Test Blu-ray / Honneur et gloire, réalisé par Hynek Bocan

HONNEUR ET GLOIRE (Cest a sláva) réalisé par Hynek Bocan, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 2 décembre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Rudolf Hrusínský, Karel Höger, Blanka Bohdanová, Josef Kemr, Iva Janzurová, Adolf Minský, Lubomír Lipský, Bohuslav Cáp…

Scénario : Hynek Bocan & Karel Michal

Photographie : Jirí Sámal

Musique : Zdenek Liska

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1969

LE FILM

Bohême, 1647, à la fin de la Guerre de Trente ans. Misère et désolation ont envahi le pays. Le chevalier Rynda, au sein de sa forteresse, tente tant bien que mal de nourrir sa famille et ses gens. En 1620, son père avait subi une défaite lors de la Bataille de la Montagne Blanche, ce qui l’obligea à renier la foi protestante pour rejoindre la couronne catholique de l’Empereur. Un soir, un commissaire de l’Empereur, accompagné de son épouse, demande l’hospitalité à Rynda. Ils sont en fait des agents du Roi de France, cherchant à faire soulever les paysans contre les Habsbourg.

C’est une expérience de cinéma à part entière, dans le fait de se plonger dans un septième art méconnu dans nos contrées, en l’occurrence provenant de Tchécoslovaquie, mais aussi dans un contexte historique peu traité, autrement sur la Guerre des Trente ans. Pour jouer les (faux) historiens, ces conflits armés ont déchiré l’Europe de 1618 à 1648 et reposaient sur une lutte entre la noblesse et l’aristocratie tchèque hussite et le catholicisme imposé par le Saint-Empire romain germanique dirigé par la maison de Habsbourg. Honneur et gloireCest a sláva, réalisé en 1969 par Hynek Bočan se situe juste avant la fin des hostilités, après la répression et le désir des Habsbourg d’accroître leur hégémonie, ainsi que celle de la religion catholique dans le Saint-Empire. Nous vous conseillons de vous renseigner en amont sur cette guerre, afin de mieux comprendre les enjeux d’Honneur et gloire, au risque de vous perdre. Il serait d’ailleurs dommage de passer à côté de ce drame historique, l’un des opus les plus célèbres du cinéaste (né en 1938 et toujours parmi nous), prolifique et éclectique, qui a autant oeuvré pour le grand que pour le petit écran. Outre Honneur et gloire, ses œuvres les plus connues demeurent Personne ne riraNikdo se nebude smát (1965), comédie douce-amère sur les problèmes liés au refus d’admettre les vérités qui dérangent, le conte de fées S certy nejsou zerty (1984), où l’on croise le diable en personne, ainsi que la mini-série Prítelkyne z domu smutku (1992), immense succès de la télévision tchèque. Ce qui prouve que le metteur en scène a su toucher plusieurs générations au fil de sa longue carrière, étendue de 1958 à 2014. En l’état, Honneur et gloire est une belle porte d’entrée dans le cinéma de Hynek Bočan, quand bien même beaucoup d’éléments resteront obscurs pour les spectateurs français. Les cinéphiles pointus, à qui le film est essentiellement destiné, est un très bel objet formel à analyser, disséquer, à admirer et si le temps peut paraître long parfois, on espère découvrir d’autres films, téléfilms ou séries du réalisateur.

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Test Blu-ray / La Poursuite sauvage, réalisé par Daniel Mann

LA POURSUITE SAUVAGE (The Revengers) réalisé par Daniel Mann, disponible en DVD & Édition Collection Silver Blu-ray + DVD + Livre le 14 novembre 2025 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : William Holden, Ernest Borgnine, Woody Strode, Roger Hanin, Reinhard Kolldehoff, Jorge Luke, Jorge Martínez de Hoyos, Arthur Hunnicutt, Susan Hayward…

Scénario : Wendell Mayes, d’après une histoire originale de Steven W. Carabatsos

Photographie : Gabriel Torres

Musique : Pino Calvi

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

En rentrant de la chasse, le fermier John Benedict trouve toute sa famille massacrée. Dans un dernier souffle, son vacher lui indique que les meurtriers sont des Indiens voleurs de chevaux, commandés par deux Blancs, dont l’un, Tarp, est borgne. Fou de rage et de désespoir, Benedict vend ses biens et se lance sur leurs traces. Il se rend dans un pénitencier du Mexique pour y engager des hommes de main. Il en repart avec six forçats sans foi ni loi. Sans aucun scrupule, ceux-ci tentent de le dévaliser et l’abandonnent à son sort. L’un d’entre eux, Job, revient pourtant…

Daniel Chugerman, alias Daniel Mann (1912-1991) vient du théâtre. Il débarque dans le monde du cinéma au début des années 1950 en adaptant une pièce de William Inge, Come Back, Little Sheba, qui en France deviendra Reviens petite Sheba, avec Burt Lancaster et qui vaut à Shirley Booth d’être récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice, ainsi que par le Prix d’interprétation au Festival de Cannes. Il adapte Tennessee Williams (La Rose tatouée, Oscar de la meilleure actrice pour Anna Magnani), puis dirige les plus grandes stars, de Marlon Brando à Glenn Ford, en passant par Shirley MacLaine, Anthony Quinn, James Stewart, Elizabeth Taylor, Dean Martin, Lana Turner, James Coburn, Sophie Loren, Sidney Poitier…Un C.V. qui ferait bien des envieux. Éclectique, passant d’un genre à l’autre (drame, comédie, film de guerre, tout y passe), Daniel Mann connaît un immense succès avec Willard, opus d’épouvante, qui entraînera une (mauvaise) suite (Ben, réalisé par Phil Karlson) et un remake en 2003. Après ce triomphe qui surfe sur l’engouement croissant des spectateurs pour le cinéma d’horreur, Daniel Mann enchaîne étrangement avec La Poursuite sauvage The Revengers, un western, qui périclitait alors à Hollywood, repris et modernisé en Italie, qui tentait alors de revenir sur le devant de la scène aux États-Unis. Indubitablement influencé par Les Sept MercenairesThe Magnificent Seven (1960) de John Sturges, Les Douze Salopards The Dirty Dozen (1967) de Robert Aldrich et La Horde sauvageThe Wild Bunch (1969) de Sam Peckinpah, La Poursuite sauvage n’a certes pas le prestige de ces trois immenses références, mais n’en reste pas moins une étonnante réussite. Daniel Mann rappelle les cinéastes comme Robert Fleischer et Robert Wise, capables de se fondre dans le moule du genre qu’ils abordaient, en y apportant leur griffe. Sur un scénario signé Wendell Mayes, auteur réputé de l’autre côté de l’Atlantique (Le Merdier de Ted Post, Un justicier dans la ville de Michael Winner, L’Aventure du Poséidon de Ronald Neame, Autopsie d’un meurtre d’Otto Preminger), produit par Martin Rackin (Les Cavaliers, Les Aventures du Capitaine Wyatt, La Femme à abattre), porté par un casting aussi brillant qu’hétéroclite mené par William Holden, La Poursuite sauvage est un western qui a très bien vieilli, qui épate par sa violence et qui propose des personnages fouillés, complexes et même passionnants. Une redécouverte s’impose.

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Test Blu-ray / All Ladies Do It, réalisé par Tinto Brass

ALL LADIES DO IT (Così fan tutte) réalisé par Tinto Brass, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 4 novembre 2025 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Claudia Koll, Paolo Lanza, Franco Branciaroli, Isabella Deiana, Renzo Rinaldi, Ornella Marcucci, Marco Marciani, Maurizio Martinoli…

Scénario : Tinto Brass, Francesco Costa & Bernardino Zapponi, d’après l’opéra de Mozart

Photographie : Massimo Di Venanzo & Silvano Ippoliti

Musique : Pino Donaggio

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1992

LE FILM

Si, au terme de cinq ans de mariage, Diana aime toujours Paolo, elle rêve aussi de nouvelles expériences dans les bras d’autres hommes. Un séduisant antiquaire français, un premier flirt sur le retour… Les amants vont et viennent dans un tourbillon de liaisons scandaleuses. Plutôt que de cacher la vérité de ses infidélités à Paolo, Diana les lui raconte, toutes. Autant de récits qui ajoutent du piment à une vie de couple pourtant pas à l’abri des démons de la jalousie…

Quand il tourne Così fan tutte, l’amico Tinto Brass trône depuis dix ans comme étant le « Sergio Leone du cul » et ce dès le succès monstre rencontré par La ClefLa Chiave (1983), porté par la sublime Stefania Sandrelli. Après celui-ci, le cinéaste a mis les bouchées doubles avec le génial Miranda (1985) et l’envoûtant Paprika (1991). Le tournant des années 1990 n’a rien changé pour Tinto Brass, qui continue sur sa lancée, quand bien même nombreux sont ses détracteurs qui jugent son cinéma ana(l)chroNique. All Ladies Do It, autre titre de Così fan tutte, est une autre comédie érotique, qui met cette fois en vedette l’actrice Claudia Koll, nom de scène de Claudia Maria Rosaria Colacione, alors âgée de 27 ans au moment du tournage et qui deviendra par la suite une diva érotique dans l’Italie de la première moitié des années 1990. Visage récurrent de la télévision transalpine, Claudia Koll, présentera le célèbre festival de Sanremo, donnera la réplique au monstre Nino Manfredi dans la série Linda e il brigadiere, jouera pour Lamberto Bava, avant de se tourner vers Dieu et les associations caritatives. Mais pour l’heure, elle n’est sûrement pas avare de ses charmes dans All Ladies Do It et détient une place particulière dans le cheptel du maestro. Loin d’avoir les formes rebondies des autres héroïnes brassiennes, Claudia Koll étonne, détonne même et marque donc les esprits, ainsi que le bas-ventre des spectateurs. Ôde à la sodomie, All Ladies Do It est aussi une radiographie ironique du couple et de ses conventions, dans laquelle Tinto Brass met les femmes à égalité avec les hommes et montre d’ailleurs que ces derniers font pâle figure à côté des premières, qui quand elles ont décidé d’être libres, le sont vraiment et totalement. Tinto Brass, réalisateur féministe, vous en doutiez ?

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Test Blu-ray / Paprika, réalisé par Tinto Brass

PAPRIKA réalisé par Tinto Brass, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 4 novembre 2025 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Debora Caprioglio, Stéphane Ferrara, Martine Brochard, Stéphane Bonnet, Rossana Gavinel, Renzo Rinaldi, Conte Bastiano…

Scénario : Tinto Brass & Bernardino Zapponi, d’après le roman Fanny Hill de John Cleland

Photographie : Silvano Ippoliti

Musique : Riz Ortolani

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1991

LE FILM

Belle à croquer et encore jeunette, Mimma aime follement Nino, au point qu’elle vend son corps pour ses beaux yeux. Devenue, sous le nom de Paprika, la pensionnaire la plus populaire de la maison close de Mme Colette, la jeune femme oublie vite son premier amour pour se consoler dans les bras d’un beau marin. D’un établissement de plaisir à l’autre, de la France à l’Italie, où prêtres et politiciens se bousculent à sa porte, Paprika fait tourner les têtes et valser les caleçons.

Aaaah Paprika…c’est tout un poème comme le chantait Yves Montand. Assurément l’une des plus grandes héroïnes de Tinto Brass, Mimma, surnommée Paprika en raison de sa nature caliente, fait partie des « meneuses » dans le cheptel de son auteur. Incarnée par l’impressionnante Debora Caprioglio, excessivement généreuse, plantureuse (euphémisme) créature, Paprika marque le retour du maestro à un érotisme encore plus exacerbé. Superbe portrait de femme libre, qui fait ce qu’elle veut de son cul (qu’elle a comme une mandoline) et qui ne s’en prive pas, Paprika se double cette fois d’un « hommage » aux maisons closes, que le sieur Brass a toujours fréquenté dans sa vie. D’où une vision fantasmée, idéalisée, rêvée et donc mise en scène de façon stylisée à travers des décors que l’on imagine tout droit sortis d’un rêve (mouillé). Rétrospectivement, Paprika, sorti en 1991, est l’un des plus beaux longs-métrages du Maestro del Culo, un des plus passionnants aussi, comme un mix entre Salon Kitty et Miranda. Inoubliable.

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Test Blu-ray / Steel Flower, réalisé par Park Seok-Yeong

STEEL FLOWER (Seutil peullawo) réalisé par Park Seok-Yeong, disponible en Blu-ray le 30 juillet 2025 chez Badlands.

Acteurs : Jeong Ha-Dam, Kim Tae-Hee, Park Myeong-Hoon, Choi Moon-Sook, An Yu…

Scénario : Park Seok-Yeong

Photographie : Park Hyeong Ik & Oh Tae-Seung

Musique : Kim Dong-Gi

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 2015

LE FILM

Une sans-abri se loge dans des maisons vides pour essayer de s’en sortir. Durant l’hiver, elle quitte Séoul pour aller chercher du travail sur Busan, mais elle ne parvient pas à grand-chose sans téléphone ni adresse. Par-dessus tout, elle se fait souvent duper par les gens et n’a personne à qui parler.

Au centre de sa trilogie dite des « Fleurs », constituée de Wild Flower (2014), Steel Flower (2015) et de Ash Flower (2017), le réalisateur Park Seok-Yeong (né en 1973) place au centre une comédienne unique, Jeong Ha-dam. Née en 1994, celle-ci se fond dans un personnage, que l’on pourrait définir comme étant proche de ce qu’elle est en réalité et qui s’appelle d’ailleurs Ha-dam. À la fois portrait dressé d’une jeunesse livrée à elle-même et constat implacable d’une nouvelle génération laissée sur le carreau, Steel Flower est une plongée immersive dans le quotidien d’une jeune femme. Ha-dam tente de survivre dans la société d’aujourd’hui, en se demandant constamment où elle va pouvoir dormir la nuit prochaine et comment elle pourra se nourrir, dignement, sans avoir recours à la mendicité, en recherchant constamment un petit job qui lui permettra de se remplir le ventre et de trouver un toit au -dessus de sa tête. On suit donc Ha-dam, sans-abri, quasi-muette, qui débarque à Busan dans l’espoir de trouver du travail, mais qui se heurte à un refus à chaque étape. Ha-dam est là sans l’être, ou plutôt la plupart ferait tout pour ne pas la voir, comme s’il s’agissait d’un spectre qui fait tâche dans la société coréenne trop bien réglée et où rien ne devrait dépasser. Par sa mise en scène heurtée, chaotique, avec une caméra portée, Park Seok-Yeong implique le spectateur du début à la fin, colle au plus près de son personnage principal, qu’on ne quittera pas une seconde, qu’on accompagne dans son périple de tous les jours. Steel Flower peut se voir indépendamment des deux autres opus « Flower ». L’auteur de ces mots ne les a pas vus, mais ce second opus donne sérieusement envie de découvrir les autres. Assurément une belle découverte sensorielle que ce cinéaste coréen et formidable révélation que son actrice principale.

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Test Blu-ray / Lola, réalisé par Bigas Luna

LOLA réalisé par Bigas Luna, disponible en Coffret Combo Blu-ray + DVD + Livre le 7 octobre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Ángela Molina, Patrick Bauchau, Féodor Atkine, Assumpta Serna, Carme Sansa, Pepa Lopez, Constantino Romero…

Scénario : Luis Hercé, Bigas Luna & Enrique Viciano

Photographie : Josep M. Civit

Musique : José Manuel Pagán

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1986

LE FILM

Lola s’éloigne de Mario, son amant alcoolique et violent à son égard. Cinq ans plus tard, elle est mariée avec Robert, un chef d’entreprise français, et vit dans son confort bourgeois avec leur fille Ana. C’est à ce moment que Mario retrouve Lola.

Dans la carrière de Bigas Luna, Lola intervient après un rapide passage par les États-Unis, où le réalisateur a tourné Reborn, connu aussi sous le titre espagnol Renacer, dans lequel il dirigeait Dennis Hopper. Un échec cinglant dans les salles. Il revient en terre ibérique et crée la série Kiu i els seus amics en 1985, qui le remet en selle. Il peut donc signer son retour au cinéma en 1986 avec Lola, qui change du tout au tout avec Bilbao et Caniche, puisque Bigas Luna joue ici avec le thriller néo-noir, teinté d’histoire d’amour « contrariée », les guillemets n’étant pas de trop. Bien sûr, Lola n’est pas un film comme les autres. Oeuvre hybride, pensée pour contenter les spectateurs en quête d’émotions fortes dans le bas-ventre et les amateurs de film de genre, Lola est avant tout un portrait de femme forte et indépendante, qui fait ce qu’elle veut de son séant et qui tente de lutter contre ses penchants sexuels teintés de violence (« consentie »), tandis que son cerveau aspire à plus de d’équilibre et de tranquillité. Autant dire que la psychologie des personnages est on ne peut plus complexe et Lola vaut non seulement pour la mise en scène toujours aspirée et frontale de Bigas Luna, mais aussi pour l’interprétation habitée de ses trois têtes d’affiche, l’espagnole Ángela Molina (dans le rôle-titre), le belge Patrick Bauchau et le français Féodor Atkine. Grand succès du réalisateur, Lola est étrangement souvent oublié aujourd’hui quand on évoque la carrière du cinéaste. Raison de plus pour le réhabiliter quarante ans après sa sortie.

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Test Blu-ray / Caniche, réalisé par Bigas Luna

CANICHE réalisé par Bigas Luna, disponible en Coffret Combo Blu-ray + DVD + Livre le 7 octobre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Àngel Jové, Consol Tura, Linda Pérez Gallardo, Cruz Tobar, Sara Grey…

Scénario : Bigas Luna

Photographie : Pedro Aznar

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1979

LE FILM

Bernardo et sa sœur Eloisa vivent dans une grande maison héritée d’une vieille tante récemment décédée. Petit à petit, une étrange relation se met en place entre eux deux et Dani, un caniche un peu trop présent…

Bigas Luna, suite. Après le succès rencontré par Bilbao, le réalisateur enchaîne rapidement avec Caniche, inspiré par une anecdote personnelle de Salvador Dali. Celui-ci aurait confié à Bigas Luna que devant quitter l’Espagne franquiste de toute urgence, sa compagne Gala et lui auraient décidé de manger leur chien bien aimé, afin de « le garder avec eux », plutôt que de se résigner à l’abandonner. Allez savoir avec Daliiiiii si ce récit est vrai…S’il est sans doute plus vraisemblable de penser qu’il s’agissait d’un lapin, le cinéaste ibérique allait prendre ce souvenir comme point de départ de Caniche, l’un de ses films les plus controversés, et pour cause. Comme s’il pouvait enfin se permettre d’aborder encore plus frontalement certains sujets, Bigas Luna évoque rien de moins que les sujets de l’inceste et de la zoophilie. La critique de l’époque a d’ailleurs retenu uniquement les scènes plus choquantes de Caniche, et Dieu sait qu’elles le sont, sans chercher à comprendre où l’auteur souhaitait en venir. Huis clos asphyxiant où les deux personnages principaux vivent repliés sur eux-mêmes en compagnie d’un petit chien qui prend trop de place, Caniche évoque la résultante de quarante ans de régime totalitaire, qui a rendu les individus fous, déconnectés de la réalité, pervers, et qui ont survécu en s’adaptant comme ils le pouvaient, loin du monde extérieur comme ils l’étaient. Encore plus radical que Bilbao, Caniche décontenancera une bonne partie du public et le film, malgré le Prix de l’Âge d’or remporté en 1981 (récompense décernée par la Cinémathèque royale de Belgique et le musée du cinéma de Bruxelles), connaîtra un succès moindre que le précédent. Aujourd’hui, rétrospectivement, Caniche apparaît comme étant l’une des œuvres les plus dérangeantes de Bigas Luna, l’une des plus déconseillées aux âmes sensibles. En un mot, Caniche est aussi morbide qu’indispensable.

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Test Blu-ray / La Maison au fond du parc, réalisé par Ruggero Deodato

LA MAISON AU FOND DU PARC (La Casa sperduta nel parco) réalisé par Ruggero Deodato, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : David Hess, Annie Belle, Christian Borromeo, Giovanni Lombardo Radice, Marie Claude Joseph, Gabriele Di Giulio, Lorraine De Selle, Karoline Mardeck, Brigitte Petronio…

Scénario : Gianfranco Clerici & Vincenzo Mannino

Photographie : Sergio D’Offizi

Musique : Riz Ortolani

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

Alex, voyou et violeur, tient sous sa coupe Ricky, un peu simplet. Tous deux travaillent dans un garage aux affaires douteuses. Alors qu’ils s’apprêtent à sortir en boîte, ils dépannent la voiture d’un couple de jeunes bourgeois qui, pour les remercier, les invite à une soirée dans leur villa. Si Ricky s’y amuse, Alex réalise vite que l’assemblée cherche à les humilier. Énervé, il sort son rasoir et prend la soirée en main…

La Maison au fond du parcLa Casa sperduta nel parco est né de l’argent qui restait à disposition aux deux producteurs Franco Di Nunzio et Franco Palaggi, après le tournage de Cannibal Holocaust. En effet, le réalisateur Ruggero Deodato ayant été encore plus radical et rapide que prévu en Colombie, celui-ci se voit proposer d’emballer un autre film avec ce qui reste alors dans la tirelire mise à disposition. Seule recommandation, le metteur en scène doit filmer lui-même quelques scènes à New York, afin d’y ancrer l’histoire de son nouvel opus, les scènes d’intérieur étant prévues en studio en Italie. Le montage prendra le relais pour faire croire que tout se déroule à New York et dans ses environs. Gianfranco Clerici (La Longue nuit de l’exorcisme, MurderRock, L’Éventreur de New York) et Vincenzo Mannino (Formule pour un meurtre, Les Prédateurs du futur, L’Antéchrist), se mettent à l’écriture et livrent ce qui sera La Maison au fond du parc, qui appartient au genre rape & revenge, tout droit hérité de La Dernière maison sur la gauche (1972) de Wes Craven. Non seulement la trame narrative et l’intrigue sont très proches de ce film devenu immédiatement une référence et un modèle à plagier, mais David Hess, qui incarnait le fameux Krug Stillo, tient également le haut de l’affiche dans cette Casa sperduta nel parco. Le sieur Deodato devait démarrer les prises de vue alors que son odyssée sanglante dans la forêt amazonienne n’était pas encore sortie sur les écrans, avec le scandale qui allait l’accompagner. Rétrospectivement, La Maison au fond du parc est sans doute l’un des meilleurs opus du maestro. Impeccablement emballé, ce thriller demeure une oeuvre très violente, sans concession, morbide, cruelle, dérangeante, à l’érotisme malsain, mais génialement réalisée, photographiée, cadrée, montée et interprétée, le tout en trois semaines seulement et dont la rapidité (pour ne pas dire l’urgence) d’exécution se ressent à l’écran. À ne pas mettre devant tous les yeux toutefois. Il faut dire que Ruggero Deodato n’y va pas de main-morte et met souvent tout humour de côté, aucune soupape permettant au spectateur de reprendre son souffle devant ce spectacle transgressif, sulfureux et subversif. Un chaînon manquant, toutes proportions gardées bien sûr, ne hurlez pas, entre La Maison des otagesThe Desperate Hours (1955) de William Wyler (que refera Michael Cimino au début des années 1990) et Orange mécanique A Clockwork Orange (1971) de Stanley Kubrick.

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Test Blu-ray / La Queue du scorpion, réalisé par Sergio Martino

LA QUEUE DU SCORPION (La Coda dello scorpione) réalisé par Sergio Martino, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : George Hilton, Anita Strindberg, Alberto de Mendoza, Janine Reynaud, Luis Barboo, Tom Felleghy, Lisa Leonardi, Tomás Picó, Ida Galli, Luigi Pistilli…

Scénario : Ernesto Gastaldi

Photographie : Emilio Foriscot

Musique : Bruno Nicolai

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Suite au décès de son mari, Kurt, dans l’explosion d’un avion, Lisa Baumer hérite d’un million de dollars qu’elle ne pourra toucher qu’en quittant Londres pour se rendre à Athènes. Sur place, elle est suivie par Peter Lynch, dépêché par la compagnie d’assurances, ainsi que par John Stanley, un policier. Peu après, la riche héritière croise la route d’une ex-maîtresse de son mari, Lara Florakis. Flanquée de Sharif, son homme de main, celle-ci lui réclame la moitié du pactole, sous peine de représailles…

C’est on peut le dire la plus grande période de la carrière éclectique et prolifique de Sergio Martino (né en 1938), puisque La Queue du scorpion La Coda dello scorpione (1971) prend place entre L’Étrange Vice de madame WardhLo Strano vizio della Signora Wardh et Toutes les couleurs du viceTutti i colori del buio. Nous sommes donc en plein giallo, genre qui fait habituellement fuir les critiques de cinéma et qui remplit pourtant les salles. Point d’Edwige Fenech au générique, pour cause d’heureux événement à venir, la magnifique actrice a dû laisser sa place à sa consœur suédoise Anita Strindberg, précédemment à l’affiche du Venin de la peurUna lucertola con la pelle di donna de Lucio Fulci et qui en l’espace de trois ou quatre ans marquera les esprits en enchaînant Qui l’a vue mourir ?Chi l’ha vista morire? d’Aldo Lado, Tropique du Cancer Al tropico del cancro de Gian Paolo Lomi et Edoardo Mulargia et L’Antéchrist L’Anticristo d’Alberto de Martino, pour ne citer que ceux-là et c’est déjà pas mal. Sergio Martino et Anita Strindberg, qui se retrouveront tout de suite après pour le légendaire (c’est toujours un plaisir d’écrire ce titre) Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la cléIl tuo vizio è una stanza chiusa e solo io ne ho la chiave, tournent La Queue du scorpion, thriller italo-espagnol, avec une petite touche de moussaka et de pudding, le film allant se faire voir chez les grecs dans la seconde partie et de l’autre côté de la Manche pour deux ou trois scènes ajoutées en raison d’une durée jugée trop courte pour l’exploitation du film. La Queue du scorpion est un parfait représentant du giallo avec son intrigue « tarabiscotée » (rien de péjoratif ici), ses femmes fatales, ses beaux gosses ténébreux, son tueur masqué, vêtu de noir, l’arme blanche empoignée par une main endossée d’un gant en cuir, ses victimes passant de vie à trépas dans d’atroces douleurs et le plus souvent dans un bain de sang bien rouge ketchup ou sauce barbecue si la lame atteint le foie. Le spectacle demeure total, excellemment mis en scène par des plus grands et habiles artisans en la matière. Une vraie référence non usurpée.

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Test Blu-ray / Aenigma, réalisé par Lucio Fulci

AENIGMA (Ænigma) réalisé par Lucio Fulci, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Jared Martin, Lara Naszinsky, Milijana Zirojevic, Ulli Reinthaler, Sophie d’Aulan, Jennifer Naud, Riccardo Acerbi, Kathi Wise…

Scénario : Lucio Fulci & Giorgio Mariuzzo

Photographie : Luigi Ciccarese

Musique : Carlo Maria Cordio

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Boston, années 1980 – Au sein du collège Saint Mary’s, Kathy subit les moqueries de la part d’un groupe d’élèves et d’un professeur de gymnastique. Un soir, à la suite d’une très mauvaise plaisanterie, l’adolescente, humiliée, est renversée par une voiture et tombe dans un coma profond. À l’hôpital, victime d’un arrêt cardiaque, une partie de son esprit sort de son corps. Un peu plus tard, une nouvelle élève, Eva, arrive dans l’établissement. Kathy la possède. Elle deviendra l’instrument de sa vengeance.

Il en est où ce bon vieux Lucio Fulci en 1987 ? Tout juste âgé de soixante ans, le cinéaste s’est tenu éloigné des studios en raison d’une maladie déclarée après la sortie de MurdeRock, succès en Europe, mais échec en Italie. Revenu avec Le Miel du diable Il Miele del diavolo, le maestro s’adonne désormais à des productions de moindre envergure, peu aidées par des budgets très limités et des conditions drastiques de tournage. C’est le cas pour Aenigma, qui n’est assurément pas l’opus le plus connu de son auteur, mais qui n’en est pas moins dépourvu de quelques séquences particulièrement réjouissantes et qui témoignent que Lucio Fulci en avait encore sous le capot. Son style inimitable est reconnaissable à plusieurs reprises, quand bien même le cinéaste s’inspire ouvertement et très largement de Suspiria et de Phenomena, réalisés par Dario Argento, avec une touche de Carrie au bal du diable de Brian De Palma, ou même encore de Patrick de Richard Franklin, qui avait connu une suite (non autorisée et donc opportuniste) en Italie, Patrick vive ancora, mis en scène par Mario Landi. Tout cela pour dire que Aenigma est un pot-pourri de tout ce qui se faisait alors dans le genre horrifique, avec tous les codes du slasher qui arrivait franchement en bout de course. Et pourtant, cela fonctionne bien, Lucio Fulci conduit son train-fantôme comme une véritable attraction où certaines surprises font leur effet, d’autres non évidemment, mais on est à l’arrivée ravis d’y avoir pris place.

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