Test Blu-ray / The Shadow’s Edge, réalisé par Larry Yang

THE SHADOW’S EDGE (Bu Feng Zhui Ying) réalisé par Larry Yang, disponible en DVD & Blu-ray le 7 avril 2026 chez AB Vidéo.

Acteurs : Jackie Chan, Zhang Zifeng, Tony Leung Ka Fai, CiSha, Wen Junhui, Zhou Zhengjie, Wang Ziyi, Lang Yueting…

Scénario : Larry Yang

Photographie : Qian Tiantian

Musique : Nicolas Errèra

Durée : 2h22

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Un mystérieux mafieux et ses 7 fils adoptifs manipulent et ridiculisent la police en piratant le système de surveillance ultramoderne de la ville, dans le but de récupérer une fortune en crypto-monnaie. La police devenue impuissante doit faire appel à un ancien expert qui va s’associer avec une jeune policière à laquelle il est lié par un secret qu’elle ignore. Une partie d’échec commence alors, où les cerveaux et la loyauté seront mis à l’épreuve.

Avec The Shadow’s Edge, Jackie Chan ne s’attendait sûrement pas à connaître le plus grand succès de sa carrière depuis dix ans (Kung Fu Yoga de Stanley Tong). Deux ans après Ride On, dans lequel le comédien incarnait un ancien cascadeur vieillissant, rôle forcément très méta, il retrouve le réalisateur Larry Yang (né en 1981) pour un thriller high-tech, dans l’ère du temps, où la vieille garde aux méthodes dépassées se confronte à l’intelligence artificielle. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la légende en a encore sacrément sous le capot. S’il a désormais dépassé la barre des 70 ans, Jackie Chan n’est visiblement pas prêt à prendre sa retraite, même si le début du film tend à nous faire croire le contraire. D’ailleurs, ça part mal. Les premières vingt minutes, par son montage épileptique, ferait passer Michael Bay pour Belà Tarr. On ne pige quasiment rien à ce qui se déroule à l’écran avec un plan par seconde, des effets stroboscopiques, du jargon incompréhensible, une multitude de personnages, de l’IA, des poursuites, des numéros de quick-change à la Arturo Brachetti, des sauts en parachute tournés sur fond vert, un braquage…un gloubi-boulga indigeste et l’on se dit qu’on va finir à l’hosto dans pas longtemps si les 140 minutes du film se déroulent ainsi. Heureusement, il n’en est rien. Car une fois cette longue intro passée, The Shadow’s Edge met la pédale douce et prend enfin le temps d’installer les protagonistes. Jackie Chan n’apparaît qu’au bout d’une demi-heure et dans la peau d’un type qui promène une multitude de chiens. Mais il s’agit bien sûr d’une partie cachée de l’iceberg, car le sieur Chan va évidemment donner du pied, du poing et surtout merveilleusement interprété ce rôle de « dinosaure » quelque peu dépassé par le monde contemporain. Son personnage va être recruté un peu à la Steven Seagal dans Terrain miné. Comme lui, Wong est un « professeur », auquel l’armée fait appel pour entraîner les troupes quand elle monte une opération qui ne doit pas échouer, le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur un feu de camp, qui largué au Pôle Nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent débarquerait le lendemain après-midi au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de yuans. Ce type là est un professionnel. Il fallait bien ça pour mettre Jackie Chan en valeur et celui-ci ne déçoit pas. The Shadow’s Edge vaut aussi largement le déplacement pour sa confrontation – la troisième de leur carrière après Island of Fire (1990) et The Myth (2005) – avec une autre star emblématique, Tony Leung Ka-fai, un poil plus jeune que son partenaire, mais de pas grand-chose, qui crève l’écran dans le rôle de Fu Lung-sang dit « The Shadow », celui sur lequel les autorités tentent de mettre le grappin. On ne s’ennuie pas une seconde devant ce grand spectacle et ce malgré un rythme en dents de scie et qui aurait bien mérité d’être élagué d’une bonne demi-heure. Rien que pour le combat final entre les deux mythes, The Shadow’s Edge vaut le coup d’oeil.

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Test Blu-ray / T’as pas changé, réalisé par Jérôme Commandeur

T’AS PAS CHANGÉ, réalisé par Jérôme Commandeur, disponible en DVD & Blu-ray le 11 mars 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Laurent Lafitte, François Damiens, Vanessa Paradis, Jerôme Commandeur, Zineb Triki, Olivia Côte, Rufus, Catherine Allégret, Michaël Abiteboul, Delphine Baril, Catherine Hiegel…

Scénario : Jérôme Commandeur & Kévin Knepper

Photographie : Antoine Struyf

Musique : Maxime Desprez & Michaël Tordjman

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

D’anciens camarades décident, à la suite d’un décès d’un de leurs amis, de se retrouver avec les anciens du lycée. Mais les retrouvailles programmées vont réveiller des souvenirs pas forcément sympathiques. Les quatre potes, à un tournant de la vie, doivent se remettre en question…

Les films de potes est un genre à part entière. Surtout dans le cinéma français, même si ce n’est pas une spécificité. On peut citer en vrac Les Petits mouchoirs, Le Coeur des hommes, La Vérité si je mens, Les Copains, Quatre garçons pleins d’avenir, Vincent, François, Paul et les autres…, Husbands, Les Sous-Doués, Five, Play, Un éléphant ça trompe énormément (et sa suite bien sûr), Comme des frères, Mes meilleurs copains, Le Péril jeune, Comme t’y es belle, L’Aventure c’est l’aventure et bien d’autres, même si l’on parle ici uniquement d’un minimum de trois amis dans la bande. Il semblerait que l’inspiration de Jérôme Commandeur pour T’as pas changé provienne des Copains d’abord de Lawrence Kasdan et de Peter’s Friends de Kenneth Branagh. Sa troisième comédie comme scénariste, producteur, interprète et metteur en scène est cette fois encore une grande réussite. L’humoriste (on peut le dire, un des meilleurs en France) signe un film « générationnel », qui s’adresse en priorité à la tranche d’âge 40-50 ans, Jérôme Commandeur affichera d’ailleurs très prochainement un demi-siècle au compteur, carrefour existentiel emblématique, l’heure d’un premier bilan, avant de glisser (normalement) vers la maturité. T’as pas changé, titre qui fait évidemment référence à la chanson Place des Grands Hommes de Patrick Bruel est une savoureuse comédie, remplie de gags inspirés, de répliques tordantes, d’émotions aussi, car on ne saurait être un auteur comique sans être sensible, notamment à ce qui nous entoure. Qui plus est, le quatuor d’acteurs principaux est en parfaite osmose et Vanessa Paradis se distingue une fois de plus. Elle trouve l’un de ses meilleurs rôles et la scène de règlements de comptes sous l’emprise de l’alcool restera certainement culte dans sa filmographie. Toujours est-il que lorsque vous écoutez un tube de votre adolescence sur Nostalgie, c’est que la « routourne » a tourné et que vous êtes passés de l’autre côté, celui de vos parents…Certains ne s’en sont pas encore rendu compte et c’est de cela que parle T’as pas changé, à ne manquer sous aucun prétexte.

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Test Blu-ray / La Petite Dernière, réalisé par Hafsia Herzi

LA PETITE DERNIÈRE réalisé par Hafsia Herzi, disponible en DVD & Blu-ray le 19 février 2026 chez Ad Vitam.

Acteurs : Nadia Melliti, Park Ji-Min, Amina Ben Mohamed, Melissa Guers, Rita Benmannana, Razzak Ridha, Louis Memmi, Waniss Chaouki…

Scénario : Hafsia Herzi, d’après le roman de Fatima Daas

Photographie : Jérémie Attard

Musique : Amine Bouhafa

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Fatima, 17 ans, est la petite dernière. Elle vit en banlieue avec ses sœurs, dans une famille joyeuse et aimante. Bonne élève, elle intègre une fac de philosophie à Paris et découvre un tout nouveau monde. Alors que débute sa vie de jeune femme, elle s’émancipe de sa famille et ses traditions. Fatima se met alors à questionner son identité. Comment concilier sa foi avec ses désirs naissants ?

On avait été emballé par ses précédents longs-métrages comme réalisatrice, Tu mérites un amour et Bonne Mère, on est maintenant subjugué par son dernier film en date, La Petite Dernière. Hafsia Herzi atteint les sommets avec cette adaptation du roman éponyme et autobiographique écrit par Fatima Daas, publié en 2020, pourtant jugé peu transposable au cinéma. La metteuse en scène signe seule le scénario et repasse derrière la caméra. Le résultat dépasse toutes les espérances et s’avère à l’image d’Hafsia Herzi elle-même, fiévreux, sensuel, brut et hyper-sensible. Récompensé par la Queer Palm et le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 2025, mais aussi par le Prix Louis-Delluc, le César de la Meilleure révélation féminine et le Prix Lumières 2026 de la Révélation féminine, on peut dire que qu’Hafsia Herzi et Nadia Melliti ont fait le Grand Chelem avec La Petite Dernière ! Ou comment une œuvre dite de commande, puisqu’il s’agit au départ d’une idée des deux productrices Julie Billy (Vous n’aurez pas ma haine, Gagarine) et Naomi Denamur (Une amie désavouée), est devenue une œuvre personnelle, engagée, ambitieuse, audacieuse et qui s’inscrit finalement logiquement dans la filmographie de la réalisatrice. Il est fort à parier qu’Hafsia Herzi elle-même aurait joué le personnage de Fatima si La Petite Dernière était sorti il y a vingt ans. La comédienne révélée en 2007 par La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche, récemment récompensée par le César de la meilleure actrice pour Borgo, est définitivement l’une des plus belles et grandes chrysalides du cinéma français depuis très longtemps.

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Test Blu-ray / La Buraliste de Vallecas, réalisé par Eloy de la Iglesia

LA BURALISTE DE VALLECAS (La estanquera de Vallecas) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 mars 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Emma Penella, José Luis Gómez, José Luis Manzano, Maribel Verdú, Fernando Guillén, Jesús Puente, Antonio Gamero, Antonio Iranzo…

Scénario : José Luis Alonso de Santos, Gonzalo Goicoechea & Eloy de la Iglesia, d’après la pièce de théâtre de José Luis Alonso de Santos

Photographie : Manuel Rojas

Musique : Patxi Andión

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Leandro et Tocho, deux petits voyous sans envergure, et surtout sans expérience, pénètrent dans un bureau de tabac avec l’intention de braquer la caisse. Mme Justa, la gérante, et sa nièce Angeles, parviennent à déjouer les intentions des malfrats. Mais, pendant qu’à l’extérieur, la police – et les habitants du quartier – prépare l’assaut, une complicité inattendue naît entre les voyous et les « victimes ».

El Pico L’Enfer de la drogue et sa suite El Pico 2 ayant été de très grands succès, tout va pour le mieux pour le réalisateur Eloy de la Iglesia durant les années 1980. Cependant, il connaît un revers avec son adaptation de Le Tour d’écrou d’Henry James, intitulé Un autre tour d’écrou Otra vuelta de tuerca. Ce giallo ibérique dit d’épouvante déconcerte quelque peu les spectateurs, mais emballe malgré tout la critique, qui salue son originalité et son ambition. Le cinéaste parviendra à renouer avec les sommets du box-office espagnol deux ans plus tard, avec La Buraliste de VallecasLa estanquera de Vallecas, adaptation de la pièce de théâtre éponyme de José Luis Alonso de Santos. Quand on découvre ce quasi-huis clos, dont l’action se déroule entre le bureau de tabac du titre et la place ensoleillée sur laquelle il se trouve, on ne peut s’empêcher de penser étrangement à deux autres titres d’un autre de la Iglesia (même si les deux auteurs n’ont aucun lien), Álex de son prénom bien sûr : Un jour de chance La chispa de la Vida (2011) et Pris au piège El bar (2017), le premier étant une relecture du Gouffre aux chimèresAce in the Hole (1951) de Billy Wilder , le second se focalisant sur une poignée de personnages disparates, enfermés dans un bar après que celui-ci ait été la cible d’un sniper. Ainsi, bien avant ces deux longs-métrages, Eloy de la Iglesia traitait exactement des mêmes thèmes. Car La Buraliste de Vallecas est certes une comédie, mais c’est aussi un film qui a évidemment des choses à dire sur l’Espagne. Pas étonnant que le film ait rencontré un immense succès dans son pays. Bourré d’humour noir, La estanquera de Vallecas est une comédie brutale, cinglante et grinçante doublée d’une satire politique portant sur le pouvoir médiatique où chaque protagoniste, politicien, policier y voit l’occasion de briller et de servir son intérêt personnel devant la caméra des charognards. Avec sa virtuosité coutumière (malgré un espace confiné) et un montage alerte, Eloy de la Iglesia signe un film extrêmement attachant, virulent, émouvant, drôle, qui rappelle souvent la comédie italienne. Merveilleux directeur d’acteurs, il offre à son quatuor principal de fabuleux numéros et l’on se souviendra longtemps de la confrontation et de l’étrange relation qui s’installe entre leurs personnages. Film culte par excellence, La Buraliste de Vallecas est un vrai bijou d’orfèvre et espérons que sa sortie inespérée en Haute-Définition chez Artus Films contribue à faire de nouveaux adeptes.

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Test Blu-ray / Le Sud, réalisé par Victor Erice

LE SUD (El Sur) réalisé par Victor Erice, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Omero Antonutti, Sonsoles Aranguren, Icíar Bollaín, Lola Cardona, Rafaela Aparicio, Aurore Clément, Maria Caro, Francisco Merino, José Vivó, Germaine Montero…

Scénario : Victor Erice, d’après la nouvelle d’Adelaida García Morales

Photographie : José Luis Alcaine

Musique : Enrique Granados

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

1957, dans une petite ville du nord de l’Espagne. C’est l’histoire d’une relation forte entre un père, Agustín, et sa fille, Estrella. Un jour, cependant, leur complicité s’efface, Estrella découvrant que son père garde un vieux secret au fond de lui, au sujet d’une femme étrange…

Dix ans après L’Esprit de la ruche – El espíritu de la colmena, Victor Erice (né en 1940) revient avec Le SudEl Sur. L’action se déroule en Espagne dans les années 1950. Dans une maison, appelée « La Mouette » et située dans un village du Nord, vivent Agustín, médecin et sourcier, son épouse, institutrice révoquée de l’enseignement après la Guerre civile, et leur petite fille, Estrella. Le réalisateur adopte à nouveau le point de vue d’une enfant, fascinée et en adoration pour son père. Des sentiments malmenés quand celle-ci découvre que celui qui lui a donné la vie a aimé une autre femme qu’il a laissée dans son Sud natal. Ce film, adapté d’une nouvelle d’Adelaida García Morales, alors son épouse, demeure le plus méconnu de son auteur, qui reniera plus ou moins son second long-métrage, car le jugeant inachevé, étant donné qu’il l’avait conçu en deux parties, la deuxième ne parvenant pas à trouver de financements suffisants. Cette expérience éloignera Victor Erice du monde du cinéma pendant une nouvelle décennie. Pourtant, on serait tenté de dire que TOUT Victor Erice est dans El Sur, magistrale leçon de cinéma, film-somme et en même prolongement de sa mythique première œuvre. Si la petite héroïne de L’Esprit de la ruche, Ana, avait cinq ans, Estrella dans El Sur est aux portes de l’adolescence, carrefour existentiel où toutes les cartes sont redistribuées, où ce qu’on espérait ou rêvait se heurte aux portes de la rationalité. C’est aussi l’âge où l’on « étudie » plus sérieusement ceux qui nous ont donné la vie. Comme le chantait Michel Sardou dans Une fille aux yeux clairs, « Et j’avais oublié qu’avant d’être ma mère, Elle avait mis 30 ans… ». Cela s’applique à Estrella pour son père, qui se pose des questions légitimes, qui veut en savoir plus sur celui qui lui a donné le jour, qui veut savoir ce qu’il y a de si mystérieux dans le Sud de l’Espagne…Film puzzle qui renvoie à la pensée d’Estrella, que nous ne quitterons jamais, qui nous guide dans ses souvenirs, dans ses réflexions, dans ses sentiments, El Sur est un miracle comme seul le cinéma est capable de faire apparaître dans notre vie. Immense chef d’oeuvre, ce second long-métrage de Victor Erice a beau avoir été amputé de son troisième acte avant même qu’il puisse être réalisé, il n’en demeure pas moins l’un des plus beaux films au monde.

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Test Blu-ray / Personne n’a entendu crier, réalisé par Eloy de la Iglesia

PERSONNE N’A ENTENDU CRIER (Nadie oyó gritar) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 mars 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Carmen Sevilla, Vicente Parra, María Asquerino, Antonio Casas, Goyo Lebrero, Felipe Solano, Ramón Lillo, Antonio del Real, Tony Isbert…

Scénario : Antonio Fos, Gabriel Moreno Burgos & Eloy de la Iglesia

Photographie : Francisco Fraile

Musique : Fernando García Morcillo

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Elisa, une jolie escort girl de luxe vit seule dans son appartement d’un immeuble moderne, avec un couple comme seuls voisins. Un matin, elle voit par hasard le mari, Miguel, en train de traîner le corps de sa femme dans la cage d’ascenseur. L’assassin va alors l’obliger à l’aider pour faire disparaître le cadavre, la faisant ainsi passer du statut de témoin à celui de complice. Une relation trouble naît entre eux.

Nous nous sommes déjà penchés sur les films les plus célèbres du réalisateur Eloy de la Iglesia (1944-2006), Colegas, L’Enfer de la drogue El Pico, El Pico 2, Navajeros, Le Député et ce grâce au travail éditorial exceptionnel d’Artus Films. Quel plaisir de découvrir des œuvres dites de jeunesse, à l’instar de Personne n’a entendu crier Nadie oyó gritar (1973), son sixième long-métrage. Partagé entre le drame (Un goût amer, Le Ring) et le thriller (Le Plafond de verreEl techo de cristal), y compris le film d’horreur (La Semaine d’un assassinLa Semana del asasino), le cinéaste est cette fois encore influencé par le genre et lorgne du côté d’Alfred Hitchcock pour Personne n’a entendu crier. À cette occasion, il retrouve la magnifique Carmen Sevilla (1931-2023), qu’il avait déjà dirigé dans Le Plafond de verre. Longtemps considérée comme une actrice de seconde zone, qui ne devait son succès qu’à sa beauté et à son succès dans la chanson, ainsi que comme danseuse, la comédienne est pourtant superbe, inquiétante, déroutante et ambiguë dans cette histoire de cadavre encombrant. Elle est ici loin (euphémisme) des personnages qu’elle campait dans La Belle de Cadix, Andalousie et dans Violettes impériales aux côtés de Luis Mariano vingt ans auparavant ! Devenue un peu plus rare sur les écrans dans les années 1960, Carmen Sevilla revient en force au début de la décennie suivante, au point où Charlton Heston lui offre le rôle d’Octavia dans son Antoine et Cléopâtre en 1972. Mais c’est bel et bien Eloy de la Iglesia qui lui offre ses meilleurs rôles de composition. Dans Personne n’a entendu crier, elle campe une femme quelque peu obscure, qui vit sa vie comme escort, rejoignant un client fidèle à Londres, elle-même ayant une liaison avec un homme beaucoup plus jeune qu’elle, qu’elle entretient aussi. Jusqu’au jour où elle prend sur le fait son voisin, en train de se débarrasser du corps de sa femme dans la cage d’ascenseur de leur immeuble. Prise au piège, elle doit se plier aux exigences du meurtrier, qui lui demande de l’aider pour déplacer le cadavre…Entre les deux va s’installer un jeu du chat et de la souris…Eloy de la Iglesia signe un thriller quasi-inclassable, où se mêle une passion inattendue, une esthétique de roman photos qui contraste avec la violence et le sang qui parcourt les veines de ce « giallo ibérique » chaudement recommandé.

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Test Blu-ray / Le Juge Thorne fait sa loi (Tu seras jugé), réalisé par Jacques Tourneur

LE JUGE THORNE FAIT SA LOI – TU SERAS JUGÉ (Stranger on Horseback) réalisé par Jacques Tourneur, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret le 12 mars 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Joel McCrea, Miroslava, Kevin McCarthy, John McIntire, John Carradine, Nancy Gates, Emile Meyer, Robert Cornthwaite…

Scénario : Herb Meadow & Don Martin, d’après le roman de Louis L’Amour

Photographie : Ray Rennahan

Musique : Paul Dunlap

Durée : 1h06

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

Rick Thorne est un juge itinérant dans le grand Ouest des États-Unis. En arrivant à Bannerman, il réalise qu’une puissante et dangereuse famille fait la loi en ville. Coupables de nombreux délits et crimes, ils n’ont jamais été poursuivis par la Justice ou envoyés en prison. Rick décide que cela ne peut plus durer car la loi s’applique pour tout le monde. Il va donc rouvrir une affaire classée trop rapidement sans suite selon lui…

Quand on lui demande quel réalisateur il souhaiterait à la barre du Juge Thorne fait sa loiStranger on Horseback, également connu en France sous le titre Tu seras jugé, le comédien et star de la MGM, Joel McCrea (1905-1990), qui s’est essentiellement tourné vers le western dès 1946, répond Jacques Tourneur. Les deux hommes avaient déjà collaboré cinq ans auparavant sur un autre western, Stars in My Crown, où ils s’étaient merveilleusement entendus. S’il est moins célèbre que Un jeu risqué Wichita, leur autre opus traitant de l’Ouest Américain, qui sortira aussi en 1955, Le Juge Thorne fait sa loi rend compte de la virtuosité discrète, mais indéniable du réalisateur formé à la RKO et metteur en scène légendaire de La Féline, Vaudou et L’Homme léopard, mais aussi de L’Enquête est close Circle of Danger et de NightfallPoursuites dans la nuit. À l’instar de Jack Arnold, de Richard Fleischer ou de Robert Wise, Jacques Tourneur avait le don de transformer en or tous les genres qu’il abordait. Le Juge Thorne fait sa loi est un opus rare du cinéaste, qui n’est jamais sorti en France et dont le négatif original semble avoir disparu. Tourné avec le procédé couleur AnscoColor, extrêmement fragile, ce qui n’a pas aidé à la conservation du film, Stranger on Horseback a néanmoins été sauvé via un contretype. Cela aurait été dommage de voir ce petit bijou disparaître corps et bien. Avec son intrigue resserrée (65 minutes, génériques compris), le charisme débordant de sa tête d’affiche, ses décors très réussis, sa superbe photographie signée Ray Rennahan (Le Sorcier du Rio Grande, Smith le taciturne, Les Rôdeurs de l’aube) et ses magnifiques paysages naturels (Sedona, en Arizona, dans le canyon de Placerita, à Newhall, en Californie), Stranger on Horseback fait indéniablement partie des films de Jacques Tourneur à redécouvrir et à se «refiler» entre cinéphiles.

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Test Blu-ray / Anna, réalisé par Pierre Koralnik

ANNA réalisé par Pierre Koralnik, disponible en DVD & Blu-ray depuis le 15 décembre 2025 chez Malavida Films.

Acteurs : Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Serge Gainsbourg, Marianne Faithfull, Barbara Sommers, Isabelle Felder, Henri Virlojeux, Hubert Deschamps…

Scénario : Serge Gainsbourg & Jean-Loup Dabadie

Photographie : Willy Kurant

Musique : Serge Gainsbourg

Durée : 1h30

Date de sortie initiale: 1967

LE FILM

Anna débarque à Paris. Dès sa descente du train, Serge, directeur d’une agence publicitaire, tombe fou amoureux. Pour la retrouver, il fait placarder l’unique photo d’elle qu’il possède dans toutes les rues de la capitale, sans réaliser qu’il la croise pourtant tous les jours…

C’est un petit trésor caché, oublié, enfoui, qui a été longtemps l’objet de fantasmes de la part des cinéphiles. Rendez-vous compte, Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Serge Gainsbourg, Marianne Faithfull et même Eddy Mitchell réunis dans un même film ! Ou un téléfilm pour être exact, puisque Anna, réalisé par Pierre Koralnik, aura été diffusé le 13 janvier 1967 sur la Première chaîne de l’ORTF, avant de prendre la poussière pendant de longues, très longues années. Né en Suisse en 1937, Pierre Koralnik, d’origine ukrainienne, se présente au concours de l’IHDEC et obtient son diplôme. Il se retrouve aux commandes d’Anna, sur une proposition de la productrice Michèle Arnaud, première comédie musicale réalisée en 35mm pour la télévision française et en couleur s’il vous plaît, quand bien même le (télé)film sera évidemment diffusé en N&B…Presque soixante ans plus tard, nous pouvons enfin découvrir Anna comme le metteur en scène et son chef opérateur Willy Kurant (Le Monstre qui vient de l’espace, Je t’aime, moi non plus, Le Départ) l’ont conçu. Témoignage d’un temps que les moins de vingt ans et leurs parents ne peuvent pas connaître, Anna est une fusion étonnante entre la Nouvelle vague et le cinéma de Jacques Demy (qui a toujours été à part du mouvement), doublé d’un objet pop acidulé dont les couleurs clinquantes et l’énergie qui anime l’ensemble contrastent avec le spleen qui coule dans chaque séquence. Immortalisé par le Sous le soleil exactement chanté par Anna Karina sur la plage de Deauville, Anna n’a pas volé son statut culte.

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Test Blu-ray / Femme de feu, réalisé par André de Toth

FEMME DE FEU (Ramrod) réalisé par André de Toth, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret le 12 mars 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Joel McCrea, Veronica Lake, Don DeFore, Donald Crisp, Preston Foster, Arleen Whelan, Charles Ruggles, Lloyd Bridges…

Scénario : Jack Moffitt, C. Graham Baker & Cecile Kramer, d’après le roman de Luke Short

Photographie : Russell Harlan

Musique : Adolph Deutsch

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 1947

LE FILM

Connie Dickason refuse d’obéir à son père Ben qui souhaite la marier à Frank Ivey, un rancher très puissant, autoritaire et irascible. Pour tenir tête à ce dernier, elle engage Dave Nash…

Premier western du cinéaste américain d’origine austro-hongroise André de Toth (1912-2002), au passage l’un des « cinq borgnes d’Hollywood » avec John Ford, Fritz Lang, Nicholas Ray et Raoul Walsh, Ramrod, plus connu dans nos contrées sous le titre Femme de feu, impose la maîtrise technique du réalisateur et pose les bases de ses grands classiques et chefs d’oeuvre à venir. Si la mise en scène demeure impressionnante, c’est surtout l’importance accordée au personnage féminin principal interprété par l’épouse du cinéaste, Veronica Lake, qui donne au film toute son originalité et ce bien avant Johnny Guitar de Nicholas Ray réalisé en 1954. Utilisée à contre-emploi, la blonde incendiaire des années 40 apporte toute sa force et sa fragilité à son personnage pour son unique incursion dans le genre. Rôle moteur de l’histoire, elle porte les plus lourdes responsabilités sur la vie et la mort des cowboys qui l’entourent, prêts à tout pour lui rendre service. D’ailleurs, elle n’hésite pas à user de ses charmes et de son oeil de biche pour arriver à ses fins et profiter des fines gâchettes avoisinantes. Adapté d’un roman de Luke Short, Femme de feu, au départ prévu pour John Ford, qui finalement pris par La Poursuite infernale demandera aux studios de confier le film à de Toth, peut également se voir comme un véritable film-noir. Son climat, la photographie, le cadre, tout donne au film une couleur particulière avec ses personnages mi-ange mi-démon, naviguant entre le bien et le mal. Au final, Femme de feu s’impose comme une série B à l’histoire classique (deux clans s’affrontent pour une parcelle de terrain), non dépourvue de longueurs (la traque finale) et qui croule parfois sous une musique grandiloquente, mais l’ensemble est transcendé par une mise en scène inventive qui abonde en défis techniques particulièrement réjouissants.

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Test Blu-ray / L’Homme de Kansas City, réalisé par Edwin L. Marin

L’HOMME DE KANSAS CITY (Fighting Man of the Plains) réalisé par Edwin L. Marin, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret le 12 mars 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Randolph Scott, Bill Williams, Victor Jory, Jane Nigh, Douglas Kennedy, Joan Taylor, Berry Kroeger, Rhys Williams…

Scénario : Frank Gruber, d’après son roman Fighting Man

Photographie : Fred Jackman Jr.

Musique : Paul Sawtell

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 1949

LE FILM

Lors d’un raid mené avec la troupe de Quantrill, Jim Dancer tue l’homme qu’il tient pour responsable de la mort de son frère. Mais celui-ci était innocent, et Dancer devient un fugitif. Quelques mois plus tard, il refait surface comme shérif d’une petite ville du Kansas, où il met en déroute une bande de malfrats avec l’aide d’un autre paria, Jesse James…

Du réalisateur américain Edwin L. Marin (1899 ou 1901-1951) on connaissait le formidable L’Agent invisible contre la Gestapo (1942), divertissement haut de gamme doublé d’un film de propagande, mais aussi deux westerns de série B à connaître absolument, Canadian Pacific (1949) et La Piste des CaribousThe Cariboo Trail (1950), interprétés par Randolph Scott. Ce dernier doit d’ailleurs beaucoup au réalisateur et ce bien avant ses collaborations avec André de Toth (6 films) et bien sûr Burt Boetticher (7 films). En effet, le comédien, considéré encore aujourd’hui par beaucoup comme étant le plus grand cowboy du cinéma et Edwin L. Marin ont tourné pas moins de huit longs-métrages de 1941 (Ici LondresLondon Calling) à 1951 (Sugarfoot). Un film d’espionnage, une comédie-romantique et surtout six westerns les réuniront durant dix ans, associations avec lesquelles le metteur en scène crée littéralement le « personnage » qui collera plus tard Randolph Scott à la peau tout le reste de sa vie. L’Homme de Kansas City Fighting Man of the Plains est leur second western. L’Ancien assistant opérateur à la MGM et à la RKO, devenu réalisateur au début des années 1930 et qui signera une œuvre aussi éclectique que prolifique (une soixantaine de longs métrages), composée entre autres de A Christmas Carol (1938) adapté de Charles Dickens, ou bien encore L’Amazone aux yeux verts (1944) avec John Wayne, montre son aisance à raconter des histoires traitant de l’Ouest Américain. L’Homme de Kansas City est certes un film modeste tourné dans un cadre restreint, le film d’Edwin L. Marin donne à son récit une ampleur digne des plus grandes productions. Randolph Scott crève l’écran et le héros qu’il incarne annonce étonnamment ceux qu’il interprétera dans le légendaire cycle Ranown. Autant dire que la découverte est plus que recommandée pour les passionnés du genre.

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