Test Blu-ray / 30 minutes de sursis, réalisé par Sydney Pollack

30 MINUTES DE SURSIS (The Slender Thread) réalisé par Sydney Pollack, disponible en DVD & Blu-ray le 7 avril 2026 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Sidney Poitier, Anne Bancroft, Telly Savalas, Steven Hill, Edward Asner, Paul Newlan, H. M. Wynant, Robert F. Hoy, Greg Jarvis…

Scénario : Stirling Silliphant, d’après un article de Shana Alexander

Photographie : Loyal Griggs

Musique : Quincy Jones

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Étudiant en psychologie, Alan est bénévole dans un centre d’appels d’urgence. Ce jour-là, au bout du fil, il y a Inga, une femme désespérée qui vient de prendre une dose mortelle de comprimés et souhaite parler à quelqu’un avant de mourir. Aidé d’un psychiatre et d’un inspecteur de police, Alan n’a que peu de temps pour localiser et sauver sa correspondante.

Sydney Pollack (1934-2008) doit en quelque sorte les débuts de sa carrière à Burt Lancaster (1913-1994). Ce dernier, ayant décelé le potentiel chez ce jeune réalisateur en herbe lors du tournage du Temps du châtiment de John Frankenheimer (1961), sur lequel Pollack travaillait en tant qu’assistant, l’a encouragé et a recommandé son talent à plusieurs personnes influentes des studios. Son apprentissage débute principalement à la télévision, où il enregistre de nombreux épisodes de diverses séries (Bob Hope Presents the Chrysler Theatre, Haute tension, Ben Casey, The Law and Mr. Jones, Shotgun Slade). Il signe son premier long-métrage en 1965, 30 minutes de sursisThe Slender Thread. Le film s’inspire d’un article de Shana Alexander, « Decision to Die », paru dans le magazine Life et relatant un fait réel. Devant le caractère insolite de ce reportage, la Paramount Pictures avait très vite acquis les droits d’adaptation. Le scénario est écrit par le légendaire Stirling Silliphant (Poursuites dans la nuit – Nightfall de Jacques Tourneur, The Lineup de Don Siegel, Le Village des damnés Village of the Damned de Wolf Rilla). Initialement conçu comme un synopsis de 100 pages pour la Metro-Goldwyn-Mayer, le projet fut refusé par le studio en raison de divergences artistiques. Le président de la production chez Paramount, Howard W. Koch, acquit alors le synopsis et décide de confier le premier rôle à Sidney Poitier (1927-2022). L’acteur auréolé par l’Ours d’argent du meilleur acteur pour La Chaîne The Defiant Ones à la Berlinale de 1958, par le BAFTA du meilleur acteur étranger pour le même film, mais aussi par un autre Ours d’argent pour Le Lys des champs- Lilies of the Field de Ralph Nelson, et enfin par le Golden Globe et l’Oscar du meilleur acteur a le vent en poupe, avec tout ce que cela représente également pour les droits civiques. Ils sont nombreux les réalisateurs à vouloir faire tourner Sidney Poitier et ce même avant que celui-ci soit recouvert de prix. Se sont ainsi succédé Joseph L. Mankiewicz, Budd Boetticher, Richard Brooks, Martin Ritt, Raoul Walsh, Otto Preminger, Jack Cardiff…Pour un début de C.V., il y a pire…Contrairement à la plupart de ses précédents personnages, où la couleur de sa peau était souvent évoquée, rien de tout cela dans 30 minutes de sursis. Il incarne ici un étudiant, intelligent, sensible, qui ne subit aucune remarque raciste, surtout que son interlocutrice principale ne sait rien de son identité. À travers ce personnage, Sydney Pollack et Stirling Silliphant font évidemment passer le message qu’Alan est mis sur un pied d’égalité, sans distinction. Brillant, remarquable exercice de style, The Slender Thread prend aux tripes du début à la fin, ne laisse aucun moment de répit, ni aux protagonistes, ni aux spectateurs, à travers une intrigue menée quasiment en temps réel. Le réalisateur montre ce qu’il a dans le ventre et ce dès l’extraordinaire ouverture, qui dévoile Seattle vue du ciel, la caméra se rapprochant petit à petit du sol, pour se focaliser sur une femme, dont le regard semble perdu. Nous apprendrons qui est cette personne un peu plus tard, par le biais d’une conversation téléphonique et via quelques flashbacks…Alors, amis cinéphiles, arrêtez tout et ruez-vous sur ce coup d’essai et véritable coup de maître signé par l’un des cinéastes les plus importants des années 1970-80 !

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Test Blu-ray / L’Auberge du pêché, réalisé par Jean de Marguenat

L’AUBERGE DU PÊCHÉ réalisé par Jean de Marguenat, disponible en Edition limitée Blu-ray & DVD le 25 mars 2026 chez Pathé.

Acteurs : Ginette Leclerc, Jean-Pierre Kerien, Édouard Delmont, Jean Parédès, André Valmy, Alice Tissot, Christiane Barry, Michel Ardan…

Scénario : Charles de Grenier, d’après le roman Café noir de Georges André-Cuel

Photographie : Charles Bauer

Musique : Henri Verdun

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1950

LE FILM

Gilberte, serveuse dans une auberge, rêve d’une autre vie. Alors quand un mystérieux voyageur lui confie un sac de billets de banque avant d’être assassiné, elle n’hésite pas à cacher son butin. Mais le danger se rapproche et Briquet, un inspecteur en vacances, décide d’enquêter sur l’affaire…

Voilà typiquement le genre de film dont on ne savait absolument rien, ou presque, avant de le découvrir. Trouver des informations, des photographies et même l’affiche s’est même avéré difficile. Nous nous retrouvons donc devant L’Auberge du pêché, ultime long-métrage de Jean de Marguenat (1893-1956), réalisateur aujourd’hui complètement oublié et dont deux films seulement étaient jusqu’à présent proposés en DVD ! Si l’on plonge un peu plus dans sa carrière, on découvre que ses plus grands succès sont liés – entre autres – à la présence de Noël-Noël, qui incarne le personnage d’Ademaï dans deux courts et un long-métrage mis en scène par Jean de Marguenat. Ce dernier dirigera les plus grands acteurs français des années 1930-40, Michel Simon, Suzy Vernon, Tino Rossi, Pierre Richard-Willm, Fernand Charpin, François Périer, Pierre Larquey, Fernand Ledoux, Jeanne Fusier-Gir, ils sont tous passés devant sa caméra. Dans L’Auberge du pêché, le cinéaste retrouve la superbe Brigitte Leclerc, sept ans après La Grande Marnière, et lui offre un double-rôle étonnant, puisque la comédienne interprète ici deux sœurs au caractère et au look diamétralement opposés. L’Auberge du pêché est l’adaptation du roman Café noir de Georges-André Cuel, publié en 1947, d’après un scénario de Charles de Grenier (également producteur). Que de noms méconnus, pour ne pas dire inconnus. Nous sommes ici en plein polar rural, qui fait penser à l’ambiance de certains livres de Georges Simenon. D’ailleurs, le policier impeccablement interprété par Jean-Pierre Kérien (Muriel, ou le temps d’un retour d’Alain Resnais, Trapèze de Carol Reed), présent par hasard et « à titre privé » puisqu’en vacances, chapeau vissé sur la tête et canne à pèche à la main, n’est pas sans rappeler un certain Maigret, qui passe son temps à observer, mais qui n’en pense pas moins. L’intrigue fonctionne, même si l’intérêt tend à s’épuiser dans la dernière partie…Néanmoins, L’Auberge du pêché vaut le coup d’oeil pour le soin apporté à la mise en scène, pour sa solide direction d’acteurs, sa très belle photographie signée Charles Bauer et pour son traitement à la croisée du film noir américain et du néoréalisme italien. Une curiosité.

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Test Blu-ray / Siège, réalisé par Paul Donovan & Maura O’Connell

SIÈGE (Self-Defense) réalisé par Paul Donovan & Maura O’Connell, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livret – Édition limitée le 12 mars 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Tom Nardini, Brenda Bazinet, Daryl Haney, Terry-David Després, Jack Blum, Keith Knight, Doug Lennox, Jeff Pustil…

Scénario : Paul Donovan, d’après une histoire originale de Paul Vautour

Photographie : Les Kriszan

Musique : Peter Jermyn & Drew King

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

Lors d’une grève de la police, un groupuscule tente d’imposer de nouvelles règles aux habitants d’Halifax (Nouvelle-Écosse). Ils tentent d’effrayer des gays et des lesbiennes dans un bar, mais ils tuent accidentellement le propriétaire de l’établissement, et le leader du groupe décide d’exécuter tous les témoins du drame. Cependant un homme réussit à échapper à l’hécatombe et se réfugie dans un quartier résidentiel…

C’est l’histoire d’un petit film réalisé en deux semaines avec de l’huile de coude, du système D et de vraies armes. Siège ou Self Defense en version originale est coréalisé par le couple Paul Donovan et Maura O’Connell. Le point de départ est une véritable grève de la police – le film s’ouvre d’ailleurs sur les vraies images d’actualités de l’époque – survenue à Halifax en 1981, qui aura impliqué près de 200 agents et duré plus de cinquante jours. Il s’agissait de la première grève de la police de la ville. Suite à cet événement, les deux jeunes metteurs en scène et scénaristes imaginent, et ce bien avant la saga American Nightmare, ce qu’une ville pourrait devenir sans la présence des forces de l’ordre. Là-dessus, les deux réalisateurs s’inspirent visiblement d’AssautAssault on Precinct 13 (1976) de John Carpenter, et donc par extension de Rio Bravo de Howard Hawks, pour livrer un thriller urbain violent, radical, sec, épuré, brutal, maladroit aussi bien évidemment et ce en raison d’un budget qu’on imagine anémique, mais qui s’en sort haut la main. Siège est un vrai film d’exploitation, qui en a sous le capot, même si Paul Donovan ne confirmera jamais vraiment par la suite. Avec son unité de lieu (principalement un immeuble, deux appartements voisins), de temps (une nuit) et d’action (deux clans opposés), Siège parvient à retenir l’attention du spectateur durant 80 minutes et certaines scènes, notamment le premier acte se déroulant dans le bar gay, étonnent par leur dureté et leur sadisme, d’autant plus qu’il n’y a aucune tête connue dans cette distribution, ce qui ajoute un réalisme à l’entreprise. Si le rythme est sans doute un peu lent et que les dialogues laissent souvent à désirer, Siège n’a pas volé son statut de petit classique et même d’oeuvre culte auprès des aficionados de films de genre.

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Test Blu-ray / Les Rats de Manhattan, réalisé par Bruno Mattei & Claudio Fragasso

LES RATS DE MANHATTAN (Rats – Notte di terrore) réalisé par Bruno Mattei, disponible en Blu-ray chez Pulse Vidéo.

Acteurs : Ottaviano Dell’Acqua, Geretta Geretta, Massimo Vanni, Gianni Franco, Ann-Gisel Glass, Jean-Christophe Brétignière, Fausto Lombardi, Henry Luciani…

Scénario : Bruno Mattei, Claudio Fragasso & Hervé Piccini

Photographie : Franco Delli Colli

Musique : Luigi Ceccarelli

Durée : 1h37

Année de sortie : 1984

LE FILM

Deux cents ans après le lancement de la dernière bombe atomique, la planète n’est plus qu’un vaste champ de ruines. Guidé par la faim, un groupe de survivants s’est frayé un chemin vers la presqu’île de Manhattan. Cet ancien phare de la civilisation pourrait devenir leur ultime refuge. Mais ce qui les attend sur place dépasse l’entendement.

Quand on vous dit film d’horreur (ou pas d’ailleurs) avec des rats, vous pensez instantanément à Willard (1971) de Daniel Mann, sans doute moins à sa (minable) suite Ben (1972) de Phil Karlson, mais aussi aux très bons Soudain… les monstresThe Food of the Gods (1976) de Bert I. Gordon et Les Rats attaquentDeadly Eyes (1982) de Robert Clouse. Mais alors, pourquoi pas aux Rats de ManhattanRats – Notte di terrore de Bruno Mattei ??? Tout simplement parce qu’on ne peut pas dire que cette référence ultime du nanar n’a rien d’effrayant et que dans notre inconscient de cinéphile/age cet opus demeure une comédie involontaire. Par ailleurs, Les Rats de Manhattan doit moins à Bruno Mattei (t’as beau être crédité Vincent Dawn, on sait que c’est toi!) qu’au co-scénariste Claudio Fragasso, qui de l’avis quasi-unanime (l’actrice Geretta Geretta prétend le contraire, mais elle est bien la seule) a été beaucoup plus présent sur le plateau que le premier et qui est « responsable » de la direction d’acteurs. Si le résultat n’a jamais été fameux et ce même à sa sortie en 1984, les années n’ont pas arrangé les choses, c’est le moins qu’on puisse dire. Enfin, dans un certain sens. Puisque cette Notte di terrore demeure tout de même un divertissement qui met à mal les zygomatiques et reste un sommet du mauvais film (ultra) sympathique post-nuke (le film sera exploité en Allemagne sous le titre Les Guerriers du Bronx 3!), dans lequel les « comédiens » n’ont absolument rien à défendre et passent tout le film à crier face caméra, à (sur)réagir au moindre bruit suspect, les yeux écarquillés, en hyper-ventilation. Rien, absolument rien ne fonctionne dans Les Rats de Manhattan et c’est pour cela qu’on prend un plaisir (ceux qui disent « coupable » n’ont rien à faire là) immense à visionner ce film « d’épouvante » qui a en plus l’outrecuidance d’avoir été tourné en partie dans les mêmes décors qu’Il était une fois en AmériqueOnce Upon a Time in America de Sergio Leone ! Avouez que ce grand écart démembrerait même JCVD. Toujours est-il qu’on s’amuse follement à suivre les aventures de cette bande de bras cassés, plongés dans la pénombre durant 95 minutes (en dehors du générique, tout se déroule en pleine nuit), histoire de calfeutrer la misère des décors, des costumes et des accessoires…mais pas celle des coupes de cheveux, car même si le récit se déroule en l’an 225 « après la bombe », ce qui situe donc le film vers 2240, la nuque longue et la coupe choucroutée semblent être revenus à la mode…On en redemande !

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Test Blu-ray / The Shadow’s Edge, réalisé par Larry Yang

THE SHADOW’S EDGE (Bu Feng Zhui Ying) réalisé par Larry Yang, disponible en DVD & Blu-ray le 7 avril 2026 chez AB Vidéo.

Acteurs : Jackie Chan, Zhang Zifeng, Tony Leung Ka Fai, CiSha, Wen Junhui, Zhou Zhengjie, Wang Ziyi, Lang Yueting…

Scénario : Larry Yang

Photographie : Qian Tiantian

Musique : Nicolas Errèra

Durée : 2h22

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Un mystérieux mafieux et ses 7 fils adoptifs manipulent et ridiculisent la police en piratant le système de surveillance ultramoderne de la ville, dans le but de récupérer une fortune en crypto-monnaie. La police devenue impuissante doit faire appel à un ancien expert qui va s’associer avec une jeune policière à laquelle il est lié par un secret qu’elle ignore. Une partie d’échec commence alors, où les cerveaux et la loyauté seront mis à l’épreuve.

Avec The Shadow’s Edge, Jackie Chan ne s’attendait sûrement pas à connaître le plus grand succès de sa carrière depuis dix ans (Kung Fu Yoga de Stanley Tong). Deux ans après Ride On, dans lequel le comédien incarnait un ancien cascadeur vieillissant, rôle forcément très méta, il retrouve le réalisateur Larry Yang (né en 1981) pour un thriller high-tech, dans l’ère du temps, où la vieille garde aux méthodes dépassées se confronte à l’intelligence artificielle. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la légende en a encore sacrément sous le capot. S’il a désormais dépassé la barre des 70 ans, Jackie Chan n’est visiblement pas prêt à prendre sa retraite, même si le début du film tend à nous faire croire le contraire. D’ailleurs, ça part mal. Les premières vingt minutes, par son montage épileptique, ferait passer Michael Bay pour Belà Tarr. On ne pige quasiment rien à ce qui se déroule à l’écran avec un plan par seconde, des effets stroboscopiques, du jargon incompréhensible, une multitude de personnages, de l’IA, des poursuites, des numéros de quick-change à la Arturo Brachetti, des sauts en parachute tournés sur fond vert, un braquage…un gloubi-boulga indigeste et l’on se dit qu’on va finir à l’hosto dans pas longtemps si les 140 minutes du film se déroulent ainsi. Heureusement, il n’en est rien. Car une fois cette longue intro passée, The Shadow’s Edge met la pédale douce et prend enfin le temps d’installer les protagonistes. Jackie Chan n’apparaît qu’au bout d’une demi-heure et dans la peau d’un type qui promène une multitude de chiens. Mais il s’agit bien sûr d’une partie cachée de l’iceberg, car le sieur Chan va évidemment donner du pied, du poing et surtout merveilleusement interprété ce rôle de « dinosaure » quelque peu dépassé par le monde contemporain. Son personnage va être recruté un peu à la Steven Seagal dans Terrain miné. Comme lui, Wong est un « professeur », auquel l’armée fait appel pour entraîner les troupes quand elle monte une opération qui ne doit pas échouer, le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur un feu de camp, qui largué au Pôle Nord, sur la banquise avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dent débarquerait le lendemain après-midi au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de yuans. Ce type là est un professionnel. Il fallait bien ça pour mettre Jackie Chan en valeur et celui-ci ne déçoit pas. The Shadow’s Edge vaut aussi largement le déplacement pour sa confrontation – la troisième de leur carrière après Island of Fire (1990) et The Myth (2005) – avec une autre star emblématique, Tony Leung Ka-fai, un poil plus jeune que son partenaire, mais de pas grand-chose, qui crève l’écran dans le rôle de Fu Lung-sang dit « The Shadow », celui sur lequel les autorités tentent de mettre le grappin. On ne s’ennuie pas une seconde devant ce grand spectacle et ce malgré un rythme en dents de scie et qui aurait bien mérité d’être élagué d’une bonne demi-heure. Rien que pour le combat final entre les deux mythes, The Shadow’s Edge vaut le coup d’oeil.

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Test Blu-ray / T’as pas changé, réalisé par Jérôme Commandeur

T’AS PAS CHANGÉ, réalisé par Jérôme Commandeur, disponible en DVD & Blu-ray le 11 mars 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Laurent Lafitte, François Damiens, Vanessa Paradis, Jerôme Commandeur, Zineb Triki, Olivia Côte, Rufus, Catherine Allégret, Michaël Abiteboul, Delphine Baril, Catherine Hiegel…

Scénario : Jérôme Commandeur & Kévin Knepper

Photographie : Antoine Struyf

Musique : Maxime Desprez & Michaël Tordjman

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

D’anciens camarades décident, à la suite d’un décès d’un de leurs amis, de se retrouver avec les anciens du lycée. Mais les retrouvailles programmées vont réveiller des souvenirs pas forcément sympathiques. Les quatre potes, à un tournant de la vie, doivent se remettre en question…

Les films de potes est un genre à part entière. Surtout dans le cinéma français, même si ce n’est pas une spécificité. On peut citer en vrac Les Petits mouchoirs, Le Coeur des hommes, La Vérité si je mens, Les Copains, Quatre garçons pleins d’avenir, Vincent, François, Paul et les autres…, Husbands, Les Sous-Doués, Five, Play, Un éléphant ça trompe énormément (et sa suite bien sûr), Comme des frères, Mes meilleurs copains, Le Péril jeune, Comme t’y es belle, L’Aventure c’est l’aventure et bien d’autres, même si l’on parle ici uniquement d’un minimum de trois amis dans la bande. Il semblerait que l’inspiration de Jérôme Commandeur pour T’as pas changé provienne des Copains d’abord de Lawrence Kasdan et de Peter’s Friends de Kenneth Branagh. Sa troisième comédie comme scénariste, producteur, interprète et metteur en scène est cette fois encore une grande réussite. L’humoriste (on peut le dire, un des meilleurs en France) signe un film « générationnel », qui s’adresse en priorité à la tranche d’âge 40-50 ans, Jérôme Commandeur affichera d’ailleurs très prochainement un demi-siècle au compteur, carrefour existentiel emblématique, l’heure d’un premier bilan, avant de glisser (normalement) vers la maturité. T’as pas changé, titre qui fait évidemment référence à la chanson Place des Grands Hommes de Patrick Bruel est une savoureuse comédie, remplie de gags inspirés, de répliques tordantes, d’émotions aussi, car on ne saurait être un auteur comique sans être sensible, notamment à ce qui nous entoure. Qui plus est, le quatuor d’acteurs principaux est en parfaite osmose et Vanessa Paradis se distingue une fois de plus. Elle trouve l’un de ses meilleurs rôles et la scène de règlements de comptes sous l’emprise de l’alcool restera certainement culte dans sa filmographie. Toujours est-il que lorsque vous écoutez un tube de votre adolescence sur Nostalgie, c’est que la « routourne » a tourné et que vous êtes passés de l’autre côté, celui de vos parents…Certains ne s’en sont pas encore rendu compte et c’est de cela que parle T’as pas changé, à ne manquer sous aucun prétexte.

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Test Blu-ray / La Petite Dernière, réalisé par Hafsia Herzi

LA PETITE DERNIÈRE réalisé par Hafsia Herzi, disponible en DVD & Blu-ray le 19 février 2026 chez Ad Vitam.

Acteurs : Nadia Melliti, Park Ji-Min, Amina Ben Mohamed, Melissa Guers, Rita Benmannana, Razzak Ridha, Louis Memmi, Waniss Chaouki…

Scénario : Hafsia Herzi, d’après le roman de Fatima Daas

Photographie : Jérémie Attard

Musique : Amine Bouhafa

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Fatima, 17 ans, est la petite dernière. Elle vit en banlieue avec ses sœurs, dans une famille joyeuse et aimante. Bonne élève, elle intègre une fac de philosophie à Paris et découvre un tout nouveau monde. Alors que débute sa vie de jeune femme, elle s’émancipe de sa famille et ses traditions. Fatima se met alors à questionner son identité. Comment concilier sa foi avec ses désirs naissants ?

On avait été emballé par ses précédents longs-métrages comme réalisatrice, Tu mérites un amour et Bonne Mère, on est maintenant subjugué par son dernier film en date, La Petite Dernière. Hafsia Herzi atteint les sommets avec cette adaptation du roman éponyme et autobiographique écrit par Fatima Daas, publié en 2020, pourtant jugé peu transposable au cinéma. La metteuse en scène signe seule le scénario et repasse derrière la caméra. Le résultat dépasse toutes les espérances et s’avère à l’image d’Hafsia Herzi elle-même, fiévreux, sensuel, brut et hyper-sensible. Récompensé par la Queer Palm et le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 2025, mais aussi par le Prix Louis-Delluc, le César de la Meilleure révélation féminine et le Prix Lumières 2026 de la Révélation féminine, on peut dire que qu’Hafsia Herzi et Nadia Melliti ont fait le Grand Chelem avec La Petite Dernière ! Ou comment une œuvre dite de commande, puisqu’il s’agit au départ d’une idée des deux productrices Julie Billy (Vous n’aurez pas ma haine, Gagarine) et Naomi Denamur (Une amie désavouée), est devenue une œuvre personnelle, engagée, ambitieuse, audacieuse et qui s’inscrit finalement logiquement dans la filmographie de la réalisatrice. Il est fort à parier qu’Hafsia Herzi elle-même aurait joué le personnage de Fatima si La Petite Dernière était sorti il y a vingt ans. La comédienne révélée en 2007 par La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche, récemment récompensée par le César de la meilleure actrice pour Borgo, est définitivement l’une des plus belles et grandes chrysalides du cinéma français depuis très longtemps.

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Test Blu-ray / La Buraliste de Vallecas, réalisé par Eloy de la Iglesia

LA BURALISTE DE VALLECAS (La estanquera de Vallecas) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 mars 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Emma Penella, José Luis Gómez, José Luis Manzano, Maribel Verdú, Fernando Guillén, Jesús Puente, Antonio Gamero, Antonio Iranzo…

Scénario : José Luis Alonso de Santos, Gonzalo Goicoechea & Eloy de la Iglesia, d’après la pièce de théâtre de José Luis Alonso de Santos

Photographie : Manuel Rojas

Musique : Patxi Andión

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Leandro et Tocho, deux petits voyous sans envergure, et surtout sans expérience, pénètrent dans un bureau de tabac avec l’intention de braquer la caisse. Mme Justa, la gérante, et sa nièce Angeles, parviennent à déjouer les intentions des malfrats. Mais, pendant qu’à l’extérieur, la police – et les habitants du quartier – prépare l’assaut, une complicité inattendue naît entre les voyous et les « victimes ».

El Pico L’Enfer de la drogue et sa suite El Pico 2 ayant été de très grands succès, tout va pour le mieux pour le réalisateur Eloy de la Iglesia durant les années 1980. Cependant, il connaît un revers avec son adaptation de Le Tour d’écrou d’Henry James, intitulé Un autre tour d’écrou Otra vuelta de tuerca. Ce giallo ibérique dit d’épouvante déconcerte quelque peu les spectateurs, mais emballe malgré tout la critique, qui salue son originalité et son ambition. Le cinéaste parviendra à renouer avec les sommets du box-office espagnol deux ans plus tard, avec La Buraliste de VallecasLa estanquera de Vallecas, adaptation de la pièce de théâtre éponyme de José Luis Alonso de Santos. Quand on découvre ce quasi-huis clos, dont l’action se déroule entre le bureau de tabac du titre et la place ensoleillée sur laquelle il se trouve, on ne peut s’empêcher de penser étrangement à deux autres titres d’un autre de la Iglesia (même si les deux auteurs n’ont aucun lien), Álex de son prénom bien sûr : Un jour de chance La chispa de la Vida (2011) et Pris au piège El bar (2017), le premier étant une relecture du Gouffre aux chimèresAce in the Hole (1951) de Billy Wilder , le second se focalisant sur une poignée de personnages disparates, enfermés dans un bar après que celui-ci ait été la cible d’un sniper. Ainsi, bien avant ces deux longs-métrages, Eloy de la Iglesia traitait exactement des mêmes thèmes. Car La Buraliste de Vallecas est certes une comédie, mais c’est aussi un film qui a évidemment des choses à dire sur l’Espagne. Pas étonnant que le film ait rencontré un immense succès dans son pays. Bourré d’humour noir, La estanquera de Vallecas est une comédie brutale, cinglante et grinçante doublée d’une satire politique portant sur le pouvoir médiatique où chaque protagoniste, politicien, policier y voit l’occasion de briller et de servir son intérêt personnel devant la caméra des charognards. Avec sa virtuosité coutumière (malgré un espace confiné) et un montage alerte, Eloy de la Iglesia signe un film extrêmement attachant, virulent, émouvant, drôle, qui rappelle souvent la comédie italienne. Merveilleux directeur d’acteurs, il offre à son quatuor principal de fabuleux numéros et l’on se souviendra longtemps de la confrontation et de l’étrange relation qui s’installe entre leurs personnages. Film culte par excellence, La Buraliste de Vallecas est un vrai bijou d’orfèvre et espérons que sa sortie inespérée en Haute-Définition chez Artus Films contribue à faire de nouveaux adeptes.

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Test Blu-ray / Le Sud, réalisé par Victor Erice

LE SUD (El Sur) réalisé par Victor Erice, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Omero Antonutti, Sonsoles Aranguren, Icíar Bollaín, Lola Cardona, Rafaela Aparicio, Aurore Clément, Maria Caro, Francisco Merino, José Vivó, Germaine Montero…

Scénario : Victor Erice, d’après la nouvelle d’Adelaida García Morales

Photographie : José Luis Alcaine

Musique : Enrique Granados

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

1957, dans une petite ville du nord de l’Espagne. C’est l’histoire d’une relation forte entre un père, Agustín, et sa fille, Estrella. Un jour, cependant, leur complicité s’efface, Estrella découvrant que son père garde un vieux secret au fond de lui, au sujet d’une femme étrange…

Dix ans après L’Esprit de la ruche – El espíritu de la colmena, Victor Erice (né en 1940) revient avec Le SudEl Sur. L’action se déroule en Espagne dans les années 1950. Dans une maison, appelée « La Mouette » et située dans un village du Nord, vivent Agustín, médecin et sourcier, son épouse, institutrice révoquée de l’enseignement après la Guerre civile, et leur petite fille, Estrella. Le réalisateur adopte à nouveau le point de vue d’une enfant, fascinée et en adoration pour son père. Des sentiments malmenés quand celle-ci découvre que celui qui lui a donné la vie a aimé une autre femme qu’il a laissée dans son Sud natal. Ce film, adapté d’une nouvelle d’Adelaida García Morales, alors son épouse, demeure le plus méconnu de son auteur, qui reniera plus ou moins son second long-métrage, car le jugeant inachevé, étant donné qu’il l’avait conçu en deux parties, la deuxième ne parvenant pas à trouver de financements suffisants. Cette expérience éloignera Victor Erice du monde du cinéma pendant une nouvelle décennie. Pourtant, on serait tenté de dire que TOUT Victor Erice est dans El Sur, magistrale leçon de cinéma, film-somme et en même prolongement de sa mythique première œuvre. Si la petite héroïne de L’Esprit de la ruche, Ana, avait cinq ans, Estrella dans El Sur est aux portes de l’adolescence, carrefour existentiel où toutes les cartes sont redistribuées, où ce qu’on espérait ou rêvait se heurte aux portes de la rationalité. C’est aussi l’âge où l’on « étudie » plus sérieusement ceux qui nous ont donné la vie. Comme le chantait Michel Sardou dans Une fille aux yeux clairs, « Et j’avais oublié qu’avant d’être ma mère, Elle avait mis 30 ans… ». Cela s’applique à Estrella pour son père, qui se pose des questions légitimes, qui veut en savoir plus sur celui qui lui a donné le jour, qui veut savoir ce qu’il y a de si mystérieux dans le Sud de l’Espagne…Film puzzle qui renvoie à la pensée d’Estrella, que nous ne quitterons jamais, qui nous guide dans ses souvenirs, dans ses réflexions, dans ses sentiments, El Sur est un miracle comme seul le cinéma est capable de faire apparaître dans notre vie. Immense chef d’oeuvre, ce second long-métrage de Victor Erice a beau avoir été amputé de son troisième acte avant même qu’il puisse être réalisé, il n’en demeure pas moins l’un des plus beaux films au monde.

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Test Blu-ray / Personne n’a entendu crier, réalisé par Eloy de la Iglesia

PERSONNE N’A ENTENDU CRIER (Nadie oyó gritar) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 mars 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Carmen Sevilla, Vicente Parra, María Asquerino, Antonio Casas, Goyo Lebrero, Felipe Solano, Ramón Lillo, Antonio del Real, Tony Isbert…

Scénario : Antonio Fos, Gabriel Moreno Burgos & Eloy de la Iglesia

Photographie : Francisco Fraile

Musique : Fernando García Morcillo

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Elisa, une jolie escort girl de luxe vit seule dans son appartement d’un immeuble moderne, avec un couple comme seuls voisins. Un matin, elle voit par hasard le mari, Miguel, en train de traîner le corps de sa femme dans la cage d’ascenseur. L’assassin va alors l’obliger à l’aider pour faire disparaître le cadavre, la faisant ainsi passer du statut de témoin à celui de complice. Une relation trouble naît entre eux.

Nous nous sommes déjà penchés sur les films les plus célèbres du réalisateur Eloy de la Iglesia (1944-2006), Colegas, L’Enfer de la drogue El Pico, El Pico 2, Navajeros, Le Député et ce grâce au travail éditorial exceptionnel d’Artus Films. Quel plaisir de découvrir des œuvres dites de jeunesse, à l’instar de Personne n’a entendu crier Nadie oyó gritar (1973), son sixième long-métrage. Partagé entre le drame (Un goût amer, Le Ring) et le thriller (Le Plafond de verreEl techo de cristal), y compris le film d’horreur (La Semaine d’un assassinLa Semana del asasino), le cinéaste est cette fois encore influencé par le genre et lorgne du côté d’Alfred Hitchcock pour Personne n’a entendu crier. À cette occasion, il retrouve la magnifique Carmen Sevilla (1931-2023), qu’il avait déjà dirigé dans Le Plafond de verre. Longtemps considérée comme une actrice de seconde zone, qui ne devait son succès qu’à sa beauté et à son succès dans la chanson, ainsi que comme danseuse, la comédienne est pourtant superbe, inquiétante, déroutante et ambiguë dans cette histoire de cadavre encombrant. Elle est ici loin (euphémisme) des personnages qu’elle campait dans La Belle de Cadix, Andalousie et dans Violettes impériales aux côtés de Luis Mariano vingt ans auparavant ! Devenue un peu plus rare sur les écrans dans les années 1960, Carmen Sevilla revient en force au début de la décennie suivante, au point où Charlton Heston lui offre le rôle d’Octavia dans son Antoine et Cléopâtre en 1972. Mais c’est bel et bien Eloy de la Iglesia qui lui offre ses meilleurs rôles de composition. Dans Personne n’a entendu crier, elle campe une femme quelque peu obscure, qui vit sa vie comme escort, rejoignant un client fidèle à Londres, elle-même ayant une liaison avec un homme beaucoup plus jeune qu’elle, qu’elle entretient aussi. Jusqu’au jour où elle prend sur le fait son voisin, en train de se débarrasser du corps de sa femme dans la cage d’ascenseur de leur immeuble. Prise au piège, elle doit se plier aux exigences du meurtrier, qui lui demande de l’aider pour déplacer le cadavre…Entre les deux va s’installer un jeu du chat et de la souris…Eloy de la Iglesia signe un thriller quasi-inclassable, où se mêle une passion inattendue, une esthétique de roman photos qui contraste avec la violence et le sang qui parcourt les veines de ce « giallo ibérique » chaudement recommandé.

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