Test Blu-ray / Tu fais pas le poids, shérif !, réalisé par Hal Needham

TU FAIS PAS LE POIDS, SHÉRIF ! (Smokey and the Bandit II) réalisé par Hal Needham, disponible en DVD et Blu-ray, depuis le 17 février 2022 chez BQHL Éditions.

Acteurs : Burt Reynolds, Sally Field, Jerry Reed, Paul Williams, Pat McCormick, Dom DeLuise, David Huddleston…

Scénario : Jerry Belson & Brock Wates, d’après une histoire originale de Hal Needham, Michael Kane & Robert L. Levy

Photographie : Michael C. Butler

Musique : Snuff Garrett

Durée : 1h41

Date de sortie initiale: 1980

LE FILM

Au Texas, Big Enos brigue le poste de gouverneur. Cependant, John Conn, son adversaire, n’a pas l’intention de se laisser distancer. Pour ridiculiser son rival, Big Enos imagine un plan diabolique. Il s’agit de convaincre Bandit de convoyer une femelle éléphant enceinte, jusqu’à la convention républicaine de Miami et ce, pour un salaire de 400.000 dollars.

Quand vous êtes le seul film à avoir su concurrencer Star Wars en 1977, forcément l’idée de faire une suite vous trotte dans la tête ! Un peu plus de trois ans après le premier opus, déboule sur les écrans américains Tu fais pas le poids, shérif !, ou tout simplement Smokey and the Bandit II en version originale. On prend les mêmes et on recommence devant et derrière la caméra, autrement dit Hal Needham à réalisation, Burt Reynolds, Sally Field, Jackie Gleason, Paul Williams, Pat McCormick et Mike Henry au casting. Mais le résultat n’est pas à la hauteur des espérances, on déchante même très rapidement devant la paresse d’un scénario qui se contente de reprendre des éléments du volet précédent, sans aucune imagination. Là où Cours après moi, shérif ! parvenait à maintenir l’attention durant 90 minutes, pied au plancher, dans une course-poursuite quasi-ininterrompue, Tu fais pas le poids, shérif ! ne cesse de caler, d’avancer par à-coups, sans jamais retrouver la magie du film original. Si tout le monde semble être heureux de se réunir (même si Burt Reynolds avouera qu’Universal l’a poussé à le faire pour des raisons purement lucratives), les spectateurs risquent de trouver le temps long de leur côté, ce qui avait déjà été le cas en 1980, puisque les résultats au box-office n’auront pas été aussi « enthousiasmants », avec 66 millions de dollars de recette, soit près de 230 millions de dollars aujourd’hui. Un énorme succès tout de même, mais celles et ceux qui s’attendaient à découvrir une nouvelle comédie d’action, seront sans doute déçus en se retrouvant plutôt face à Burt Reynolds en prise avec…un éléphant…Quelques bons moments, mais rien de véritablement marquant.

Entré dans la légende pour avoir transporté 400 caisses de bière sur 3 000 kilomètres au nez et à la barbe d’un policier particulièrement teigneux, Bo Darville, alias Bandit, accepte la nouvelle mission impossible que lui confie son ami Big Enos. Ce dernier se présente au poste de gouverneur du Texas et veut marquer les esprits en se faisant accompagner par un éléphant lors de son prochain meeting électoral. Il revient à Bandit, toujours poursuivi par le shérif Buford T. Justice, de convoyer le pachyderme sur des milliers de kilomètres en seulement vingt-quatre heures.

Depuis Cours après moi, shérif !, Burt Reynolds et Sally Field, couple à la ville, ont à nouveau triomphé avec Suicidez-moi docteur The End (réalisé par le premier) et La Fureur du danger Hooper, également signé Hal Needham, dans lequel le comédien incarnait un cascadeur mis en concurrence avec un jeune confrère (Jan Michael-Vincent). La star hollywoodienne compte bien surfer sur cet attachement du public pour le mélange comédie et action et tourne simultanément Tu fais pas le poids, shérif ! et L’Équipée du Cannonball The Cannonball Run, encore sous la direction de Hal Needham, qui s’inscriront définitivement dans le top 10 des plus grands succès de l’acteur. Changement de scénaristes pour Tu fais pas le poids, shérif !, coécrit par Jerry Belson (Always – Pour toujours de Steven Spielberg, Touche pas à mon gazon de Ted Kotcheff) et Brock Yates (L’Équipée du Cannonball et auteur du livre Enzo Ferrari). Soyons honnêtes, la réussite de Cours après moi, shérif ! ne reposait sûrement pas sur l’histoire, mais ce second volet repousse les limites du minimum syndical. Il s’agit plus d’un remake en fait, même si les scènes de poursuites et d’action font place cette fois à la comédie plus traditionnelle.

Aussi, on se fiche complètement que Bandit, Carrie et Cledus doivent transporter un éléphant pour le compte de Big Enos, qui se présente comme candidat à la présidence du parti donc, prétexte pour remettre notre trio sur la route, poursuivi à travers les états par le shérif Buford T. Justice et son fils Junior. Là-dessus, un quatrième comparse ira les rejoindre, un docteur italien (« le meilleur gynécologue de Pompéi »), interprété par l’hilarant Dom DeLuise (La Cage aux poules, La Folle histoire du monde, La Dernière folie de Mel Brooks), qui est finalement le rare à arracher quelques sourires durant 1h30. Car honnêtement, les gags récurrents de Bandit et de l’éléphante jalouse (Clint Eastwood et son orang-outang Clyde de Doux, dur et dingue ont laissé des traces) ou bien les diverses et redondantes apparitions du shérif Justice n’ont guère d’intérêt (à part quand ses deux frangins, incarnés par Gleason lui-même, se mêlent à la partie) et les auteurs peinent à trouver quelque chose de consistant à leur donner à faire, si ce n’est de régler leurs comptes par Cibi interposée. À l’instar de Cours après moi, shérif !, le must reste l’osmose Bandit-Carrie, ici en pleine crise conjugale, la jeune femme s’étant éloignée depuis huit mois, se sentant délaissée par Bo, dont l’exploit précédent a fait de lui une célébrité nationale. Si Cours après moi, shérif ! marquait le début de la relation des deux acteurs, Tu fais pas le poids, shérif ! est comme qui dirait celui de la fin et revoir le film en ayant connaissance de cet événement apporte inévitablement une dimension méta pas inintéressante.

Rétrospectivement, Tu fais pas le poids, shérif ! est aussi le premier long-métrage à intégrer le bêtisier du tournage durant le générique de fin, qui au passage s’avère presque plus drôle que le film, procédé qui sera repris dans celui de Cannonball. À part pour l’affrontement spectaculaire dans le désert, qui convoque plusieurs dizaines de véhicules et de camions, qui multiplie la casse et où le budget de plus de dix millions de dollars (un record à l’époque et rentabilisé dès le premier week-end d’exploitation) se voit à chaque plan, nous ne retiendrons pas grand-chose de ce Smokey and the Bandit II. Un troisième épisode verra le jour en 1983, sobrement intitulé Smokey and the Bandit Part III, spin off centré sur Buford T. Justice, dans lequel Burt Reynolds ne fera qu’une petite apparition et qui fera un bide retentissant.

LE BLU-RAY

Alors que Cours après moi, shérif ! avait disposé de deux éditions HD en à peine six mois, la première chez Universal, la seconde chez BQHL, quasiment vingt ans après une première édition DVD, Tu fais pas le poids, shérif ! n’avait jamais été proposé en édition Standard et encore moins en Blu-ray en France. BQHL présente donc Smokey and the Bandit II sur les deux formats. Cette galette bleue se présente sous la forme d’un boîtier classique, surmonté d’un surétui cartonné. Le visuel est forcément très attractif. Le menu principal est animé et musical.

Sur ce Blu-ray, BQHL reprend le bonus déjà disponible sur celui de Cours après moi, shérif !. Précipitez-vous sur la présentation du journaliste Jean-François Dickeli (Culturopoing). Durant 42 minutes, ce dernier passera en revue tous les aspects de Cours après moi, shérif ! (« un croisement entre le retour aux mythes fondateurs croisés avec les idées libertaires de l’époque »), mais aussi de sa suite Tu fais pas le poids, shérif !, en croisant constamment le fond et la forme des deux opus. Sont ainsi abordés la place des deux films dans la carrière de Burt Reynolds et du réalisateur Hal Needham (« alors que le Nouvel Hollywood touchait à sa fin et que le cinéma dit popcorn remplissait à nouveau les salles »), dans le genre du road movie (puisqu’il s’agit d’une relecture des codes habituels), la représentation d’un nouveau genre de héros viril, les autres collaborations Reynolds-Needham, le casting, la musique, la dimension cartoonesque du second épisode (un budget multiplié par quatre, un remake déguisé du précédent, un fourre-tout comique), les modèles des véhicules utilisés, la sortie triomphale du premier volet, les suites (il y en aura six au total), etc…Un supplément très complet, informatif et excellemment construit.

L’Image et le son

Le master HD (au format 1080p) proposé par BQHL est vraisemblablement identique à celui édité aux États-Unis par Universal en 2019. Une copie qui paraît avoir quelques heures de vol, mais qui demeure de qualité, si l’on oublie les divers poussières, griffures et rayures qui apparaissent de temps en temps. Car la stabilité est de mise, les couleurs sont claires, fraîches et chatoyantes, le piqué appréciable, les détails éloquents, les contrastes bien gérés. La texture argentique est préservée, parfois étonnamment plus appuyée sur certains plans où la définition chancelle quelques instants, surtout sur les plans plus sombres, mais pas seulement. À titre de comparaison, le Blu-ray de Cours après moi, shérif ! s’en sortait mieux, mais cette suite n’ayant jamais bénéficié du même soin apporté au premier épisode, l’image s’en sort malgré tout avec les honneurs.

Pas de format DTS-HD Master Audio, mais deux pistes, française et anglaise, LPCM Stéréo. Comme pour Cours après moi, shérif !, la version originale surpasse en tout point son homologue, avec une restitution des dialogues plus dynamique et ce sans aucune commune mesure. Même chose pour la musique et le fracas des tôles froissées, beaucoup plus percutants en VO. Le doublage français laisse à désirer, il s’agit d’ailleurs d’une nouvelle postsynchronisation avec entre autres Marc Alfos remplaçant Serge Sauvion, et l’ensemble manque singulièrement de peps. Les sous-titres ne sont pas imposés et le changement de langue non verrouillé.

Crédits images : © BQHL Editions / Universal Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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