Test DVD / Le Désert de la peur, réalisé par J. Lee Thompson

LE DÉSERT DE LA PEUR (Ice Cold in Alex) réalisé par J. Lee Thompson, disponible en DVD le 16 juin 2020 chez Tamasa Diffusion.

Acteurs : John Mills, Sylvia Syms, Anthony Quayle, Harry Andrews, Diane Clare, Richard Leech, Liam Redmond, Allan Cuthbertson…

Scénario : T.J. Morrison, Christopher Landon

Photographie : Gilbert Taylor

Musique : Leighton Lucas

Durée : 2h05

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un groupe de secours de l’armée anglaise se retrouve séparé des troupes dans le Sahara. Le chemin à parcourir est long et difficile. Le leader de l’équipe ne peut s’empêcher de rêver à la bière glacée qu’il pourra s’offrir en arrivant à Alexandrie.

Réalisateur britannique passé à la postérité avec Les Canons de Navarone (1961) et Les Nerfs à vif (1962), tous deux avec Gregory Peck, J. Lee Thompson (1914-2002) a déjà près de dix films à son actif quand il entreprend Ice Cold in Alex en 1958, connu en France sous le titre Le Désert de la peur. Excellent technicien et ayant dirigé les plus grands acteurs, on lui doit également Tarass Boulba (avec Tony Curtis et Yul Brynner), La Conquête de la planète des singes (1972) suivi l’année suivante de La Bataille de la planète des singes (1973), ainsi que moult longs métrages avec Charles Bronson, avec lequel il s’associera sur près d’une dizaine de films dont le désormais culte (malgré-lui) Le Justicier braque les dealers (1987). Pour l’heure, Ice Cold in Alex est visiblement inspiré d’une histoire vraie comme l’indique un carton en début de film, mais aussi du roman éponyme de l’auteur anglais Christopher Landon. Formidable thriller, road-movie, film de guerre et drame psychologique situé dans le désert de Libye pendant la guerre, Le Désert de la peur se focalise sur une poignée de personnages réunis par le destin, en raison d’une situation exceptionnelle, qui trouveront une forme de rédemption, un refuge, ainsi qu’une sécurité dans ce groupe improvisé. Des thèmes qui seront récurrents dans le cinéma de J. Lee Thompson, tout comme cette prédilection pour les antihéros complexes, qui se révéleront aux autres ainsi qu’à eux-mêmes après un long et périlleux voyage initiatique. Immense réussite, Le Désert de la peur a été un véritable triomphe à sa sortie en Angleterre. A connaître absolument.

Le capitaine Anson, l’officier commandant une compagnie britannique d’ambulance, souffre de fatigue au combat et d’alcoolisme. Au cours de la campagne du désert occidental de la Seconde Guerre mondiale, quand il est évident que Tobrouk est sur le point d’être assiégé par l’Afrika Korps, Anson et la plupart de son unité reçoivent l’ordre d’évacuer vers Alexandrie. Pendant l’évacuation, Anson, MSM Tom Pugh et deux infirmières, Sœur Diana Murdoch et Sœur Denise Norton, se sont séparés des autres dans une ambulance surnommée «Katy». Le quatuor décide de traverser le désert. En partant, ils rencontrent un officier afrikaner Sud-Africain, le capitaine Van der Poel, qui porte un gros bagage auquel il semble très attaché. Après que le Sud-Africain ait montré à Anson deux bouteilles de gin dans son sac à dos, Van der Poel persuade Anson de le laisser rejoindre leur route vers la sécurité des lignes britanniques à Alexandrie, en Égypte. Sur la route, le groupe rencontre divers obstacles, dont un champ de mines, un ressort de suspension cassé (lors de son remplacement, Van der Poel sauve le groupe grâce à sa force surhumaine), et le terrain dangereux de la dépression de Qattara. Le danger est omniprésent. Anson jure alors de ne plus boire d’alcool jusqu’à ce qu’il puisse avoir une «bière blonde glacée à Alex ».

A la découverte du Désert de la peur, on se dit qu’il est impossible que l’écrivain René Havard n’ait pas vu le film de J. Lee Thompson avant d’écrire son roman Un taxi pour Tobrouk, publié en 1961 et dont Denys de La Patellière tirera un film du même nom la même année. Beaucoup de points communs et coïncidences troublantes nous font penser cela, que ce soit au niveau des personnages, leurs interactions, le décor dans lequel ils évoluent et les rebondissements, tout comme dans la mise en scène, souvent serrée sur les visages. Ice Cold in Alex repose avant tout sur des acteurs exceptionnels, John Mills (Chaussure à son pied, Les Grandes espérances), Sylvia Syms (Visa pour Hong Kong, The Queen), Anthony Quayle (Lawrence d’Arabie, Les Mutinés du Téméraire), Harry Andrews (La Colline des hommes perdus, Moby Dick) et Diane Clare (La Maison du diable), la crème du cinéma britannique. Chaque personnage est subtilement dessiné, y compris les protagonistes féminins, alors trop souvent oubliés dans les films de guerre à cette époque.

Ice Cold in Alex compile les morceaux de bravoure, les scènes tendues avec une excellente maîtrise du suspense par J. Lee Thompson, qui sait filmer ses acteurs et démontre ici toute l’étendue de son bagage technique, pour la première fois dans un film tourné en dehors de l’Angleterre. On pense bien sûr au Salaire de la peur (1953) de Henri-Georges Clouzot, qui a vraisemblablement inspiré le réalisateur, surtout pour l’incroyable séquence où les personnages sont englués dans la dépression de Qattara, où une grande mer de sable remplacerait le pétrole. Toutes proportions gardées, l’ascension quasiment à mains nues du camion jusqu’au sommet d’une dune, annonce le projet fou de Fitzcarraldo qui désirait hisser son bateau pour rejoindre l’Ucayali par l’autre versant.

Pas un seul moment de répit n’est laissé aux protagonistes, ni aux spectateurs, durant plus de deux heures. Complètement méconnu et dissimulé derrière Les Canons de Navarone qui sortira trois ans plus tard, Le Désert de la peur n’a pourtant rien à lui envier et demeure encore aujourd’hui un exemple de film à grand spectacle et intimiste.

LE DVD

On se réjouit de voir Le Désert de la peur arriver dans les bacs en DVD en France ! Et c’est sous la bannière de Tamasa Diffusion que le film de J. Lee Thompson est proposé dans un Slim Digipack qui arbore des couleurs flamboyantes. Ce Digipack contient un livret de 16 pages comprenant une analyse du film par Charlotte Garson. Le menu principal est fixe et musical.

Spécialiste de J. Lee Thompson, auquel il a d’ailleurs consacré un ouvrage, Steve Chibnall replace Le Désert de la peur dans la filmographie conséquente et éclectique du réalisateur britannique (13’). Il y évoque les grandes étapes de son parcours, les thèmes qui se détachent de ses longs-métrages (avec une prédilection pour les antihéros), tout en parlant de la production, des conditions de tournage, du casting, de la psychologie des personnages, des soucis avec la censure et de la sortie triomphale de Ice Cold in Alex au Royaume-Uni, ainsi qu’au Festival de Berlin où le film s’est vu remettre le Prix de la critique. L’ensemble est souvent illustré par de belles photos de plateau.

La comédienne Sylvia Syms apparaît ensuite pour partager ses très nombreux souvenirs liés au tournage du Désert de la peur (13’). Les anecdotes s’enchaînent et l’actrice (née en 1934) se remémore le travail avec ses partenaires, sa collaboration avec J. Lee Thompson, mais aussi et surtout des difficultés liées aux conditions climatiques ou les nuées de mouches envahissaient le plateau.

Enseignante à l’université d’East Anglia, Melanie Williams présente et analyse à son tour Ice Cold in Alex (16’). Si l’on retrouve quelques arguments déjà entendus dans l’intervention de Steve Chibnall, celle de Melanie Williams est plus étayée et riche en informations. Cette dernière insiste entre autres sur le rôle tenu par Sylvia Syms, qui contrastait avec les personnages féminins habituels (ou souvent absents) des films de guerre des années 1950, même si elle ne peut s’empêcher de critiquer le fait que Diana est responsable de l’incident qui entraîne la chute de l’ambulance après les heures passées à avoir tenté de lui faire franchir la dune. Le placement de produit lié à la bière Carlsberg, scène utilisée dans une pub dans les années 1980 et qui clôt le film est également abordé. Melanie Williams en fait peut-être un peu trop en disant qu’il s’agit d’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur film de guerre des années 1950, mais on ne lui en veut pas pour ça.

L’Image et le son

On pourra sans doute trouver le grain original bien trop atténué, mais ce master Standard de Ice Cold in Alex ne manque pas d’attraits. La copie récemment restaurée (4K) est lumineuse, très propre, le N&B clair et bien contrasté. L’ensemble est stable et le cadre 1.66 (16/9) est détaillé avec notamment des gros plans sur les acteurs plutôt impressionnants. Un lifting de très bonne qualité, hormis sur les quelques stockshots visibles comme le nez au milieu de la figure, et l’on regrette très sincèrement de ne pas bénéficier du Désert de la peur en Haute-Définition !

Seule la version originale, remastérisée, est disponible sur ce titre. Le confort acoustique est assuré, propre, sans souffle. Les quelques déflagrations sont percutantes. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © 1958 Studiocanal Films LTD / Tamasa Diffusion / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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