Test Blu-ray / L’Aigle à deux têtes, réalisé par Jean Cocteau

L’AIGLE À DEUX TÊTES réalisé par Jean Cocteau, disponible en Combo Blu-ray + DVD depuis le 16 septembre 2025 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Edwige Feuillère, Jean Marais, Silvia Monfort, Jacques Varennes, W. Edward Stirling, Martine de Breteuil, Maurice Nasil, Gilles Quéant, Ahmed Abdallah, Jean Debucourt…

Scénario : Jean Cocteau, d’après sa pièce

Photographie : Christian Matras

Musique : Georges Auric

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1948

LE FILM

Veuve depuis l’assassinat de son mari, la reine d’un royaume imaginaire vit recluse dans ses appartements, tandis que sa belle-mère cherche à s’emparer du trône. Un jeune anarchiste fait irruption dans sa chambre, décidé à la tuer. Contre toute attente, ils tombent amoureux l’un de l’autre, et décident de reprendre le pouvoir du royaume.

Avec plus de quatre millions d’entrées, La Belle et la Bête, premier long-métrage de Jean Cocteau, récompensé par le Prix Louis-Delluc 1946, est un triomphe aussi colossal qu’inattendu pour son auteur. Difficile donc de prévoir quel sera son second film, l’artiste touche-à-tout trouvant avec ce nouveau médium l’occasion d’explorer, d’inventer, de s’exprimer autrement sur ses obsessions, ses peurs, sa vision de l’humanité. Il jette finalement et rapidement son dévolu sur l’adaptation cinématographique de sa pièce – en trois actes – L’Aigle à deux têtes, grand succès des planches, qui s’est jouée pendant plus d’un an à guichets fermés et ce dès sa création en décembre 1946 au théâtre Hébertot à Paris. Pièce dite « historique », dans laquelle Jean Cocteau s’inspire de la mort de Louis II de Bavière (aka le roi fou) et celle de sa cousine Élisabeth d’Autriche (aka Sissi), L’Aigle à deux têtes était par essence un huis clos centré sur les liens entrecroisés et inévitables entre l’amour et le trépas. Pour sa transposition à l’écran, le dramaturge aère sa pièce en tournant quelques scènes en extérieur, afin de mieux planter son décor principal, celui du château, perdu au milieu de la campagne et dans lequel la reine vit avec le souvenir de son mari, mort le jour de leurs noces il y a dix ans, avant que le mariage ait pu être consommé. Souvent marqué par de (très) longues plages de dialogues et un manque de rythme, L’Aigle à deux têtes fascine par la prestation d’Edwige Feuillère, qui reprenait alors le rôle qu’elle avait campé sur scène. Il en est de même pour Jean Marais, étonnamment plus sobre que dans Les Parents terribles, qui sera pourtant filmé dans la foulée et sortira trois mois plus tard, fin 1948. Si l’engouement ne sera pas le même que pour celui rencontré avec La Belle et la Bête, L’Aigle à deux têtes remporte un beau succès dans les salles avec 2,4 millions d’entrées.

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Test Blu-ray / Les Parents terribles, réalisé par Jean Cocteau

LES PARENTS TERRIBLES réalisé par Jean Cocteau, disponible en Combo Blu-ray + DVD depuis le 16 septembre 2025 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Jean Marais, Josette Day, Yvonne de Bray, Marcel André & Gabrielle Dorziat

Scénario : Jean Cocteau, d’après sa pièce

Photographie : Michel Kelber

Musique : Georges Auric

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1948

LE FILM

Michel vit chez ses parents, Yvonne et Georges. Sa mère est possessive et jalouse. Au cours d’une nuit passée hors du domicile familial, le jeune homme fait la connaissance de Madeleine, dont il tombe amoureux. Yvonne est bien décidée à s’opposer à cette liaison.

À la base des Parents terribles, il y a bien sûr une pièce de théâtre, créée par Jean Cocteau lui-même dès novembre 1938 au Théâtre des Ambassadeurs à Paris. Un succès public monstre, mais un accueil froid, ou plutôt incendiaire de la part d’une grande partie de la critique, qui s’en prenait avant tout à l’auteur lui-même, qui selon ses dires, s’était beaucoup amusé à écrire une pièce de boulevard. Accompagnée d’un parfum de scandale, la pièce fut finalement interdite sous l’Occupation, sous prétexte qu’elle véhiculait une image immorale de la famille. Dix ans plus tard, après le triomphe international de La Belle et la Bête (4,2 millions d’entrées rien qu’en France) et le succès (moindre) de L’Aigle à deux têtes, Jean Cocteau décide de revenir à ses fameux Parents terribles et décide d’adapter sa pièce au cinéma, en reprenant quasiment le même casting. S’il faut accepter le fait que Jean Marais est désormais âgé de 35 ans, ce qui n’est guère réaliste pour incarner un jeune homme de 22 printemps, Les Parents terribles version grand écran ne s’enferme pas dans le piège du simple théâtre filmé, malgré l’ouverture montrant un rideau baissé et qui se met en mouvement après les fameux trois coups frappés. Jean Cocteau s’éloigne du simple champ-contrechamp et le réalisateur, très à l’aise avec la grammaire cinématographique, use du gros plan, du hors-champ, tout en livrant une vraie leçon de montage, épaulé pour cela par l’experte en la matière, Jacqueline Sadoul (Échec au porteur, La Femme et le pantin, Meurtre à Montmartre). Loin, très loin de ce que les détracteurs habituels de Jean Cocteau ont souvent fustigé, Les Parents terribles n’a rien de poussiéreux dans sa thématique. Certes, le jeu très emphatique de certains comédiens a pris du plomb dans l’aile, celui de Jean Marais surtout, mais l’histoire demeure foncièrement moderne, culottée, étonnante, bouleversante et teintée d’un humour noir à la fois provocateur et revigorant. Assurément l’un des meilleurs films de l’illustre Jean Cocteau et l’un de ses plus faciles d’accès.

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Test Blu-ray / Bad Moon, réalisé par Eric Red

BAD MOON réalisé par Eric Red, disponible en DVD & Blu-ray le 25 septembre 2025 chez BQHL Éditions.

Acteurs : Mariel Hemingway, Michael Paré, Mason Gamble, Ken Pogue, Hrothgar Mathews, Johanna Marlowe, Gavin Buhr, Julia Montgomery Brown…

Scénario : Eric Red, d’après le roman « Thor » de Wayne Smith

Photographie : Jan Kiesser

Musique : Daniel Licht

Durée : 1h21

Date de diffusion initiale: 1996

LE FILM

Après une expédition dans une jungle reculée, Ted rend visite aux États-Unis à sa sœur Janet qui vit seule avec son fils Brett. Ted est en réalité un loup-garou qui tente de vaincre la malédiction grâce à l’amour de ses proches. Mais le berger allemand de la famille, Thor, flaire le danger et tente d’avertir et de protéger ses maîtres…

Il faut parfois attendre dix, vingt, trente ans, parfois plus à un film pour être réellement redécouvert et peut-être même obtenir un certain statut culte. C’est le cas pour Bad Moon, ou tout simplement Pleine Lune, sorti sur les écrans, essentiellement américains, en 1996. Le film de loup-garou est quelque peu revenu à l’avant-plan avec Wolf, grand succès de l’année 1994, avec Jack Nicholson et Michelle Pfeiffer, tandis qu’un septième volet (et ça, on est sûr que vous ne le saviez pas) de Hurlements, la sixième suite du film de Joe Dante donc, apparaît dans les bacs vidéos. Doté d’un budget honnête de sept millions de dollars, le réalisateur Eric Red, connu pour son travail de scénariste (Hitcher de Robert Harmon, Aux frontières de l’aube et Blue Steel de Kathryn Bigelow), va alors livrer son opus le plus célèbre à ce jour, Bad Moon, son troisième long-métrage comme cinéaste. Ainsi, après deux courts, un téléfilm, suivi de Cohen & Tate (1988, avec Roy Scheider et Adam Baldwin) et Body Parts (1991, adapté de Boileau & Narcejac), Eric Red livre une formidable série B d’épouvante, en s’inspirant du roman Thor de Wayne Smith, le titre étant tiré du nom du chien, l’un des personnages principaux du récit. C’est aussi la même chose pour Bad Moon (production James G. Robinson, qui la même année osait le remake des Diaboliques, pauvre fou), le berger allemand tenant même la dragée haute à Mariel Hemingway et Michael Paré. De là à dire qu’il leur vole la vedette, il y a un pas que…vous savez et n’en pensez pas moins si vous avez déjà vu Pleine Lune. En l’état, en dehors d’images de synthèse affreuses et particulièrement risibles (en gros, le morphing final du clip Black or White est cent fois plus réussi), Bad Moon demeure un beau spectacle du genre, solidement interprété, court (76 minutes montre en main), prenant et efficace.

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Test Blu-ray / Magnum Cop, réalisé par Stelvio Massi

MAGNUM COP (Poliziotto senza paura) réalisé par Stelvio Massi, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 2 septembre 2025 chez Artus Films.

Acteurs : Maurizio Merli, Joan Collins, Franco Ressel, Werner Pochath, Annarita Grapputo, Alexander Trojan, Massimo Vanni, Gastone Moschin…

Scénario : Gino Capone, Stelvio Massi & Franz Antel, d’après une histoire originale de Fulvio Gicca Palli

Photographie : Riccardo Pallottini

Musique : Stelvio Cipriani

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Impliquée dans une affaire de mœurs, la fille d’un banquier fortuné, Annalise, se serait mystérieusement volatilisée dans la nature. C’est du moins ce que son père affirme à un détective privé. Ce dernier, qui ne sait pas encore vraiment où il met les pieds, se voit confier la mission délicate de retrouver sa trace et de la ramener au bercail.

Rétrospectivement, Magnum Cop, Poliziotto senza paura, ou bien encore Fearless Fuzz est la deuxième des six collaborations entre le réalisateur Stelvio Massi (1929-2004) et le comédien Maurizio Merli (1940-1989), après SOS Jaguar : Opération Casse-gueulePoliziotto sprint (1977) et avant Un flic explosifUn poliziotto scomodo (1978), Il commissario di ferro (1978), La Cité du crimeSbirro, la tua legge è lenta… la mia no! (1979) et Un flic rebellePoliziotto solitudine e rabbia (1980). Cet opus se démarque pour son action essentiellement délocalisée à Vienne et surtout par sa rupture de tons. Car si le film démarre quasiment comme une comédie avec le quotidien d’un détective privé sans le sou (Un Marlowe du pauvre, embringué dans une affaire qui le dépasse et à laquelle il ne comprend pas grand-chose) et qui parvient tout juste à tirer de quoi vivre avec ses enquêtes minables, le genre vire au thriller sordide dans une seconde partie étonnante, qui plonge le dit ancien flic dans une histoire de prostitution enfantine. Maurizio Merli, moustache fringante, le regard laser, le brushing impeccable et le sourcil bien relevé s’en tire sans aucun effort, comme à son habitude d’ailleurs, et porte merveilleusement ce Magnum Cop, comme toujours fort bien mis en scène par ce formidable artisan qu’était Stelvio Massi…quand bien même celui-ci abuse quelque peu des super-ralentis et ce dès la première séquence.

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Test Blu-ray / La Chambre de Mariana, réalisé par Emmanuel Finkiel

LA CHAMBRE DE MARIANA réalisé par Emmanuel Finkiel, disponible en DVD le 2 septembre 2025 chez Ad Vitam.

Acteurs : Mélanie Thierry, Artem Kyryk, Julia Goldberg, Anastasia Fein, Olena Khokhlatkina, Yona Rozenkier, Olga Radchuk, Minou Monfared…

Scénario : Emmanuel Finkiel, d’après le roman d’Aharon Appelfeld

Photographie : Alexis Kavyrchine

Durée : 2h11

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

1943, Ukraine, Hugo a 12 ans. Pour le sauver de la déportation, sa mère le confie à son amie d’enfance Mariana, une prostituée qui vit dans une maison close à la sortie de la ville. Caché dans le placard de la chambre de Mariana, toute son existence est suspendue aux bruits qui l’entourent et aux scènes qu’il devine à travers la cloison…

À la fin de La Chambre de Mariana, on se dit qu’il serait temps que Mélanie Thierry se voit décerner le César de la meilleure actrice. Elle en a fait du chemin l’Esmeralda de Quasimodo d’El Paris ! La chrysalide a vraiment eu lieu avec Le Dernier pour la route (2009) de Philippe Godeau, pour lequel sa bouleversante prestation lui a valu d’être récompensée par le César de la meilleure actrice dans un second rôle. Aussi rare que précieuse, Mélanie Thierry, qui a ensuite été demandée par Bertrand Tavernier (La Princesse de Montpensier), André Téchiné (Impardonnables), Diane Kurys (Pour une femme), Albert Dupontel (Au revoir là-haut) et même par Terry Gilliam (Zero Theorem) et Spike Lee (Da 5 Bloods : Frères de sang), a également porté de formidables premiers longs-métrages tels que Comme des frères de Hugo Gélin et L’Autre vie de Richard Kemp de Germinal Alvarez. Mais depuis dix ans, sa plus grande collaboration demeure celle avec le réalisateur Emmanuel Finkiel. Ainsi, après l’excellent Je ne suis pas un salaud (2015) et le sublime La Douleur (2018), dans lequel elle incarnait Marguerite Duras, Mélanie Thierry retrouve le cinéaste pour La Chambre de Mariana, adaptation du roman, chef d’oeuvre de l’écrivain israélien Aharon Appelfeld, publié en 2006 et plus ou moins inspiré de la vie de l’auteur. Emmanuel Finkiel, même s’il s’était juré de ne pas refaire un film sur la Shoah, a vu des liens avec sa propre existence et a décidé de faire La Chambre de Mariana, que l’on peut désormais voir comme le dernier volet d’une trilogie, ou plutôt d’un triptyque aux côtés de Voyages et La Douleur. Et c’est à nouveau une immense et extraordinaire réussite.

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Test Blu-ray / Shadow Force, réalisé par Joe Carnahan

SHADOW FORCE réalisé par Joe Carnahan, disponible en DVD & Blu-ray le 18 septembre 2025 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Kerry Washington, Omar Sy, Jahleel Kamara, Mark Strong, Da’Vine Joy Randolph, Method Man, Marshall Cook, Ed Quinn…

Scénario : Leon Chills & Joe Carnahan

Photographie : Juan Miguel Azpiroz

Musique : Craig DeLeon

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Un couple séparé dont la tête est mise à prix, doit s’enfuir avec leur fils pour éviter une milice qui a été envoyée pour les tuer.

Depuis le triomphe mondial d’Intouchables, Omar Sy s’est vu proposer quelques films outre-Atlantique. Cela a commencé il y a dix ans avec X-Men: Days of Future Past de Bryan Singer, dans lequel il ne faisait qu’une petite participation anecdotique. Ont suivi Dangerous People de Henrik Ruben Genz, Jurassic World et Jurassic World : Le Monde d’aprèsJurassic World: Dominion de Colin Trevorrow , À vif !Burnt de John Wells, Inferno de Ron Howard , L’Appel de la forêtThe Call of the Wild de Chris Sanders et The Killer de John Woo. Si l’on ajoute à cela le carton remporté par la série Lupin aux États-Unis, tout va pour le mieux pour le comédien. Mais du point de vue qualité il y a mieux comme dirait l’autre et ce n’est pas Shadow Force qui va arranger les choses. C’est dommage d’ailleurs, car le film est signé Joe Carnahan, dont on avait loué la virtuosité à plusieurs reprises, notamment sur Narc (2002), avant d’enchaîner les trois forts sympathiques Mise à prixSmokin’ Aces, L’Agence tous risquesThe A-team et Le Territoire des LoupsThe Grey. Depuis, le bonhomme s’est quelque peu perdu, même si nous avions défendu Boss Level. Pour l’heure, Shadow Force est assurément le pire film de sa carrière. C’est bien simple, rien, absolument rien ne fonctionne sur le fond, sur la forme, le vide abyssal. Le pire, c’est qu’Omar Sy n’est pas le plus à blâmer dans toute cette histoire. On est ici en quasi-nanar de luxe (40 millions de budget tout de même), qui lorgne plus sur Delta Force 2 d’Aaron Norris, saupoudré de Mr. et Mrs. Smith de Doug Liman. Le souci, c’est que pour un mauvais film sympathique, on ne se marre pas autant qu’on l’aurait souhaité et on en vient même à trouver le temps devant la médiocrité de cette entreprise nappée d’émotion digne de celle des Mystères de l’amour. At the secours.

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Test Blu-ray / Monte Walsh, réalisé par William A. Fraker

MONTE WALSH réalisé par William A. Fraker, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 18 septembre 2025 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Lee Marvin, Jeanne Moreau, Jack Palance, Mitch Ryan, Jim Davis, G.D. Spradlin, John Hudkins, Raymond Guth…

Scénario : David Zelag Goodman & Lukas Heller, d’après le roman de Jack Schaefer

Photographie : David M. Walsh

Musique : John Barry

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1970

LE FILM

Les temps changent dans l’Ouest américain. Monte Walsh et Chet Rollins, deux cow-boys au passé mouvementé, se retrouvent au chômage et seuls. Ils acceptent de petit jobs au gré de leur vagabondage. Ils épousent respectivement une prostituée et la veuve d’un quincaillier. Alors que plus personne n’a besoin du travail des cow-boys, ils vont devoir trouver leur place dans le monde…

C’est la fin d’un siècle, d’une ère, d’un monde. Monte Walsh est un western crépusculaire adapté d’un roman de Jack Schaefer (La Loi de la prairie de Robert Wise, L’Homme des vallées perdues de George Stevens) et réalisé par William A. Fraker (1923-2010). Sil s’agit de son premier long-métrage comme metteur en scène, celui-ci n’est pas un inconnu, puisqu’il est avant tout le directeur de la photographie de plusieurs classiques du cinéma comme Rosemary’s Baby de Roman Polanski, Bullitt de Peter Yates, et plus tard de 1941 de Steven Spielberg, Les Aventures d’un homme invisibleMemoirs of an Invisible Man de John Carpenter et même de – accrochez-vous – de Street Fighter – L’ultime combat de Steven E. de Souza. Autant dire que le bonhomme a un œil. En 1970, il devient donc réalisateur, s’empare d’un scénario en or coécrit par David Zelag Goodman (Les Yeux de Laura Mars, L’âge de cristal) et Lukas Heller (Les Douze Salopards, Le Vol du Phénix, Chut…chut, chère Charlotte) et livre un magnifique western (tardif), qui peut à la fois se voir comme une parabole sur la fin d’un genre à part entière, mais aussi sur celle d’un cinéma révolu, qui a alors laissé sa place au Nouvel Hollywood, avant l’arrivée du premier blockbuster représenté par Les Dents de la mer Jaws de Steven Spielberg qui pointera son museau cinq ans plus tard. Mais on peut aussi y déceler un fabuleux portrait de Lee Marvin, qui tient le rôle-titre, représentant, figure, gueule de tout un univers. Durant les années 1960, le comédien aura tout de même collaboré avec Michael Curtiz, John Ford (à plusieurs reprises), Don Siegel, Elliot Silverstein, Stanley Kramer, Richard Brooks, Robert Aldrich et John Boorman. Un C.V. qui ferait plus d’un envieux et dans lequel il n’y a absolument rien à jeter. La cinquantaine en ligne de mire, Lee Marvin commence à se diriger vers les rôles de vétérans et Monte Walsh est assurément un film pivot dans son illustre carrière. À ne rater sous aucun prétexte.

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Test Blu-ray / Les Complexés, réalisé par Dino Risi, Franco Rossi & Luigi Filippo D’Amico

LES COMPLEXÉS (I Complessi) réalisé par Dino Risi, Franco Rossi & Luigi Filippo D’Amico, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 septembre 2025 chez Tamasa Distribution.

Acteurs : Nino Manfredi, Ilaria Occhini, Riccardo Garrone, Ugo Tognazzi, Claudie Lange, Paola Borboni, Alberto Sordi, Romolo Valli, Gaia Germani…

Scénario : Leonardo Benvenuti, Piero De Bernardi, Marcello Fondato, Ruggero Maccari, Ettore Scola, Dino Risi, Rodolfo Sonego, Agenore Incrocci, Umberto Scarpelli & Alberto Sordi

Photographie : Ennio Guarnieri & Mario Montuori

Musique : Armando Trovajoli

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Film à sketches. Un timide qui ne parvient pas à déclarer sa flamme à sa collègue de travail, un professeur puritain obsédé par le film licencieux autrefois tourné par sa femme, un aspirant présentateur de journal télévisé doté d’une dentition hors-norme.

Le format du film à sketches remonte aux années 1930 avec Si j’avais un millionIf I had a Million, avec pas moins de sept réalisateurs à la barre, dont Ernest Lubitsch. Mais c’est durant la décennie suivante que le genre va véritablement exploser, principalement en Europe, outre-Manche avec le mythique Au coeur de la nuit Dead of Night, mais surtout en Italie avec Gli assi della risata (1943), premier film à sketches du parlant de l’autre côté des Alpes. Suivront rapidement Païsa et L’Amore de Roberto Rossellini. Nombreux sont les cinéastes qui vont s’engouffrer dans la brèche. L’un des maestri en la matière reste Dino Risi, qui signera l’un des segments de L’Amour à la villeL’Amore in città (1953), aux côtés de Michelangelo Antonioni, Federico Fellini, Alberto Lattuada, Carlo Lizzani (pour ne citer que ceux-là), Les Monstres I Mostri (1963) où il dirige tous les sketches, Les PoupéesLe Bambole (1964), auprès de Luigi Comencini, Franco Rossi et Mauro Bolognini, puis Les Complexés I Complessi (1965), codirigé avec Franco Rossi (1919-2000) et Luigi Filippo D’Amico (1924-2007). Ce dernier n’est sans doute pas le plus célèbre d’entre tous et pourtant, étrangement, il s’agit de l’un des films à sketches les plus réussis et équilibrés, dans le sens où les trois histoires qui le composent sont toutes très réussies.

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Test Blu-ray / Il Giovedi, réalisé par Dino Risi

IL GIOVEDI réalisé par Dino Risi, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 septembre 2025 chez Tamasa Distribution.

Acteurs : Walter Chiari, Michèle Mercier, Roberto Ciccolini, Umberto D’Orsi, Alice Kessler, Ellen Kessler, Emma Baron, Carole Walker…

Scénario : Dino Risi, Franco Castellano & Giuseppe Moccia

Photographie : Alfio Contini

Musique : Armando Trovajoli

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

Dino Versini, un parasite vivant aux crochets de sa dulcinée, voit sa vie changer après une journée passée avec son fils. Fruit d’un précédent mariage, le charmant bambin de 8 ans n’a pas vu son père depuis plusieurs années. Découvrant les joies de la paternité, le bellâtre décide enfin de s’assumer…

Dino Risi (1916-2008). Quand on évoque le maître italien, le cinéphile est soudain pris de l’envie d’énumérer les « capolavori » qui ont souvent marqué le parcours des amoureux du septième art. Quand il entreprend Il Giovedi, ou « Le Jeudi » en version française, même si le film n’est pas sorti dans l’Hexagone avant les années 2010, le réalisateur sort tout juste du triomphe international du FanfaronIl Sorpasso, mais il a aussi déjà derrière-lui la trilogie dite optimiste (Pauvres mais beaux, Beaux mais pauvres, Pauvres millionnaires), L’Homme aux cent visagesIl Mattatore, Le VeufIl Vedovo, Une Vie difficileUne vita difficile et bien d’autres. Mais Le Fanfaron va comme qui dirait changer la donne. Dino Risi enchaîne avec l’un de ses opus les plus méconnus et pourtant l’un de ses plus personnels avec Il Giovedi. Juste avant Les MonstresI Mostri, qui allait alors le propulser au firmament et lui assurer la postérité, le cinéaste se livre comme rarement dans cette chronique, où un quadra immature devient enfin un homme et un père après avoir passé quelques heures avec son fils de huit ans, qu’il ne connaît pour ainsi dire pas. Au-delà de l’insouciance, cette ode à la légèreté ne peut aussi dissimuler une gravité, une mélancolie, une tristesse, qui ont toujours, ou tout du moins très souvent imprégné les histoires de Dino Risi. D’ailleurs, si Il Giovedi demeure une comédie solaire, la plus belle scène du film reste ce gros câlin silencieux entre Dino et Roberto, devant lequel les larmes du spectateur viennent brouiller le regard. Chef d’oeuvre calfeutré entre deux des plus gros monuments de la carrière du maestro, Il Giovedi est une merveille que l’on redécouvre sans cesse.

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Test Blu-ray / Hurry Up Tomorrow, réalisé par Trey Edward Shults

HURRY UP TOMORROW réalisé par Trey Edwards Shults, disponible en DVD & Édition Collector Limitée Blu-ray+DVD+Livret le 18 septembre 2025 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Abel Tesfaye, Jenna Ortega, Barry Keoghan, Riley Keough, Ash T, Paul L. Davis, Sebastián Villalobos, Roman Mitichyan…

Scénario : Reza Fahim, Trey Edward Shults & Abel Tesfaye

Photographie : Chayse Irvin

Musique : The Weeknd & Daniel Lopatin

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Abel, une star de la musique, est entraîné par une de ses fans dans une odyssée qui l’amènera à remettre en question les fondements mêmes de son existence.

Voilà sans doute l’un des films les plus critiqués (négativement) de l’année 2025, Hurry Up Tomorrow, réalisé par Trey Edward Shults, que l’on avait découvert en 2017 avec It Comes at Night, œuvre post-apocalyptique maîtrisée, ambitieuse, qui révélait un auteur prometteur. Six ans après son précédent long-métrage, Waves, le metteur en scène est de retour avec Hurry Up Tomorrow, titre identique au sixième album de l’artiste The Weeknd, alias Abel Makkonen Tesfaye, célèbre dans le monde entier pour son tube Blinding Lights, devenu la chanson la plus écoutée de tous les temps sur Spotify. Le film et le disque sortent donc à quelques semaines d’intervalle, beau coup marketing, qui prolonge l’expérience musicale, à travers un faux biopic inspiré d’une histoire vraie. Le chanteur « interprète » une version alternative de lui-même et donne la réplique à Jenna Ortega, dans ce thriller psychologique que beaucoup ont gratuitement qualifié de simple et gênant ego trip. On ne va pas nier qu’il y a de cela effectivement, mais réduire Hurry Up Tomorrow à ce simple argument est on ne peut plus facile. Trey Edward Shults, en parfaite harmonie avec Abel Tesfaye, a concocté un véritable essai de cinéma, un roller-coaster visuel et d’émotions, qui plonge le spectateur dans la psyché perturbée d’une superstar de la chanson, qui se retrouve pour la première fois face à lui-même après un accident survenu sur scène. Si la minisérie The Idol, excessivement mal accueillie et qui ne connaîtra d’ailleurs qu’une seule saison, avait montré qu’il en avait sérieusement sous le capot en tant qu’acteur, Abel – The Weeknd – Tesfaye crève l’écran dans Hurry Up Tomorrow. Son face-à-face avec Jenna Ortega, pour une fois supportable, fonctionne à plein régime et on se laisse facilement embarquer dans ce ride survitaminé qui par sa mise en scène mouvementée et inventive, ainsi que par sa splendide photographie signée Chayse Irvin (BlacKkKlansman – J’ai infiltré le Ku Klux Klan), fait penser à une attraction. On en ressort aussi retourné que rassasié. Il est impératif de donner une deuxième chance à Hurry Up Tomorrow, nouvelle production de ceux déjà à la barre de la trilogie XPearlMaXXXine.

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