WEEK-END DE TERREUR (April Fool’s Day) réalisé par Fred Walton, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret le 16 janvier 2026 chez Rimini Editions.
Acteurs : Jay Baker, Pat Barlow, Lloyd Berry, Deborah Foreman, Deborah Goodrich, Tom Heaton, Leah Pinsent, Mike Nomad, Thomas F. Wilson…
Scénario : Danilo Bach
Photographie : Charles Minsky
Musique : Charles Bernstein
Durée : 1h29
Année de sortie : 1986
LE FILM
Muffy St. John, riche héritière, invite plusieurs de ses amis étudiants à passer le week-end du 1er avril dans un luxueux manoir situé sur une île privée que possèdent ses parents. La fête s’annonce grandiose et Muffy a préparé quelques poissons d’avril. Mais la plaisanterie vire au cauchemar lorsque les invités disparaissent l’un après l’autre…
Passé à la postérité pour avoir écrit et réalisé Terreur la ligne – When a Stranger Calls (1979), thriller devenu culte très vite auprès des cinéphiles et des spectateurs avides du genre, le réalisateur Fred Walton (né en 1949) est pourtant l’homme d’un autre film aujourd’hui très prisé, Week-end de terreur – April Fool’s Day. Sorti en 1986, en queue de comète du slasher, la même année que Vendredi 13, chapitre VI : Jason le mort-vivant – Friday the 13th Part VI: Jason Lives de Tom McLoughlin (l’un des meilleurs opus de la franchise) et Body Count – Camping del terrore de Ruggero Deodato, tandis que Freddy Krueger se préparait à apparaître pour la troisième fois au cinéma, Week-end de terreur préfigure ce que deviendra le genre avec dix ans d’avance. Car même si Scream est encore loin et relancera le slasher dans les années 1990, le film de Fred Walton joue déjà intelligemment la carte méta, s’interroge sur la notion d’épouvante, sur le rapport avec la peur qu’entretient le spectateur, tout en essayant d’insuffler du sang neuf au thriller horrifique alors en quasi-perdition. Et ça marche. Week-end de terreur est assurément un bon ride et même si le second visionnage passera sans doute moins bien en raison du twist final (“Hey what did you expect ?”), la mise en scène tient encore bien le coup et les décors naturels ravissent les pupilles.
TOGETHER réalisé par Michael Shanks, disponible en DVD & Blu-ray le 16 janvier 2026 chez Metropolitan Film & Video.
Acteurs : Dave Franco, Alison Brie, Damon Herriman, Mia Morrissey, Karl Richmond, Jack Kenny, Francesca Waters, Aljin Abella…
Scénario : Michael Shanks
Photographie : Germain McMicking
Musique : Cornel Wilczek
Durée : 1h41
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Tim et Millie sont ensemble depuis des années quand ils décident de tout abandonner pour s’installer à la campagne. Alors que les tensions sont déjà vives, une force surnaturelle transforme leur rêve en cauchemar, menaçant leur relation, leur amour… et jusqu’à leur intégrité physique.
C’est un vrai coup de coeur. Together est un premier long-métrage on ne peut plus prometteur, un petit coup de maître, qui a tout pour devenir un film culte. À la barre, un certain Michael Shanks, australien, homme-orchestre, aux manettes de la chaîne YouTube The Wizards of Aus (sous le pseudo de timtimfed), tour à tour acteur, scénariste, monteur, compositeur, producteur, créateur d’effets spéciaux et donc bien sûr réalisateur. Après quelques courts-métrages, des épisodes de séries télévisées et un clip vidéo, celui-ci se lance dans l’aventure du grand format avec un film de genre, produit et interprété par le couple (à l’écran comme à la ville) Alison Brie et Dave Franco. Mais bien plus qu’un nouvel opus d’épouvante, Together est avant tout une vraie réflexion sur l’amour, sur ce qui fait l’osmose ou au contraire ce qui le délite. Le spectateur à la recherche de sensations fortes sera on ne peut plus comblé avec une succession de scènes aussi fortes que marquantes, parfois même inédites dans leur rendu, mais l’émotion n’est jamais oubliée. Mieux que ça, elle reste le moteur des séquences horrifiques et fantastiques. Le scénario, entièrement écrit par Michael Shanks, rappelle le genre d’histoires que l’on pouvait retrouver dans Les Contes de la crypte, tout en lorgnant sur Stephen King, le tout saupoudré par un humour noir omniprésent et même quelques éléments burlesques. Un must de 2025, accompagné d’une excellente presse et qui produit pour un peu plus de 15 millions de dollars (et tourné en seulement trois semaines), en aura rapporté plus du double dans le monde, quand bien même le résultat en France demeure décevant avec 78.000 entrées. Si vous devez donner une seconde chance à un film de l’année dernière, n’hésitez pas et réservez-la pour Together.
LA CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE (Stagecoach) réalisé par John Ford, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livre le 16 janvier 2026 chez Sidonis Calysta.
Acteurs : Claire Trevor, John Wayne, Andy Devine, John Carradine, Thomas Mitchell, Louise Platt, George Bancroft, Donald Meek, Berton Churchill, Tim Holt, Tom Tyler…
Scénario : Dudley Nichols, d’après une histoire originale de Ernest Haycox
Photographie : Bert Glennon
Musique : Gerard Carbonara
Durée : 1h39
Date de sortie initiale : 1939
LE FILM
La diligence est le lieu de rencontre de neuf personnes qui font route, en Arizona, sur une piste menacée par les Indiens de Geronimo. Dallas, une prostituée, est chassée de la ville, tout comme Josiah Boone, un vieux médecin alcoolique. Mrs Mallory, enceinte, va rejoindre son mari, un officier, tandis que Hatfield, un joueur, décide de l’accompagner par galanterie. Gatewood, le banquier, s’enfuit avec l’or déposé chez lui. Mr Peacok, qui place du whisky dans les saloons, regagne sa famille à Kansas City. Curly Wilcox, le shérif, accompagne le conducteur Buck, sur cette route dangereuse. À la sortie de la ville, ils prennent un autre passager, Ringo Kid, qui souhaite exécuter les trois frères Plummer, assassins de son père et de son frère. Toutes ces personnes font le difficile apprentissage de la cohabitation dans un espace clos. Le voyage se poursuit dans une atmosphère de plus en plus tendue.
La Chevauchée fantastique – Stagecoach, John Ford, 1939. Rien qu’à la lecture de ce titre, le cinéphile se sent pousser des ailes, sourit, pense à beaucoup de scènes, notamment l’apparition de John Wayne, capturée dans un travelling avant. Avec ce plan, le comédien âgé de 32 ans devient une star, alors qu’il bourlinguait depuis 1926, tournant parfois jusqu’à dix films par an. D’ailleurs, le cinéaste lui avait déjà donné sa chance à plusieurs reprises, au moins une demi-douzaine de fois. Mais c’est avec La Piste des géants – The Big Trail (1930) de Raoul Walsh, que Marion Robert Morrison, de son vrai nom, commence à se faire une place dans le milieu et ce malgré l’échec commercial du film. Mais ce n’est qu’un faux départ en fait. La Chevauchée fantastique va le lancer définitivement sur le devant de la scène et ce durant quasiment durant les quarante années suivantes, jusqu’à son ultime long-métrage, Le Dernier des géants – The Shootistde Don Siegel. Le film sera un triomphe international et recevra sept nominations aux Oscars. Le western fait son comeback dans les salles, le genre est réévalué par les critiques et John Wayne, dont le cachet égalise désormais celui de Clark Gable et de Gary Cooper, reçoit moult propositions de la part des grands cinéastes (George Sherman, Raoul Walsh de nouveau), mais signe encore avec John Ford pour Les Hommes de la mer – The Long Voyage Home, qu’il tourne l’année suivante. Mais pour l’heure, La Chevauchée fantastique, d’après un scénario signé Dudley Nichols (Dieu est mort, La Rue rouge) et Ernest Haycox (Les Clairons sonnent la charge, Le Cavalier de la mort,Pacific Express), en collaboration (non créditée) avec Ben Hecht (Le Plus grand cirque du monde, Le Carrefour de la mort, Les Enchaînés), s’inspirent d’une nouvelle du second, elle-même adaptée de Boule de Suif de Guy de Maupassant. Et c’est un chef d’oeuvre incontesté du septième art qui se joue devant nos yeux.
LES DÉMONS DU MAÏS – LES DÉMONS DU MAÏS 2 : LE SACRIFICE FINAL – LES DÉMONS DU MAÏS 3 : LES MOISSONS DE LA TERREUR (Children of the Corn – Children of the Corn II: The Final Sacrifice – Children of the Corn III: Urban Harvest) réalisé par Fritz Kiersch, David F. Price & James D.R. Hickox, disponible en Combo Coffret DVD ou Blu-ray depuis le 16 octobre 2025 chez Rimini Éditions.
Acteurs : Peter Horton, Linda Hamilton, R.G. Armstrong, John Franklin, Robby Kiger, Courtney Gains, Anne Marie McEvoy, Julie Maddalena, Terence Knox, Paul Scherrer, Ryan Bollman, Ned Romero, Christie Clark, Rosalind Allen, Ed Grady, John Bennes, Daniel Cerny, Ron Melendez, Jim Metzler, Nancy Lee Grahn, Jon Clair, Mari Morrow, Michael Ensign, Duke Stroud…
Scénario : George Goldsmith, A.L. Katz, Gil Adler, Dode B. Levenson, d’après la nouvelle de Stephen King
Photographie : João Fernandes, Levie Isaacks, Gerry Lively
Musique : Jonathan Elias, Daniel Licht
Durée : 1h32, 1h33 & 1h31
Date de sortie initiale : 1984, 1993 & 1995
LES FILMS
Les Démons du maïs – Children of the Corn (1984) réalisé par Fritz Kiersch Galtin :
Une petite ville du Nebraska, est le théâtre d’une horreur sans nom lorsqu’un jeune prédicateur de 12 ans, Isaac, avec l’aide de son âme damnée Malachi, convint les enfants d’assassiner tous les adultes. Ses ordres démoniaques sont exécutés, les jeunes se retrouvent alors rois et maîtres des lieux et se réfugient dans un immense champ de maïs. Trois ans plus tard, Burt Stansor et sa fiancée Vicky Baxter traversent le village désert à la recherche du shérif, croyant avoir renversé quelqu’un sur la route. Dans cette ville fantôme, le jeune couple égaré rencontre deux enfants qui désirent échapper au culte de Isaac. Bientôt pris au piège de cet enfer, l’horrible vérité se précise et ils se rendent compte que leurs vies sont menacées. La lutte sera terrible, car ils doivent affronter la force démoniaque dissimulée au milieu des champs de maïs…
Les Démons du maïs 2 : Le Sacrifice final – Children of the Corn 2: The Final Sacrifice (1992) réalisé par David F. Price :
Après les macabres découvertes qui avaient mis en émoi la petite ville de Gatlin, le journaliste John Garrett se rend sur les lieux, espérant relancer sa carrière grâce à ce terrifiant fait divers. Il s’installe avec son fils Danny chez Angela, propriétaire du Bed & Breakfast local. Micah, un orphelin recueilli par Angela, relance le sanguinaire culte du maïs : à nouveau, des adultes sont assassinés dans d’horribles conditions…
Les Démons du maïs 3 : Les Moissons de la terreur – Children of the Corn 3: Urban Harvest (1995) réalisé par James D. R. Hickox en 1995 :
Gatlin, petite bourgade campagnarde de l’ouest américain… Après l’étrange et dramatique mort du fermier Earl Hutch, ses deux fils, Joshua et Eli, sont placés dans une famille adoptive à Chicago, dont le chef de famille est négociant en maïs. Les deux enfants découvrent alors un monde entièrement nouveau, un monde de gangs, de tags et de musique rap à l’image de la vie urbaine. Peu à peu, Joshua s’adapte à cette nouvelle vie, tandis qu’Eli s’y refuse complètement. Doué d’étranges pouvoirs, il parvient à rallier d’autres enfants à sa terrifiante façon de penser, n’hésitant pas à tuer tous ceux qui s’opposent à lui…
Tout est parti d’une nouvelle de Stephen King, publiée pour la première fois en mars 1977 dans le magazine Penthouse, avant de rejoindre l’anthologie intitulée Danse macabre, sortie l’année suivante. Une adaptation sous forme de court-métrage, quasi-invisible, emballé par John Woodward sous le titre des Disciples du corbeau – Disciples of the Crow, est mise en scène en 1983 et distribuée en VHS en 1986 aux côtés de deux autres histoires rebaptisées à cette occasion Contes macabres – Night Shift Collection. Une cassette aujourd’hui très recherchée, puisque retirée des bacs en raison de problèmes de droits d’exploitation. La transposition officielle de l’écrit du King sort en 1984, un an après celles de Cujo (par Lewis Teague), Dead Zone (par David Cronenberg) et Christine (par John Carpenter). La même année que Charlie – Firestarter de Mark L. Lester, cette petite production de trois millions de dollars trouve immédiatement son public et remporte un joli succès avec près de 15 millions de recette, rien que sur le sol américain. Aux commandes, Fritz Kiersch s’en tire fort honorablement et c’est surtout sa sobriété, ce que ne retiendront pas ses successeurs dans les innombrables suites qui s’enchaîneront, qui participe à l’immersion du spectateur dans cette histoire étouffante, en privilégiant le hors-champ, plutôt que le gore et les effets spéciaux, qui n’interviennent d’ailleurs que dans la dernière partie.
PROJECT X réalisé par William Castle, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 décembre 2025 chez Rimini Éditions.
Acteurs : Christopher George, Greta Baldwin, Henry Jones, Monte Markham, Harold Gould, Phillip Pine, Lee Delano, Ivan Bonar…
Scénario : Edmund Morris, d’après les romans de Leslie P. Davies
Photographie : Harold E. Stine
Musique : Van Cleave
Durée : 1h37
Date de sortie initiale : 1968
LE FILM
2118, un agent du gouvernement en mission en Asie prévient les États-Unis que le bloc occidental sera détruit quatorze jours plus tard. On le retrouve finalement inconscient et amnésique. Des scientifiques congèlent son corps et lui donne l’identité d’un voleur de banques de l’année 1968. Toutes les nuits, avec opiniâtreté, ils explorent son cerveau dans l’espoir qu’il finisse par se souvenir du message qu’il avait à transmettre à ses supérieurs.…
Quel film se cache sous ce titre mystérieux, Project X ? Celui-ci est réalisé en 1968 par le prolifique William Schloss, connu sous le pseudonyme de William Castle (1914-1977), connu pour Tuer n’est pas jouer – I Saw What You Did (à ne pas confondre avec le premier James Bond de Timothy Dalton), La Nuit de tous les mystères – House of Haunted Hill, La Bataille de Rogue River – The Battle of Rogue River ou bien encore le sympathique western Duel sur le Mississippi – Duel on the Mississippi. Grand spécialiste de la série B, solide artisan de la Columbia et producteur malin qui a toujours su suivre et répondre aux goûts des spectateurs, William Castle en viendra même à produire Rosemary’s Baby et à mettre en scène des films d’horreur (13 Ghosts, Macabre, La Meurtrière diabolique). Project X est l’avant-dernier long-métrage du cinéaste, un opus de science-fiction indépendant, distribué par la prestigieuse Paramount Pictures, adapté de deux romans, The Artificial Man et Psychogeist de L. P. Davies. C’est le scénariste Edmund Morris, formé à la télévision sur moult séries policières des années 1950, puis de western la décennie suivante, qui se charge de cette double transposition. Pour l’une de ses rares incursions au cinéma, on peut aussi citer le mythique Walk on the Wild Side – La Rue chaude d’Edward Dmytryk, ils’en tire fort honorablement et surfe à la fois sur le côté espionnage, alors en pleine effervescence avec la saga James Bond, et SF, alors que 2001, l’odyssée de l’espace triomphait dans le monde entier. Comme souvent avec ce genre de petit bijou de genre, oublié durant de longues années, on redécouvre à quel point Project X posait quelques miettes, de petites bases de la science-fiction à venir sur le petit comme sur le grand écran, en évoquant la manipulation des rêves comme Le Monde sur le fil – Welt am Draht, minisérie réalisée par Rainer Werner Fassbinder en 1973, Total Recall de Paul Verhoeven et (bien plus tard) Inception de Christopher Nolan, la réalité virtuelle de Dark City d’Alex Proyas, de Matrix des Wachowski et de Passé Virtuel – The Thirteenth Floor de Josef Rusnak, Nirvana de Gabriele Salvatores et bien d’autres. Autrement dit, Project X en a sérieusement sous le capot, conserve un charme rétro (les costumes du futur qui font penser à des pyjamas pilou pilou, les portes automatiques qui font « ppschiiit ») et contient son lot de scènes particulièrement impressionnantes quand le récit plonge les spectateurs dans les méandres du cerveau de son personnage principal. Un spectacle toujours aussi rafraîchissant.
DRAGON EST DE RETOUR (Drak sa vracia) réalisé par Eduard Grečner, disponible en Combo Blu-ray + DVD depuis le 2 décembre 2025 chez Artus Films.
Acteurs : Radovan Lukavský, Gustáv Valach, Emília Vásáryová, Viliam Polónyi, Jela Buckovan, Jozef Cierny, Pavol Chrobák, Mikulás Ladizinský…
Scénario : Eduard Grečner, d’après le roman de Dobroslav Chrobak
Photographie : Vincent Rosinec
Musique : Ilja Zeljenka
Durée : 1h21
Date de sortie initiale : 1968
LE FILM
Martin Lepiš, surnommé Dragon, est un potier solitaire. Les villageois le considèrent comme étrange et l’accusent à tort d’être à l’origine des catastrophes naturelles qui troublent leur quotidien. Après des années d’absence, il retourne au village mais ne parvient pas à gagner la confiance des habitants. Même lorsque Martin risque sa vie pour sauver un troupeau de moutons, pris dans les flammes d’un feu de forêt, il n’obtient pas la reconnaissance attendue…
Dragon est de retour – Drak sa vracia (1968), réalisé par Eduard Grečner (né en 1931), est un récit de suspicion, de solitude et de rédemption. Chassé de son village à cause de ses superstitions, Martin aka « Dragon », doit regagner la confiance des habitants et se heurte à une résistance farouche. Le film d’Eduard Grečner se déroule comme un poème médiéval : la quête d’un homme en quête d’acceptation, d’amour et d’une place dans le monde. Oeuvre expérimentale, difficile d’accès et donc réservée aux cinéphiles les plus pointus, Dragon est de retour vaut surtout pour la beauté de la photographie de Vincent Rosinec, qui contribue à envelopper le film d’un voile de mystère. Même chose en ce qui concerne la musique d’Ilja Zeljenka (La Vierge miraculeuse, Le Soleil dans un filet, Trois filles, tous réalisés par Stephan Uher), hypnotique, participant à l’immersion désirée par le réalisateur. Celui-ci adapte le roman éponyme de Dobroslav Chrobak, que Béla Balázs avait déjà projeté de transposer à la fin des années 1940, sans y parvenir. Eduard Grečner s’y colle à son tour, cette fois avec succès, un travail pourtant fastidieux, pour ne pas dire courageux, beaucoup prétendant que le livre ne pouvait pas donner naissance à un long, voir même à un court-métrage. La première tentation d’adapter le roman se présenta alors que Grečner était encore étudiant en cinéma à Prague. La version du scénario qu’il écrivit était destinée au réalisateur Stanislav Barabáš, Grečner n’envisageant alors pas encore de devenir metteur en scène. Mais son scénario, pourtant de grande qualité, ne passa pas le test idéologique. En raison de l’évolution du contexte socio-politique, cette première mouture fut tout simplement refusée et même interdite dans les années 1950. Sept ans plus tard, en 1965, Eduard Grečner soumit de nouveau son scénario, qui reçut cette fois un accueil favorable. Si le film n’obtient pourtant pas de succès à sa sortie, Dragon est de retour a depuis été bien réhabilité, au point d’obtenir un statut culte auprès des passionnés du septième art, rejoignant ainsi celui jamais démenti du livre de Dobroslav Chrobak, monument de la littérature slovaque. Une curiosité, hermétique sans douter, mais une expérience tout de même, enfin disponible en France, en DVD et Blu-ray chez Artus Films.
LA NUIT DES CLOWNS (Clown in a Cornfield) réalisé par Eli Craig, disponible en DVD & Blu-ray le 18 décembre 2025 chez M6 Vidéo.
Acteurs : Katie Douglas, Aaron Abrams, Carson MacCormac, Vincent Muller, Kevin Durand, Will Sasso, Cassandra Potenza, Verity Marks…
Scénario : Carter Blanchard & Eli Craig, d’après le roman de Adam Cesare
Photographie : Brian Pearson
Musique : Brandon Roberts & Marcus Trumpp
Durée : 1h36
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Kettle Spring est une petite bourgade du fin fond des États-Unis perdue au milieu des champs de maïs. Et que ça lui plaise ou non, Quinn emménage avec son père, nouveau médecin de ce trou paumé sans réseau. Très vite, Quinn fait la connaissance de la bande de jeunes casse-cou locale et remarque que plusieurs choses pas nettes se passent en ville. Et alors que les habitants se préparent à la fête annuelle, des mystérieux clowns font irruption pour rajouter un peu de barbaque à la soirée…
En 2011 sort une toute petite comédie d’horreur intitulée Tucker et Dale fightent le mal – Tucker and Dale vs Evil. La critique s’emballe, les spectateurs répondent présent, un statut culte s’installe même d’emblée et le film connaîtra un remake en Corée. Qu’est devenu depuis le réalisateur Eli Craig ? Comme metteur en scène, on l’a revu à la barre d’un épisode de la série Brothers & Sisters, du pilote de la série avortée Zombieland (inspirée du film de Ruben Fleischer) et de Little Evil (avec Evangeline Lilly et Adam Scott), emballée pour le compte de Netflix, avec lequel il retrouvait la veine de son premier long-métrage. Mais tout cela remonte à presque dix ans au minimum. Eli Craig revient enfin aux affaires avec La Nuit des clowns – Clown In A Cornfield, ou l’adaptation du roman Un clown dans un champ de maïs d’Adam Cesare. Produit pour un petit million de dollars, tourné en seulement cinq semaines, le film en a rapporté dix fois plus, dont sept millions rien que sur le sol américain où il est sorti bien avant l’été. Soyons honnêtes, il n’y a absolument aucune surprise dans La Nuit des clowns avec son récit ultra-balisé et ses rebondissements aussi attendus que clichés, mais ce ride permet à Eli Craig de se remettre en scène et de prouver son efficacité derrière la caméra. Toutefois, il faut s’armer de patience, car la première partie avant le massacre est trèèèès longue à se mettre en route, l’installation des personnages est aussi interminable que maladroite. Mais lorsque le massacre démarre, cela ne s’arrête quasiment plus jusqu’à la fin et l’humour tant attendu permet de passer un agréable moment.
L’ACCIDENT DE PIANO réalisé par Quentin Dupieux, disponible en DVD et Blu-ray le 4 novembre 2025 chez Diaphana.
Acteurs : Adèle Exarchopoulos, Jérôme Commandeur, Sandrine Kiberlain, Karim Leklou, Clara Choï, Gabin Visona, Georgia Scalliet, Sava Lolov…
Scénario : Quentin Dupieux
Photographie : Quentin Dupieux
Durée : 1h27
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Magalie est une star du web sans empathie et sans morale, qui gagne des fortunes en postant des contenus durs et violents sur les réseaux. Un grave accident survenu sur le tournage de l’une de ses vidéos la pousse à s’isoler à la montagne avec son assistant personnel afin de faire un break. Mais l’obstination d’un fan local et le chantage mené par une journaliste vont faire basculer sa vie…
C’est un rendez-vous quasi-annuel, puisqu’en près de vingt piges, Quentin Dupieux aura livré pas moins de quatorze long-métrages, dont la moitié tournée et sortie ces cinq dernières années. On attend patiemment la nouvelle cuvée en se demandant quel goût aura le nectar. L’Accident de piano est apparu dans les salles un peu plus d’un an aprèsLe Deuxième acte, qui en frôlant la barre du demi-million d’entrées était devenu le plus grand succès du réalisateur au box-office. Pour son dernier opus en date, Mr Oizo collabore pour la troisième fois avec Adèle Exarchopoulos, qui se voit confier ici le rôle principal, après le génial Mandibules (dans lequel elle volait toutes les scènes) et Fumer fait tousser, l’un des gros échecs du metteur en scène. Du point de vue dégustation, L’Accident de piano pique en bouche et s’apparente à du gros rouge qui tâche. Rien de péjoratif là-dedans, puisque la critique amère de l’âme humaine est percutante, défonce le palais et s’avère même gouleyante dès la première gorgée. Et en ce qui concerne la couleur évoquée, il s’agit bien sûr de celle du sang qui coule dans la dernière partie de ce conte de la folie ordinaire comme l’écrivait Charles Bukowski. Comédie noire, surréaliste, d’horreur aussi donc, où trône la comédienne, totalement métamorphosée à cette occasion, L’Accident de piano est à nouveau une savoureuse attraction pensée et conduite par le plus forain des cinéastes français en activité.
LA TAVERNE DE L’IRLANDAIS (Donovan’s Reef) réalisé par John Ford, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 14 novembre 2025 chez Sidonis Calysta.
Acteurs : John Wayne, Lee Marvin, Elizabeth Allen, Jack Warden, Cesar Romero, Dick Foran, Dorothy Lamour, Marcel Dalio…
Scénario : Frank Nugent & James Edward Grant
Photographie : William H. Clothier
Musique : Cyril J. Mockridge
Durée : 1h48
Date de sortie initiale : 1963
LE FILM
Guns et Boats, deux anciens combattants du Pacifique se sont installés en Polynésie. La fille d’un troisième camarade, élévée dans la société puritaine de Boston, vient à la recherche de son père. Alors qu’ils se retrouvent, comme chaque année, dans l’île de Haleakaloa, où habite Guns, pour une rituelle bagarre, cet ancien marin irlandais va donner à la jeune héritière prude et pleine de préjugés une leçon de charité et de joie de vivre.
Le dernier baroud d’honneur ! La Taverne de l’irlandais – Donovan’s Reef est en effet l’ultime collaboration avec John Ford et John Wayne. On serait tenté de dire que le comédien doit tout au cinéaste, mais ce serait franchement réducteur, d’autant plus que Raoul Walsh avant lui avait confié son premier grand rôle au Duke dans La Piste des géants – The Big Trail (1930). Cette association fut néanmoins décisive, marquée par un respect réciproque, des engueulades, des beuveries à n’en plus finir, mais aussi et surtout par un amour incommensurable qui devait lier à jamais les deux hommes. Environ 20 films, cela compte dans une carrière. Si John Wayne avait fait quelques panouilles chez John Ford de 1928 (Maman de mon coeur – Mother Machree) à Born Reckless (1930), La Chevauchée fantastique –Stagecoach va changer la donne en 1939. Suivront Les Hommes de la mer – The Long Voyage Home (1940), Les Sacrifiés – They Were Expendable (1945), Le Massacre de Fort Apache –Ford Apache et Le Fils du désert –3 Godfathers en 1948, La Charge héroïque – She Wore a Yellow Ribbon (1949), Rio Grande (1950), L’Homme tranquille – The Quiet Man (1952), La Prisonnière du désert – The Searchers (1956), L’Aigle vole au soleil – The Wings of Eagles (1957),Les Cavaliers – The Horse Soldiers (1959), L’Homme qui tua Liberty Valance – The Man Who Shot Liberty Valance et La Conquête de l’Ouest – How the West Was Won en 1962, puis enfin La Taverne de l’irlandais en 1963. Et comme il s’agit plus ou moins d’une œuvre « testamentaire » sur leur relation et association, autant que cela finisse en beauté. Certes, Donovan’s Reef n’a pas et n’aura jamais l’aura, le prestige des monuments susmentionnés, mais le film agit comme un dernier verre avant que les deux John ne voient leur chemin se séparer. Si Wayne continuera encore d’incarner le cowboy pendant plus de dix ans, à quelques exceptions près (Le Plus Grand Cirque du monde de Henry Hathaway, Première victoire d’Otto Preminger, Les Feux de l’enfer d’Andrew V. McLaglen, Brannigan de Douglas Hickox), La Taverne de l’irlandais est l’antépénultième opus du réalisateur. Après celui-ci, John Ford ne reviendra derrière la caméra que pour Les Cheyennes – Cheyenne Autumn (1964) et Frontière chinoise – Seven Women (1965). Grand succès au box-office, contrairement à ce qui a longtemps été dit, histoire d’enfoncer le clou sur le fait qu’il ne s’agissait que d’un « simple divertissement », La Taverne de l’irlandais, au-delà de son évidente légèreté, contient tout de même d’immenses séquences et mérite d’être largement redécouvert. D’autant plus que plastiquement, on en prend plein les mirettes. Alors pourquoi faire la fine bouche ?
LA HORDE SAUVAGE (The Maverick Queen) réalisé par Joseph Kane, disponible en DVD & Édition Collection Silver Blu-ray + DVD + Livret le 16 janvier 2026 chez Sidonis Calysta.
Acteurs : Barbara Stanwyck, Barry Sullivan, Scott Brady, Mary Murphy, Wallace Ford, Howard Petrie, Jim Davis, Emile Meyer…
Scénario : Kenneth Gamet & DeVallon Scott, d’après le roman de Zane Grey
Photographie : Jack A. Marta
Musique : Victor Young
Durée : 1h30
Date de sortie initiale : 1956
LE FILM
Wyoming, les années 1890. Membre de l’agence Pinkerton, Jeff Young reçoit pour mission de démanteler une redoutable bande de hors-la-loi dirigée par Butch Cassidy et Sundance Kid. Sous le nom de Jeff Younger, il arrive en ville où il fait la connaissance de Kit Banion, officiellement propriétaire du saloon local, mais plus discrètement complice des bandits. S’il s’intègre à la bande, Young suscite en même temps la jalousie d’un Sundance Kid farouchement épris de Kit. Alors que se prépare l’attaque d’un train, la tension monte entre les deux hommes…
Joe Kane, de son vrai (pré)nom Joseph Kane (1894-1975) est un vieux briscard quand il entreprend La Horde sauvage – The Maverick Queen. La soixantaine installée, le réalisateur a déjà moult westerns, films noirs et autres serials à son palmarès et sa réputation n’est pas usurpée. Redoutablement efficace, l’énergie qu’il insuffle sur ses tournages (il tourne parfois jusqu’à dix films par an) se ressent dans ses films de série B et les grands acteurs se sont bousculés au portillon pour collaborer avec lui. Quelques titres ? La Rivière écarlate – King of the Pecos (1936), La Chevauchée solitaire – The Lonely Trail (1936), La Femme du pionnier – Dakota (1939) et La Belle de San Francisco – Flame of Barbary Coast (1945) avec John Wayne, Le Retour de Billy the Kid – Billy The Kid Returns (1938) et À la poursuite de Jesse James – Days of Jesse James (1939) avec Roy Rogers. Avant de terminer son illustre et prolifique carrière à la télévision avec les séries Rawhide, Bonanza et Laramie, il livre un parfait exemple de son savoir-faire avec ce western mettant en scène Barbara Stanwyck (dans un de ses derniers rôles au cinéma) et Barry Sullivan, dont le duo fonctionne parfaitement bien à l’écran. Poursuites, gunfights, histoire d’amour, infiltrations, trahisons, jalousie, attaque de train, il y a tout cela réuni en 90 minutes. Autant dire que le spectacle est garanti et que La Horde sauvage remplit toujours autant son contrat soixante-dix ans après sa sortie.