Test Blu-ray / À ma soeur!, réalisé par Catherine Breillat

À MA SOEUR! réalisé par Catherine Breillat, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Anaïs Reboux, Roxane Mesquida, Libero De Rienzo, Romain Goupil, Laura Betti, Arsinée Khanjian, Albert Goldberg…

Scénario : Catherine Breillat

Photographie : Giorgos Arvanitis

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 2001

LE FILM

Anaïs, treize ans, passe ses vacances d’été à La Palmyre, une station balnéaire proche de Royan, en Charente-Maritime. Elle est accompagnée de ses parents et de sa soeur Elena, âgée de quinze ans. Celle-ci tombe amoureuse d’un jeune Italien, Fernando, qui lui fait connaître ses premiers émois sexuels. Anaïs, qui dort dans la chambre de sa soeur, est témoin de leurs ébats amoureux. Cette situation ne manque pas de perturber l’adolescente, d’autant que ses parents paraissent indifférents à son mal-être.

Au début des années 2000, Catherine Breillat enchaîne les tournages. Portée par ce qui sera alors son plus grand succès, Romance (près de 350.000 entrées), la réalisatrice signe À ma sœur !, présenté à la Berlinale et récompensée dans de nombreux autres festivals. Rétrospectivement et de l’aveu même de la réalisatrice, c’est indiscutablement ce long-métrage qui sera considéré comme culte à travers le monde. Pas étonnant, puisqu’il s’agit également d’un de ses meilleurs opus. En partant d’une image, ou plutôt d’une scène à laquelle elle a assisté – celle d’une petite fille au visage angélique, nageant dans une piscine de Taormina, chantant Tous les garçons et les filles de François Hardy, puis sortant de l’eau, exposant (visiblement) sans complexe son obésité, qui contrastait alors avec son visage hypnotique – Catherine Breillat imagine une rivalité naturelle. Celle de deux sœurs, l’une, la plus jeune, en surpoids conséquent, et celle plus âgée de deux années (qui comptent double ou triple à ce moment de l’adolescence), devant laquelle les garçons, même majeurs, se retournent, admirent ses yeux verts de reptiles, sa chevelure flamboyante et ses formes déjà sculpturales. Là-dessus, la cinéaste évoque la perte de la virginité, le désir, la jalousie, l’envie, mais aussi l’ennui qui accompagne souvent ces sentiments pour Catherine Breillat. À ma sœur !, n’est point une dédicace, mais un toast porté à Marie-Hélène Breillat, sa propre sœur donc, et l’on peut imaginer que certains points s’inspirent de la jeunesse de la réalisatrice, qui comme à son habitude aborde la sexualité frontalement, tout en la désacralisant à coups de dialogues, que certains jugeront trop écrits et verbeux, mais qui font indéniablement partie des plus beaux écrits par leur auteure.

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Test Blu-ray / Les Enfants vont bien, réalisé par Nathan Ambrosioni

LES ENFANTS VONT BIEN, réalisé par Nathan Ambrosioni, disponible en DVD & Blu-ray le 8 avril 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Camille Cottin, Juliette Armanet, Monia Chokri, Guillaume Gouix, Manoã Varvat, Nina Birman, Myriem Akheddiou, Frankie Wallach…

Scénario : Nathan Ambrosioni

Photographie : Victor Seguin

Musique : Alexandre de La Baume

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Un soir d’été, Suzanne, accompagnée de ses deux jeunes enfants, rend une visite impromptue à sa sœur Jeanne. Celle-ci est prise au dépourvu. Non seulement elles ne se sont pas vues depuis plusieurs mois, mais surtout Suzanne semble comme absente à elle-même. Au réveil, Jeanne découvre sidérée le mot laissé par sa sœur. La sidération laisse place à la colère lorsqu’à la gendarmerie, Jeanne comprend qu’aucune procédure de recherche ne pourra être engagée : Suzanne a fait le choix insensé de disparaître…

Bon, cette fois c’est confirmé et si pour être honnête nous n’avions plus aucun doute, Les Enfants vont bien confirme que le réalisateur Nathan Ambrosioni (né en 1999) est l’un des nouveaux génies du cinéma français. Il nous avait déjà subjugué avec Les Drapeaux de papier (2018), ébloui avec Toni en famille (2023), il nous hypnotise et émerveille avec Les Enfants vont bien, son cinquième long-métrage, qui fait preuve d’une maturité confondante. D’ailleurs, au passage, on aimerait vraiment découvrir ses deux premiers films, Hostile (2014) et Therapy (2016), alors, si un éditeur lit ce message…Mais pour en revenir à celui qui nous intéresse aujourd’hui, disons que le jeune metteur en scène touche ici au sublime et offre à Camille Cottin, qu’il avait déjà dirigé dans Toni en famille, le plus beau rôle de sa carrière. Incompréhensible que la comédienne n’ait pas été nommée aux César en 2026, mais peut-être que sa position de présidente de la 51è cérémonie l’en a empêché…En l’état, Les Enfants vont bien renvoie au plus grand cinéma français des années 1970-80. On pense surtout à Claude Sautet, qui n’avait pas son pareil pour écrire pour les femmes, pour les filmer, ne serait-ce que la nuque de Romy Schneider dans Les Choses de la vie, ou plus tard Emmanuelle Béart en violoniste dans Un coeur en hiver. Camille Cottin s’impose définitivement dans le cercle des plus grandes actrices de sa génération. Pas étonnant que celle-ci multiplie les projets, y compris de l’autre côté de l’Atlantique, où la série Dix pour cent lui a apporté une certaine renommée. Ainsi, avant de la retrouver aux côtés de Brad Pitt dans The Riders d’Edward Berger (Conclave), elle retrouve pour la deuxième fois Nathan Ambrosioni pour Les Enfants vont bien, drame familial proche du mélo façon Douglas Sirk (le sommet et la référence d’un genre), qui foudroie en plein coeur par sa pudeur et emporte le spectateur dans une spirale ininterrompue d’émotions. Chef d’oeuvre instantané, futur classique en devenir, ruez-vous dessus.

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Test Blu-ray / Nouvelle Vague, réalisé par Richard Linklater

NOUVELLE VAGUE réalisé par Richard Linklater, disponible en DVD & Blu-ray le 25 février 2026 chez ARP Sélection.

Avec : Guillaume Marbeck, Zoey Deutch, Aubry Dullin, Adrien Rouyard, Antoine Besson, Jodie Ruth-Forest, Bruno Dreyfürst, Benjamin Clery…

Scénario : Holly Gent, Laetitia Masson, Vincent Palmo Jr. & Michèle Pétin

Photographie : David Chambille

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Alors que tous ses amis ont déjà eu leur chance de passer derrière la caméra, Jean-Luc Godard attend toujours son tour. L’opportunité va bientôt se présenter, et le voilà embarqué dans le tournage d’À bout de souffle

Il fallait bien que cela arrive, que le tournage d’À bout de souffle de Jean-Luc Godard soit raconté au cinéma à travers une fiction, mais on ne s’attendait pas à ce que cela provienne d’un réalisateur américain. Ce dernier n’est autre qu’un des chouchous de la critique française, Richard Linklater, un des cinéastes les plus prolifiques depuis vingt ans, un des plus éclectiques aussi. Comme nous l’avions déjà dit dans notre critique du génial Bernie, il y a incontestablement ce petit truc qui rappelle les grands réalisateurs hollywoodiens du style Richard Fleischer et Robert Wise chez Richard Linklater. Une envie d’enchaîner les tournages, les projets les plus éloignés et qui pourtant forment une œuvre cohérente. Le texan se retrouve ainsi à la barre de Nouvelle Vague, son premier long-métrage français, réalisé dans la langue de Molière, avec principalement un casting hexagonal. Ainsi, entre une comédie d’action avec Glen Powell et Adria Arjona (Hit Man) et un biopic sur le compositeur Lorenz Hart (Blue Moon), Rochard Linklater pose sa caméra dans les rues de Paris (plus de vingt ans après le chef d’oeuvre Before Sunset) et, soutenu par de merveilleux effets spéciaux, plonge les spectateurs à la fin des années 1950, pour aller à la rencontre des artistes les plus prestigieux, Jean-Luc Godard, Jean Seberg, Jean-Paul Belmondo, François Truffaut, Claude Chabrol, Agnès Varda…ils sont tous là, réunis dans la salle de rédaction des Cahiers du cinéma, où les critiques commencent à voler de leurs propres ailes. C’est cette fois au tour du sieur Jean-Luc, mais pour cela, celui-ci est bien décidé à ne pas faire comme les autres. C’est là que Nouvelle Vague s’avère une œuvre romanesque, remarquablement documenté certes, mais qui laisse aussi la place au fantasme, celui d’un metteur en scène fasciné par ce cinéma, par une époque, par des images surtout, avec lesquelles il a construit sa propre cinéphilie. Il en résulte un formidable hommage, passionnant, drôle, didactique, un vrai cadeau pour les amateurs de septième art très justement récompensé par quatre César (Meilleure réalisation, Meilleurs costumes, Meilleure photographie et Meilleur montage).

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Test Blu-ray / Jeux de mains, réalisé par Mitchell Leisen

JEUX DE MAINS (Hands Across the Table) réalisé par Mitchell Leisen, disponible en DVD & Blu-ray le 3 mars 2026 chez Elephant Films.

Acteurs : Carole Lombard, Fred MacMurray, Ralph Bellamy, Astrid Allwyn, Ruth Donnelly, Marie Prevost…

Scénario : Norman Krasna, Vincent Lawrence & Herbert Fields, d’après une nouvelle de Viña Delmar

Photographie : Ted Tetzlaff

Musique : Friedrich Hollaender, John Leipold & Heinz Roemheld

Durée : 1h20

Année de sortie : 1935

LE FILM

Regi Allen, manucure dans un grand hôtel, est fermement décidée à faire un mariage d’argent. Elle est persuadée que son voeu est exaucé quand Theodore Drew III l’invite à dîner. Cependant, elle ignore que son prince charmant est ruiné et n’aspire qu’à épouser l’héritière du roi des ananas.

La sortie en Blu-ray de Jeux de mainsHands Across the Table nous permet de parler aujourd’hui du réalisateur Mitchell Leisen (1898-1972), à la base chef costumier pour des cinéastes de renom (Cecil B. DeMille, Allan Dwan, Ernest Lubitsch, Raoul Walsh) dans les années 1920-30, mais aussi chef décorateur en parallèle pour les mêmes metteurs en scène. Homme de goût (il ne saurait en être autrement en voyant son C.V.), Mitchell Leisen passe lui-même derrière la caméra dès 1933, pour le compte de la Paramount Pictures. À raison de deux, voire trois films tournés la même année, le nouveau réalisateur dirige les stars et les vedettes du moment, de Sylvia Sidney à Fredric March, en passant par Victor McLaglen. Dès 1935, le succès arrive avec Jeux de mains, conçu pour Carole Lombard, sous contrat avec le studio depuis le début de la décennie. Ainsi, après le grand succès rencontré par Train de luxeTwentieth Century d’Howard Hawks, la comédienne tient le haut de l’affiche de Hands Across the Table, adaptation d’une nouvelle de Vina Delmar (Cette sacrée vérité et Place aux jeunes, qui seront transposés par Leo McCarey) et produit par E. Lloyd Sheldon (Les Carrefours de la ville, L’École de la beauté) et Henry Herzbrun (Annie du Klondike, Peter Ibbetson). Devenu un grand classique de l’autre côté de l’Atlantique, Jeux de mains repose sur le charme dévastateur de Carole Lombard, magnifiquement photographiée par Ted Tetzlaff (Les Enchaînés), en parfaite alchimie avec son partenaire, le légendaire Fred MacMurray, alors au tout début de sa carrière, quand bien même Cary Grant avait été envisagé. Après avoir décroché un contrat de figurant chez Paramount en 1934, il ne tarde pas à crever l’écran, puisque dès l’année suivante, Aller et RetourThe Gilded Lily de Wesley Rugglesest un hit au box-office. Comme avec Claudette Colbert, avec laquelle il tournera à sept reprises, Fred MacMurray forme un couple explosif avec Carole Lombard dans Jeux de mains. C’est le début d’une grande aventure également entre l’acteur et le cinéaste, qui collaboreront à neuf reprises de 1935 à 1947. Mais pour l’heure, Hands Across the Table est une merveilleuse comédie romantique burlesque, modèle virtuose de screwball comedy, intemporelle et qui remplit encore de joie 90 ans plus tard.

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Test Blu-ray / Dossier 137, réalisé par Dominik Moll

DOSSIER 137 réalisé par Dominik Moll, disponible en DVD & Blu-ray le 25 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Léa Drucker, Guslagie Malanda, Mathilde Roehrich, Jonathan Turnbull, Stanislas Merhar, Pascal Sangla, Claire Bodson, Julien Lilti…

Scénario : Gilles Marchand & Dominik Moll

Photographie : Patrick Ghiringhelli

Musique : Olivier Marguerit

Durée : 1h51

Année de sortie : 2025

LE FILM

Le dossier 137 est en apparence une affaire de plus pour Stéphanie, enquêtrice à l’IGPN, la police des polices. Une manifestation tendue, un jeune homme blessé par un tir de LBD, des circonstances à éclaircir pour établir une responsabilité… Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie, pour qui le dossier 137 devient autre chose qu’un simple numéro.

Trois ans après le triomphe remporté par La Nuit du 12, 550.000 entrées et sept César, dont celui du meilleur film, Dominik Moll fait son retour et continue dans la même veine, à savoir celle du polar réaliste, mais non dépourvu de romanesque. La PJ de Grenoble est cette fois remplacée par l’Inspection Générale de la Police Nationale et l’immersion est totale. Dominik Moll coécrit là encore le scénario avec l’excellent Gilles Marchand (lui-même solide metteur en scène de Qui a tué Bambi ?, L’Autre monde et Dans la forêt) et les deux hommes, pour leur sixième collaboration, atteignent les sommets. Dossier 137 est un thriller passionnant, hypnotique, qui emporte le spectateur dans un monde peu aimable, ou plutôt peu aimé, car considéré comme « traître », celui des Boeuf-carottes (« Parce que quand ils t’attrapent, ils te laissent mitonner à p’tit feu » expliquait René dans Les Ripoux), qui se retrouvent face à leurs collègues, pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer au cours d’une action qui a mal tourné. Le problème, c’est que malgré les preuves en vidéo, qui accablent, chacun détient sa vérité, son point de vue, d’autant plus que les accusés étaient sur le terrain et avaient un angle, des arguments, le devoir d’agir. Dossier 137, au-delà d’être un extraordinaire exercice de style, c’est aussi un écrin pour une comédienne exceptionnelle, qui depuis dix ans avec Jusqu’à la garde de Xavier Legrand, s’est métamorphosée, comme si ce rôle lui avait permis de réaliser sa chrysalide. Ainsi, sept années après ce chef d’oeuvre instantané, Léa Drucker devait être à nouveau récompensée par le César de la meilleure actrice pour Dossier 137. Son discours, l’un des plus beaux de cette cérémonie, résume tout « En tournant ce film, j’ai pu comprendre de façon plus intime ce qui se joue dans cette zone de tension entre l’institution policière et les citoyens. Et à la difficulté du maintien de l’ordre. La vérité qui est parfois étouffée, et surtout la négation du statut des victimes. Nous sommes dans une période où la vérité est malmenée, où elle est abîmée. Très fragilisée. Où la profusion d’images et d’informations ne nous permettent pas toujours d’y voir clair. Je réalise plus que jamais combien le cinéma et les films nous offrent une respiration nécessaire, un temps pour vivre l’expérience de l’intérieur, pour adopter le point de vue de l’autre. Où la complexité peut exister, et où les nuances et les paradoxes nourrissent notre intelligence humaine et collective ». Dossier 137 ne juge pas, il montre, il écoute, donne à réfléchir, prend le temps de disséquer les rapports humains, le dialogue, ou l’incommunicabilité. Tout cela en deux heures, 120 minutes de grand spectacle, car Dossier 137 est aussi et avant tout – cela a souvent été oublié à sa sortie – un divertissement. Un film d’auteur, une attraction, un documentaire, un mélodrame, une étude sociologique, politique. C’est somptueux.

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Test Blu-ray / La Femme la plus riche du monde, réalisé par Thierry Klifa

LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE réalisé par Thierry Klifa, disponible en DVD, Blu-ray & 4K UHD le 12 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Isabelle Huppert, Marina Foïs, Laurent Lafitte, Raphaël Personnaz, André Marcon, Mathieu Demy, Micha Lescot, Joseph Olivennes…

Scénario : Thierry Klifa, Cédric Anger & Jacques Fieschi

Photographie : Hichame Alaouie

Musique : Alex Beaupain

Durée : 2h02

Année de sortie : 2025

LE FILM

La femme la plus riche du monde : sa beauté, son intelligence, son pouvoir. Un écrivain photographe : son ambition, son insolence, sa folie. Le coup de foudre qui les emporte. Une héritière méfiante qui se bat pour être aimée. Un majordome aux aguets qui en sait plus qu’il ne dit. Des secrets de famille Des donations astronomiques. Une guerre où tous les coups sont permis.

En guise d’introduction, un panneau annonce « Ce film est une œuvre de création très librement inspirée de faits réels. Par respect de la vie privée, de la mémoire des morts et de la réputation des vivants, les auteurs tiennent à préciser qu’à leur vision subjective d’évènements rapportés se mêlent des éléments de pure fiction issus de leur imagination. L’intimité des personnages, leurs échanges et confidences sont inventés ». Et cela fait un bien fou. Porté par une critique élogieuse et un beau succès dans les salles (le million d’entrées n’est pas passé loin), La Femme la plus riche du monde a valu à Laurent Lafitte la récompense suprême, le César du meilleur acteur. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la compression lui revenait de droit cette année, quand bien même Benjamin Voisin était tout aussi exceptionnel dans le rôle de Meursault dans L’Étranger, tout comme Pio Marmaï dans L’Attachement. Mais c’était l’heure pour Laurent Lafitte, qui crève, pulvérise l’écran dans La Femme la plus riche du monde, sixième long-métrage de Thierry Klifa, ancien journaliste au magazine Studio de 1991 à 2002, qui n’avait pas été à pareille fête depuis son premier film (Une vie à t’attendre, 2004) et qui s’est refait une belle santé après le bide atomique des Rois de la piste en 2024. Présenté hors compétition au Festival de Cannes en 2025, La Femme la plus riche du monde s’inspire évidemment de l’affaire Banier-Bettencourt, conflit juridique opposant Françoise Bettencourt-Meyers, fille de Liliane Bettencourt, au photographe François-Marie Banier, aboutissant à la condamnation de ce dernier, ainsi que de son compagnon, Martin d’Orgeval, et de Pascal Wilhelm, avocat, pour abus de faiblesse. Parallèlement au documentaire en trois épisodes diffusé sur Netflix, L’Affaire Bettencourt : Scandale chez la femme la plus riche du monde, carton plein sur la plateforme au N majuscule ayant rameuté plus de quatre millions d’abonnés, Thierry Klifa et ses coscénaristes Cédric Anger (L’Homme qu’on aimait trop, La Prochaine fois je viserai le coeur, Le Petit Lieutenant) et Jacques Fieschi (Illusions perdues, Un balcon sur la mer, L’Adversaire) donnent leur vision sur ce fait divers. Drôle, hilarant même parfois, pathétique, cynique, ironique, La Femme la plus riche du monde joue et jongle avec les ruptures de ton, les genres, l’empathie aussi et malmène les spectateurs…qui en redemandent. Car LFLPRDM (ça va plus vite) n’est pas un film gentil. Les personnages se dévoilent petit à petit dans leur (immense) complexité, tentent de maîtriser leurs pulsions, leurs fêlures, leurs ambitions…Thierry Klifa met à jour un monde insoupçonné de freaks, où chacun essaye de vivre avec le monstre qu’il s’est créé. À ce titre, la prestation d’Isabelle Huppert est peut-être celle qui réserve le moins de surprises et peu d’éléments démarquent ce rôle de certains qu’elle a interprété, surtout depuis une vingtaine d’années. En revanche, c’est la fête pour le reste de la distribution, qui mérite tous les honneurs. Assurément l’un des grands films français de l’année 2025.

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Test Blu-ray / She’s So Lovely, réalisé par Nick Cassavetes

SHE’S SO LOVELY réalisé par Nick Cassavetes, disponible en DVD & Blu-ray le 11 mars 2026 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Sean Penn, Robin Wright, John Travolta, Harry Dean Stanton, James Gandolfini, Susan Traylor, Debi Mazar, Bobby Cooper…

Scénario : John Cassavetes

Photographie : Thierry Arbogast

Musique : Joseph Vitarelli

Durée : 1h40

Date de diffusion initiale : 1997

LE FILM

Quand Maureen, enceinte, se fait violenter par un voisin, Eddie son mari réagit avec violence. À tel point qu’il se fait enfermer dans un hôpital psychiatrique. Il en sort dix ans après. Mais Maureen a refait sa vie, la fille qu’elle a eue d’Eddie a maintenant neuf ans et elle en a deux autres avec son nouveau mari, Joy. L’amour d’Eddie, toujours aussi fort, toujours aussi fou, va bouleverser la vie de Maureen.

John Cassavetes meurt en février 1989 à l’âge de 59 ans, des suites d’une cirrhose. Il avait alors pour projet de diriger Sean Penn, pour lequel il avait écrit She’s So Lovely. Le projet est finalement repris en main, sous l’impulsion de Gérard Depardieu, ami proche de la famille Cassavetes, qui décide de produire le film avec René Cleitman pour le compte d’Hachette, en partenariat avec les frères Weinstein, tandis que Sean Penn se joint aussi au financement. Notre Gégé national parvient aussi à convaincre son pote John Travolta, non seulement de participer à la production, mais aussi de tenir également le haut de l’affiche, en baissant son cachet à un million de dollars, l’acteur revenu bankable depuis Pulp Fiction de Quentin Tarantino. Ainsi, entre les deux opus de John Woo, Broken Arrow et Volte-Face – Face-Off, le comédien prouve qu’on peut aussi le trouver tout aussi convaincant dans le cinéma d’auteur. À la barre, Nick Cassavetes (né en 1959), fils de John et donc de Gena Rowlands, reprend le flambeau, même si Sean Penn avait lui-même envisagé de repasser derrière la caméra pour ce film. Acteur à ses heures, Nick Cassavetes passe à la mise en scène en 1996 avec l’intéressant Décroche les étoiles Unhook the Stars, dans lequel Marisa Tomei donne la réplique à…Gena Rowlands et Gérard Depardieu. Un petit monde. Avec She’s So Lovely, Nick Cassavetes passe à l’échelon supérieur et le film est accueilli en grandes pompes dans tous les festivals, quand bien même la critique ne peut s’empêcher de comparer le talent du fils à celui de son légendaire père. Sean Penn, à qui revient le rôle principal comme le désirait John Cassavetes avant son décès, se voit récompenser par le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes. Si rétrospectivement Kevin Spacey, Russell Crowe et Guy Pearce auraient mérité un prix collectif pour L.A. Confidential de Curtis Hanson, tout comme Kevin Kline pour son intense interprétation dans Ice Storm d’Ang Lee, Sean Penn ne démérite évidemment pas. Mais étrangement (ou pas), son personnage demeure particulièrement antipathique, tout comme celui tenu par Robin Wright (alors Penn) et finalement John Travolta vole la vedette dans la peau de ce brave type, qui ne demandait rien et qui se voit non seulement voler sa compagne, mais aussi la mère de ses enfants. Revoir She’s So Lovely trente ans après sa sortie permet de réhabiliter la prestation de l’ami John, à qui l’on aurait bien décerné aussi un prix d’interprétation.

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Test Blu-ray / L’Esclave, réalisé par Radley Metzger

L’ESCLAVE (The Image) réalisé par Radley Metzger, disponible en DVD & Blu-ray le 11 février 2026 chez LCJ Editions & Productions.

Acteurs : Mary Mendum, Carl Parker, Marilyn Roberts, Valerie Marron, Michelle Vence, Estelle McNalley, Nicole Rochambeau…

Scénario : Radley Metzger, d’après le roman L’Image de Catherine Robbe-Grillet

Photographie : Robert Lefebvre

Musique : George Craig

Durée : 1h31

Date de diffusion initiale : 1975

LE FILM

Lors d’une soirée mondaine Jean rencontre Claire, une vieille amie qu’il n’avait pas vue depuis longtemps. Elle est accompagnée d’une belle et jeune femme, Anne, qui ne dit mot, lui obéit au doigt et à l’oeil et qui fait forte impression à Jean. Rapidement Jean va être impliqué dans la relation de domination/soumission qui lie les deux femmes.

Il est parfois bon de se rincer l’oeil. Et quoi de mieux que de se replonger dans le cinéma érotico-porno des années 1970. L’Esclave ou The Image en version originale, connu aussi sous les titres The Punishment of Anne ou The Mistress and the Slave est réalisé par Radley Metzger (1929-2017). Si ce nom ne vous dit rien ou pas grand-chose, nous avions déjà parlé d’un de ses opus les plus célèbres, Le Chat et le canariThe Cat and the Canary (1978), sorti chez Rimini dans sa collection Angoisse. Cette adaptation d’une pièce de théâtre de John Willard, étrange, mais passionnant mélangeait les genres, en combinant à la fois le film d’horreur (plusieurs meurtres y sont commis), l’enquête policière (un assassin se cache dans une demeure) et le whodunit (le meurtrier en question est peut-être dissimulé parmi les personnages principaux). L’Esclave est la transposition de L’Image (éditions de Minuit, 1956) de Catherine Robbe-Grillet, femme de lettres, à ses heures actrice chez son conjoint Alain Robbe-Grillet, connue pour son œuvre abordant frontalement le sujet du BDSM et également comme maîtresse de cérémonie sadomasochiste. Il faut bien arrondir ses fins de mois. Publié sous le pseudonyme de Jean de Berg, L’Image connaît de sérieux problèmes avec la censure, au point d’être refusé à deux reprises. L’ouvrage détonne dans la France de René Coty. 1969, année érotique. 1974, Emmanuelle de Just Jaeckin sort au cinéma. 9 millions d’entrées en France, 4 millions en Allemagne, 3,7 millions en Espagne. Les producteurs s’engouffrent dans la brèche. Sans métaphore. 1975, Radley Metzger met en scène L’Esclave et respecte le roman original en situant son action à Paris. À la production, un certain Max Pécas via sa société Les Films du Griffon, qui avait déjà à son actif Club privé, Sexuellement vôtre, Je suis frigide…pourquoi ?, Les Liaisons particulières…Sa griffe est indéniable dans L’Esclave, où on y retrouve cette esthétique ouatée du film érotique ou film « de charme ». Mais il s’agit en fait d’un deal entre Max Pécas et Radley Metzger, puisque le second assurait en réalité la distribution des films du premier sur le sol américain. Beau à regarder, The Image est le formidable représentant d’un genre éculé, aujourd’hui décrié par les plus « sensibles », qui ravit pourtant les sens, notamment par son esthétique léchée. Non, nous ne ferons pas de jeux de mots.

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Test Blu-ray / Les Mauvais coups, réalisé par François Leterrier

LES MAUVAIS COUPS réalisé par François Leterrier, disponible en Édition limitée Blu-ray & DVD le 25 mars 2026 chez Pathé.

Acteurs : Simone Signoret, Reginald Kernan, Alexandra Stewart, Marcello Pagliero, Serge Rousseau, Nicole Chollet, Marcelle Ranson-Hervé, José Luis de Vilallonga…

Scénario : François Leterrier & Roger Vailland, d’après le roman Les Mauvais coups de Roger Vailland

Photographie : Jean Badal

Musique : Maurice Leroux

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Milan et Roberte sont mariés depuis dix ans. Depuis que Milan s’est retiré de la course automobile suite au décès de son meilleur ami, rien ne va plus entre eux. Roberte se noie dans l’alcool pendant qu’il va chasser dans la campagne bourguignonne. Dans le village, l’arrivée d’une jeune et jolie institutrice, Hélène, va mettre à bas leur couple.

Célèbre pour ses comédies sorties dans les années 1980, Je vais craquer, Les Babas-cool, Le garde du corps et Tranches de vie, le réalisateur François Leterrier (1929-2020), mythique Lieutenant Fontaine pour Robert Bresson dans Un condamné à mort s’est échappé, ancien assistant de Louis Malle (sur Ascenseur pour l’échafaud et Les Amants), mais aussi de Marc et Yves Allégret, fait ses débuts derrière la caméra dès 1961 avec Les Mauvais coups. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette adaptation du second roman éponyme de Roger Vailland, publié en 1948, s’avère loin des gaudrioles auxquelles il nous habituera plus tard. Ce drame foncièrement sombre et pessimiste est un projet ambitieux pour Simone Signoret, tout juste auréolée du triomphe international des Chemins de la haute villeRoom at the Top de Jack Clayton, qui a valu le National Board of Review, l’Oscar, le BAFTA et le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes. Adua et ses compagnes d’Antonio Pietrangeli n’a pas connu le succès espéré et la comédienne espère bien se refaire en revenant tourner en France, ce qu’elle n’avait pas fait réellement depuis Les Diaboliques en 1955, puisque les prises de vue des Sorcières de Salem de Raymond Rouleau avaient été principalement réalisées en Allemagne. Loin d’être un projet accessible, Les Mauvais coups est la transposition du livre de Roger Vailland, imprégné du vécu de son auteur et plus principalement de sa rupture brutale et violente avec sa première femme Andrée Blayette. Il ne faut assurément pas visionner Les Mauvais coups si l’on est en bad mood, car l’ambiance y est mortifère et pesante, l’humour totalement absent et l’issue tragique inévitable. Simone Signoret règne sur la distribution, même si la jeune et débutante Alexandra Stewart tire son épingle du jeu par sa beauté froide et mystérieuse, qui illumine cette campagne pluvieuse et boueuse. Il s’agit d’une véritable (re)découverte, d’autant plus que le film a nous semble-t-il été très peu diffusé à la télévision.

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Test Blu-ray / The Chronology of Water, réalisé par Kristen Stewart

THE CHRONOLOGY OF WATER réalisé par Kristen Stewart, disponible en DVD & Blu-ray le 3 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Imogen Poots, Thora Birch, James Belushi, Tom Sturridge, Charlie Carrick, Michael Epp, Earl Cave, Jeremy Ang Jones…

Scénario : Kristen Stewart & Andy Mingo, d’après le roman autobiographique « La Mécanique des fluides » (« The Chronology of Water : A Memoir ») de Lidia Yuknavitch

Photographie : Corey C. Waters

Musique : Paris Hurley

Durée : 2h08

Année de sortie : 2025

LE FILM

Ayant grandi dans un environnement ravagé par la violence et l’alcool, la jeune Lidia peine à trouver sa voie. Elle parvient à fuir sa famille et entre à l’université, où elle trouve refuge dans la littérature. Peu à peu, les mots lui offrent une liberté inattendue…

Il fallait bien que ça arrive un jour…On sentait que ça la démangeait d’ailleurs. Kristen Stewart passe derrière la caméra pour réaliser son premier long-métrage. Après quelques clips et divers courts, elle se lance définitivement avec The Chronology of Water, adaptation du livre autobiographique La Mécanique des fluides de Lidia Yuknavitch. Si l’on ne doute pas un seul instant du caractère personnel de ce coup d’essai, force est d’admettre que ce film compile tous les clichés, toutes les tares, tous les poncifs du cinéma indépendant américain. Kristen Stewart a déjà traversé un quart de siècle de cinéma et pioche un peu chez tout le beau monde qu’elle a pu côtoyer. Malheureusement, The Chronology of Water s’avère au final un gloubi-boulga indigeste, qui fait penser à du sous Terrence Malick, plus dans la période soporifique du bonhomme (À la merveille, Knight of Cups) que dans la première partie de la carrière du bonhomme. En partant d’un roman jugé à la base inadaptable, Kristen Stewart se prend les pieds dans le tapis, livre un manifeste bourré de tics formels que l’on croirait provenir d’une exposition vidéo arty destinée aux bobos du Marais. Il faut véritablement s’armer de patience (euphémisme) pour aller au bout de cette exténuante entreprise (d’autant plus que cela dure plus de deux heures) et même l’interprétation pourtant habitée de l’excellente Imogen Poots (même si on a du mal à croire que la donzelle a 17 ans au début du film) tape rapidement sur le système. Faussement punk et rebelle, Kristen Stewart, bien intégrée dans l’industrie du septième art, livre un caillou – et non pas un pavé – dans la mare et se révèle par exemple à mille lieues du Livre de Jérémie d’Asia Argento, auquel on pense souvent. Il s’agit ni plus ni moins de cinéma aseptisé, qui voudrait s’affranchir des conventions et parler d’un sujet grave, mais qui anéantit son message par trop de manières éculées, risibles et surtout insupportables à visionner.

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