Test Blu-ray / Apocalypse 2024, réalisé par L.Q. Jones

APOCALYPSE 2024 (A Boy and His Dog) réalisé par L.Q. Jones, disponible en combo Blu-ray + DVD le 4 mai 2021 chez Artus Films.

Acteurs : Don Johnson, Susanne Benton, Jason Robards, Tim McIntire, Alvy Moore, Helene Winston, Charles McGraw, Hal Baylor…

Scénario : L.Q. Jones, d’après le roman d’Harlan Ellison

Photographie : John Arthur Morrill

Musique : Tim McIntire

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 1975

LE FILM

Sept ans après la dernière guerre mondiale de 2017, la Terre est ravagée. Les quelques survivants errent dans des déserts, se battant pour les restes de l’ancien monde. Vic tente de survivre en compagnie de son chien, Prof, qui a le don de télépathie avec son maître. Toujours en quête de nourriture, armes, ou carburant, ils vont découvrir le monde souterrain qui abrite encore une civilisation. En fait, une oligarchie richissime qui profite du monde extérieur.

Vous n’aviez jamais entendu parler d’Apocalypse 2024A Boy and His Dog ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls dans ce cas et pour tout vous avouer l’auteur de ces mots ne connaissait pas non plus ce film au titre pourtant alléchant. On peut tout d’abord penser se retrouver face à un nanar ou même à un gentil navet, mais il n’en est rien, bien au contraire. Apocalypse 2024 est un petit bijou d’anticipation, le second et dernier long-métrage réalisé par L.Q. Jones, comédien (né en 1927) bien connu des cinéphiles pour être apparu devant la caméra de metteurs en scène de renom, de Raoul Walsh à Don Siegel, en passant par Richard Fleischer, Anthony Mann, Edward Dmytryk, Budd Boetticher, Sam Peckinpah, Henry Hathaway, Ted Post, Peter Yates, et même Martin Scorsese et Martin Campbell. Une tronche reconnaissable entre mille. En 1964, sous le nom de Justus McQueen (son vrai patronyme), il réalise son premier film, un western, The Devil’s Bedroom. Mais il lui faudra attendre dix ans pour se refaire la main derrière la caméra. Ce sera avec Apocalypse 2024, qui rend compte des connaissances de L.Q. Jones en matière de western, avec notamment une excellente utilisation de l’espace et des décors naturels. Mais A Boy and His Dog c’est aussi et avant tout une œuvre de science-fiction dite « adulte », héritée de 2001, l’Odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick et de La Planète des singes (1968) de Franklin Schaffner, qui alertait les spectateurs sur les problèmes écologiques, démographiques et scientifiques, sur les essais nucléaires, qui s’en remettait à l’intelligence d’une audience pour la questionner sur la place de l’homme dans l’univers, sur la survie des espèces, sur le rapport entre l’homme et les animaux. Il y a tout cela dans Apocalypse 2024, par ailleurs l’un des premiers rôles au cinéma (pour lequel il recevra le Saturn Award du meilleur acteur) de Don Johnson, 25 ans au compteur, qui s’impose sans mal dans le rôle très ambigu de Vic, jeune homme qui ne pense qu’à une chose, trouver une femme pour assouvir ses pulsions sexuelles. Celui-ci passe le désert au peigne fin grâce à son compagnon, son chien, qui lui « parle » et l’aide à débusquer quelques donzelles en échange de nourriture, tout en lui inculquant les grandes phases de l’Histoire qui les ont conduit à vivre dans ce paysage désolé. Un vrai chef d’oeuvre inattendu.

Dès la première séquence, L.Q. Jones pose le décor de son récit. En 2007 eut lieu la Quatrième Guerre mondiale (la troisième est située entre 1950 et 1983 et qualifiée de « guerre froide et chaude »), qui dura cinq jours et provoqua la destruction de toute civilisation par le feu nucléaire. Le récit commence 17 ans plus tard, en 2024, à l’emplacement de l’ancienne ville de Phoenix, où Vic et un chien, Blood (Prof en version française), « discutent » pendant que se déroule une scène sanglante, le viol et l’assassinat d’une femme, qui ont été précédés de l’assassinat de son compagnon. Après le départ des Screamers, Vic et Blood s’approchent du lieu du crime, et Vic constate tristement que la femme est morte (« elle aurait pu servir encore deux ou trois fois » dit-il froidement), puis ils s’activent à rechercher de la nourriture tout en devisant, pendant que se déroule au loin une seconde scène de massacre. Bienvenue dans un monde post-apocalyptique qui ne fait pas du tout, mais alors pas du tout envie ! Violente et sexiste, ce qui reste de la société s’est organisée. C’est donc chacun pour soi, même si Vic ne serait- et ne saurait – rien sans Blood, qui d’ailleurs le lui rappelle en lui disant « Je me demande comment j’ai réussi à te garder en vie ! ». Certains s’organisent en bande (les Rôdeurs ou les Rovers en anglais) et tentent de trouver quelques vieilles boîtes de conserve enterrées au milieu de nulle-part. Vic est ce qu’on appelle un Solo, accompagné de son chien mutant, doté de pouvoirs télépathiques. Un jour, Vic, trouve un passage qui semble conduire dans le Monde du Bas, mais Blood refuse de l’accompagner.

Apocalypse 2024 est l’adaptation d’une nouvelle d’Harlan Ellison (1934-2018), écrivain prolifique, qui a aussi participé aux séries télévisées Au-delà du réel, Star Trek, La Cinquième Dimension et Babylon 5. Après la défection du romancier, qui ne parviendra pas à aller au-delà d’un traitement d’une quinzaine de pages en raison d’un burn-out, L.Q. Jones se charge finalement lui-même de cette transposition, qui en dehors de quelques partis-pris qu’Ellison jugera douteux (liés à des dialogues jugés misogynes et au final on ne peut plus osé) verra son travail salué par ce dernier. Il en résulte un film atypique, qui mine de rien influencera moult cinéastes, notamment en Australie où un certain George Miller n’hésitera pas à déclarer que « Mad Max est la version commerciale d’Apocalypse 2024 ».

L.Q. Jones créé une ambiance malsaine et étouffante dès le premier acte, soutenu en cela par la photographie sableuse et sèche du chef opérateur John Arthur Morrill (L’Horrible invasion et Le Jour de la fin des temps de John ‘Bud’ Carlos). Puis, le spectateur est pris au dépourvu dans la seconde partie, celle de la rencontre entre Vic et Quilla (Susanne Benton), puis au moment où Vic se rend dans le Monde d’en Bas, où une autre société a vu le jour (ou la nuit, c’est selon), marquée par des habitants au visage maquillé en clown blanc. On apprend que le jeune homme a été observé et étudié discrètement par le grand manitou de cette « secte », interprété par l’immense Jason Robards. En effet, ses habitudes de vie, son sens commun, sa ténacité et ses prouesses physiques ont fait de Vic l’homme rêvé, qui fera l’objet d’un grand honneur qui n’arrive qu’une seule fois par génération : devenir celui dont la semence permettra à toutes les femmes d’En Bas, de surmonter les troubles métaboliques liés à la vie sous-terre. Les femmes ne peuvent plus enfanter et ont besoin de sang neuf. Vic se retrouve donc sur une table médicale, « trait » comme une vache…Cela peut sans doute prêter à sourire, mais Apocalypse 2024, bien que non dépourvu d’humour, aborde ces thèmes avec sérieux et cela fonctionne parfaitement à l’écran.

A Boy and His Dog ne cesse de surprendre au fil de son récit qui entraîne moult réflexions quant aux agissements du personnage principal. Immoral, Apocalypse 2024 met souvent mal à l’aise, tout en jouant avec un humour noir salutaire, qui détend quelque peu l’atmosphère, sans pour autant ternir la portée de son propos. Voici donc un conte de science-fiction audacieux et western autant cynique que métaphysique qui peut se targuer d’avoir su traverser les décennies sans prendre trop de rides et surtout en conservant toute sa force thématique.

LE COMBO BLU-RAY + DVD

L’édition d’Apocalypse 2024 est assurément l’une des indispensables de ce mois de mai 2021. Artus Films présente le film de L.Q. Jones dans un très beau Digipack à deux volets qui renferme le DVD (de couleur verte) et le Blu-ray (de couleur jaune-orangée), au contenu identique. L’ensemble est glissé dans un fourreau cartonné très soigné. Le menu principal est fixe et musical. Édition limitée à 1000 exemplaires.

Une belle galette remplie de bonus ! On commence par l’entretien avec le réalisateur L.Q. Jones et l’écrivain (décédé en 2018) Harlan Ellison (49’), réalisé en 2013. Sans langue de bois, les deux hommes et visiblement amis, reviennent sur l’aventure cinématographique d’Apocalypse 2024. Face à face, ils abordent la genèse du film, « qui découle de cette histoire brillante dans sa simplicité » écrite en 1969 par Harlan Ellison, A Boy and his Dog, que L.Q. Jones a immédiatement voulu adapter au cinéma. On apprend qu’au moment de la transposition de son histoire pour le grand écran, Harlan Ellison, alors âgé de près de 40 ans et après avoir écrit plus d’une centaine de livres, 1700 récits, 40 films et 75 épisodes de séries télévisées, s’est retrouvé à cours d’idées, après avoir écrit une quinzaine de pages. Comédien vu chez Sam Peckinpah, L.Q. Jones reprend alors le flambeau de cette histoire qu’il voulait absolument transposer en respectant la sève du roman original. Après un an d’écriture, le tournage peut enfin commencer, sans qu’Harlan Ellison ait pu découvrir le scénario final, ni participer à la pré-production, et encore moins aux prises de vues. L’auteur explique avoir découvert Apocalypse 2024 en salle de projection, mais restait dubitatif sur certains dialogues qui jugeait misogynes, ainsi que sur le twist final qu’il pensait complètement déplacé. Néanmoins, il affirme ici que « même Cecil B. DeMille n’aurait pas fait mieux ! ». On savoure ce module où les deux intervenants se renvoient la balle avec une belle complicité.

Dans le second supplément (24’), nous retrouvons les excellents Christian Lucas (animateur sur la chaîne YouTube Ciné Forever Vidéo) et Stéphane Derderian (producteur, distributeur à Liliom Audiovisuel, ancien premier assistant-réalisateur de Gaspar Noé). Ces deux spécialistes livrent une analyse pertinente du film qui nous intéresse aujourd’hui, tout en évoquant l’émergence de la science-fiction « adulte » dans les années 1970, qui découlait de 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick et de La Planète des singes de Franklin Schaffner. Les deux invités d’Artus Films passent ainsi en revue les plus grands titres du genre. La genèse, les thèmes, le casting d’Apocalypse 2024 sont abordés dans la seconde partie (à mi-temps donc), avec quelques redites certes, mais l’ensemble est très bien mené et toujours intéressant.

L’interactivité se clôt sur un Diaporama et deux films-annonces.


L’Image et le son

L’élévation HD (codec AVC) sied très bien au film de L.Q. Jones. La belle photo de John Arthur Morrill est excellemment restituée avec tous ses partis pris esthétiques originaux. La propreté de la copie est de mise, à l’exception de points blancs et griffures, les couleurs (bleue, rouille, jaune) et les contrastes sont relevés et le piqué impressionne souvent. Belle osmose entre le ciel bleu et la terre ocre. La patine argentique est présente, bien gérée, plus appuyée sur les séquences sombres. Mention spéciale également à la luminosité du master restauré 2K.

Deux mixages au choix. La version française ou la version originale aux sous-titres non imposés. Du point de vue dynamique, la VF l’emporte avec un report plus élevé des dialogues et de la musique de Tim McIntire (qui prête aussi sa voix à Blood) et Jaime Mendoza-Nava. Sinon, notre préférence se tourne bien sûr vers la piste anglaise, plus harmonieuse et moins rentre dedans.

Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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