Test Blu-ray / Les Tueurs de la lune de miel, réalisé par Leonard Kastle

LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL (The Honeymoon Killers) réalisé par Leonard Kastle, disponible en DVD et Blu-ray, depuis le 25 novembre 2021 chez BQHL Éditions.

Acteurs : Shirley Stoler, Tony Lo Bianco, Dorothy Duckworth, Doris Roberts, Marilyn Chris, Mary Jane Higbee, Kip McArdle, Barbara Cason…

Scénario : Leonard Kastle

Photographie : Oliver Wood

Musique : Gustav Malher

Durée : 1h47

Date de sortie initiale: 1970

LE FILM

Martha Beck n’est qu’une inoffensive infirmière aux formes généreuses. Du moins jusqu’au jour où elle répond à l’annonce matrimoniale des « Cœurs solitaires » de Raymond Fernandez, gigolo et arnaqueur au mariage. Désormais inséparables, liés par la même passion subversive, ils écument les États-Unis, piègent veuves et femmes seules pour les voler d’abord. Les assassiner sauvagement ensuite.

Les Tueurs de la lune de miel The Honeymoon Killers est inspiré d’un fait divers, d’une histoire vraie, d’un couple authentique. Raymond Martinez Fernandez et Martha Beck. L’homme d’origine hispanique rencontre Martha Beck par l’intermédiaire d’une petite annonce, auxquelles il prend l’habitude de répondre, écrites par quelques vieilles filles toujours à la recherche du prince charmant. Cela devient un rituel, Raymond démarre une correspondance, puis donne rendez-vous à un « coeur à prendre », puis, l’alcool aidant, parvient à se rendre chez la victime pour ensuite dérober leur argent et leurs biens, mais cela peut même lui arriver d’épouser sa proie et de prendre du bon temps aux frais de la princesse, avant de déguerpir. 1947, Fernandez et Beck entrent en collision. Cette dernière est atteinte d’un dérèglement hormonal depuis son enfance et souffre de ce fait d’un surpoids conséquent, la renfermant sur elle-même. Elle devient infirmière, ne pense qu’à son travail la journée, puis rentre chez elle où elle s’évade en lisant des romans sentimentaux…Un jour, elle publie une annonce…leur rencontre aboutira à l’assassinat d’une vingtaine de femmes entre 1947 et 1949. Ce récit influencera le cinéma et la télévision, Les Tueurs de la lune de miel étant la première adaptation et restera d’ailleurs le seul et unique long-métrage de Leonard Kastle. En effet, dramaturge, chef d’orchestre et compositeur d’opéra avant tout, il se retrouve à la barre des Tueurs de la lune de miel, par accident en fait, étant devenu ami avec le producteur Warren Steibel, qui s’était chargé précédemment de la diffusion d’opéras mis en scène par Leonard Kastle. Ce dernier se voit confier par Streibel de réaliser des recherches sur l’histoire Fernandez-Beck, à partir des archives judiciaires du tribunal du Bronx. Un réalisateur est engagé…il s’agit de Martin Scorsese, remarqué avec Who’s That Knocking at My Door. Le tournage commence, mais trouvant que ce type de 26 ans perd trop de temps sur quelques plans « inutiles » et des inserts, le jeune Scorsese est congédié une semaine seulement après le début des prises de vue pour « divergences artistiques avec la production ». C’est donc là qu’intervient Leonard Kastle, catapulté derrière la caméra du jour au lendemain, heureusement solidement épaulé par le directeur de la photographie Oliver Wood. Échec commercial, mais soutenu par une critique très positive, surtout en Europe où François Truffaut, Marguerite Duras et Michelangelo Antoniono le couvrent d’éloges, Les Tueurs de la lune de miel est devenu une référence du thriller centré sur les tueurs en série. Sa sécheresse de ton, ses partis pris documentaires, sa beauté plastique et l’excellence de ses deux têtes d’affiche Shirley Stoler et Tony Lo Bianco ont ensuite très largement contribué à la pérennité de ce désormais film culte.

L’Amérique des années 1950. Solitaire et obèse, l’infirmière Martha Beck tombe littéralement dans les bras de Raymond Fernandez, un gigolo doublé d’un escroc. S’ils se marient, ils se gardent bien de le révéler, se présentant comme frère et sœur aux veuves esseulées et vieilles filles qu’ils sélectionnent dans les petites annonces. Leur plan est simple : dépouiller leurs proies et les réduire définitivement au silence. Motivés par le seul objectif de se faire eux aussi une place au soleil, Martha Beck et Raymond Fernandez sillonnent les États-Unis pour mieux passer entre les mailles des filets tendus par la police…

Peter Lorre, Charles Laughton, Marlon Brando, Barbara Loden, Dalton Trumbo, Saul Bass et donc Leonard Kastle ont pour point commun d’avoir réalisé qu’un seul long-métrage. Ce qui frappe d’entrée de jeu, c’est son N&B organique qui met mal à l’aise, surtout quand la caméra s’attarde en gros plan sur Martha Beck dans son quotidien, au travail, chez elle, présentée comme une femme ingrate, pète-sec, terriblement mal dans sa peau, qui tente de s’effacer malgré sa corpulence. Avec sa caméra portée, The Honeymoon Killers s’apparente presque à un reportage, on pense parfois au boulot de Frederick Wiseman, qui à la même époque tournait entre autres Titicut Follies dans un hôpital pour aliénés criminels et Hospital au Metropolitan Hospital de New York. Leonard Kastle suivra cette intention du début à la fin et comptera sur le soutien technique de son chef opérateur pour au final livrer un des opus du genre les plus bruts, tendus et dérangeants, qui n’aura de cesse d’inspirer d’autres classiques et ersatz, comme C’est arrivé près de chez vous, Henry, portrait d’un serial killer, Tueurs nés… Une pierre fondatrice, une œuvre matricielle.

Pas d’hémoglobine bien évidemment, nous sommes à la fin des années 1960 (même si Bonnie and Clyde a pulvérisé les codes en vigueur), mais la puissance de suggestion est telle que le spectateur verra son estomac se retourner à plusieurs reprises, à mesure que le métrage avance et que les actes de Beck & Fernandez deviennent de plus en plus violents, sanglants et fatals. L’utilisation des compositions de Gustav Mahler crée un décalage qui participe également au malaise constant. On se souviendra surtout du charisme et de l’interprétation de Shirley Stoler, que l’on reverra dans le mythique Klute d’Alan J. Pakula, Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino (dans lequel elle joue la mère de John Savage) et même chez Catherine Breillat dans Une vraie jeune fille, tout comme de la présence suintante de Tony Lo Bianco, connu des cinéphiles pour avoir incarné Sal Boca dans French Connection, Vito Lucia dans Police Puissance 7 The Seven-Ups de Philip d’Antoni et l’inspecteur Peter J. Nicholas dans l’excellent Meurtres sous contrôle God Told Me To de Larry Cohen. Ils sont impeccables et réellement flippants dans la peau des Tueurs aux petites annonces ou les Lonely Hearts Killers et l’ambiguïté provient forcément de « l’attachement » que l’audience peut finalement ressentir pour ces deux paumés zinzins, pris dans un engrenage inextricable.

Les Tueurs de la lune de miel apparaît comme un véritable opéra tragique (on reconnaît la patte du chef d’orchestre qu’était Leonard Kastle), malgré un humour noir étonnant. D’autres fictions se baseront sur ces deux figures incontournables du crime, condamnées à la peine capitale et exécutées sur la chaise électrique en mars 1951. On notera que Salma Hayek (!) et Jared Leto reprendront ces rôles dans Coeurs perdus Lonely Hearts de Peter Levy en 2006 et que Fabrice Du Welz y reviendra également dans Alleluia (2014) avec Laurent Lucas et Lola Dueñas. Mais ceux-ci doivent tout à The Honeymoon Killers.

LE BLU-RAY

Le film de Leonard Kastle a connu plusieurs vies en DVD dans nos contrées. La première édition remonte à 2003 chez Grenadine (qui s’en souvient ? Personne ?), la seconde à 2007 chez Tiffany (Non plus ? C’est normal sans doute…), la troisième en 2008 en version intégrale restaurée chez Seven7 Éditions. Novembre 2021, BQHL Éditions nous présente Les Tueurs de la lune de miel en DVD et Blu-ray ! L’édition HD est proposée sous la forme d’un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné du plus bel effet. Le menu principal est animé et musical.

Nous ne nous attendions sans doute pas à le retrouver à la barre de la présentation de ce film, Philippe Le Guay, réalisateur des Femmes du 6e étage, L’Homme de la cave, Du jour au lendemain, Alceste à bicyclette et de Normandie nue revient notamment sur son amitié avec Leonard Kastle (42’30). Celui-ci se souvient de leur rencontre à l’occasion d’un film que Leonard Kastle devait faire avec Marlène Jobert, qui ne s’est jamais concrétisé. Quand Philippe Le Guay met en scène son premier film, Les Deux Fragonard en 1989 et étant en voyage de noces, Leonard Kastle invite les jeunes mariés à passer quelques jours chez lui aux États-Unis, où un soir il leur propose de revoir Les Tueurs de la lune de miel, ce qui mettra mal à l’aise Madame Le Guay…Puis, après diverses anecdotes fort sympathiques, Philippe Le Guay en vient plus précisément au film qui nous intéresse aujourd’hui. La genèse de The Honeymoon Killers, l’éviction de Martin Scorsese, les conditions drastiques de prises de vue, les partis pris esthétiques (le choix du N&B, dans un style documentaire), la violence du long-métrage, l’utilisation de la musique classique (« un contrepoint lyrique aux scènes violentes »), la suite de la carrière de Leonard Kastle, le casting, la réception critique dithyrambique en Europe, les autres films inspirés par le même fait divers sont autant de sujets abordés au cours de cette remarquable intervention.

BQHL Éditions reprend ensuite l’interview de l’inénarrable Stéphane Bourgoin, auteur et journaliste français spécialisé dans le cinéma bis et les faits divers criminels (21’35). À l’heure où ce dernier a disparu de la circulation après la révélation de multiples mensonges sur son passé, nous le retrouvons au cours d’un entretien réalisé pour l’ancienne édition DVD, durant lequel il revenait sur l’histoire du couple Beck & Fernandez, en précisant ce qui a été inventé pour Les Tueurs de la lune de miel.

N’oubliez pas de lire le livret de 20 pages sur l’histoire du film, écrit par Marc Toullec.

L’Image et le son

Blu-ray au format 1080p. La copie N&B (1.85, 16/9 compatible 4/3), vraisemblablement identique à celle sortie chez Criterion en 2015, a été restaurée 4K à partir du négatif 35mm. Le grain d’origine est très prononcé. Disposant de moyens techniques plutôt rudimentaires et d’un coût de production modeste, The Honeymoon Killers s’avère étonnamment net, le master est on ne peut plus convenable même si les griffures, rayures verticales et points noirs sont récurrents. Divers flous, mais la luminosité est bien présente, les parties claires accentuent de temps en temps la texture argentique, les fourmillements sont rares, la gestion des contrastes est suffisamment équilibrée, les détails sont appréciables.

Le son a lui aussi subi une petite révision. La piste anglaise LPCM 2.0 retrouve une dynamique qu’on ne soupçonnait pas. Sur l’ancien DVD, le mixage manquait de clarté, avec de nombreux échanges sourds et étouffés. Des parasites sonores s’invitaient aussi, des sifflements, des craquements, des bourdonnements, ainsi qu’un bruit de fond et un souffle régulier qui devenait vite agaçant. Point de cela ici, les dialogues sont nettement mieux assurés et les bruitages plus équilibrés, en dépit de sensibles grésillements et de saturations qui subsistent ici et là. En revanche, évitez le doublage français, inapproprié et artificiel. Les sous-titres français (de couleur jaune) comprennent quelques soucis (« coeur » devenant « cour ») ne sont pas imposés.

Crédits images : © BQHL Editions / Roxane / Euro London / Tigon Film / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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