Test DVD / Il Medico della mutua, réalisé par Luigi Zampa

IL MEDICO DELLA MUTUA réalisé par Luigi Zampa, disponible en DVD le 16 juin 2020 chez Tamasa Diffusion.

Acteurs : Alberto Sordi, Sandro Merli, Leopoldo Trieste, Sara Franchetti, Bice Valori, Nanda Primavera, Evelyn Stewart, Claudio Gora…

Scénario : Sergio Amidei, Alberto Sordi, Luigi Zampa d’après le roman de Giuseppe D’Agata

Photographie : Ennio Guarnieri

Musique : Piero Piccioni

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Guido Tersilli est un jeune médecin généraliste, dépourvu de patients mais désireux de faire carrière. Après avoir travaillé dans un hôpital, il prend conscience de la concurrence féroce qui agite le milieu médical. Il devient astucieux et décide de séduire la femme d’un médecin de la « Mutua », sur le point de rendre l’âme et qui a dans son portefeuille au moins 2000 patients…

Ce n’est un secret pour personne, du moins pour les cinéphiles, le cinéma italien a été l’un des plus inspirés, l’un des plus prolifiques et l’un des plus grands tout simplement dans les années 1960-70. Du cinéma d’auteur représenté entre autres par Michelangelo Antonioni et Pier Paolo Pasolini, au cinéma d’exploitation où tous les genres étaient abordés, du polar en passant par le western et les films érotiques, tous les passionnés du septième art n’auront jamais assez d’une vie pour découvrir toutes les perles connues ou dissimulées du cinéma transalpin. La comédie a évidemment connu ses grandes heures avec à la caméra les illustres Dino Risi, Mario Monicelli, Ettore Scola, et devant l’objectif les « monstres », Marcello Mastroianni, Vittorio Gassman, Ugo Tognazzi, Nino Manfredi et Alberto Sordi. Ce dernier demeure encore aujourd’hui l’un des comédiens les plus aimés de toute cette génération. Archétype, au sens noble du terme, du Romain dans le cinéma italien, Alberto Sordi aura magnifié l’homme lâche, mais pouvant faire acte de bravoure quand il s’agit de s’en sortir dans cette Italie du Boom économique qui en a laissé sur le carreau pendant que d’autres, mieux nés, pouvaient s’octroyer une part importante du gâteau. Dans sa filmographie on ne peut plus conséquente on peut citer Le Cheik blanc (1952) de Federico Fellini, Une fille formidable (1953) de Mauro Bolognini, Un héros de notre temps (1955) et La Grande Guerre (1959) de Mario Monicelli, Le Veuf (1959) et Une vie difficile (1961) de Dino Risi, Le Commissaire (1962) de Luigi Comencini, Il boom (1963) de Vittorio De Sica. Avant d’entamer les années 1970, qui seront marquées pour lui de rôles plus sombres et emblématiques de la situation politique et sociale de l’Italie, Alberto Sordi avait également collaboré avec un cinéaste moins renommé, Luigi Zampa (1905-1991). Les deux hommes s’associeront à six reprises, de 1954 avec L’Art de se débrouillerL’arte di arrangiarsi à Bello, onesto, emigrato Australia sposerebbe compaesana illibata en 1972. Sorti en 1968, Il Medico della mutua est le quatrième film mis en scène par Luigi Zampa avec Alberto Sordi en tête d’affiche. Chef d’oeuvre complètement méconnu en France où il a été exploité sous le titre infâme du Gynéco de la mutuelle, mais triomphe dans son pays, Il Medico della mutua est un constat implacable sur l’état de la médecine moderne, sur l’enrichissement de ceux qui l’exercent et sur celles et ceux qui profitent du système. Comme d’habitude, Alberto Sordi y est immense et sa prestation digne de figurer au panthéon du genre.

Le Dr Guido Tersilli est un jeune diplômé en médecine qui aspire à ouvrir un cabinet médical à Rome. Il a soif de revenus car il doit capitaliser sur les sacrifices consentis par sa mère veuve pour le faire étudier. L’accord avec la mutuelle apparaît comme le moyen le plus simple de gagner : plus vous empruntez, plus vous gagnez, car l’emprunteur, bénéficiant de visites et de médicaments totalement gratuits, affirme que le médecin prescrit tous les types de médicaments, même les plus inutiles. Ainsi commence la recherche effrénée d’emprunteurs, avec quelques astuces, la mère et la fiancée Teresa parviennent à démarrer l’entreprise de Guido. Pour acquérir un peu d’expérience, Tersilli travaille gratuitement dans un hôpital où, grâce à son carriérisme, il parvient à entrer dans les grâces de religieuses qui l’aident en s’adressant à certains patients, en même temps il attire l’ire de collègues à qui essaie de voler les emprunteurs. Pour faire le saut qualitatif, Guido rend visite au Dr Bui, un médecin âgé mourant qui a rassemblé plus de 2300 emprunteurs au cours de sa carrière. En apprenant que ses collègues de l’hôpital attendent la mort de Bui pour partager ses prêts, il fait semblant de tomber amoureux de sa femme Amelia qui croit en son amour et convainc son mari de lui accorder tous les prêts.

La comédie italienne a fait le bonheur des spectateurs en dressant de multiples portraits de monstres. Il Medico della mutua ne déroge pas à la règle, même si le scénario démontre en plus comment un individu somme toute intègre et honnête en début de film, se métamorphose petit à petit en essayant de faire sa place dans la société, en étant poussé par sa propre mère, envahissante, calculatrice et obstinée. Agé de près de cinquante ans au moment du tournage, Alberto Sordi parvient à donner à son personnage une dimension enfantine, comme un gamin lâché dans la fosse aux lions à qui l’on demanderait de se débrouiller pour obtenir la plus grande part de la viande faisandée qu’on lui donne en pâture. Si Guido Tersilli peine tout d’abord à se composer une clientèle, malgré les efforts de sa mère ou de sa fiancée, il prend très vite conscience que le système de santé conventionné permet quelques abus, au personnel soignant comme aux patients, et entreprend de jouer comme ses féroces concurrents, n’hésitant pas à user de ses charmes (qu’il ignorait alors) en séduisant la future veuve d’un praticien épuisé qui laissera derrière lui plusieurs milliers de patients !

D’après une idée et un roman de Giuseppe D’Agata et sur un scénario en béton de Sergio Amidei (Rome, ville ouverte, Un bourgeois tout petit, petit, Détenu en attente de jugement), Alberto Sordi lui-même et de Luigi Zampa, Il Medico della mutua démontre le talent colossal d’un cinéaste, ancien diplômé du célèbre Centro Sperimentale di Cinematografia de Rome, bien trop sous-estimé en France, dont le ton grinçant, ironique, drôle et sarcastique contrastait souvent avec ses sujets graves qui incitaient à la réflexion quant à la situation d’un pays embourbé dans une crise et au bord de l’implosion. Le succès d’Il Medico della mutua sera démentiel (10 millions d’entrées) et au-delà de ses répercussions nationales, entraînera une suite l’année suivante, Il prof. dott. Guido Tersilli primario della clinica Villa Celeste convenzionata con le mutue, réalisée par Lucian Salce.

LE DVD

Le DVD disponible chez Tamasa Diffusion repose dans un slim digipack cartonné qui comprend également un petit livret de 16 pages illustré et contenant un portrait de Luigi Zampa par Jean-François Rauger, ainsi qu’un portrait d’Alberto Sordi par Anne Dessuant. Le menu principal est fixe et musical.

C’est avec un grand bonheur que nous découvrons la présence de Jean-Baptiste Thoret pour un supplément en vidéo. Pendant près d’une demi-heure, le critique et historien du cinéma présente longuement la carrière, les intentions, les thèmes de prédilection et les collaborations du cinéaste Luigi Zampa, qu’il estime oublié en France, à l’instar de ses confrères Alberto Lattuada ou Pietro Germi. Jean-Baptiste Thoret indique qu’il s’agit pourtant d’un des réalisateurs les plus intéressants et passionnants du cinéma italien. Il analyse ensuite Il Medico della mutua et le replace dans la filmographie de Luigi Zampa. Le fond et la forme se croisent sur un rythme soutenu, avec un flot ininterrompu d’informations sur la production, ainsi que sur le triomphe du film, devenu un phénomène de société.

L’Image et le son

Posséder Il Medico della mutua en DVD était inespéré. Le film de Luigi Zampa renaît de ses cendres chez Tamasa dans une copie d’une propreté souvent hallucinante et restaurée 2K. Point d’artefacts de la compression à signaler, aucun fourmillement, les couleurs se tiennent, le master est propre, immaculé, stable, les noirs plutôt concis et les contrastes homogènes. Le cadre fourmille souvent de détails, le piqué est joliment acéré, les partis pris du célèbre directeur de la photographie Ennio Guarnieri (Les Jours comptés d’Elio Petri, Le Lit conjugal de Marco Ferreri, Médée de Pier Paolo Pasolini) sont bien restitués. Certains plans rapprochés tirent agréablement leur épingle du jeu avec une qualité technique quasi-irréprochable.

Le confort acoustique est largement assuré par la piste mono d’origine italienne. Seule cette version est disponible. Le mixage affiche une ardeur et une propreté remarquables, créant un spectre phonique fort appréciable et un bel écrin pour la musique du mythique Piero Piccioni. Les effets et les ambiances sont nets. Les sous-titres ne sont pas imposés.

Crédits images : © 1968 Minerva Pictures – TDR / Tamasa Diffusion / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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