Test Blu-ray / Ace Ventura, détective pour chiens et chats, réalisé par Tom Shadyac

ACE VENTURA, DÉTECTIVE POUR CHIENS ET CHAT (Ace Ventura, Pet Detective) réalisé par Tom Shadyac, disponible en Blu-ray le 6 mai 2026 chez ESC Films.

Acteurs : Jim Carrey, Courteney Cox, Sean Young, Tone Loc, Dan Marino, Noble Willingham, Troy Evans, Raynor Scheine, Udo Kier…

Scénario : Jack Bernstein, Tom Shadyac & Jim Carrey

Photographie : Julio Macat

Musique : Ira Newborn

Durée : 1h26

Année de sortie : 1994

LE FILM

Ace Ventura, un jeune homme décontracté à la banane arrogante et à la démarche élastique, est le Sherlock Holmes de la gent canine. Le voici à nouveau sur les dents quand le dauphin Flocon de neige, la mascotte de l’équipe de football américain de Miami, manque à l’appel.

Avant d’exploser littéralement au cinéma en 1994 avec les hits successifs (sur le sol américain déjà) de Ace Ventura, détective pour chiens et chats de Tom Shadyac, The Mask de Chuck Russell et Dumb and Dumber des frères Farrelly, Jim Carrey multipliait les apparitions depuis une dizaine d’années. On retiendra avant sa mise sur orbite sa participation à Peggy Sue s’est mariée de Francis Ford Coppola, mais aussi celles, plus rapides, dans deux films avec Clint Eastwood, La Dernière cible, dernière enquête de l’Inspecteur Harry (un nanar signé Buddy Van Horn) et Pink Cadillac, du même réalisateur, dans lequel le comédien apparaît brièvement sur scène dans une imitation d’Elvis Presley, devant le regard pincé du grand Clint. La série In Living Color de Keenen Ivory Wayans va changer la donne dans un premier temps, puisqu’il y incarne plusieurs rôles au fil de cinq saisons. Mais c’est bel et bien avec Ace Ventura, détective pour chiens et chats que sa carrière va réellement décoller. Produit pour un peu moins de 15 millions de dollars, le film rapporte cinq fois sa mise aux États-Unis. Comédie quasi-inclassable et survoltée, déjantée, hilarante, branchée sur 100.000 volts (directement sur son acteur principal donc), Ace Ventura détonne dans le paysage cinématographique d’alors et parvient à se frayer une place au milieu de Forrest Gump, Le Roi Lion, True Lies, Danger immédiat, Speed, Pulp Fiction, Entretien avec un vampire, La Liste de Schindler, Philadelphia…En 1994, la comédie américaine appartient à Jim Carrey, qui place ses trois films dans le top 20 US. En France, il faudra attendre encore un peu. C’est The Mask qui débarque en premier dans les salles au mois d’octobre. Résultat, presque 4 millions d’entrées chez nous ! Ace Ventura arrive en mars 1995 dans les cinémas hexagonaux. Porté par le triomphe de The Mask, le film de Tom Shadyac parvient à attirer 650.000 spectateurs. Une star internationale est née.

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Test Blu-ray / Animal Totem, réalisé par Benoît Delépine

ANIMAL TOTEM réalisé par Benoît Delépine, disponible en DVD & Blu-ray le 10 avril 2026 chez Ad Vitam.

Acteurs : Samir Guesmi, Olivier Rabourdin, Solène Rigot, Gérard Boucaron, Patrick Bouchitey, Jonas Dinal, Marguerite Ducroquet, Harpo Guit, Pierre Lottin, Marion Martel…

Scénario : Benoît Delépine

Photographie : Hugues Poulain

Musique : Sébastien Tellier

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

De l’aéroport de Beauvais à La Défense, accompagné de sa valise à roulettes, Darius traverse à pied campagnes et banlieues pour mener à bien, et sans empreinte carbone, une mystérieuse mission.

Première infidélité en plus de vingt ans de carrière cinématographique ! Les anciens comparses de Groland, Benoît Delépine et Gustave Kervern, c’est globalement une dizaine de longs-métrages qui sont quasiment tous devenus cultes. Aaltra, Avida, Louise-Michel, Mammuth, Le Grand Soir, Saint Amour, I Feel Good et bien d’autres. Il fallait bien que cela arrive un jour, après un nouveau projet avorté, les deux metteurs en scène ont décidé de vaquer (le temps d’un film) à leurs occupations personnelles. Ainsi, Benoît Delépine se retrouve seul à la barre d’Animal Totem, un nouveau road-movie atypique, quasi-inclassable, à la limite du western, tourné l’été 2024 dans les Hauts-de-France, région natale du réalisateur, autour d’Amiens. Animal Totem va de rencontre de rencontre, comme si le personnage principal, impeccablement campé par l’excellent Samir Guesmi (Au nom de la terre, Camille redouble), débarquait de nulle part, au beau milieu des champs, chargé d’une mission secrète, comme un étrange mélange entre Monsieur Hulot et James Bond. Son but se dévoile petit à petit, certains diront « tout ça pour ça » sûrement, mais le plus important est le voyage, pas la destination comme on dit souvent. Comme toujours poétique, surréaliste, lorgnant même ici sur le fantastique, Benoît Delépine expérimente encore sur le cadre (très large ici, du 3:55 pour être exact), signe sans doute sa meilleure réalisation à ce jour et l’une de ses œuvres les plus attachantes.

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Test Blu-ray / À ma soeur!, réalisé par Catherine Breillat

À MA SOEUR! réalisé par Catherine Breillat, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Anaïs Reboux, Roxane Mesquida, Libero De Rienzo, Romain Goupil, Laura Betti, Arsinée Khanjian, Albert Goldberg…

Scénario : Catherine Breillat

Photographie : Giorgos Arvanitis

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 2001

LE FILM

Anaïs, treize ans, passe ses vacances d’été à La Palmyre, une station balnéaire proche de Royan, en Charente-Maritime. Elle est accompagnée de ses parents et de sa soeur Elena, âgée de quinze ans. Celle-ci tombe amoureuse d’un jeune Italien, Fernando, qui lui fait connaître ses premiers émois sexuels. Anaïs, qui dort dans la chambre de sa soeur, est témoin de leurs ébats amoureux. Cette situation ne manque pas de perturber l’adolescente, d’autant que ses parents paraissent indifférents à son mal-être.

Au début des années 2000, Catherine Breillat enchaîne les tournages. Portée par ce qui sera alors son plus grand succès, Romance (près de 350.000 entrées), la réalisatrice signe À ma sœur !, présenté à la Berlinale et récompensée dans de nombreux autres festivals. Rétrospectivement et de l’aveu même de la réalisatrice, c’est indiscutablement ce long-métrage qui sera considéré comme culte à travers le monde. Pas étonnant, puisqu’il s’agit également d’un de ses meilleurs opus. En partant d’une image, ou plutôt d’une scène à laquelle elle a assisté – celle d’une petite fille au visage angélique, nageant dans une piscine de Taormina, chantant Tous les garçons et les filles de François Hardy, puis sortant de l’eau, exposant (visiblement) sans complexe son obésité, qui contrastait alors avec son visage hypnotique – Catherine Breillat imagine une rivalité naturelle. Celle de deux sœurs, l’une, la plus jeune, en surpoids conséquent, et celle plus âgée de deux années (qui comptent double ou triple à ce moment de l’adolescence), devant laquelle les garçons, même majeurs, se retournent, admirent ses yeux verts de reptiles, sa chevelure flamboyante et ses formes déjà sculpturales. Là-dessus, la cinéaste évoque la perte de la virginité, le désir, la jalousie, l’envie, mais aussi l’ennui qui accompagne souvent ces sentiments pour Catherine Breillat. À ma sœur !, n’est point une dédicace, mais un toast porté à Marie-Hélène Breillat, sa propre sœur donc, et l’on peut imaginer que certains points s’inspirent de la jeunesse de la réalisatrice, qui comme à son habitude aborde la sexualité frontalement, tout en la désacralisant à coups de dialogues, que certains jugeront trop écrits et verbeux, mais qui font indéniablement partie des plus beaux écrits par leur auteure.

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Test Blu-ray / Les Enfants vont bien, réalisé par Nathan Ambrosioni

LES ENFANTS VONT BIEN, réalisé par Nathan Ambrosioni, disponible en DVD & Blu-ray le 8 avril 2026 chez Studiocanal.

Acteurs : Camille Cottin, Juliette Armanet, Monia Chokri, Guillaume Gouix, Manoã Varvat, Nina Birman, Myriem Akheddiou, Frankie Wallach…

Scénario : Nathan Ambrosioni

Photographie : Victor Seguin

Musique : Alexandre de La Baume

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Un soir d’été, Suzanne, accompagnée de ses deux jeunes enfants, rend une visite impromptue à sa sœur Jeanne. Celle-ci est prise au dépourvu. Non seulement elles ne se sont pas vues depuis plusieurs mois, mais surtout Suzanne semble comme absente à elle-même. Au réveil, Jeanne découvre sidérée le mot laissé par sa sœur. La sidération laisse place à la colère lorsqu’à la gendarmerie, Jeanne comprend qu’aucune procédure de recherche ne pourra être engagée : Suzanne a fait le choix insensé de disparaître…

Bon, cette fois c’est confirmé et si pour être honnête nous n’avions plus aucun doute, Les Enfants vont bien confirme que le réalisateur Nathan Ambrosioni (né en 1999) est l’un des nouveaux génies du cinéma français. Il nous avait déjà subjugué avec Les Drapeaux de papier (2018), ébloui avec Toni en famille (2023), il nous hypnotise et émerveille avec Les Enfants vont bien, son cinquième long-métrage, qui fait preuve d’une maturité confondante. D’ailleurs, au passage, on aimerait vraiment découvrir ses deux premiers films, Hostile (2014) et Therapy (2016), alors, si un éditeur lit ce message…Mais pour en revenir à celui qui nous intéresse aujourd’hui, disons que le jeune metteur en scène touche ici au sublime et offre à Camille Cottin, qu’il avait déjà dirigé dans Toni en famille, le plus beau rôle de sa carrière. Incompréhensible que la comédienne n’ait pas été nommée aux César en 2026, mais peut-être que sa position de présidente de la 51è cérémonie l’en a empêché…En l’état, Les Enfants vont bien renvoie au plus grand cinéma français des années 1970-80. On pense surtout à Claude Sautet, qui n’avait pas son pareil pour écrire pour les femmes, pour les filmer, ne serait-ce que la nuque de Romy Schneider dans Les Choses de la vie, ou plus tard Emmanuelle Béart en violoniste dans Un coeur en hiver. Camille Cottin s’impose définitivement dans le cercle des plus grandes actrices de sa génération. Pas étonnant que celle-ci multiplie les projets, y compris de l’autre côté de l’Atlantique, où la série Dix pour cent lui a apporté une certaine renommée. Ainsi, avant de la retrouver aux côtés de Brad Pitt dans The Riders d’Edward Berger (Conclave), elle retrouve pour la deuxième fois Nathan Ambrosioni pour Les Enfants vont bien, drame familial proche du mélo façon Douglas Sirk (le sommet et la référence d’un genre), qui foudroie en plein coeur par sa pudeur et emporte le spectateur dans une spirale ininterrompue d’émotions. Chef d’oeuvre instantané, futur classique en devenir, ruez-vous dessus.

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Test DVD / TKT, réalisé par Solange Cicurel

TKT réalisé par Solange Cicurel, disponible en DVD le 10 avril 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Lanna de Palmaert, Émilie Dequenne, Stéphane De Groodt, Sonia Bekam, Lisa Du Pré, Lily Dupont, Tania Garbarski, Nlandu Lubansu, Kassim Meesters…

Scénario : Solange Cicurel

Photographie : Son Doan

Musique : Remy Lebbos

Durée : 1h19

Année de sortie : 2024

LE FILM

Alors qu’Emma, 16 ans, une jeune fille heureuse dans sa vie, est admise dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital, ses parents Meredith et Fred attendent anxieusement des nouvelles du médecin. Désemparés, ils prennent conscience que malgré tous les « T’inquiète » de leur fille, ils auraient dû s’inquiéter. Que lui est-il arrivé ? Entre amitiés toxiques, isolement, messages, moqueries et humiliation, la vie d’Emma a rapidement basculé dans une spirale infernale. Étrangement, Emma est pleinement consciente du monde qui l’entoure mais incapable de communiquer avec lui. Pour comprendre ce qui se passe, Emma doit enquêter sur son passé et démêler le mystère entourant sa soudaine hospitalisation. Petit à petit, elle va être confrontée à la dure réalité de ce qui lui est arrivé.

Après le percutant Un monde de Laura Wandel (L’Intérêt d’Adam), le foudroyant Después de Lucía de Michel Franco et le bouleversant Marion, 13 ans pour toujours de Bourlem Guerdjou (d’après l’affaire Marion Fraisse), TKT, troisième long-métrage de Solange Cicurel, traite à son tour du harcèlement scolaire. En fait, il faudrait presque démarrer par le carton final qui indique que près d’un quart des adolescents ont été victimes au moins une fois de harcèlement scolaire, une des causes principales du suicide des jeunes et la seconde cause de décès chez les 15-24 ans. Là-dessus, la réalisatrice belge, récompensée en 2018 par le Magritte du meilleur premier film pour Faut pas lui dire, livre un objet que l’on pourrait qualifier de scolaire, didactique, sage dans sa mise en scène, mais qui fonctionne et interpelle. Évidemment, TKT (ou « T’inquiète » pour les anciens et les jeunes-vieux de 40-50 ans, ici leitmotiv d’Emma, pour rassurer ses proches) ne peut laisser indifférent avec un tel sujet. Si la réalisation manque de point de vue, le propos n’est pas forcé, mais abordé frontalement, grâce notamment à l’interprétation de Lanna de Palmaert, qui se retrouve pour la première fois en haut de l’affiche et qui porte formidablement bien le film sur ses épaules. De plus, Solange Cicurel se tourne également vers le film de genre pour illustrer son sujet, puisque le personnage, coincé entre la vie et la mort, s’observe sur son lit d’hôpital, inconsciente, intubée, regarde ses parents à son chevet, avant de revivre des souvenirs qui l’ont mené là où elle est désormais, mais aussi en découvrant certains échanges de ses supposés amis…TKT fait son effet et dissèque cette réaction en chaîne qui conduit à l’inéluctable. De plus, le film, grand succès en Belgique avec plus d’un demi-million d’entrées, est d’autant plus poignant quand on sait qu’il s’agit de l’ultime apparition au cinéma de la regrettée Émilie Dequenne, dont la dernière scène déchire le coeur et l’âme…

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Test DVD / Six jours, ce printemps-là, réalisé par Joachim Lafosse

SIX JOURS, CE PRINTEMPS-LÀ réalisé par Joachim Lafosse, disponible en DVD le 7 avril 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Eye Haïdara, Jules Waringo, Leonis Pinero Müller, Teodor Pinero Müller, Damien Bonnard, Emmanuelle Devos…

Scénario : Joachim Lafosse & Chloé Duponchelle

Photographie : Jean-François Hensgens

Musique : Reyn

Durée : 1h29

Année de sortie : 2025

LE FILM

Malgré les difficultés, Sana tente d’offrir à ses jumeaux des vacances de printemps. Comme son projet tombe à l’eau, elle décide avec eux et son nouveau petit ami, de séjourner sur la côte d’Azur dans la villa luxueuse de son ex belle-famille. En cachette. Six jours de soleil qui marqueront la fin de l’insouciance.

Mais que se passe-t-il pour Joachim Lafosse ? Avec Un silence, le réalisateur belge nous avait sacrément déçus, en raison d’une mécanique qui marchait à vide et des personnages aussi inintéressants que méprisants. Malheureusement, ce n’est pas avec Six jours, ce printemps là qu’il rectifie le tir. Ce onzième long-métrage témoigne d’une sacrée perte d’inspiration, aussi bien sur le fond que sur la forme. Sur un scénario écrit sur un papier OCB (probablement emprunté à Luc Besson), le cinéaste souhaite raconter, comme son titre l’indique, une parenthèse dans une vie, celle d’une mère, fraîchement séparée ou divorcée et de ses deux enfants, qui le temps d’une petite semaine durant les vacances de Pâques, vont « squatter » la villa des ex-beaux parents. Voilà. Bon, on comprend très vite que Joachim Lafosse souhaite parler des rapports de classes, du déclassement pour être exact, mais se contente de filmer les jours qui passent, l’ennui qui s’installe (le même que l’on ressent devant l’écran), tandis que Sana démarre une relation avec son nouveau boyfriend, essaye de cadrer ses deux fils du mieux qu’elle peut, tout en tentant de jouer la carte de la discrétion, au risque que son ancienne belle-famille apprenne leur présence. Cette fois, à juste titre, la critique n’a pas été tendre avec le dernier opus de Joachim Lafosse, qui tire trop sur la corde du minimalisme, étire volontairement, mais sans aucune raison, ses scènes et ce dès le prologue, interminable, qui ne conduit à rien, ou pas grand-chose, si ce n’est d’aller de déception en déception pour le spectateur. Mais où est passé l’auteur des merveilleux L’Économie du couple, À perdre la raison et Les Intranquilles, qui nous faisaient dire qu’il était l’un des plus grands de sa génération ???

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Test Blu-ray / Nouvelle Vague, réalisé par Richard Linklater

NOUVELLE VAGUE réalisé par Richard Linklater, disponible en DVD & Blu-ray le 25 février 2026 chez ARP Sélection.

Avec : Guillaume Marbeck, Zoey Deutch, Aubry Dullin, Adrien Rouyard, Antoine Besson, Jodie Ruth-Forest, Bruno Dreyfürst, Benjamin Clery…

Scénario : Holly Gent, Laetitia Masson, Vincent Palmo Jr. & Michèle Pétin

Photographie : David Chambille

Durée : 1h46

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Alors que tous ses amis ont déjà eu leur chance de passer derrière la caméra, Jean-Luc Godard attend toujours son tour. L’opportunité va bientôt se présenter, et le voilà embarqué dans le tournage d’À bout de souffle

Il fallait bien que cela arrive, que le tournage d’À bout de souffle de Jean-Luc Godard soit raconté au cinéma à travers une fiction, mais on ne s’attendait pas à ce que cela provienne d’un réalisateur américain. Ce dernier n’est autre qu’un des chouchous de la critique française, Richard Linklater, un des cinéastes les plus prolifiques depuis vingt ans, un des plus éclectiques aussi. Comme nous l’avions déjà dit dans notre critique du génial Bernie, il y a incontestablement ce petit truc qui rappelle les grands réalisateurs hollywoodiens du style Richard Fleischer et Robert Wise chez Richard Linklater. Une envie d’enchaîner les tournages, les projets les plus éloignés et qui pourtant forment une œuvre cohérente. Le texan se retrouve ainsi à la barre de Nouvelle Vague, son premier long-métrage français, réalisé dans la langue de Molière, avec principalement un casting hexagonal. Ainsi, entre une comédie d’action avec Glen Powell et Adria Arjona (Hit Man) et un biopic sur le compositeur Lorenz Hart (Blue Moon), Rochard Linklater pose sa caméra dans les rues de Paris (plus de vingt ans après le chef d’oeuvre Before Sunset) et, soutenu par de merveilleux effets spéciaux, plonge les spectateurs à la fin des années 1950, pour aller à la rencontre des artistes les plus prestigieux, Jean-Luc Godard, Jean Seberg, Jean-Paul Belmondo, François Truffaut, Claude Chabrol, Agnès Varda…ils sont tous là, réunis dans la salle de rédaction des Cahiers du cinéma, où les critiques commencent à voler de leurs propres ailes. C’est cette fois au tour du sieur Jean-Luc, mais pour cela, celui-ci est bien décidé à ne pas faire comme les autres. C’est là que Nouvelle Vague s’avère une œuvre romanesque, remarquablement documenté certes, mais qui laisse aussi la place au fantasme, celui d’un metteur en scène fasciné par ce cinéma, par une époque, par des images surtout, avec lesquelles il a construit sa propre cinéphilie. Il en résulte un formidable hommage, passionnant, drôle, didactique, un vrai cadeau pour les amateurs de septième art très justement récompensé par quatre César (Meilleure réalisation, Meilleurs costumes, Meilleure photographie et Meilleur montage).

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Test DVD / Louise, réalisé par Nicolas Keitel

LOUISE réalisé par Nicolas Keitel, disponible en DVD le 10 avril 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Diane Rouxel, Cécile de France, Salomé Dewaels, Noémie Lemaitre, Emma Danze, Lina El Arabi, Myriem Akheddiou, Kynan Carmeci…

Scénario : Nicolas Keitel

Photographie : Joachim Philippe

Musique : Superpoze

Durée : 1h43

Année de sortie : 2025

LE FILM

Suite à un incident, la jeune Marion décide de fuguer du domicile familial. Elle démarre alors une nouvelle vie sous une autre identité : Louise. Quinze ans plus tard, Louise retrouve la trace de sa sœur et de sa mère. Petit à petit, elle réapprend à les connaître sans leur dévoiler son identité. Alors qu’elle renoue avec son passé, un dilemme s’impose à elle : rester Louise ou redevenir Marion…

Il est toujours intéressant, pour ne pas dire passionnant, de voir de nouveaux réalisateurs émerger et surtout passer le cap du long-métrage. C’est cette fois au tour de Nicolas Keitel, remarqué avec son court-métrage Le Bon Copain (avec l’excellente Maud Wyler), qui a tourné dans les festivals en 2018. Voici Louise, drame psychologique, récit initiatique et avant tout aventure romanesque qui rappelle parfois le cinéma d’André Téchiné. Ce qui frappe avant tout dans Louise, c’est la beauté hypnotique et l’immense talent de ses trois comédiennes principales, Diane Rouxel, Cécile de France et Salomé Dewaels, qui auraient bien mérité un prix d’interprétation collectif. De l’aveu du metteur en scène, l’histoire est née d’une image, « Celle de deux petites filles recroquevillées dans un escalier, qui entendent leur mère se faire battre », suite à quoi le reste du parcours de Marion s’est déroulé simplement comme on le fait avec le fil d’une pelote de laine. Ne vous attendez pas à un film dit réaliste, Nicolas Keitel n’a pas peur d’y aller à fond dans le mélodrame et évite justement – c’est parfois limite, mais ça passe – le pathos. On peut aussi tiquer sur la trop grande présence de la musique, même si très soignée là aussi, de Superpoze. La (très) grande attraction du film demeure Diane Rouxel, révélée en 2014 dans The Smell of Us de Larry Clark. Nous avons déjà dit tout le bien que l’on pensait de la comédienne au regard laser, qui nous avait déjà subjugué dans La Terre des hommes de Naël Marandin et Le Soleil de trop près, réalisé par Brieuc Carnaille. Astre discret et pourtant l’un des plus lumineux du cinéma français aujourd’hui, Diane Rouxel pulvérise l’écran une fois de plus dans Louise. Assurément, elle trouve ici l’un de ses plus beaux rôles et rien que pour cela, le premier long-métrage de Nicolas Keitel mérite qu’on s’y attarde.

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Test Blu-ray / Jeux de mains, réalisé par Mitchell Leisen

JEUX DE MAINS (Hands Across the Table) réalisé par Mitchell Leisen, disponible en DVD & Blu-ray le 3 mars 2026 chez Elephant Films.

Acteurs : Carole Lombard, Fred MacMurray, Ralph Bellamy, Astrid Allwyn, Ruth Donnelly, Marie Prevost…

Scénario : Norman Krasna, Vincent Lawrence & Herbert Fields, d’après une nouvelle de Viña Delmar

Photographie : Ted Tetzlaff

Musique : Friedrich Hollaender, John Leipold & Heinz Roemheld

Durée : 1h20

Année de sortie : 1935

LE FILM

Regi Allen, manucure dans un grand hôtel, est fermement décidée à faire un mariage d’argent. Elle est persuadée que son voeu est exaucé quand Theodore Drew III l’invite à dîner. Cependant, elle ignore que son prince charmant est ruiné et n’aspire qu’à épouser l’héritière du roi des ananas.

La sortie en Blu-ray de Jeux de mainsHands Across the Table nous permet de parler aujourd’hui du réalisateur Mitchell Leisen (1898-1972), à la base chef costumier pour des cinéastes de renom (Cecil B. DeMille, Allan Dwan, Ernest Lubitsch, Raoul Walsh) dans les années 1920-30, mais aussi chef décorateur en parallèle pour les mêmes metteurs en scène. Homme de goût (il ne saurait en être autrement en voyant son C.V.), Mitchell Leisen passe lui-même derrière la caméra dès 1933, pour le compte de la Paramount Pictures. À raison de deux, voire trois films tournés la même année, le nouveau réalisateur dirige les stars et les vedettes du moment, de Sylvia Sidney à Fredric March, en passant par Victor McLaglen. Dès 1935, le succès arrive avec Jeux de mains, conçu pour Carole Lombard, sous contrat avec le studio depuis le début de la décennie. Ainsi, après le grand succès rencontré par Train de luxeTwentieth Century d’Howard Hawks, la comédienne tient le haut de l’affiche de Hands Across the Table, adaptation d’une nouvelle de Vina Delmar (Cette sacrée vérité et Place aux jeunes, qui seront transposés par Leo McCarey) et produit par E. Lloyd Sheldon (Les Carrefours de la ville, L’École de la beauté) et Henry Herzbrun (Annie du Klondike, Peter Ibbetson). Devenu un grand classique de l’autre côté de l’Atlantique, Jeux de mains repose sur le charme dévastateur de Carole Lombard, magnifiquement photographiée par Ted Tetzlaff (Les Enchaînés), en parfaite alchimie avec son partenaire, le légendaire Fred MacMurray, alors au tout début de sa carrière, quand bien même Cary Grant avait été envisagé. Après avoir décroché un contrat de figurant chez Paramount en 1934, il ne tarde pas à crever l’écran, puisque dès l’année suivante, Aller et RetourThe Gilded Lily de Wesley Rugglesest un hit au box-office. Comme avec Claudette Colbert, avec laquelle il tournera à sept reprises, Fred MacMurray forme un couple explosif avec Carole Lombard dans Jeux de mains. C’est le début d’une grande aventure également entre l’acteur et le cinéaste, qui collaboreront à neuf reprises de 1935 à 1947. Mais pour l’heure, Hands Across the Table est une merveilleuse comédie romantique burlesque, modèle virtuose de screwball comedy, intemporelle et qui remplit encore de joie 90 ans plus tard.

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Test Blu-ray / Dossier 137, réalisé par Dominik Moll

DOSSIER 137 réalisé par Dominik Moll, disponible en DVD & Blu-ray le 25 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Léa Drucker, Guslagie Malanda, Mathilde Roehrich, Jonathan Turnbull, Stanislas Merhar, Pascal Sangla, Claire Bodson, Julien Lilti…

Scénario : Gilles Marchand & Dominik Moll

Photographie : Patrick Ghiringhelli

Musique : Olivier Marguerit

Durée : 1h51

Année de sortie : 2025

LE FILM

Le dossier 137 est en apparence une affaire de plus pour Stéphanie, enquêtrice à l’IGPN, la police des polices. Une manifestation tendue, un jeune homme blessé par un tir de LBD, des circonstances à éclaircir pour établir une responsabilité… Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie, pour qui le dossier 137 devient autre chose qu’un simple numéro.

Trois ans après le triomphe remporté par La Nuit du 12, 550.000 entrées et sept César, dont celui du meilleur film, Dominik Moll fait son retour et continue dans la même veine, à savoir celle du polar réaliste, mais non dépourvu de romanesque. La PJ de Grenoble est cette fois remplacée par l’Inspection Générale de la Police Nationale et l’immersion est totale. Dominik Moll coécrit là encore le scénario avec l’excellent Gilles Marchand (lui-même solide metteur en scène de Qui a tué Bambi ?, L’Autre monde et Dans la forêt) et les deux hommes, pour leur sixième collaboration, atteignent les sommets. Dossier 137 est un thriller passionnant, hypnotique, qui emporte le spectateur dans un monde peu aimable, ou plutôt peu aimé, car considéré comme « traître », celui des Boeuf-carottes (« Parce que quand ils t’attrapent, ils te laissent mitonner à p’tit feu » expliquait René dans Les Ripoux), qui se retrouvent face à leurs collègues, pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer au cours d’une action qui a mal tourné. Le problème, c’est que malgré les preuves en vidéo, qui accablent, chacun détient sa vérité, son point de vue, d’autant plus que les accusés étaient sur le terrain et avaient un angle, des arguments, le devoir d’agir. Dossier 137, au-delà d’être un extraordinaire exercice de style, c’est aussi un écrin pour une comédienne exceptionnelle, qui depuis dix ans avec Jusqu’à la garde de Xavier Legrand, s’est métamorphosée, comme si ce rôle lui avait permis de réaliser sa chrysalide. Ainsi, sept années après ce chef d’oeuvre instantané, Léa Drucker devait être à nouveau récompensée par le César de la meilleure actrice pour Dossier 137. Son discours, l’un des plus beaux de cette cérémonie, résume tout « En tournant ce film, j’ai pu comprendre de façon plus intime ce qui se joue dans cette zone de tension entre l’institution policière et les citoyens. Et à la difficulté du maintien de l’ordre. La vérité qui est parfois étouffée, et surtout la négation du statut des victimes. Nous sommes dans une période où la vérité est malmenée, où elle est abîmée. Très fragilisée. Où la profusion d’images et d’informations ne nous permettent pas toujours d’y voir clair. Je réalise plus que jamais combien le cinéma et les films nous offrent une respiration nécessaire, un temps pour vivre l’expérience de l’intérieur, pour adopter le point de vue de l’autre. Où la complexité peut exister, et où les nuances et les paradoxes nourrissent notre intelligence humaine et collective ». Dossier 137 ne juge pas, il montre, il écoute, donne à réfléchir, prend le temps de disséquer les rapports humains, le dialogue, ou l’incommunicabilité. Tout cela en deux heures, 120 minutes de grand spectacle, car Dossier 137 est aussi et avant tout – cela a souvent été oublié à sa sortie – un divertissement. Un film d’auteur, une attraction, un documentaire, un mélodrame, une étude sociologique, politique. C’est somptueux.

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