Lee Wallace est sur le point d’être diffusée sur ABC et de traumatiser la première génération de téléspectateurs, une autre transposition du maître de l’horreur voit le jour, celle de la nouvelle Poste de nuit, tirée du recueil Danse macabre, mais écrite en 1970, ce qui en fait une œuvre de jeunesse de l’auteur, qui s’inspirait de son expérience dans une filature de textile infestée par les rats. Surfant ouvertement sur le triomphe de Simetierre, Graveyard Shift, autre production Paramount, ne connaîtra pas le même engouement, de la critique comme du public. Remboursant tout juste son budget de 10 millions de dollars, La Créature du cimetière passe plus ou moins inaperçu et le film restera obscur, même encore aujourd’hui. Pourtant, il s’agit d’une honnête série B, emballée par Ralph S. Singleton, alors solide assistant-réalisateur ayant oeuvré sur quelques films de prestige (Un justicier dans la ville, Les 3 jours du Condor, Taxi Driver, Le Prête-nom, Network : Main basse sur la TV), mais également comme assistant de production (Klute, French Connection) et surtout en tant que producteur à succès (Cagney et Lacey, Kojak). Une belle carte de visite qui lui permet de prendre les manettes de La Créature du cimetière, d’autant plus qu’il était lui-même producteur associé sur…Simetierre. Ralph S. Singleton signe son unique long-métrage comme metteur en scène, après s’être fait la main sur deux épisodes de Cagney et Lacey. Si la réalisation ne brille pas de mille feux dans La Créature du cimetière, ce petit film d’épouvante remplit son contrat, sans se forcer, mais avec une certaine efficacité, en exploitant habilement un décor réduit, renforçant ainsi une impression d’étouffement qui se resserre sur les personnages dans une deuxième partie assez généreuse en hémoglobine. S’il n’est assurément pas indispensable, Graveyard Shift saura contenter les aficionados du King, toujours curieux de voir les écrits de leur auteur favori prendre vie sur le petit comme sur le grand écran.

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Test Blu-ray / Escape From the 21st Century réalisé par Li Yang

ESCAPE FROM THE 21ST CENTURY (Cong 21 Shi Ji an Quan Che Li) réalisé par Li Yang, disponible en Combo Blu-ray + DVD – Édition Limitée le 14 février 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Zhang Ruoyun, Yang Song, Zhu Yanmanzi, Elane Zhong, Leon Lee, Wu Xiaoliang, Wen Zhengrong, Shi Liang…

Scénario : Li Yang

Photographie : Saba Mazloum

Musique : Hu Xiao’ou

Durée : 1h38

Année de sortie : 2024

LE FILM

En 1999, trois adolescents se retrouvent plongés dans des déchets chimiques qui leur confèrent une capacité unique : lorsqu’ils éternuent, leur conscience voyage 20 ans dans le futur. C’est pour eux le début d’une vertigineuse aventure dont l’enjeu n’est ni plus ni moins que la survie du monde…

Il y a des films dont les « pitchs » (goût fraise, les meilleurs) font envie quand on les lit. C’est le cas pour Escape from the 21st Century, le premier long-métrage réalisé en solo par le cinéaste Yang Li. Puis, le générique envoie du lourd et l’on se dit que la promesse va être tenue. Le film démarre (voix de journaliste grolandais) « Et là, c’est le drame ! ». Si beaucoup ont toujours eu beaucoup de mal à rester plus de deux heures devant un film de Michael Bay, dites-vous qu’à côté de Yang Li, le réalisateur d’Armageddon et de Transformers c’est Robert Bresson. C’est bien simple, on ne comprend rien, absolument plus rien, alors que le film n’a commencé que depuis…cinq minutes. Et cela n’ira pas en s’arrangeant. Sur un montage frénétique, débridé (non, n’y voyez aucun jeu de mots qui pourrait être mal interprété), hystérique, les images se succèdent comme si un individu atteint de la maladie de Parkinson s’emparait d’une télécommande pour zapper et échapper à Quotidien et TBT9. Si vous avez moins de vingt piges (ce qui est loin d’être le cas si vous lisez cette critique, vous seriez déjà passé à autre chose), vous y trouverez peut-être votre compte. 25 ans à la rigueur, après quelques shots de vodka. Si vous avez atteint la trentaine, il est fort possible que vous ressentiez quelques relâchements du sphincter. Au-delà, ce n’est même plus permis. Vos yeux se révulsent, votre bouche se met en O et laisse couler la bave à gros bouillons, vos muscles sont tétanisés et vous tentez par tous les moyens possibles d’arrêter le massacre. Vous voilà prévenus…

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Test Blu-ray / Les Keufs, réalisé par Josiane Balasko

LES KEUFS réalisé par Josiane Balasko, disponible en DVD & Blu-ray le 17 février 2026 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Josiane Balasko, Isaach De Bankolé, Jean-Pierre Léaud, Ticky Holgado, Jean-Marie Marion, Patrick Pérez, Florent Pagny, Patrick Olivier…

Scénario : Christian Biegalski, Jean-Bernard Pouy & Josiane Balasko

Photographie : Dominique Chapuis

Musique : Francis Agbo, Raoul Agbo, Manu Dibango & Stéphane Sirkis

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Mireille Molyneux, inspectrice de police, traque sans relâche les proxénètes. Avec la complicité de Yasmine, une prostituée, elle arrête Charlie, son souteneur. Pour se venger de Mireille, Jean-Pierre, un autre proxénète, l’accuse de corruption. Elle fait alors l’objet d’une enquête de deux inspecteurs de l’IGS : Blondel et Lacroix. Peu après, Charlie est relâché, faute de preuves. Pour garder Yasmine, il enlève son fils et menace de le tuer.

Si elle n’avait pas prévu de retourner derrière la caméra, du moins jusqu’à présent et ce malgré le joli score rencontré par Sac de nœuds dans les salles (près de 650.000 entrées), Josiane Balasko accepte finalement de réaliser Les Keufs, son second long-métrage. D’après un scénario qu’elle a coécrit avec Christian Biegalski (Scout toujours…), avec le concours de l’auteur Jean-Bernard Pouy (le créateur du Poulpe), la metteuse en scène parvient à trouver cet équilibre délicat entre la comédie et l’intrigue policière. On retrouve donc ce réalisme – on y parle d’addiction à la drogue, du Sida, du racisme – déjà à l’oeuvre dans Pinot simple flic, auquel Christian Biegalski avait d’ailleurs participé, ainsi que le côté polar populaire de gauche qui a fait la marque de fabrique de Jean-Bernard Pouy. À cela s’ajoutent la gouaille et l’énergie dévastatrice de Josiane Balasko, qui soigne comme d’habitude chacun de ses seconds rôles, tous plus marquants les uns que les autres. Mais Les Keufs repose il est vrai sur l’alchimie explosive avec son partenaire, le génial Isaach de Bankolé, tout juste révélé par Black Mic-Mac de Thomas Gilou, qui venait de cartonner avec 1,2 million de spectateurs. S’il est un peu difficile d’en résumer l’intrigue, qui au final importe peu, Les Keufs reste un savoureux moment, ponctué par de fabuleux mots d’auteur et qui compile de formidables numéros de comédiens. À ce titre, Jean-Pierre Léaud, très justement nommé pour le César du meilleur second rôle, emporte facilement la mise. On ne l’avait jamais vu ainsi et on ne le reverra plus jamais comme cela après Les Keufs, dans lequel il incarne l’explosif commissaire Bouvreuil. Joli succès à sa sortie (la barre du million d’entrées ayant été dépassé), Les Keufs, dont le titre paraissait obscur à une bonne partie du public à l’époque, n’a pas volé son statut de petit film culte.

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