Test DVD / L’Homme de la cave, réalisé par Philippe Le Guay

L’HOMME DE LA CAVE réalisé par Philippe Le Guay, disponible en DVD le 15 février 2022 chez Ad Vitam.

Acteurs : François Cluzet, Jérémie Renier, Bérénice Bejo, Jonathan Zaccaï, Victoria Eber, Denise Chalem, Patrick Descamps, Ambroise James Di Maggio…

Scénario : Philippe Le Guay, Gilles Taurand & Marc Weitzmann

Photographie : Guillaume Deffontaines

Musique : Bruno Coulais

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

À Paris, Simon et Hélène décident de vendre une cave dans l’immeuble où ils habitent. Un homme, au passé trouble, l’achète et s’y installe sans prévenir. Peu à peu, sa présence va bouleverser la vie du couple.

Nous avions laissé François Cluzet dans le plus simple appareil à la fin de Normandie Nue de Philippe Le Guay. Trois ans plus tard, le comédien retrouve le réalisateur pour L’Homme de la cave, film diamétralement opposé au précédent, sur le fond comme sur la forme, puisqu’il s’agit ici d’un drame psychologique qui lorgne sur le thriller, le tout inspiré par une histoire vraie survenue à des amis du cinéaste il y a vingt ans. Troublant et glaçant, ce dixième long-métrage contraste avec les comédies qui ont fait le succès de Philippe Le Guay, Le Coût de la vie (2003), Les Femmes du 6e étage (2011) et Alceste à bicyclette (2013), mais se rapproche de la noirceur du formidable et « ken loachien » Trois Huit (2001), que le metteur en scène avait délaissé depuis. Le récit se focalise sur un couple marié – Hélène est catholique, Simon juif – et parents d’une adolescente, qui, ayant besoin d’argent pour financer quelques travaux, vendent leur cave dont ils n’ont plus l’utilité. C’est là que débarque un homme qui se précipite pour l’acquérir en payant rubis sur l’ongle. Un accord de vente est signé avec ce M. Fonzic. Comme Simon est du genre à faire confiance, il donne les clés à l’acquéreur avant la rédaction de l’acte notarial. Quand il réalise que non seulement l’homme habite dans la cave, mais que cet ex-professeur d’histoire a été radié de l’Éducation nationale pour propos négationnistes, il est trop tard : la bête immonde s’est installée dans sa vie et n’a pas l’intention d’être délogée…François Cluzet est réellement flippant dans la peau de ce monstre du quotidien, qui devient pour ainsi dire le croque-mitaine de la famille Sandberg, interprétée par Bérénice Bejo, Jérémie Rénier et Victoria Eber, belle révélation et vue dernièrement dans la série de science-fiction Parallèles sur Disney+. Sous tension du début à la fin, L’Homme de la cave instaure un malaise qui va crescendo, qui prend le spectateur aux tripes et se penche intelligemment sur le négationnisme, comme l’avait déjà fait avant lui Le Procès du siècle Denial de Mick Jackson, avec une petite touche de Fenêtre sur Pacifique Pacific Heights de John Schlesinger.

Coécrit par Philippe Le Guay, Gilles Taurand (Twist à Bamako, Réparer les vivants, Les Roseaux sauvages) et le journaliste-écrivain Marc Weitzmann, L’Homme de la cave entrecroise et dresse les portraits de Simon et de Jacques. Le premier a vécu en préférant ne pas parler du passé de sa famille. Celui-ci a même dissimulé à son épouse Hélène que leur appartement était celui où son grand-oncle s’était fait arrêter. Jeune quadra, Jacques, n’a jamais voulu que son histoire soit un poids dans son existence, que cela ne devait pas altérer son mode de vie, qu’il ne devait pas vivre constamment dans le devoir de mémoire, comme son frère David (Jonathan Zaccaï), qu’il retrouve d’ailleurs chaque dimanche. Le second a perdu son boulot de prof d’histoire pour avoir tenu des propos négationnistes dans sa classe, avant d’avoir été accusé d’apologie de crime contre l’humanité. Mais ça Simon et Hélène ne s’en doutaient évidemment pas avant de vendre leur cave à Jacques Fonzic.

Si Jérémie Rénier est impérial de colère retenue, grenade en sourdine désormais prête à exploser à n’importe quel moment, et Bérénice Bejo toujours impeccable depuis son passage chez Asghar Farhadi (Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes pour Le Passé), François Cluzet vole la vedette dans la peau d’un reptile pervers et dangereux tapis dans l’ombre, prêt à se jeter sur sa proie, qu’il encercle tout d’abord, avant de resserrer son étreinte jusqu’à l’étouffement. Il faut le voir déambuler dans son costume sombre, qui s’apparente à un uniforme ou une armure, qui se jette à la moindre occasion sur quelques esprits malléables, comme c’est le cas pour la jeune et influençable Justine, dont il perçoit les failles, afin de s’y engouffrer pour y instiller son venin, parvenant même à la faire douter…

Comme s’ils étaient lâchés dans un labyrinthe tortueux, angoissant et obscur, les personnages s’observent, se traquent et s’affrontent, impression renforcée par le décor du sous-sol aux canalisations suintantes, éclairé par le talentueux chef opérateur Guillaume Deffontaines (Des hommes, Jalouse, Ma Loute), qui reflète la psyché de Fonzic. Au final, L’Homme de la cave est incontestablement l’une des plus grandes réussites de Philippe Le Guay, injustement boudée dans les salles avec seulement 57.000 entrées.

LE DVD

Pas d’édition HD pour L’Homme de la cave, mais tout de même un DVD chez Ad Vitam ! La jaquette, glissée dans un boîtier Amaray classique de couleur blanche, reprend le visuel de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Trois minutes de scènes coupées complètent la sortie de la première visite de la cave par Fonzic, ainsi que les rapports de Simon avec certains de ses voisins. Une autre séquence dévoile un message en vidéo laissé à Simon par Fonzic.

L’éditeur joint aussi l’intervention de François Cluzet, Philippe Le Guay et de Valérie Igounet (historienne, chercheuse au CNRS et politologue) à l’émission Ça vous regarde : plongée dans le négationnisme, diffusée sur la chaîne LCP – Assemblée Nationale (17’). Lors de ce débat animé par l’excellente Myriam Encaoua, ses invités reviennent sur le fait divers à l’origine de L’Homme de la cave, sur le personnage de Fonzic et sur la différence entre négationnisme et révisionnisme. Le comédien explique comment il a pu créer ce personnage, un monstre « présentable et serviable », tandis que l’auteure d’Histoire du négationnisme en France (Le Seuil, coll. « La Librairie du XXe siècle », 2000) retrace les origines de cette doctrine.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Ad Vitam soigne le master SD de L’Homme de la cave, qui se révèle exemplaire. Les contrastes sont d’une densité rarement démentie, à part peut-être durant les séquences tamisées où l’image paraît plus douce et moins affûtée, mais cela demeure franchement anecdotique. La clarté est frappante, les gros plans détaillés et la colorimétrie reste chatoyante, riche et bigarrée, entre le froid de la cave et le feutré de l’appartement des Sandberg.

Le spectateur a le choix entre les pistes Dolby Digital 5.1 et 2.0. Notre préférence va pour la première qui instaure un confort acoustique très plaisant, une spatialisation musicale convaincante et des effets latéraux probants. Les ambiances naturelles sont présentes, la balance frontale est toujours dynamique et équilibrée, et le report des voix solide. La piste stéréo est évidemment plus plate, mais riche et remarquablement équilibrée. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Ad Vitam / Les Films des Tournelles / BIG SUR FILMS / France 2 Cinéma / Caroline Bottaro / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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