Test DVD / Presque, réalisé par Bernard Campan & Alexandre Jollien

PRESQUE réalisé par Bernard Campan & Alexandre Jollien, disponible en DVD le 1er juin 2022 chez Apollo Films.

Acteurs : Bernard Campan, Alexandre Jollien, Tiphaine Daviot, Julie-Anne Roth, La Castou, Marie Benati, Marilyne Canto, Anne-Valérie Payet…

Scénario : Bernard Campan, Alexandre Jollien & Hélène Grémillon

Photographie : Christophe Offenstein

Musique : Niklas Paschburg

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2022

LE FILM

Louis, croque-mort, rencontre Igor, une personne handicapée, après un accident de la route. Par un concours de circonstances, ils décident d’effectuer un road trip dans un corbillard contenant la dépouille de Madeleine, partant de Lausanne pour aller jusque dans le sud de la France.

On ne peut pas nier une impression de déjà vu, un mix entre Le Huitième jour de Jaco van Dormael et Grand froid de Gérard Pautonnier. Presque est un projet personnel, coécrit (avec la femme de lettres Hélène Grémillon), interprété et coréalisé par Bernard Campan et Alexandre Jollien, amis depuis une vingtaine d’années, réunis par leur passion de la philosophie. S’il avait signé la mise en scène des Trois Frères : Le Retour avec Didier Bourdon en 2014, l’Inconnu ne s’était pas « livré » ainsi devant et derrière la caméra depuis 2007 avec La Face cachée, auquel Alexandre Jollien avait déjà participé à l’écriture, qui parlait de l’alcoolisme de son épouse, également le sujet du Dernier pour la route de Philippe Godeau (par ailleurs producteur de Presque) où il apparaissait aux côtés de François Cluzet et Mélanie Thierry. Dans Presque, il se retrouve face au suisse Alexandre Jollien, spécialiste de philosophie grecque, handicapé de son état, célèbre depuis son premier ouvrage Éloge de la faiblesse paru en 1999, adapté et mis en scène dans les années 2000, suivi du Philosophie nu. Presque est comme qui dirait une ode à leur amitié, mais aussi un éloge de la différence, du vivre-ensemble, de la liberté, où l’alchimie des comédiens est éclatante et leur plaisir à se donner la réplique contagieux. Le scénario réserve finalement peu de surprises, mais on se laisse porter par la bonne humeur, la simplicité de ce tout petit film, sans pathos, et l’excellence de ses interprètes.

Dans la ville de Lausanne Louis est directeur d’une société de pompes funèbres. Célibataire endurci, à 58 ans il se consacre entièrement à son métier et ne peut se résoudre à prendre sa retraite. Igor a 40 ans, un esprit vif dans un corps handicapé. Infirme moteur cérébral. Igor livre des légumes bios sur son tricycle pour payer son loyer et passe le reste de son temps dans les livres, à l’écart du monde, avec ses compagnons de route, Socrate, Nietzsche et Spinoza. Par un hasard qui n’appartient qu’à la vie les chemins de Louis et d’Igor se croisent. Sur un coup de tête Louis décide d’emmener Igor avec lui. Ils partent tous deux en corbillard conduire la dépouille d’une vieille dame, Madeleine, au pied des Cévennes.

Le regard d’autrui, on s’en branle !

Il y a une évidence entre ces deux-là, une parfaite osmose qui se double d’une dimension méta dans le sens où Presque est constitué d’anecdotes personnelles, de dialogues issus de véritables conversations ou réflexions sur l’humanité que Bernard Campan et Alexandre Jollien ont pu avoir au cours de leurs dix-huit d’amitié. Pas étonnant donc que leur relation fasse des étincelles à l’écran et propose une vision tendre et chaleureuse sur le regard sur « l’autre », sur la façon d’assumer ce regard, de continuer en faisant abstraction des commentaires désobligeants voire haineux. Si Bernard Campan avait déjà largement prouvé ses capacités dans le registre dramatique (Se souvenir des belles choses et L’Homme de sa vie de Zabou Breitman, Poids léger de Jean-Pierre Améris), Alexandre Jollien fait preuve d’un réel talent de comédien, de charisme, d’humour et d’esprit, avec un naturel confondant. Si cette rencontre et la synergie entre ce croque-mort et cet homme handicapé féru de philosophie va sans doute un peu trop vite en besogne (Presque est un film court) et les événements sont souvent prévisibles, l’audience embarque volontiers à bord de ce corbillard, lancé sur la route entre Lausanne vers le sud de la France. S’ils viennent à peine de se connaître, Louis et Igor, qui pensaient avoir peu de choses en commun, vont très vite devenir complices et partager leur vision sur l’être humain.

Les deux têtes d’affiche sont bien entourées, principalement par de superbes comédiennes, Marie Benati (la prostituée), la toujours magnifique Marilyne Canto, Julie-Anne Roth, La Castou, Tiphaine Daviot, Laëtitia Eïdo, Sofiia Manousha et Marie Petiot, qui révéleront aussi ces deux hommes à eux-mêmes. Ceux-ci atteindront la plénitude, Louis acceptant un trauma qui l’avait poursuivi jusqu’ici et dont il a su enfin faire le deuil grâce à Igor, sa façon d’apprécier et d’embrasser l’existence. C’est beau, sur le fond comme sur la forme, c’est reposant et ça fait du bien. D’ailleurs, les spectateurs ont répondu présent avec au final près d’un demi-million d’entrées.

LE DVD

Presque est le premier titre du catalogue d’Apollo Films que nous chroniquons et nous remercions l’éditeur pour ce nouveau partenariat. Pas de Blu-ray pour Presque, mais une belle édition DVD, qui se présente sous la forme d’un boîtier Amaray classique transparent. La jaquette reprend le visuel de l’affiche d’exploitation.

Aucun supplément.

L’Image et le son

Pas d’édition HD donc, mais un superbe DVD. Après son succès dans les salles, Apollo Films prend soin du service après-vente de Presque et livre un très beau master SD du film de Bernard Campan et Alexandre Jollien. La définition est on ne peut plus optimale, la luminosité constante, ainsi que le relief et la gestion des contrastes, tandis que le piqué est sans cesse affûté. Les couleurs subjuguent, les détails fourmillent aux quatre coins du cadre large et toutes les séquences de jour tournées en extérieur sont magnifiques de précision.

On attendait un peu plus de la piste Dolby Digital 5.1 qui impose une très bonne délivrance des dialogues, mais peine en revanche à instaurer une spatialisation digne de ce nom. Il ne faut compter que sur la musique pour créer un environnement. Quelques petits effets parviennent toutefois à créer un semblant d’atmosphère, sans oublier les ambiances naturelles en extérieur, même si le caisson de basses reste au point mort tout du long. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription pour aveugles et malvoyants.

Crédits images : © PAN-Européenne / France 3 Cinéma / Apollo Films / ABS / Axel Films Productions / Les productions JMH – RTS / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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