Test Blu-ray / L’Honneur d’un capitaine, réalisé par Pierre Schoendoerffer

L’HONNEUR D’UN CAPITAINE réalisé par Pierre Schoendoerffer, disponible en Blu-ray le 1er mai 2022 chez Studiocanal.

Acteurs : Jacques Perrin, Nicole Garcia, Georges Wilson, Charles Denner, Claude Jade, Robert Etcheverry, Georges Marchal, Jean Vigny…

Scénario : Jean-François Chauvel, Pierre Schoendoerffer & Daniel Yonnet

Photographie : Bernard Lutic

Musique : Philippe Sarde

Durée : 2h

Date de sortie initiale : 1982

LE FILM

Paris 1982. 20 ans sont déjà passés depuis la fin de la guerre d’Algérie. Au cours d’une émission télévisée consacrée au conflit, un professeur de la Sorbonne accuse Martin Caron, un officier tué lors des derniers combats, d’avoir été un tortionnaire et un criminel. Sa veuve décide de laver l’honneur de son mari…

1977, Pierre Schoendoerffer (1928-2012) réalise Le Crabe-Tambour, qui attire 1,2 million de spectateurs dans les salles, se voit récompenser par six nominations aux César l’année suivante et en obtient trois, ceux du Meilleur acteur pour Jean Rochefort, du Meilleur acteur dans un second rôle pour Jacques Dufilho et de la Meilleure photographie pour Raoul Coutard. Cinq ans plus tard, L’Honneur d’un capitaine ne connaîtra pas le même engouement avec seulement 418.000 entrées, dépassé alors par le triomphe inattendu du documentaire L’Amérique interdite de Romano Vanderbes et de Class 1984 de Mark L. Lester. Rétrospectivement, le septième long-métrage du cinéaste (en tenant compte de La Passe du diable, coréalisé avec Jacques Dupont, et en écartant ses documentaires) apparaît comme étant le plus sobre dans son dispositif, puisqu’il s’agit d’un film de procès, se déroulant essentiellement dans un tribunal, avec différents apartés centrés sur les agissements du capitaine, élégamment campé par feu Jacques Perrin. Ce dernier est monté en grade, puisqu’après avoir joué un sous-lieutenant dans La 317e Section (1965) et un lieutenant dans Le Crabe-Tambour (1977), le voici promu capitaine. Comme d’habitude, Pierre Schoendoerffer n’y va pas de main morte et fonce tête baissée en abordant un sujet encore tabou, en l’occurrence la guerre d’Algérie, en exposant constamment les arguments des deux partis adverses. Dommage que la mise en scène s’avère paresseuse, surtout durant les très longs passages de procès, qui pâtissent également d’un gros manque de rythme, car le propos reste évidemment passionnant et l’interprétation brillante.

« C’est ça la guerre ? ».

Lors d’un débat télévisé sur la guerre d’Algérie au début des années 1980, le professeur Paulet dénonce les méthodes du capitaine Caron, tué au combat en 1957. La veuve du capitaine, Patricia, décide d’intenter un procès en diffamation à Paulet. Elle est représentée par son oncle bâtonnier et par une amie, la jeune avocate Maître Valouin de Quimper ; Paulet, lui, est défendu par Maître Gillard. Le procès passe au crible les dix-neuf jours de commandement de Caron, dont Paulet prétend qu’ils ont commencé par l’exécution d’un traître algérien. Les anciens de la compagnie se succèdent à la barre et l’on apprend que le capitaine n’est arrivé à la tête du bataillon que le lendemain de l’exécution, afin de rétablir l’ordre. Dix-huit jours de commandement et non dix-neuf, souligne l’avocate Valouin : Caron n’est donc pas responsable de cette exécution. L’attention se porte alors sur une opération menée par Caron lors de laquelle un fellagha a été fait prisonnier et exécuté.

« C’était comme ça là-bas… ».

Tout le film de Pierre Schoendoerffer jouera sur cette nuance des responsabilités respectives. Ainsi, pour évoquer le dénouement (?), Patricia (merveilleusement incarnée par la magnifique Nicole Garcia) et ses avocats finissent par démontrer que l’exécution est l’effet d’une méprise (un peu facile c’est vrai) sur l’ordre « descendez-le » donné à la radio par Caron, qui demande que l’on amène le prisonnier à son PC, en contrebas de la zone de combat. Mais le procès (sans fin) est relancé, quand, ne s’avouant pas vaincu, Paulet met encore le capitaine en cause en dénonçant la disparition d’un villageois proche des fellaghas. Là non plus, la culpabilité de Caron n’est pas prouvée, et l’universitaire (homme de gauche ayant soutenu en son temps la cause du FLN) est finalement condamné à un franc symbolique pour diffamation. Mais Pierre Schoendoerffer est malin et se permettra d’apporter une nouvelle ambiguïté au détour d’une réplique, quelques secondes avant le générique, tandis que Patricia s’éloigne vers la mer. Alors réhabilité ou pas ? Le choix appartiendra au spectateur.

La sortie de L’Honneur d’un capitaine s’est accompagnée d’un petit parfum de scandale, car il ne faisait pas bon de reparler de « la guerre sans nom ». Le personnage principal du film de Pierre Schoendoerffer, apprend brutalement que son mari, qu’elle a en réalité à peine connu, n’était peut-être pas irréprochable, mais décide tout de même de défendre sa mémoire. L’ensemble vaut pour les divers flash-backs qui retracent les derniers jours du Capitaine Caron, qui manquent certainement de moyens, mais qui n’en restent pas moins rigoureux dans la reconstitution du conflit armé, ainsi que pour la très grande classe du casting, Nicole Garcia et Jacques Perrin donc, mais aussi Charles Denner et Georges Wilson qui se livrent à un duel captivant, où s’incruste la douce Claude Jade. Parmi les seconds voire troisièmes couteaux, se distinguent Christophe Malavoy et Florent Pagny, qui seront à l’affiche la même année dans La Balance de Bob Swaim.

A part cela, la photographie de Bernard Lutic (Le Roi de Paris) et la musique de Philippe Sarde n’apportent pas grand-chose si ce n’est un aspect téléfilm de luxe. En définitive, ces partis-pris standards s’accordent au discours du film qui a volontairement le cul entre deux chaises (ce qui peut souvent ennuyer), même si au bout du compte on se souviendra plus des points positifs, du courage et de l’engagement du cinéaste.

LE BLU-RAY

Tout d’abord édité en DVD par DVDY Films en 1999, avant d’être repris par Studiocanal en 2008, L’Honneur d’un capitaine avait disparu des bacs depuis belle lurette. Le film de Pierre Schoendoerffer renaît de ses cendres, toujours chez le même éditeur, en Blu-ray cette fois. La jaquette au visuel sobre est glissée dans un boîtier classique de couleur bleue. Le menu principal est fixe et muet.

Aucun Supplément…

L’Image et le son

L’élévation HD pour L’Honneur d’un capitaine est frappante. Fort d’un master au format respecté et d’une compression AVC qui consolide l’ensemble, ce Blu-ray en met plein les yeux dès les premiers plans. La restauration est étincelante, les contrastes d’une indéniable densité, la copie est propre et lumineuse. Les détails étonnent souvent par leur précision, les gros plans sont détaillés à souhait, les couleurs retrouvent un éclat inespéré, le relief des séquences diurnes est inédit et le piqué demeure acéré. Un superbe lifting.

Ce mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un confort acoustique total. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. La composition martiale de Philippe Sarde jouit également d’un écrin phonique somptueux. L’éditeur joint les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Studiocanal / TF1 Films Production / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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