
VOIR DU PAYS réalisé par Delphine et Muriel Coulin, disponible en DVD le 10 janvier 2017 chez Diaphana
Acteurs : Soko, Ariane Labed, Ginger Romàn, Karim Leklou, Andreas Konstantinou, Makis Papadimitriouw…
Scénario : Delphine Coulin, Muriel Coulin d’après le roman de Delphine Coulin
Photographie : Jean-Louis Vialard
Durée : 1h42
Date de sortie initiale : 2016
LE FILM
Deux jeunes militaires, Aurore et Marine, reviennent d’Afghanistan. Avec leur section, elles vont passer trois jours à Chypre, dans un hôtel cinq étoiles, au milieu des touristes en vacances, pour ce que l’armée appelle un sas de décompression, où on va les aider à « oublier la guerre ». Mais on ne se libère pas de la violence si facilement…

Depuis 17 filles, prix Michel-d’Ornano au Festival de Deauville en 2011, on attendait le retour de Delphine et Muriel Coulin derrière la caméra. Leur deuxième long métrage, Voir du pays est adapté du propre roman de Delphine Coulin et narre le retour d’Afghanistan de deux jeunes militaires françaises, interprétées par Soko et Ariane Labed. Mais avant d’être « relâchées », elles doivent comme leurs camarades passer dans un « sas de décompression », autrement dit un programme supposé leur apprendre à se détendre avant de retourner à la vie civile, si toutefois le retour à la vie normal s’avère possible.


Depuis 2008, les soldats français revenant du front sont ainsi accueillis dans un hôtel cinq étoiles à Chypre. Dans un cadre de carte postale, ces soldats sont soumis à des entretiens avec des psychologues, des cours d’aquagym, de relaxation, des sorties en bateau, mais aussi des tests et thérapies de groupes durant lesquels ils arborent des lunettes projetant en trois dimensions une reconstitution d’événements survenus qui ont pu les traumatiser. Pendant leur confession, un scientifique reconstitue en direct certains assauts dont ils ont les témoins, les acteurs et même les victimes au cours de ces six derniers mois. Si le terrain change du tout au tout, les soldats, programmés, demeurent sur le qui-vive et les réflexes conditionnés ne peuvent s’éteindre en un claquement de doigt. Chaque personnage porte en lui un trauma et apprend à vivre avec. Soko (A l’origine, Augustine, La Danseuse) et Ariane Labed (Une place sur la terre, Fidelio, l’odyssée d’Alice, The Lobster) sont remarquables et campent deux jeunes femmes venant de Lorient, deux amies, Marine et Aurore, entre 25 et 30 ans, qui doivent s’imposer face à leurs camarades de sexe masculin, constamment moquées et souvent menacées. En filigrane, le film interroge sur les raisons qui poussent une femme à partir à la guerre, mais aussi pourquoi est-ce toujours étrange et singulier de voir des jeunes femmes s’engager pour affronter un monde violent habituellement « réservé » aux hommes.

Si la dernière partie s’avère plus classique, Voir du pays vaut non seulement pour l’originalité de son sujet, pas ou peu abordé au cinéma, mais aussi et surtout pour la puissance du jeu de ses deux comédiennes principales, vibrantes et magnétiques, très investies (elles ont d’ailleurs suivi un entraînement militaire avec une coach qui a participé aux vrais sas avant de quitter l’armée), définitivement lancées. Voir du pays, titre ironique sur la promesse de dépaysement faite aux soldats qui souhaiteraient s’engager et qui finalement restent la plupart du temps confinés une fois arrivés sur le terrain, est une œuvre difficile, mais frontale, juste, sèche, documentée et surtout passionnante avec ce décor luminescent qui contraste avec la noirceur des témoignages des soldats. Projeté au Festival de Cannes 2016 dans la sélection Un certain regard, Voir du pays obtient le prix du meilleur scénario.

LE DVD
Le test du DVD de Voir du pays, disponible chez Diaphana, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur une des séquences du film.

Les suppléments sont malheureusement un peu limités. Les essais des comédiens (8’), Sylvain Loreau, tout d’abord seul puis rejoint ensuite par Karim Leklou et Alexis Manenti demeurent facultatifs.


En revanche, les séquences laissées sur le banc de montage (8’), au nombre de trois, sont un peu plus intéressantes, d’autant plus qu’elles sont introduites par un carton indiquant la raison de leur éviction. La première prolonge la fin en montrant les soldats accueillis par leur famille à l’aéroport. Les réalisatrices ont finalement préféré rester dans cet objectif du sas, en préservant la vie privée de leurs deux personnages. S’ensuivent quelques images d’un groupe de soldats en plein entrainement, parmi lesquels Soko. La troisième montre une scène de « détente » où toute la section se retrouve à chanter Gaby oh Gaby d’Alain Bashung lors d’un karaoké organisé par l’hôtel.



L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.
L’Image et le son
Comme d’habitude, Diaphana soigne le service après-vente. Si Voir du pays ne bénéficie pas d’une édition Haute-Définition, l’image du DVD est pour ainsi dire quasi-exemplaire. Les contrastes sont d’une densité rarement démentie, à part peut-être durant les séquences sombres où l’image paraît plus douce. Le reste du temps, la clarté demeure frappante, le piqué est affûté, les nombreux gros plans détaillés et la colorimétrie marquée par les décors naturels ocres et le bleu pastel du ciel reste chatoyante. Les détails sont légion aux quatre coins du cadre large et la copie restitue les partis pris esthétiques de la photo signée Jean-Louis Vialard, chef opérateur talentueux ayant officié chez Apichatpong Weerasethakul (Tropical Malady), Christophe Honoré (Dans Paris) et sur le premier film des soeurs Coulin.

Les pistes habituelles stéréo et DD 5.1 offrent un large confort suffisant pour un film de cet acabit. Le deuxième mixage est à privilégier en raison d’une spatialisation très convaincante et une délivrance des dialogues dynamique. Les ambiances naturelles ne sont pas oubliées tout comme le beau soutien des basses qui interviennent aux moments opportuns comme lors de la scène en boîte de nuit. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription pour aveugles et malvoyants.

























































































Le titre provient d’une étude scientifique qui stipule que pour le loup, l’homme est un animal vertical, position qui lui inspire le respect, la crainte et la prudence. Si cette définition se vérifie dans la magnifique et ultime séquence du film, c’est aussi pour Alain Guiraudie un moyen d’évoquer une dimension politique et selon ses termes « programmatique », ainsi que de donner une image évidemment à connotation sexuelle, puisque la question de l’identité sexuelle est également présente dans Rester vertical. Le sexe pour le plaisir et finalement se reproduire, avec Marie, la bergère incarnée par la formidable India Hair, celui pour mourir, avec Marcel, le personnage du vieil homme irascible en train d’agoniser. A travers ce conte, entre rêve (et/ou cauchemar) et réalité, le cinéaste rend le quotidien inquiétant, voire presque fantastique, et instaure un malaise palpable. Impression également rendue par le jeu, le regard et la voix du comédien Damien Bonnard, vu dernièrement dans Voir du pays de Delphine et Muriel Coulin. Le comédien traverse le film comme en état de transe, dans des paysages grandioses en voiture ou à pied, fuyant un avenir incertain, en ayant peur de finir à la rue comme lorsque Léo (son personnage) interpelle un SDF en lui demandant comment il va. Sans doute pour prendre contact avec une réalité qui s’annonce à lui s’il ne se sort pas de ses déboires professionnels et financiers. 
Au-delà du parcours initiatique du personnage principal, caractérisé par un chemin sinueux qui quoiqu’il arrive mène toujours au même endroit, ou nulle part, Alain Guiraudie évoque également les sujets actuels de l’euthanasie, de la vieillesse, de la solitude, de la procréation et de la monoparentalité, du genre, des questions qui taraudent le cinéaste, qui toutefois ne s’enferme pas dans une pensée unique ou trop intellectuelle, mais qui donne des pistes pour engendrer le débat. Tout y est abordé avec délicatesse et une grande sensibilité qui imprègne chaque séquence, avec retenue même dans ses séquences les plus frontales. 









Les soldats allemands et écossais s’affrontent près de Marville, un petit village du nord de la France dans les derniers mois de la Première Guerre mondiale. Menacé de destruction par les allemands, qui ont prévu de tout faire exploser quand sonnera minuit, le village est abandonné par l’occupant et ses habitants. Seuls les fous internés dans l’asile restent dans les lieux, qu’ils vont investir le temps d’une véritable récréation, sous les yeux éberlués des militaires. Avertis, les alliés chargent le soldat britannique Plumpick (Alan Bates) de trouver les explosifs et de les désamorcer. Les aliénés l’accueillent à bras ouverts, notamment Xénophon alias le duc de Trèfle (Jean-Claude Brialy), le Général Géranium (Pierre Brasseur), l’évêque Marguerite (Julien Guiomar), monsieur Marcel le coiffeur (Michel Serrault), la tenancière de la maison close madame Eglantine (Micheline Presle) et l’une de ses pensionnaires, la jeune et ravissante Coquelicot (Geneviève Bujold). Ils reconnaissent en lui leur roi bien-aimé. Il est désormais le Roi de Coeur. Le sacre se prépare à la cathédrale, mais bien qu’il s’attache rapidement à ces habitants insolites, Plumpick n’oublie pas sa mission, surtout que le compte à rebours a commencé. 

« Vous ne voyez pas comment ils sont méchants de ce côté-là ? »
A mi-chemin entre le cinéma d’Ernst Lubitsch et de Blake Edwards, Le Roi de coeur, comédie décalée et sophistiquée est trop en avance pour les spectateurs de 1966. C’est dire l’importance de (re)découvrir aujourd’hui cette fantaisie poétique, intelligente et mélancolique, qui va à cent à l’heure, illuminée par la photographie de Pierre Lhomme et portée par la sublime partition de Georges Delerue, dont le thème du « Retour à l’asile » risque de s’inscrire pour longtemps dans la mémoire des cinéphiles.
















































































