Test Blu-ray / Les Evadés, réalisé par Jean-Paul Le Chanois

LES ÉVADÉS réalisé par Jean-Paul Le Chanois, disponible en édition Digibook – Blu-ray + DVD + Livret le 4 septembre 2020 chez Coin de Mire Cinéma.

Acteurs : Pierre Fresnay, François Perier, Michel André, Sylvia Monfort, Jacques Marin, Luc Andrieux, Georgette Anys, Robert Rollis, Alain Bouvette, Albert Michel, Pierre Ferval, Max Tréjean, Jean Clarieux, Bernard Musson…

Scénario : Jean-Paul Le Chanois & Michel André, d’après l’histoire vécue par Michel André

Photographie : Marc Fossard

Musique : Joseph Kosma

Durée : 1h57

Date de sortie initiale : 1955

LE FILM

1943, Michel et François, deux prisonniers de guerre, s’évadent d’un camp allemand. En chemin, ils rencontrent Pierre, un lieutenant français dont le plan d’évasion a échoué. Une amitié naît entre ces trois hommes aux caractères très différents et qui exercent dans la vie des professions très dissemblables. Mais ils ont un objectif commun : gagner la Suède en traversant le nord de l’Allemagne et le Danemark.

Les films se déroulant durant la Seconde Guerre mondiale et racontant une histoire vraie ne sont pas rares. En revanche, les longs métrages écrits et surtout interprétés par ceux qui ont réellement vécu les événements le sont beaucoup plus. Les Evadés de Jean-Paul Le Chanois est un exemple. Sorti en mai 1955 et récompensé par le Grand Prix du cinéma français, le dixième film du réalisateur demeure étrangement méconnu et dissimulé entre deux des plus gros succès de sa carrière, Papa, maman, la Bonne et moi (1954) et sa suite Papa, maman, ma femme et moi (1955). Pourtant, Les Evadés a été un triomphe avec près de quatre millions d’entrées au cinéma. Il s’agit d’un drame de guerre sensationnel, un quasi-huis clos de près de deux heures dans lequel brillent l’immense Pierre Fresnay, le génial François Périer et Michel André, comédien aujourd’hui oublié et qui interprète ici son propre rôle puisqu’il s’agit ici de ses souvenirs de guerre. Plus célèbre pour avoir offert à Jean Gabin son plus grand succès au cinéma avec Les Misérables (1958), le cinéaste Jean-Paul Dreyfus, plus connu sous le nom de Jean-Paul Le Chanois (1909-1985), qui a fait le bonheur des cinéphiles à l’heure où les chaînes de télévision diffusaient encore ses grands classiques – également avec Gabin – comme Le Cas du docteur Laurent (1957), Monsieur (1964) et Le Jardinier d’Argenteuil (1966), signe l’un de ses plus films avec Les Evadés, qui mérite d’être réhabilité soixante-cinq ans après sa sortie.

Durant la Seconde Guerre mondiale, en 1943, deux prisonniers français, François et Michel, s’évadent du stalag B377 situé dans le nord de l’Allemagne près de la mer Baltique. Ils rencontrent un autre compatriote évadé, Pierre, qui a revêtu l’uniforme d’un officier allemand et se joint à eux. Leur objectif : gagner la Suède, territoire neutre. Pour y parvenir, ils devront faire une partie du chemin à pied puis emprunter un train à destination de la côte et, de là, trouver un moyen pour traverser la mer jusqu’aux rivages de Suède.

On n’est jamais tranquille dans ce métier de prisonnier…

L’action des Evadés se déroule principalement dans un wagon plombé, dans lequel nos trois protagonistes prennent place et se cachent au milieu des caisses. Un gros pari pour Jean-Paul Le Chanois puisque les personnages se retrouvent pour ainsi dire prisonniers dans leur refuge, car totalement dépendants des événements extérieurs. Le cinéaste regorge d’imagination pour filmer son décor exigu, dans lequel nos trois évadés discutent, s’affrontent, se soutiennent et espèrent. Après une formidable exposition qui plonge le spectateur dans le quotidien du camp Kommando B377, Stalag II-A (usine Heinkel à Neubrandenburg), d’où certains hommes tentent de s’enfuir par tous les moyens, certains en se déguisant en femme (avec l’aide de quelques travailleuses volontaires françaises ou belges situées à proximité) et où l’on croise Jacques Marin et Robert Rollis, le réalisateur réunit rapidement ses trois héros pour les immobiliser quasiment immédiatement dans le wagon supposé les emmener vers la liberté. Car c’était sans compter les alertes diverses, les bombardements proches, le manque d’air et surtout la pénurie d’eau.

Le robinet coule toujours et c’est le 14 juillet…

Les péripéties se succèdent dans ce wagon où l’on ressent constamment la tension qui prend les personnages à la gorge, la peur omniprésente, mais aussi l’amitié qui s’installe entre l’instituteur (Fresnay), l’employé de commerce (Périer) et l’artisan ébéniste (André), dont le but de l’évasion diffère, mais qui se retrouvent réunis et portés par un amour commun de la liberté. Jean-Paul Le Chanois était connu pour son engagement politique au sein du Parti communiste français, son syndicalisme dans le milieu de cinéma et ses activités dans la Résistance sous l’Occupation allemande. Il n’est donc pas étonnant de le retrouver aux manettes des Evadés, œuvre engagée et pacifiste, qu’il a coécrite avec Michel André d’après les mémoires de ce dernier intitulées Un certain soir…, publiées la même année que la sortie du film. Auteur de plusieurs documentaires (Le Souvenir – Espagne 36, Au secours du peuple catholique basque – L’ABC de la liberté, La Vie d’un homme sur Paul Vaillant-Couturier), Jean-Paul le Chanois s’attache au réalisme d’une situation et en retire ce qui peut être dramatique à l’écran, sans pathos, sans forcer le trait, mais en créant un suspense fort doublé d’une grande émotion.

La photographie de Marc Fossard, immense chef opérateur à qui l’on doit les images de La Belle équipe et Pépé le Moko de Julien Duvivier, ainsi que celles du Quai des brumes, Les Visiteurs d’un soir et Les Enfants du paradis de Marcel Carné, est à se damner de beauté, à l’instar de la séquence où nos trois protagonistes se mettent à la recherche du train, perdu dans la nuit glacée, dans lequel ils pourront se cacher.

Les Evadés est un chef d’oeuvre insoupçonné, bouleversant, attachant et qui prend aux tripes, qui se clôt sur un message d’espoir et de fraternité que l’on pourrait penser éculé et qui pourtant redonne confiance en l’être humain. Une dernière scène que Jean-Paul Le Chanois avait tout d’abord pensé et d’ailleurs filmé en couleur, afin d’en faire ressortir l’éclatant bonheur dans lequel baignent désormais les personnages. Si la scène a finalement été présentée en N&B comme le reste du film, le monologue de Pierre Fresnay demeure aussi grandiose « Cette paix, c’est comme notre liberté aujourd’hui…il faudra lutter pour la gagner nous-mêmes, ensemble ! ». Les frissons sont garantis.

LE DIGIBOOK

Nous avons été parmi les premiers à parler de Coin de Mire Cinéma il y a de cela près de deux ans. Depuis, nous avons chroniqué les 25 titres sortis sous la bannière de l’éditeur, dont le travail et la passion ont immédiatement séduit les cinéphiles et les adeptes du support physique que nous sommes. Nous voici donc rendu à la cinquième vague de Coin de Mire Cinéma, qui a d’ores et déjà annoncé une trentaine de titres à venir, avec pêle-mêle La Chartreuse de Parme de Christian-Jaque, La Table aux crevés, Le Grand chef et Le Mouton à 5 pattes de Henri Verneuil, Chiens perdus sans collier de Jean Delannoy, Les Liaisons dangereuses de Roger Vadim, Classe tous risques de Claude Sautet, Le Jardinier d’Argenteuil de Jean-Paul le Chanois, Le Rapace et Dernier domicile connu de José Giovanni, Ho ! de Robert Enrico, La Veuve Couderc et Le Chat de Pierre Granier-Deferre, La Poudre d’escampette et Chère Louise de Philippe De Broca ou bien encore Les Granges brûlées de Jean Chapot…Pour l’heure, cette nouvelle vague comprend Maigret tend un piège (Jean Delannoy, 1958), Maigret et l’Affaire Saint-Fiacre (Jean Delannoy, 1959), Maigret voit rouge (Gilles Grangier, 1963), Les Evadés (Jean-Paul Le Chanois, 1955), Maxime (Henri Verneuil, 1958) et Le Diable et les 10 commandements (Julien Duvivier, 1962). Les Evadés était étrangement toujours inédit en DVD en France ! Pour connaître toutes les spécificités de ces éditions dites de « La Séance », nous vous renvoyons à notre premier article consacré à Coin de Mire Cinéma https://homepopcorn.fr/test-blu-ray-archimede-le-clochard-realise-par-gilles-grangier/ .Tous les titres de cette collection sont édités à 3000 exemplaires.

L’édition prend la forme d’un Digibook (14,5cm x 19,5cm) suprêmement élégant. Le visuel est très recherché et indique à la fois le nom de l’éditeur, le titre du film en lettres d’or, le nom des acteurs principaux, celui du réalisateur, la restauration (HD ou 4K selon les titres), ainsi que l’intitulé de la collection. L’intérieur du Digibook est constitué de deux disques, le DVD et Blu-ray, glissés dans un emplacement inrayable. Une marque est indiquée afin que l’acheteur puisse y coller son numéro d’exemplaire disposé sur le flyer volant du combo, par ailleurs reproduit dans le livret. Deux pochettes solides contiennent des reproductions de dix photos d’exploitation d’époque (sur papier glacé) et de l’affiche du film au format A4. Le livret de 24 pages de cette édition contient également la filmographie de Jean-Paul Le Chanois avec le film qui nous intéresse mis en surbrillance afin de le distinguer des autres titres, de la reproduction du dossier de presse original (avec un résumé complet du scénario), des matériels publicitaires et promotionnels (avec quelques critiques de l’époque), et d’articles divers, l’ensemble étant merveilleusement illustré. Le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Le film démarre une fois que le salut du petit Jean Mineur (Balzac 00.01).

Vous êtes prêts pour votre séance ? Alors on démarre par les actualités de cette 24è semaine de l’année 1955 (12’) composées d’un reportage sur le voyage de Nikita Khrouchtchev en Yougoslavie, d’un petit détour par l’Algérie et la Tunisie, suivi par l’entraînement de la marine française. Puis, vous en apprendrez un peu plus sur la situation de la caisse des dépôts, mais aussi et surtout sur le nouveau ralentisseur électrique destiné aux poids lourds. Enfin, ne manquez pas le résumé des derniers 500 Miles d’Indianapolis.

La deuxième partie de la séance se compose évidemment des réclames (9’) destinées à vous donner soif (Orangina) ou envie d’une glace (Gervais), avant de vanter la douceur du nouveau Monsavon et bien d’autres !

Lors de la restauration des Evadés, une fin alternative en négatif Eastman Color, imaginée dès l’origine par le réalisateur, a été découverte. Coin de Mire Cinéma et TF1 Studio la présentent ici dans sa version restaurée (4’30).

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le film de Jean-Paul le Chanois a été restauré en 4K à partir du négatif original. Les travaux numériques et photochimiques ont été réalisés et supervisés par le laboratoire L21. N’y allons pas par quatre chemins, il s’agit probablement d’un des plus beaux masters HD proposées par Coin de Mire Cinéma. En dépit de très sensibles pertes de la définition et de l’utilisation de quelques stock-shots dont la qualité est forcément moindre, le Blu-ray des Evadés subjugue du début à la fin. La restauration est impressionnante et d’autant plus visible sur les très nombreuses séquences sombres et nocturnes, sur lesquelles aucun point blanc ou d’autres poussières ne font leur apparition. Les contrastes sont d’une densité jamais démentie, les gros plans regorgent de détails, le piqué ne cesse de laisser pantois et la texture argentique est aussi préservée que solidement gérée. La copie est stable, lumineuse, magnifique.

La piste mono restaurée bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations et chuintements demeurent inévitables, l’écoute se révèle fluide, équilibrée, limpide. Aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs, les ambiances sont précises et les dialogues clairs. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © TF1 Droits Audiovisuels / Coin de Mire Cinéma / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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