Test Blu-ray / Project X, réalisé par William Castle

PROJECT X réalisé par William Castle, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 décembre 2025 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Christopher George, Greta Baldwin, Henry Jones, Monte Markham, Harold Gould, Phillip Pine, Lee Delano, Ivan Bonar…

Scénario : Edmund Morris, d’après les romans de Leslie P. Davies

Photographie : Harold E. Stine

Musique : Van Cleave

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

2118, un agent du gouvernement en mission en Asie prévient les États-Unis que le bloc occidental sera détruit quatorze jours plus tard. On le retrouve finalement inconscient et amnésique. Des scientifiques congèlent son corps et lui donne l’identité d’un voleur de banques de l’année 1968. Toutes les nuits, avec opiniâtreté, ils explorent son cerveau dans l’espoir qu’il finisse par se souvenir du message qu’il avait à transmettre à ses supérieurs.…

Quel film se cache sous ce titre mystérieux, Project X ? Celui-ci est réalisé en 1968 par le prolifique William Schloss, connu sous le pseudonyme de William Castle (1914-1977), connu pour Tuer n’est pas jouerI Saw What You Did (à ne pas confondre avec le premier James Bond de Timothy Dalton), La Nuit de tous les mystères – House of Haunted Hill, La Bataille de Rogue River – The Battle of Rogue River ou bien encore le sympathique western Duel sur le MississippiDuel on the Mississippi. Grand spécialiste de la série B, solide artisan de la Columbia et producteur malin qui a toujours su suivre et répondre aux goûts des spectateurs, William Castle en viendra même à produire Rosemary’s Baby et à mettre en scène des films d’horreur (13 Ghosts, Macabre, La Meurtrière diabolique). Project X est l’avant-dernier long-métrage du cinéaste, un opus de science-fiction indépendant, distribué par la prestigieuse Paramount Pictures, adapté de deux romans, The Artificial Man et Psychogeist de L. P. Davies. C’est le scénariste Edmund Morris, formé à la télévision sur moult séries policières des années 1950, puis de western la décennie suivante, qui se charge de cette double transposition. Pour l’une de ses rares incursions au cinéma, on peut aussi citer le mythique Walk on the Wild SideLa Rue chaude d’Edward Dmytryk, ils’en tire fort honorablement et surfe à la fois sur le côté espionnage, alors en pleine effervescence avec la saga James Bond, et SF, alors que 2001, l’odyssée de l’espace triomphait dans le monde entier. Comme souvent avec ce genre de petit bijou de genre, oublié durant de longues années, on redécouvre à quel point Project X posait quelques miettes, de petites bases de la science-fiction à venir sur le petit comme sur le grand écran, en évoquant la manipulation des rêves comme Le Monde sur le filWelt am Draht, minisérie réalisée par Rainer Werner Fassbinder en 1973, Total Recall de Paul Verhoeven et (bien plus tard) Inception de Christopher Nolan, la réalité virtuelle de Dark City d’Alex Proyas, de Matrix des Wachowski et de Passé VirtuelThe Thirteenth Floor de Josef Rusnak, Nirvana de Gabriele Salvatores et bien d’autres. Autrement dit, Project X en a sérieusement sous le capot, conserve un charme rétro (les costumes du futur qui font penser à des pyjamas pilou pilou, les portes automatiques qui font « ppschiiit ») et contient son lot de scènes particulièrement impressionnantes quand le récit plonge les spectateurs dans les méandres du cerveau de son personnage principal. Un spectacle toujours aussi rafraîchissant.

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Test Blu-ray / Dragon est de retour, réalisé par Eduard Grečner

DRAGON EST DE RETOUR (Drak sa vracia) réalisé par Eduard Grečner, disponible en Combo Blu-ray + DVD depuis le 2 décembre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Radovan Lukavský, Gustáv Valach, Emília Vásáryová, Viliam Polónyi, Jela Buckovan, Jozef Cierny, Pavol Chrobák, Mikulás Ladizinský…

Scénario : Eduard Grečner, d’après le roman de Dobroslav Chrobak

Photographie : Vincent Rosinec

Musique : Ilja Zeljenka

Durée : 1h21

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Martin Lepiš, surnommé Dragon, est un potier solitaire. Les villageois le considèrent comme étrange et l’accusent à tort d’être à l’origine des catastrophes naturelles qui troublent leur quotidien. Après des années d’absence, il retourne au village mais ne parvient pas à gagner la confiance des habitants. Même lorsque Martin risque sa vie pour sauver un troupeau de moutons, pris dans les flammes d’un feu de forêt, il n’obtient pas la reconnaissance attendue…

Dragon est de retourDrak sa vracia (1968), réalisé par Eduard Grečner (né en 1931), est un récit de suspicion, de solitude et de rédemption. Chassé de son village à cause de ses superstitions, Martin aka « Dragon », doit regagner la confiance des habitants et se heurte à une résistance farouche. Le film d’Eduard Grečner se déroule comme un poème médiéval : la quête d’un homme en quête d’acceptation, d’amour et d’une place dans le monde. Oeuvre expérimentale, difficile d’accès et donc réservée aux cinéphiles les plus pointus, Dragon est de retour vaut surtout pour la beauté de la photographie de Vincent Rosinec, qui contribue à envelopper le film d’un voile de mystère. Même chose en ce qui concerne la musique d’Ilja Zeljenka (La Vierge miraculeuse, Le Soleil dans un filet, Trois filles, tous réalisés par Stephan Uher), hypnotique, participant à l’immersion désirée par le réalisateur. Celui-ci adapte le roman éponyme de Dobroslav Chrobak, que Béla Balázs avait déjà projeté de transposer à la fin des années 1940, sans y parvenir. Eduard Grečner s’y colle à son tour, cette fois avec succès, un travail pourtant fastidieux, pour ne pas dire courageux, beaucoup prétendant que le livre ne pouvait pas donner naissance à un long, voir même à un court-métrage. La première tentation d’adapter le roman se présenta alors que Grečner était encore étudiant en cinéma à Prague. La version du scénario qu’il écrivit était destinée au réalisateur Stanislav Barabáš, Grečner n’envisageant alors pas encore de devenir metteur en scène. Mais son scénario, pourtant de grande qualité, ne passa pas le test idéologique. En raison de l’évolution du contexte socio-politique, cette première mouture fut tout simplement refusée et même interdite dans les années 1950. Sept ans plus tard, en 1965, Eduard Grečner soumit de nouveau son scénario, qui reçut cette fois un accueil favorable. Si le film n’obtient pourtant pas de succès à sa sortie, Dragon est de retour a depuis été bien réhabilité, au point d’obtenir un statut culte auprès des passionnés du septième art, rejoignant ainsi celui jamais démenti du livre de Dobroslav Chrobak, monument de la littérature slovaque. Une curiosité, hermétique sans douter, mais une expérience tout de même, enfin disponible en France, en DVD et Blu-ray chez Artus Films.

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Test Blu-ray / La Nuit des clowns, réalisé par Eli Craig

LA NUIT DES CLOWNS (Clown in a Cornfield) réalisé par Eli Craig, disponible en DVD & Blu-ray le 18 décembre 2025 chez M6 Vidéo.

Acteurs : Katie Douglas, Aaron Abrams, Carson MacCormac, Vincent Muller, Kevin Durand, Will Sasso, Cassandra Potenza, Verity Marks…

Scénario : Carter Blanchard & Eli Craig, d’après le roman de Adam Cesare

Photographie : Brian Pearson

Musique : Brandon Roberts & Marcus Trumpp

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Kettle Spring est une petite bourgade du fin fond des États-Unis perdue au milieu des champs de maïs. Et que ça lui plaise ou non, Quinn emménage avec son père, nouveau médecin de ce trou paumé sans réseau. Très vite, Quinn fait la connaissance de la bande de jeunes casse-cou locale et remarque que plusieurs choses pas nettes se passent en ville. Et alors que les habitants se préparent à la fête annuelle, des mystérieux clowns font irruption pour rajouter un peu de barbaque à la soirée…

En 2011 sort une toute petite comédie d’horreur intitulée Tucker et Dale fightent le malTucker and Dale vs Evil. La critique s’emballe, les spectateurs répondent présent, un statut culte s’installe même d’emblée et le film connaîtra un remake en Corée. Qu’est devenu depuis le réalisateur Eli Craig ? Comme metteur en scène, on l’a revu à la barre d’un épisode de la série Brothers & Sisters, du pilote de la série avortée Zombieland (inspirée du film de Ruben Fleischer) et de Little Evil (avec Evangeline Lilly et Adam Scott), emballée pour le compte de Netflix, avec lequel il retrouvait la veine de son premier long-métrage. Mais tout cela remonte à presque dix ans au minimum. Eli Craig revient enfin aux affaires avec La Nuit des clownsClown In A Cornfield, ou l’adaptation du roman Un clown dans un champ de maïs d’Adam Cesare. Produit pour un petit million de dollars, tourné en seulement cinq semaines, le film en a rapporté dix fois plus, dont sept millions rien que sur le sol américain où il est sorti bien avant l’été. Soyons honnêtes, il n’y a absolument aucune surprise dans La Nuit des clowns avec son récit ultra-balisé et ses rebondissements aussi attendus que clichés, mais ce ride permet à Eli Craig de se remettre en scène et de prouver son efficacité derrière la caméra. Toutefois, il faut s’armer de patience, car la première partie avant le massacre est trèèèès longue à se mettre en route, l’installation des personnages est aussi interminable que maladroite. Mais lorsque le massacre démarre, cela ne s’arrête quasiment plus jusqu’à la fin et l’humour tant attendu permet de passer un agréable moment.

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Test Blu-ray / L’Accident de piano, réalisé par Quentin Dupieux

L’ACCIDENT DE PIANO réalisé par Quentin Dupieux, disponible en DVD et Blu-ray le 4 novembre 2025 chez Diaphana.

Acteurs : Adèle Exarchopoulos, Jérôme Commandeur, Sandrine Kiberlain, Karim Leklou, Clara Choï, Gabin Visona, Georgia Scalliet, Sava Lolov…

Scénario : Quentin Dupieux

Photographie : Quentin Dupieux

Durée : 1h27

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Magalie est une star du web sans empathie et sans morale, qui gagne des fortunes en postant des contenus durs et violents sur les réseaux. Un grave accident survenu sur le tournage de l’une de ses vidéos la pousse à s’isoler à la montagne avec son assistant personnel afin de faire un break. Mais l’obstination d’un fan local et le chantage mené par une journaliste vont faire basculer sa vie…

C’est un rendez-vous quasi-annuel, puisqu’en près de vingt piges, Quentin Dupieux aura livré pas moins de quatorze long-métrages, dont la moitié tournée et sortie ces cinq dernières années. On attend patiemment la nouvelle cuvée en se demandant quel goût aura le nectar. L’Accident de piano est apparu dans les salles un peu plus d’un an après Le Deuxième acte, qui en frôlant la barre du demi-million d’entrées était devenu le plus grand succès du réalisateur au box-office. Pour son dernier opus en date, Mr Oizo collabore pour la troisième fois avec Adèle Exarchopoulos, qui se voit confier ici le rôle principal, après le génial Mandibules (dans lequel elle volait toutes les scènes) et Fumer fait tousser, l’un des gros échecs du metteur en scène. Du point de vue dégustation, L’Accident de piano pique en bouche et s’apparente à du gros rouge qui tâche. Rien de péjoratif là-dedans, puisque la critique amère de l’âme humaine est percutante, défonce le palais et s’avère même gouleyante dès la première gorgée. Et en ce qui concerne la couleur évoquée, il s’agit bien sûr de celle du sang qui coule dans la dernière partie de ce conte de la folie ordinaire comme l’écrivait Charles Bukowski. Comédie noire, surréaliste, d’horreur aussi donc, où trône la comédienne, totalement métamorphosée à cette occasion, L’Accident de piano est à nouveau une savoureuse attraction pensée et conduite par le plus forain des cinéastes français en activité.

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Test Blu-ray / La Taverne de l’irlandais, réalisé par John Ford

LA TAVERNE DE L’IRLANDAIS (Donovan’s Reef) réalisé par John Ford, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 14 novembre 2025 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : John Wayne, Lee Marvin, Elizabeth Allen, Jack Warden, Cesar Romero, Dick Foran, Dorothy Lamour, Marcel Dalio…

Scénario : Frank Nugent & James Edward Grant

Photographie : William H. Clothier

Musique : Cyril J. Mockridge

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 1963

LE FILM

Guns et Boats, deux anciens combattants du Pacifique se sont installés en Polynésie. La fille d’un troisième camarade, élévée dans la société puritaine de Boston, vient à la recherche de son père. Alors qu’ils se retrouvent, comme chaque année, dans l’île de Haleakaloa, où habite Guns, pour une rituelle bagarre, cet ancien marin irlandais va donner à la jeune héritière prude et pleine de préjugés une leçon de charité et de joie de vivre.

Le dernier baroud d’honneur ! La Taverne de l’irlandaisDonovan’s Reef est en effet l’ultime collaboration avec John Ford et John Wayne. On serait tenté de dire que le comédien doit tout au cinéaste, mais ce serait franchement réducteur, d’autant plus que Raoul Walsh avant lui avait confié son premier grand rôle au Duke dans La Piste des géants The Big Trail (1930). Cette association fut néanmoins décisive, marquée par un respect réciproque, des engueulades, des beuveries à n’en plus finir, mais aussi et surtout par un amour incommensurable qui devait lier à jamais les deux hommes. Environ 20 films, cela compte dans une carrière. Si John Wayne avait fait quelques panouilles chez John Ford de 1928 (Maman de mon coeur Mother Machree) à Born Reckless (1930), La Chevauchée fantastique Stagecoach va changer la donne en 1939. Suivront Les Hommes de la mer The Long Voyage Home (1940), Les Sacrifiés They Were Expendable (1945), Le Massacre de Fort Apache Ford Apache et Le Fils du désert3 Godfathers en 1948, La Charge héroïqueShe Wore a Yellow Ribbon (1949), Rio Grande (1950), L’Homme tranquille The Quiet Man (1952), La Prisonnière du désertThe Searchers (1956), L’Aigle vole au soleilThe Wings of Eagles (1957), Les CavaliersThe Horse Soldiers (1959), L’Homme qui tua Liberty ValanceThe Man Who Shot Liberty Valance et La Conquête de l’OuestHow the West Was Won en 1962, puis enfin La Taverne de l’irlandais en 1963. Et comme il s’agit plus ou moins d’une œuvre « testamentaire » sur leur relation et association, autant que cela finisse en beauté. Certes, Donovan’s Reef n’a pas et n’aura jamais l’aura, le prestige des monuments susmentionnés, mais le film agit comme un dernier verre avant que les deux John ne voient leur chemin se séparer. Si Wayne continuera encore d’incarner le cowboy pendant plus de dix ans, à quelques exceptions près (Le Plus Grand Cirque du monde de Henry Hathaway, Première victoire d’Otto Preminger, Les Feux de l’enfer d’Andrew V. McLaglen, Brannigan de Douglas Hickox), La Taverne de l’irlandais est l’antépénultième opus du réalisateur. Après celui-ci, John Ford ne reviendra derrière la caméra que pour Les CheyennesCheyenne Autumn (1964) et Frontière chinoiseSeven Women (1965). Grand succès au box-office, contrairement à ce qui a longtemps été dit, histoire d’enfoncer le clou sur le fait qu’il ne s’agissait que d’un « simple divertissement », La Taverne de l’irlandais, au-delà de son évidente légèreté, contient tout de même d’immenses séquences et mérite d’être largement redécouvert. D’autant plus que plastiquement, on en prend plein les mirettes. Alors pourquoi faire la fine bouche ?

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Test Blu-ray / La Horde sauvage, réalisé par Joseph Kane

LA HORDE SAUVAGE (The Maverick Queen) réalisé par Joseph Kane, disponible en DVD & Édition Collection Silver Blu-ray + DVD + Livret le 16 janvier 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Barbara Stanwyck, Barry Sullivan, Scott Brady, Mary Murphy, Wallace Ford, Howard Petrie, Jim Davis, Emile Meyer…

Scénario : Kenneth Gamet & DeVallon Scott, d’après le roman de Zane Grey

Photographie : Jack A. Marta

Musique : Victor Young

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 1956

LE FILM

Wyoming, les années 1890. Membre de l’agence Pinkerton, Jeff Young reçoit pour mission de démanteler une redoutable bande de hors-la-loi dirigée par Butch Cassidy et Sundance Kid. Sous le nom de Jeff Younger, il arrive en ville où il fait la connaissance de Kit Banion, officiellement propriétaire du saloon local, mais plus discrètement complice des bandits. S’il s’intègre à la bande, Young suscite en même temps la jalousie d’un Sundance Kid farouchement épris de Kit. Alors que se prépare l’attaque d’un train, la tension monte entre les deux hommes…

Joe Kane, de son vrai (pré)nom Joseph Kane (1894-1975) est un vieux briscard quand il entreprend La Horde sauvageThe Maverick Queen. La soixantaine installée, le réalisateur a déjà moult westerns, films noirs et autres serials à son palmarès et sa réputation n’est pas usurpée. Redoutablement efficace, l’énergie qu’il insuffle sur ses tournages (il tourne parfois jusqu’à dix films par an) se ressent dans ses films de série B et les grands acteurs se sont bousculés au portillon pour collaborer avec lui. Quelques titres ? La Rivière écarlateKing of the Pecos (1936), La Chevauchée solitaireThe Lonely Trail (1936), La Femme du pionnierDakota (1939) et La Belle de San Francisco Flame of Barbary Coast (1945) avec John Wayne, Le Retour de Billy the KidBilly The Kid Returns (1938) et À la poursuite de Jesse JamesDays of Jesse James (1939) avec Roy Rogers. Avant de terminer son illustre et prolifique carrière à la télévision avec les séries Rawhide, Bonanza et Laramie, il livre un parfait exemple de son savoir-faire avec ce western mettant en scène Barbara Stanwyck (dans un de ses derniers rôles au cinéma) et Barry Sullivan, dont le duo fonctionne parfaitement bien à l’écran. Poursuites, gunfights, histoire d’amour, infiltrations, trahisons, jalousie, attaque de train, il y a tout cela réuni en 90 minutes. Autant dire que le spectacle est garanti et que La Horde sauvage remplit toujours autant son contrat soixante-dix ans après sa sortie.

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Test Blu-ray / Honneur et gloire, réalisé par Hynek Bocan

HONNEUR ET GLOIRE (Cest a sláva) réalisé par Hynek Bocan, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 2 décembre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Rudolf Hrusínský, Karel Höger, Blanka Bohdanová, Josef Kemr, Iva Janzurová, Adolf Minský, Lubomír Lipský, Bohuslav Cáp…

Scénario : Hynek Bocan & Karel Michal

Photographie : Jirí Sámal

Musique : Zdenek Liska

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1969

LE FILM

Bohême, 1647, à la fin de la Guerre de Trente ans. Misère et désolation ont envahi le pays. Le chevalier Rynda, au sein de sa forteresse, tente tant bien que mal de nourrir sa famille et ses gens. En 1620, son père avait subi une défaite lors de la Bataille de la Montagne Blanche, ce qui l’obligea à renier la foi protestante pour rejoindre la couronne catholique de l’Empereur. Un soir, un commissaire de l’Empereur, accompagné de son épouse, demande l’hospitalité à Rynda. Ils sont en fait des agents du Roi de France, cherchant à faire soulever les paysans contre les Habsbourg.

C’est une expérience de cinéma à part entière, dans le fait de se plonger dans un septième art méconnu dans nos contrées, en l’occurrence provenant de Tchécoslovaquie, mais aussi dans un contexte historique peu traité, autrement sur la Guerre des Trente ans. Pour jouer les (faux) historiens, ces conflits armés ont déchiré l’Europe de 1618 à 1648 et reposaient sur une lutte entre la noblesse et l’aristocratie tchèque hussite et le catholicisme imposé par le Saint-Empire romain germanique dirigé par la maison de Habsbourg. Honneur et gloireCest a sláva, réalisé en 1969 par Hynek Bočan se situe juste avant la fin des hostilités, après la répression et le désir des Habsbourg d’accroître leur hégémonie, ainsi que celle de la religion catholique dans le Saint-Empire. Nous vous conseillons de vous renseigner en amont sur cette guerre, afin de mieux comprendre les enjeux d’Honneur et gloire, au risque de vous perdre. Il serait d’ailleurs dommage de passer à côté de ce drame historique, l’un des opus les plus célèbres du cinéaste (né en 1938 et toujours parmi nous), prolifique et éclectique, qui a autant oeuvré pour le grand que pour le petit écran. Outre Honneur et gloire, ses œuvres les plus connues demeurent Personne ne riraNikdo se nebude smát (1965), comédie douce-amère sur les problèmes liés au refus d’admettre les vérités qui dérangent, le conte de fées S certy nejsou zerty (1984), où l’on croise le diable en personne, ainsi que la mini-série Prítelkyne z domu smutku (1992), immense succès de la télévision tchèque. Ce qui prouve que le metteur en scène a su toucher plusieurs générations au fil de sa longue carrière, étendue de 1958 à 2014. En l’état, Honneur et gloire est une belle porte d’entrée dans le cinéma de Hynek Bočan, quand bien même beaucoup d’éléments resteront obscurs pour les spectateurs français. Les cinéphiles pointus, à qui le film est essentiellement destiné, est un très bel objet formel à analyser, disséquer, à admirer et si le temps peut paraître long parfois, on espère découvrir d’autres films, téléfilms ou séries du réalisateur.

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Test Blu-ray / La Poursuite sauvage, réalisé par Daniel Mann

LA POURSUITE SAUVAGE (The Revengers) réalisé par Daniel Mann, disponible en DVD & Édition Collection Silver Blu-ray + DVD + Livre le 14 novembre 2025 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : William Holden, Ernest Borgnine, Woody Strode, Roger Hanin, Reinhard Kolldehoff, Jorge Luke, Jorge Martínez de Hoyos, Arthur Hunnicutt, Susan Hayward…

Scénario : Wendell Mayes, d’après une histoire originale de Steven W. Carabatsos

Photographie : Gabriel Torres

Musique : Pino Calvi

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

En rentrant de la chasse, le fermier John Benedict trouve toute sa famille massacrée. Dans un dernier souffle, son vacher lui indique que les meurtriers sont des Indiens voleurs de chevaux, commandés par deux Blancs, dont l’un, Tarp, est borgne. Fou de rage et de désespoir, Benedict vend ses biens et se lance sur leurs traces. Il se rend dans un pénitencier du Mexique pour y engager des hommes de main. Il en repart avec six forçats sans foi ni loi. Sans aucun scrupule, ceux-ci tentent de le dévaliser et l’abandonnent à son sort. L’un d’entre eux, Job, revient pourtant…

Daniel Chugerman, alias Daniel Mann (1912-1991) vient du théâtre. Il débarque dans le monde du cinéma au début des années 1950 en adaptant une pièce de William Inge, Come Back, Little Sheba, qui en France deviendra Reviens petite Sheba, avec Burt Lancaster et qui vaut à Shirley Booth d’être récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice, ainsi que par le Prix d’interprétation au Festival de Cannes. Il adapte Tennessee Williams (La Rose tatouée, Oscar de la meilleure actrice pour Anna Magnani), puis dirige les plus grandes stars, de Marlon Brando à Glenn Ford, en passant par Shirley MacLaine, Anthony Quinn, James Stewart, Elizabeth Taylor, Dean Martin, Lana Turner, James Coburn, Sophie Loren, Sidney Poitier…Un C.V. qui ferait bien des envieux. Éclectique, passant d’un genre à l’autre (drame, comédie, film de guerre, tout y passe), Daniel Mann connaît un immense succès avec Willard, opus d’épouvante, qui entraînera une (mauvaise) suite (Ben, réalisé par Phil Karlson) et un remake en 2003. Après ce triomphe qui surfe sur l’engouement croissant des spectateurs pour le cinéma d’horreur, Daniel Mann enchaîne étrangement avec La Poursuite sauvage The Revengers, un western, qui périclitait alors à Hollywood, repris et modernisé en Italie, qui tentait alors de revenir sur le devant de la scène aux États-Unis. Indubitablement influencé par Les Sept MercenairesThe Magnificent Seven (1960) de John Sturges, Les Douze Salopards The Dirty Dozen (1967) de Robert Aldrich et La Horde sauvageThe Wild Bunch (1969) de Sam Peckinpah, La Poursuite sauvage n’a certes pas le prestige de ces trois immenses références, mais n’en reste pas moins une étonnante réussite. Daniel Mann rappelle les cinéastes comme Robert Fleischer et Robert Wise, capables de se fondre dans le moule du genre qu’ils abordaient, en y apportant leur griffe. Sur un scénario signé Wendell Mayes, auteur réputé de l’autre côté de l’Atlantique (Le Merdier de Ted Post, Un justicier dans la ville de Michael Winner, L’Aventure du Poséidon de Ronald Neame, Autopsie d’un meurtre d’Otto Preminger), produit par Martin Rackin (Les Cavaliers, Les Aventures du Capitaine Wyatt, La Femme à abattre), porté par un casting aussi brillant qu’hétéroclite mené par William Holden, La Poursuite sauvage est un western qui a très bien vieilli, qui épate par sa violence et qui propose des personnages fouillés, complexes et même passionnants. Une redécouverte s’impose.

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Test Blu-ray / All Ladies Do It, réalisé par Tinto Brass

ALL LADIES DO IT (Così fan tutte) réalisé par Tinto Brass, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 4 novembre 2025 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Claudia Koll, Paolo Lanza, Franco Branciaroli, Isabella Deiana, Renzo Rinaldi, Ornella Marcucci, Marco Marciani, Maurizio Martinoli…

Scénario : Tinto Brass, Francesco Costa & Bernardino Zapponi, d’après l’opéra de Mozart

Photographie : Massimo Di Venanzo & Silvano Ippoliti

Musique : Pino Donaggio

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1992

LE FILM

Si, au terme de cinq ans de mariage, Diana aime toujours Paolo, elle rêve aussi de nouvelles expériences dans les bras d’autres hommes. Un séduisant antiquaire français, un premier flirt sur le retour… Les amants vont et viennent dans un tourbillon de liaisons scandaleuses. Plutôt que de cacher la vérité de ses infidélités à Paolo, Diana les lui raconte, toutes. Autant de récits qui ajoutent du piment à une vie de couple pourtant pas à l’abri des démons de la jalousie…

Quand il tourne Così fan tutte, l’amico Tinto Brass trône depuis dix ans comme étant le « Sergio Leone du cul » et ce dès le succès monstre rencontré par La ClefLa Chiave (1983), porté par la sublime Stefania Sandrelli. Après celui-ci, le cinéaste a mis les bouchées doubles avec le génial Miranda (1985) et l’envoûtant Paprika (1991). Le tournant des années 1990 n’a rien changé pour Tinto Brass, qui continue sur sa lancée, quand bien même nombreux sont ses détracteurs qui jugent son cinéma ana(l)chroNique. All Ladies Do It, autre titre de Così fan tutte, est une autre comédie érotique, qui met cette fois en vedette l’actrice Claudia Koll, nom de scène de Claudia Maria Rosaria Colacione, alors âgée de 27 ans au moment du tournage et qui deviendra par la suite une diva érotique dans l’Italie de la première moitié des années 1990. Visage récurrent de la télévision transalpine, Claudia Koll, présentera le célèbre festival de Sanremo, donnera la réplique au monstre Nino Manfredi dans la série Linda e il brigadiere, jouera pour Lamberto Bava, avant de se tourner vers Dieu et les associations caritatives. Mais pour l’heure, elle n’est sûrement pas avare de ses charmes dans All Ladies Do It et détient une place particulière dans le cheptel du maestro. Loin d’avoir les formes rebondies des autres héroïnes brassiennes, Claudia Koll étonne, détonne même et marque donc les esprits, ainsi que le bas-ventre des spectateurs. Ôde à la sodomie, All Ladies Do It est aussi une radiographie ironique du couple et de ses conventions, dans laquelle Tinto Brass met les femmes à égalité avec les hommes et montre d’ailleurs que ces derniers font pâle figure à côté des premières, qui quand elles ont décidé d’être libres, le sont vraiment et totalement. Tinto Brass, réalisateur féministe, vous en doutiez ?

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Test Blu-ray / Paprika, réalisé par Tinto Brass

PAPRIKA réalisé par Tinto Brass, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 4 novembre 2025 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Debora Caprioglio, Stéphane Ferrara, Martine Brochard, Stéphane Bonnet, Rossana Gavinel, Renzo Rinaldi, Conte Bastiano…

Scénario : Tinto Brass & Bernardino Zapponi, d’après le roman Fanny Hill de John Cleland

Photographie : Silvano Ippoliti

Musique : Riz Ortolani

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1991

LE FILM

Belle à croquer et encore jeunette, Mimma aime follement Nino, au point qu’elle vend son corps pour ses beaux yeux. Devenue, sous le nom de Paprika, la pensionnaire la plus populaire de la maison close de Mme Colette, la jeune femme oublie vite son premier amour pour se consoler dans les bras d’un beau marin. D’un établissement de plaisir à l’autre, de la France à l’Italie, où prêtres et politiciens se bousculent à sa porte, Paprika fait tourner les têtes et valser les caleçons.

Aaaah Paprika…c’est tout un poème comme le chantait Yves Montand. Assurément l’une des plus grandes héroïnes de Tinto Brass, Mimma, surnommée Paprika en raison de sa nature caliente, fait partie des « meneuses » dans le cheptel de son auteur. Incarnée par l’impressionnante Debora Caprioglio, excessivement généreuse, plantureuse (euphémisme) créature, Paprika marque le retour du maestro à un érotisme encore plus exacerbé. Superbe portrait de femme libre, qui fait ce qu’elle veut de son cul (qu’elle a comme une mandoline) et qui ne s’en prive pas, Paprika se double cette fois d’un « hommage » aux maisons closes, que le sieur Brass a toujours fréquenté dans sa vie. D’où une vision fantasmée, idéalisée, rêvée et donc mise en scène de façon stylisée à travers des décors que l’on imagine tout droit sortis d’un rêve (mouillé). Rétrospectivement, Paprika, sorti en 1991, est l’un des plus beaux longs-métrages du Maestro del Culo, un des plus passionnants aussi, comme un mix entre Salon Kitty et Miranda. Inoubliable.

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