Test Blu-ray / Otalia de Bahia, réalisé par Marcel Camus

OTALIA DE BAHIA réalisé par Marcel Camus, disponible en Blu-ray le 14 décembre 2023 chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Mira Fonseca, Maria Viana, Antonio Pitanga, Jofre Soares, Zeni Pereira, Djalma Correa, Mãe Massu, Emmanuel Cavalcanti…

Scénario : Marcel Camus & Jorge Amado, d’après le roman de ce dernier, Les Pâtres de la nuit

Photographie : André Domage

Musique : Walter Queiroz, Antônio Carlos & Jocáfi

Durée : 2h01

Date de sortie initiale : 1976

LE FILM

Années 1970 – Dans les quartiers pauvres de Salvador, sur les hauteurs de Bahia, vit une communauté composée de personnages pittoresques et chaleureux. Ils ont pour nom Coq Fou, Ygrec, Massu, Rosa Moustache… et Otalia. Cette dernière, prostituée au service de Dona Tiberia, est amoureuse du caporal Martim. Cette bande de joyeux drilles partage une passion commune pour la musique, la danse et l’amour. Mais leur pauvreté les confronte aussi régulièrement à la police.

Ancien assistant de Jacques Becker (Antoine et Antoinette, Édouard et Caroline, Casque d’Or), de Marc Allégret (La Demoiselle et son revenant), d’Henri Verneuil (L’Ennemi public numéro un) et même de Luis Buñuel (Cela s’appelle l’aurore), Marcel Camus (1912-1982) passe à son tour derrière la caméra en 1957 avec Mort en fraude, drame qui fait frémir les critiques et qui écope d’une interdiction dans les territoires français d’outre-mer en raison de son sujet, la politique française en Indochine. La consécration internationale vient très rapidement, puisqu’en 1959, Marcel Camus signe Orfeu Negro, 3,7 millions d’entrées en France et lauréat de la Palme d’or au Festival de Cannes, ainsi que de l’Oscar du meilleur film étranger. Suivront encore sept longs-métrages, parmi lesquels Le Chant du monde (1965) avec Catherine Deneuve et Charles Vanel, d’après le roman de Jean Giono, ainsi que Le Mur de l’Atlantique, son plus grand succès commercial, sorti juste après la mort prématurée de Bourvil. Otalia de Bahia (1975) est son dernier opus signé pour le cinéma et sans doute l’un des plus représentatifs de la carrière du réalisateur. Cette adaptation du roman de Jorge Amado, Os pastores da noiteLes Pâtres de la nuit, permet au metteur en scène de célébrer le Brésil, pays qu’il affectionnait tout particulièrement et dont ses deux compagnes, Marpessa Dawn et Lourdes de Oliveira, vedettes d’Orfeu Negro, étaient d’ailleurs originaires. Festival de couleurs et de danses, où sont célébrées les traditions, les superstitions et la jouissance de vivre, Otalia de Bahia se place sur le fil tendu entre la fiction et le documentaire, dresse le portrait de plusieurs personnages originaux, composantes essentielles d’un groupe soudé, sur lequel trône la femme, la mère, l’amante et la putain, sans qui l’homme ne serait qu’un minable des rues. Une étonnante découverte doublée d’un plaisir visuel de chaque instant.

La Rafale, qui rêve de 400 mulâtresses qu’il ferait venir de Paris, Curio, étemel romantique cent fois amoureux, Massu, colosse qui défend l’Ygrec et sa guitare, Coq Fou, philosophe du groupe, Dona Tiberia, imposante matrone qui règne sur les filles de son accueillante maison et par-dessus tout, Martim, joueur, buveur et beau garçon, composent une partie de la communauté animée de Mata-Gato, quartier de Bahia abandonné des dieux riches et des hommes bien nés. De nombreux événements secouent le clan, notamment le baptême d’un fils insoupçonné de Massu, lequel précède de peu l’attaque de Mata-Gato par la police que dirige l’infâme Miguel Cigare… Et puis, dans la maison de Dona Tiberia, est arrivée Otalia, prostituée au coeur gros comme ça, qui s’est amourachée de Martim. Hélas, poursuivi par Miguel Cigare, le jeune homme est forcé de s’enfuir. Il revient de son exil, encombré de la volcanique Marialva. Furieuse de voir Martim regarder tendrement la jolie Otalia, Marialva encourage la passion qu’éprouve Curio à son égard. Celui-ci souffre mille morts à la pensée de trahir son ami.

Dans Otalia de Bahia, tous les hommes et toutes les femmes explosent de vie, de sentiments, pas de demi-mesure. On peut aimer à en perdre la tête, ou tout simplement se consumer d’amour jusqu’à en laisser sa santé ou même l’existence. Mais parallèlement, on saute de joie à l’idée que le soleil s’est encore levé sur les quartiers défavorisés de Salvador de Bahia, car ce sera encore une journée pour bavarder, trinquer (la cachaça coule à flots), danser, baiser…La femme est au centre d’Otalia de Bahia, elle est y est même dans le titre du film, incarnée par la magnifique Mira Fonseca dans son unique apparition au cinéma. Il y a aussi Marialva, qui deviendra malgré elle la rivale d’Otalia puisque Martim, contre toute attente, l’épousera, même s’il finira par « l’offrir » à Curio, pour le remercier de ne pas l’avoir fait cocu. Si Marialva finira par s’en aller, furieuse, sous les huées des habitants de Mata Gato, Curio ne profitera même pas cette opportunité et préférera batifoler avec une voyante.

Le point central de l’intrigue demeure la relation entre Otalia et Martim, qui aboutira au point de non-retour, jusqu’au final bouleversant, qui donne encore plus furieusement envie de profiter de chaque jour comme s’il s’agissait du dernier. Otalia de Bahia a beau avoir un fond triste et mélancolique, il n’en reste pas moins un film solaire et optimiste, bourré d’énergie contagieuse, où chaque personnage, malgré leurs contradictions et même leurs mauvais penchants, restent foncièrement sympathiques. De plus, l’incommensurable beauté de la photographie d’André Domage (La Grande vadrouille, Le 4e pouvoir, Gwendoline) éblouit à chaque instant, tout comme celle de la bande-originale et des décors naturels.

LE DIGIBOOK

Une fois n’est pas coutume, c’est même d’ailleurs une première d’après nos souvenirs, Le Chat qui fume édite Otalia de Bahia sous la forme d’un Digibook. Le Blu-ray est solidement harnaché aux côtés d’un superbe livret, magnifiquement illustré, comprenant le dossier de presse original. Le menu principal est animé et musical.

En plus de la bande-annonce (à ne pas rater), l’éditeur nous propose un entretien d’époque avec Marcel Camus (6’), enregistré à l’occasion de la sortie d’Otalia de Bahia au cinéma. Le réalisateur, posément, y évoque ses précédents longs-métrages (y compris le fait que quatre d’entre-eux se passent dans des contrées lointaines), en insistant sur le fait qu’il a surtout fait du cinéma pour voyager. Il parle également de son attachement, de son amour plutôt, pour le Brésil (« où les habitants magnifient la moindre petite chose »), avant d’évoquer plus précisément son adaptation du roman de Jorge Amado, ses intentions et ses partis-pris.

L’Image et le son

Le Chat qui fume présente une restauration 4K d’Otalia de Bahia, sans doute réalisée à partir du négatif original. Aucune poussière, pas de décrochages chromatiques ni de fluctuations de l’étalonnage, cette édition Blu-ray en met plein les yeux et permet de (re)découvrir l’oeuvre de Marcel Camus dans des conditions techniques splendides. Le point fort de cette mouture HD demeure incontestablement la flamboyance et la luminosité de la copie. L’éblouissante photographie retrouve probablement ici toute sa vivacité. L’encodage AVC est évidemment solide comme un roc, le cadre respecté fourmille de détails, le piqué est ahurissant de précision, les noirs sont denses, le grain cinéma présent et le relief n’en finit pas d’impressionner.

La version originale DTS-HD Master Audio 2.0 proposée permet de se fondre délicatement dans l’atmosphère du film. Aucun souffle à déplorer, les voix sont solidement délivrées, la musique pétaradante, les silences (rares ceci dit) olympiens. La piste française, beaucoup plus anecdotique et au charme moins évident, place les voix de façon un peu lointaine sur certaines séquences et l’ensemble n’est pas aussi percutant ou homogène qu’en portugais.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Mediawan / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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