Test Blu-ray / Benny & Joon, réalisé par Jeremiah S. Chechik

BENNY & JOON réalisé par Jeremiah S. Chechik, disponible en DVD et Blu-ray le 18 novembre 2020 chez Rimini Editions.

Acteurs : Johnny Depp, Mary Stuart Masterson, Aidan Quinn, Julianne Moore, Oliver Platt, CCH Pounder, Dan Hedaya, Joe Grifasi, William H. Macy…

Scénario : Barry Berman

Photographie : John Schwartzman

Musique : Rachel Portman

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1993

LE FILM

Depuis la mort accidentelle de leurs parents, Benny s’occupe de sa soeur Joon, fragile et asociale, sujette à des accès de rage et de violence qui font fuir leur entourage. L’arrivée de Sam, jeune illettré presque muet qui a adopté les manières et le costume de Buster Keaton, va bouleverser la vie du frère et de la soeur.

Pour beaucoup, malheureusement, le réalisateur canadien Jeremiah S. Chechik, né en 1955, est et restera le principal responsable d’un horrible doublé, Diabolique (1996), remake du chef d’oeuvre d’Henri-Georges Clouzot et Chapeau melon et bottes de cuirThe Avengers (1998), adaptation cinématographique de la légendaire série éponyme. Depuis, le réalisateur n’est jamais revenu au cinéma et a préféré se dissimuler à la télévision où il n’a pas cessé de tourner (The Bronx Is Burning, Gossip Girl, Burn Notice, Chuck, Rogue…). Pourtant, les débuts de Jeremiah S. Chechik sont très prometteurs puisque son premier long-métrage, Le Sapin a les boules National Lampoon’s Christmas Vacation, troisième volet de la franchise, fracasse le box-office américain en 1989 et sera d’ailleurs le plus gros succès de la saga. Si son second film, Arrive Alive (1990), est aujourd’hui oublié, le bijou de sa filmographie demeure Benny & Joon, comédie tendre, romantique et poétique, une madeleine pour un grand nombre de spectateurs. Rien qu’avec cet opus, Jeremiah S. Chechik mérite d’être réhabilité, puisqu’il démontrait ici tout son savoir-faire, notamment en direction d’acteurs, tous exceptionnels dans Benny & Joon, de Johnny Depp à Mary Stuart Masterson, en passant par Aidan Quinn, la sublimissime Julianne Moore et Oliver Platt, sans oublier Dan Hedaya et William H. Macy. Ou comment Benny & Joon est devenu un vrai classique du cinéma américain, qui fleure bon les années 1990, un parfum qui s’éloigne petit à petit, mais dans lequel on replonge avec délice.

Ce film raconte l’histoire d’un frère et d’une sœur, orphelins, Benny (Benjamin) et Joon (Juniper). Depuis que leurs parents sont morts dans un accident de voiture, Benny (Aidan Quinn) s’occupe seul de sa petite sœur (Mary Stuart Masterson), atteinte de schizophrénie. En effet Joon ne peut supporter d’être en état de stress, a des comportements irrationnels et parfois dangereux. Benny doit être disponible à chaque instant et ce, malgré les assistantes sociales qui « gardent » Joon, et sont toutes renvoyées les unes après les autres par cette dernière. Lors d’une partie de poker, Mike (Joe Grifasi et sa tronche inoubliable), un ami de Benny, mise avec Joon l’hébergement de son cousin chez elle, car celui-ci s’est installé chez lui depuis une semaine et il affirme ne plus pouvoir le supporter. Joon perd la partie, et ils se retrouvent forcés d’accueillir le jeune homme chez eux. Sam (Johnny Depp), puisque c’est ainsi qu’il s’appelle, est un personnage très excentrique et fasciné par le cinéma muet. Il tente de ressembler au fameux Buster Keaton, monstre du burlesque. De ce fait, il est capable d’exécuter de nombreux gags ,toujours aussi efficaces. En apprenant à se connaître, Sam et Joon tombent amoureux, mais leur situation est complexe puisque Benny veille encore sur elle comme sur une enfant et que Sam n’a pas réellement conscience de l’importance du handicap de Joon.

« Les cabossés vous dérangent, tous les fêlés sont des anges… » disait Mylène Farmer dans sa chanson C’est dans l’air ! Cela pourrait s’appliquer aux personnages immensément attachants de Benny & Joon, qui habitent cette belle petite ville de Spokane, située dans l’état de Washington, dont le quotidien est constamment bercé par le bruit des trains qui arrivent et en repartent. Il y a tout d’abord Benny, le grand frère, merveilleusement interprété par Aidan Quinn (Recherche Susan désespérément, Mission), protecteur et rempli de peur, qui a sacrifié sa vie pour le bien-être de sa sœur, jusqu’au jour où il décide de laisser parler son coeur et entreprend de s’ouvrir à Ruthie (Julianne Moore, à se damner), serveuse et actrice en galère. Joon, incarnée par la gracieuse Mary Stuart Masterson, qui venait de triompher dans Beignets de tomates vertes Fried Green Tomatoes de Jon Avnet, regarde le monde qui l’entoure avec méfiance et préfère éviter les situations stressantes qui peuvent vite arriver dans son entourage qui ne la comprend pas forcément. Mais tout va changer pour elle quand apparaît le mystérieux Sam, qu’elle aperçoit dans un arbre (!), dont le regard va la bouleverser. Sam, c’est Johnny Depp, 29 ans, dont la carrière au cinéma était réellement lancée depuis Cry-Baby de John Waters et Edward aux mains d’argentEdward Scissorhands de Tim Burton, et qui débarquait d’Arizona Dream d’Emir Kusturica. Juste avant Gilbert Grape de Lasse Hallström et de retrouver Tim Burton pour tourner Ed Wood, le comédien prouvait une fois de plus son aisance à s’exprimer avec le corps, comme au temps du cinéma muet, à travers ce rôle en or de Sam, pour lequel il arbore le même galurin (appelé pork pie) que Buster Keaton et la canne de Charlot, dont il reprend aussi la célèbre danse des Petits Pains de La Ruée vers l’or.

Le personnage de Sam, lunaire, introverti, qui ne parvient à s’exprimer réellement qu’à travers ses pirouettes de génie (la scène du parc reste la plus célèbre du film), va rencontrer son âme-sœur en la personne de Joon. Alors qu’ils se réfugient dans leur bulle, Sam et Joon peuvent-ils s’aimer dans le « monde réel » qui rejette les inadaptés et continuer à griller des croque-monsieur au fer à repasser ? Et Benny ne risque-t-il pas de laisser passer cette opportunité de vivre enfin le grand amour de son côté avec Ruthie ?

Le scénario écrit par Barry Berman, alors artiste de cirque de son état et Lesley McNeil est constamment sur le fil tendu entre la comédie (douce) et le drame (qui évite tout pathos), sur lequel les acteurs marchent et lévitent tels des funambules, conscients du danger, autrement dit de tomber dans le vide, mais suffisamment aériens pour profiter de ce que la vie a de meilleur à leur offrir, sans penser au regard outré des autres restés au bord du précipice et qui ne prennent pas de risques. Benny & Joon est une valeur sûre, que l’on revoit et (re)découvre avec toujours le même plaisir.

LE BLU-RAY

Rimini Editions continue d’explorer le cinéma des années 1980-90 ! Après Comme un oiseau sur la branche, Une journée de fous, Les Anges de la nuit et Les Deux sirènes (entre autres), l’éditeur ressuscite Benny & Joon de Jeremiah S. Chechik ! Le Blu-ray repose dans un boîtier traditionnel de couleur bleue, glissé dans un surétui au visuel clinquant. Le menu principal est du même acabit, animé et musical.

Le premier supplément proposé par Rimini Editions est un montage (19’) présenté par le chef opérateur John Schwartzman (Rock, Armageddon, Pearl Harbor, Jurassic World), d’images provenant d’essais de filtres, de costumes, de coiffures et de maquillage. « Vous allez voir des images très ennuyeuses » dit l’intéressé (qui revient aussi sur ses partis-pris et les conditions de tournage de Benny & Joon) au début du module, mais il se trompe, car il est toujours sympa de découvrir ce genre d’archives qui n’étaient pas obligatoirement destinées à être montrées au grand public. C’est ici l’occasion de voir se succéder les comédiens, qui prennent la pose en testant les couleurs qui pourraient représenter le mieux leurs personnages respectifs (visiblement, le choix a dû être plus difficile pour Mary Stuart Masterson), et l’on peut même apercevoir Johnny Depp s’entraîner à faire ses cabrioles, tandis que le directeur de la photographie fait des essais de vitesse de prises de vue, afin d’appuyer le côté slapstick désiré.

Se succèdent ensuite deux scènes coupées (5’) à ne pas manquer. La première montre Sam, pétrifié, passer une audition (qui tourne à la catastrophe) dans le club de Randy (William H. Macy), poussé par Benny (qui l’a poussé à passer ce test), alors que Joon, anxieuse, patiente dans les coulisses. La seconde est une vraie curiosité puisqu’il s’agit de la version intégrale de The Mutilator, la série Z d’horreur dans laquelle Ruthie (Julianne Moore) « interprète » deux personnages. Ces deux séquences sont commentées (et uniquement proposées ainsi) par le réalisateur Jeremiah S. Chechik, qui indique que la première a entre autres été supprimée, car elle semblait rendre Benny trop négatif.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et le clip I Am Gonna Be (500 Miles) du groupe écossais The Proclaimers.

Dommage de ne pas retrouver le commentaire audio du réalisateur, bien présent sur le Blu-ray américain…

L’Image et le son

Nous devons cette première édition HD française de Benny & Joon à Rimini Editions. Ce Blu-ray au format 1080p (AVC) respecte le grain original, se révèle propre (avec quelques très légères poussières, tâches et rayures occasionnelles sur le générique notamment) et éclatant sur les scènes diurnes (les plus acérées) et les détails sont appréciables sur le cadre. La palette colorimétrique retrouve une nouvelle jeunesse, le relief est palpable, même si le piqué n’est pas aussi ciselé qu’espéré. Néanmoins, Benny & Joon a toujours eu un aspect légèrement ouaté (le chef opérateur John Schwartzman explique tout cela dans les bonus) et donc il serait difficile, voire impossible de faire mieux. En dehors de plusieurs instabilités de la définition, de couleurs sensiblement délavées et de légers fourmillements sur les séquences en basse lumière, les contrastes sont corrects et la clarté appréciable confirment que nous sommes devant une belle édition HD, surtout pour un film tourné il y a déjà plus de 25 ans. Ah oui, vous pouvez aussi mettre à la poubelle votre DVD MGM / United Artists sorti en 2001 et vous procurer cette nouvelle édition hein !

La piste anglaise DTS-HD Master Audio 5.1 (non indiquée sur la jaquette) spatialise la superbe partition de Rachel Portman du début à la fin. Des ambiances latérales ont été «  rajoutées  » pour s’aligner sur les standards actuels, sans que cela donne un aspect artificiel. Des effets naturels percent sur la scène arrière sur les très nombreuses séquences en extérieur. Les dialogues sont solidement plantés sur la centrale et cette option acoustique s’avère de très bonne qualité. Rimini Editions livre également une piste française (au doublage de qualité) et anglaise en 2.0, évidemment plus plates, mais largement suffisantes.

Crédits images : © Rimini Editions / MGM / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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