
PAIR ET IMPAIR (Pari e dispari) réalisé par Sergio Corbucci, disponible en DVD, Blu-ray et Combo 4K UHD + Blu-ray, le 27 février 2025 chez BQHL Éditions.
Acteurs : Terence Hill, Bud Spencer, Luciano Catenacci, Marisa Laurito, Woody Woodbury, Salvatore Borghese, Jerry Lester, Kim McKay…
Scénario : Bruno Corbucci, Mario Amendola, Sabatino Ciuffini & Sergio Corbucci
Photographie : Luigi Kuveiller
Musique : Guido & Maurizio De Angelis
Durée : 1h55
Date de sortie initiale: 1978
LE FILM
Johnny, officier d’élite de la marine, se voit confier une mission de la plus haute importance : démanteler un gang de bookmakers. Pour réussir dans cette aventure périlleuse, il fait appel à son demi-frère Charlie, conducteur de camions et ancien croupier pour le compte du « Grec » Paragoulis. Ensemble, sous la direction de leur père (faux aveugle), ils vont jouer à tous les jeux d’argent, participant tour à tour au tiercé, poker, etc.

Où se place Pair et impair dans la carrière de notre tandem préféré ? Il s’agit de la onzième collaboration entre Terence Hill et Bud Spencer et se place entre Deux Super-flics ! – I due superpiedi quasi piatti de Enzo Barboni et Cul et Chemise – Io sto con gli ippopotami de Italo Zingarelli. Mais c’est aussi la première de leurs deux associations (en commun donc) avec le légendaire Sergio Corbucci (1926-1990). En effet le réalisateur de Django, Navajo Joe, Le Grand Silence, El Mercenario, Mais qu’est-ce que je viens foutre au milieu de cette révolution ? (on pourrait continuer longtemps ainsi) avait déjà croisé la route de Terence Hill en 1963 sur Le Jour le plus court – Il giorno più corto, parodie du Jour le plus long, interprété par un casting de folie, de Totò à Walter Chiari, en passant, par Ugo Tognazzi, Gino Cervi, Franco & Ciccio, Aldo Fabrizi, regardez la fiche Wikipédia, c’est hallucinant. De l’avis général, et à ce à juste titre, Pair et impair – Pari e dispari, cette fois encore tourné à Miami, est l’un des meilleurs opus du duo. Succession ininterrompue de gags, de répliques tordantes, de bastons homériques, cette comédie familiale demeure une référence en la matière, l’un des films que l’on prend plaisir à faire découvrir à la nouvelle génération. Un grand spectacle.


Deux vagabonds, Matt Kirby et Wilbur Walsh, débarquent à Miami les poches vides. Pour les remplir, quoi de mieux que de se livrer au casse d’une supérette ? Les deux hommes n’étant pas les criminels amateurs les plus doués de leur génération, ils se retrouvent au commissariat mais réussissent à prendre la place de candidats au poste de motards de la police. Ils repartent alors en uniforme, chargés de faire respecter l’ordre et la loi. Et, de l’ordre, ils vont effectivement en remettre en ville, à leur manière, à grand renfort de taloches.


Il y a tout d’abord cette musique composée par les mythiques Guido et Maurizio de Angelis (Deux super-flics !, La Maison de la terreur, La Montagne du Dieu cannibale, Goodbye & Amen…), qui vous rentre dans le crâne, qui s’y inscrit définitivement et ce pour tout le reste de votre vie. D’ailleurs, le petit garçon de deux ans et demi de l’auteur de ces mots demande sans arrêt qu’on la lui mette, en disant « Bud ! Terence ! », c’est dire si ce thème principal hante votre chroniqueur depuis plus de 35 ans !


Puis, on retrouve très vite le blondinet aux yeux bleus et le balaise barbu, tout d’abord opposés, voir adversaires, avant de devenir complices et même plus ici, puisqu’ils apprennent qu’ils sont demi-frères. Là-dessus, le scénario coécrit par Bruno Corbucci et Mario Amendola (Flics en jeans, Tire Django, tire!, La Belle et le corsaire) part un peu dans tous les sens, mais dans la bonne humeur, en totale décontraction, la première bagarre intervenant d’ailleurs très tôt, à coup de poêle à frire (remplie de fayots aux oignons). Les méchants, toujours interprétés par la même bande (Luciano Catenacci, Giancarlo Bastianoni, Sal Borgese, Riccardo Pizzuti), sont donc habitués à en recevoir plein la tronche (comme les romains quand ils se retrouvent face à Astérix et Obélix), d’autant plus qu’ils étaient eux-mêmes pour la plupart cascadeurs et chorégraphes des affrontements qui ont contribué à faire passer à la postérité tous les films du tandem.


L’action est rythmée (et ce sur près de deux heures), les décors soignés, les seconds rôles fameux et la photographie de Luigi Kuveiller (chef opérateur d’Avanti ! de Billy Wilder, Le Venin de la peur de Lucio Fulci et des Frissons de l’angoisse de Dario Argento) est – on a tendance à l’oublier – on ne peut plus élégante.


Pair et impair devient le quatrième plus grand succès de l’année 1978 en Italie, derrière Grease, La Cage aux folles et Superman, cartonne (comme d’habitude) en Allemagne avec plus de cinq millions d’entrées, tandis qu’en France le film reste sous la barre des deux millions de tickets vendus (là où Deux super-flics ! avait fait plus de 3,3 millions de spectateurs), se plaçant alors à la 16è place du box-office annuel, entre Emmanuelle 2 et…Comment se faire réformer de Philippe Clair. Après ce grand succès, Terence Hill et Bud Spencer retrouveront Sergio Corbucci pour Salut l’ami, adieu le trésor –Chi trova un amico, trova un tesoro, avec un box-office qui commencera à décliner lentement, mais sûrement. Mais avant cela, Terence Hill et le réalisateur tourneront Un drôle de flic – Poliziotto superpiù, film de super-héros avant l’heure (et immense madeleine pour moi), qu’on espère voir un jour débarquer en Haute-Définition ou pourquoi pas en UHD. N’est-ce pas BQHL ?


LE 4K-UHD
On vous l’avait indiqué il y a quelques semaines, Pair et impair débarque en Blu-ray et en 4K UHD chez BQHL Éditions ! Ainsi, après Petit papa baston (dispo depuis juin 2004, en DVD et en, Blu-ray) et Deux super-flics ! (à la vente en DVD, HD et UHD depuis le 22 janvier 2025), Pari e dispari dispose des mêmes spécificités que le second. À noter que Salut l’ami, adieu le trésor ! et Quand faut y aller, faut y aller arrivent aussi ce mois-ci. On essaye de vous passer tout cela en revue trèèèès prochainement bien sûr. Boîtier avec fourreau. Le menu principal est animé et musical.

Comme sur le Blu-ray de Petit papa baston et le 4K de Deux Super-flics!, Jean-François Giré nous présente cette fois Pair et impair (23’30). Une intervention plus resserrée que précédemment, mais qui ne manque pas d’arguments. L’expert du western, auteur du livre Il était une fois… le western européen et réalisateur du documentaire Sergio Leone, une Amérique de légende, replace ce film dans la carrière de Terence Hill & Bud Spencer, qui collaborent pour la première fois en tandem avec Sergio Corbucci. L’occasion pour Jean-François Giré de parler du réalisateur, avec lequel le duo allait merveilleusement bien s’entendre. Les conditions de tournage à Miami, le scénario, les scènes de bagarres, le rythme, le montage sont aussi les sujets abordés.



L’Image et le son
Nous ne sommes pas déçus ! C’est avec un plaisir immense que nous découvrons (même s’il s’agit du centième visionnage, au bas mot) Pair et impair dans de pareilles conditions ! D’emblée, la colorimétrie s’impose par sa luminosité, le relief est très appréciable et le piqué est souvent tranchant pour un film qui mine de rien se rapproche de son cinquantième anniversaire. Le chef-opérateur Luigi Kuveiller voit sa photo ouatée merveilleusement restituée et offre un lot de détails conséquents. Si la profondeur de champ n’est guère exploitée, certains gros plans étonnent par leur précision, la clarté est de mise, les contrastes sont probants, la copie stable, le grain bien géré et les noirs denses. N’oublions pas non plus la vertueuse restauration et la propreté de la copie, débarrassée de toutes les scories possibles et imaginables. Master anglo-saxon comme les credits l’attestent.

C’est franchement aléatoire en ce qui concerne le son. Commençons par le principal, autrement dit la VF, aussi culte que sur les autres titres du tandem. Le doublage diffère cependant, puisque si Claude Bertrand prête toujours sa voix à Bud Spencer, point de Dominique Paturel à la barre pour Terence Hill, mais Jacques Thébault, déjà à l’oeuvre sur Dieu pardonne… moi pas ! et Les Deux Missionnaires (le seul film de Hill/Spencer à sortir en DVD/Blu-ray chez nous). L’écoute s’avère pincée, comme si l’ensemble passait à travers un tube, et l’ensemble manque sérieusement de punch. Quelques échos se font entendre et le tout reste malheureusement plat tout du long. Certains ont fait part de leur déception quant à l’absence de piste italienne sur Deux super-flics !, considérée comme étant la véritable version originale. Même chose en ce qui concerne Pair et impair, puisque la VOSTF (avec les sous-titres imposés et le changement de langue verrouillé à la volée) est anglaise. Celle-ci est encore plus « lointaine » que la VF, puisque les dialogues restent bas tout du long, sans aucune dynamique.


Crédits images : © BQHL Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr