Test DVD / Nouveau départ, réalisé par Philippe Lefebvre

NOUVEAU DÉPART réalisé par Philippe Lefebvre, disponible en DVD le 7 février 2024 chez Orange Studio.

Acteurs : Franck Dubosc, Karin Viard, Clotilde Courau, Youssef Hajdi, Tom Leeb, Clémentine Baert, Bérengère Krief, Louise Orry-Diquéro…

Scénario : Philippe Lefebvre & Maria Pourchet, d’après le scénario original de Daniel Cúparo & Juan Vera

Photographie : Axel Cosnefroy

Musique : Philippe Kelly

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Amoureux de Diane comme au premier jour, Alain traverse la cinquantaine sans crise. Même le départ des enfants, il l’a bien vécu. Diane moins.… Cette période, elle l’entame avec la sensation qu’elle pourrait mourir d’ennui ou d’angoisse. Pour Alain, qui voit pour la première fois son couple vaciller, il est temps de se poser les questions essentielles, et de prendre un risque majeur après 30 ans de vie commune : quitter Diane pour réveiller la flamme et l’envie de se retrouver.

Nouveau départ est à la base le remake du film argentin El amor menos pensado, sorti chez nous sous le titre Retour de flamme, avec le grand Ricardo Darín. Décidément, la comédie sud-américaine « inspire » le cinéma français, puisqu’Un coup de maître de Rémi Bezançon, Citoyen d’honneur de Mohamed Hamidi, 7 jours pas plus d’Héctor Cabello Reyes et Un homme à la hauteur de Laurent Tirard étaient aussi des adaptations de films provenant du « Pays de l’argent ». Le projet a été confié à Philippe Lefebvre, scénariste (complice de Guillaume Canet), comédien et réalisateur (Le Siffleur), qui après quelques séries (Fais pas ci, fais pas ça, Les Chamois, Sam), fait son retour au cinéma avec son deuxième long-métrage comme metteur en scène. Nouveau départ se penche sur la relation d’un homme et d’une femme, mariés depuis trente ans, atteints par syndrome du nid vide, quand leur deuxième et dernier enfant s’envole au Japon pour y faire ses études. Alors qu’un sentiment de tristesse et de solitude s’empare de Diane, son mari Alain, profondément amoureux de son épouse, se rend compte qu’ils n’ont peut-être pas vieilli de la même façon. Cette comédie tendre est impeccablement campée par le tandem Karin Viard – Franck Dubosc, qui s’ils se connaissaient depuis l’adolescence (ils ont fréquenté en même temps le conservatoire de Rouen), ne s’étaient jamais encore donnés la réplique, même s’ils avaient partagé l’affiche des Visiteurs – La Révolution. Avec sa coscénariste Maria Pourchet (King), Philippe Lefebvre signent un film très attachant et sans doute universel. Son échec relatif dans les salles (285.000 entrées, c’est peu avec ces têtes d’affiche) sera rattrapé plus tard et Nouveau départ devrait en toute logique connaître une seconde vie par la suite, ce qu’on lui souhaite et ce qu’il mérite largement.

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Test Blu-ray / Silent Night, réalisé par John Woo

SILENT NIGHT réalisé par John Woo, disponible en DVD & Blu-ray le 29 février 2024 chez Metropolitan Vidéo.

Acteurs : Joel Kinnaman, Catalina Sandino Moreno, Kid Cudi, Harold Torres, Vinny O’Brien, Yoko Hamamura, Anthony Giulietti, John Pollack…

Scénario : Robert Archer Lynn

Photographie : Sharone Meir

Musique : Marco Beltrami

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

En couple avec Saya, Brian Godlock est un père de famille comme tout le monde. En cette veille des fêtes de fin d’année, son jeune fils est tué, victime collatérale d’une guerre des gangs. Godlock va alors décider de se venger. Ignorant tous les codes, il va devoir se rendre dans les bas-fonds de la pègre et dans ce monde qu’il ne connaît pas, pour tuer les responsables de la mort de son enfant.

Pourquoi tant de haine autour du dernier long-métrage en date de John Woo ? Vingt ans après Paycheck, le réalisateur chinois fait son retour à Hollywood pour un nouveau film d’action, qui présente pour particularité de ne comprendre aucun dialogue, si ce n’est en fond, par radio ou à la télévision. Même chose, on a beaucoup entendu qu’il s’agissait d’un opus au rabais, pourtant Silent Night n’a rien d’un « John Wish », même s’il est inévitable de penser à la saga avec Keanu Reeves. En fait, il s’agit ici d’un mix entre John Wick (avec les mêmes producteurs Erica Lee et Basil Iwanyk aux manettes) et Un justicier dans la ville et le maître hongkongais (né en 1946) ne s’en cache pas, il connaît bien sûr les clichés inévitables, qu’il n’évite pas, mais qu’il embrasse au contraire avec une totale décontraction. Évidemment, ceux qui s’attendent à retrouver la virtuosité du Syndicat du crime, The Killer, Une balle dans la tête et bien d’autres seront sans doute déçus, pourtant, le cinéaste renoue avec l’efficacité plus édulcorée dirons-nous qui avait fait ses preuves dans Chasse à l’homme, Broken Arrow, Volte-Face et Mission impossible 2. Il n’y a rien de déshonorant dans Silent Night, le film étonne même par son émotion et la belle installation des personnages dans le premier acte, malgré son absence quasi-totale de dialogues et qui repose entre autres sur l’intense prestation du suédois Joel Kinnaman. Un bon ride, un divertissement soigné, un spectacle haut de gamme.

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Test 4K UHD / Incubus, réalisé par Leslie Stevens

INCUBUS réalisé par Leslie Stevens, disponible en Combo Blu-ray + 4K UHD le 14 décembre 2023 chez Le Chat qui fume

Acteurs : William Shatner, Allyson Ames, Eloise Hardt, Robert Fortier, Milos Milos, Ann Atmar…

Scénario : Leslie Stevens

Photographie : Conrad L. Hall

Musique : Dominic Frontiere

Durée : 1h14

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Situé au bord de l’océan, le village de Nomen Tuum a tout d’un lieu paradisiaque. On y trouve un puits, la Fontaine du Cerf, au fond duquel coule une source aux vertus curatives. Mais cet endroit a aussi attiré des succubes, démons à l’apparence de belles femmes, recherchant des âmes corrompues pour les livrer au Dieu des Ténèbres. L’une d’elles, Kia, a jeté son dévolu sur une âme pure : Marko, ancien soldat rentré au pays après avoir été blessé et qui vit modestement dans une ferme avec sa soeur, Arndis. Kia séduit Marko, qui tombe rapidement amoureux de la jeune femme, ignorant sa véritable nature.

En 2017, nous faisions la découverte de Propriété privée Private Property. Longtemps considéré comme définitivement perdu – en raison d’un incendie qui aurait tout dévasté – avant qu’une copie 35mm soit finalement retrouvée par l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA). Propriété privée était en réalité une vraie perle rare du film noir des années 1960, qui demeurait invisible depuis sa sortie. Premier film réalisé par le cinéaste américain Leslie Clark Steven IV alias Leslie Stevens (1924-1998), célèbre pour avoir créé la série Au-delà du réel en 1963, ce drame-thriller que l’on pourrait qualifier de néo-hitchcockien, marquait les débuts au cinéma du comédien Warren Oates, qui signait sa troisième apparition à l’écran. 2024, Incubus, le troisième long-métrage de Leslie Stevens connaît quelque peu le même sort et se révèle être une autre expérience cinématographique tout aussi originale. Après l’annulation de la série Au-delà du réel en 1965 par ABC, le réalisateur signe un scénario afin de réunir son équipe technique habituelle, entre autres le directeur de la photographie Conrad L. Hall (De sang-froid, Electra Glide in Blue, Luke la main froide, Marathon Man, American Beauty) et le compositeur Dominic Frontiere (Pendez-les haut et court, Roar), en vue de l’exploiter dans les cinémas art et essai. Le plus surprenant sur Incubus et ce qui l’a fait entrer dans l’histoire du cinéma, est d’avoir été tourné en langue espéranto (les acteurs ayant appris phonétiquement leurs répliques à cette occasion), le second des trois films à avoir adopté ce langage dit « universel » au cinéma, ce qui selon le cinéaste ajoutait une dimension étrange à son récit. Ce procédé ne vaut pas celui de The Man from Another Place dans la série Twin Peaks, mais on s’en rapproche, même si seuls les espérantophones sauront juger de la qualité de la prononciation des acteurs. Incubus, emballé en un plus de deux semaines avec un budget très modeste, est quasiment inclassable et le résultat oscille entre les œuvres d’Ingmar Bergman (pour ce qui est du décor et des silhouettes perdues dans l’immensité de la nature) et de Carl Theodor Dreyer (en ce qui concerne la capture des visages et du thème central de l’amour). Une curiosité sur laquelle les cinéphiles devraient tous se pencher à un moment donné de leur parcours du septième art, d’autant plus que ce long-métrage avait été longtemps perdu…

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Test DVD / Les Feuilles mortes, réalisé par Aki Kaurismäki

LES FEUILLES MORTES (Kuolleet lehdet) réalisé par Aki Kaurismäki, disponible en DVD et Blu-ray le 6 février 2024 chez Diaphana.

Acteurs : Martti Suosalo, Alma Pöysti, Alina Tomnikov, Jussi Vatanen, Janne Hyytiäinen, Sherwan Haji, Sakari Kuosmanen, Nuppu Koivu…

Scénario : Aki Kaurismäki

Photographie : Timo Salminen

Durée : 1h17

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

Deux personnes solitaires se rencontrent par hasard une nuit à Helsinki et chacune tente de trouver en l’autre son premier, unique et dernier amour. Leur chemin vers ce but louable est obscurci par l’alcoolisme de l’homme, la perte d’un numéro de téléphone, l’ignorance de leur nom et de leurs adresses réciproques. La vie a tendance à mettre des obstacles sur la route de ceux qui cherchent le bonheur.

C’est chaque fois la même chose ou presque avec Aki Kaurismäki. On connaît la musique, on sait ce qui nous attend, on se dit qu’il va nous ressortir la même galerie de personnages et pourtant au final on est cueilli. Les Feuilles mortesKuolleet lehdet est le vingtième long-métrage du réalisateur finlandais (sans compter ses nombreux clips musicaux, ses courts-métrages et ses segments de films collectifs) et cet opus ne s’écarte pas d’intentions et de partis-pris esthétiques déjà installés par le passé, ce qui donne souvent au cinéma d’Aki Kaurismäki un aspect aussi intemporel qu’anachronique. Récompensé par le Prix du Jury au Festival de Cannes, Les Feuilles mortes n’est pas le troisième et dernier volet de la trilogie des migrants constituée des films Le Havre (2011) et L’Autre Côté de l’espoir (2017), mais un « complément » à celle du prolétariat, initiée en 1986 avec Ombres au paradis, qui sera aussi prolongée d’Ariel (1988) et de La Fille aux allumettes (1990). Si le cinéaste avait déclaré prendre sa retraite après L’Autre Côté de l’espoir, il en sort donc six ans après pour nous livrer un nouveau bijou. Rapide (75 minutes), concis, merveilleusement interprété, drôle, politique, Les Feuilles mortes foudroie autant le coeur que l’âme. Un des indispensables de 2023.

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Test Blu-ray / Gold Run – Le Convoi de l’impossible, réalisé par Hallvard Bræin

GOLD RUN – LE CONVOI DE L’IMPOSSIBLE (Gulltransporten) réalisé par Hallvard Bræin, disponible en DVD et Blu-ray le 27 janvier 2024 chez Condor Entertainment.

Acteurs : Jon Øigarden, Ida Elise Broch, Sven Nordin, Eivind Sander, Axel Bøyum, Morten Svartveit, Anatole Taubman, Thorbjørn Harr…

Scénario : Thomas Moldestad, Jørgen Storm Rosenberg & Sofia Lersol Lund, d’après une histoire originale de Lasse Lindtner & Arne Lindtner Næss

Photographie : Oskar Dahlsbakken

Musique : Christian Wibe

Durée : 1h57

Date de sortie initiale : 2022

LE FILM

Le 9 avril 1940, les soldats allemands entrent dans Oslo pour s’emparer de trois cibles : le roi, le gouvernement et l’or du pays. En quelques heures chaotiques, le secrétaire parlementaire Fredrik Haslund réunit une équipe improbable, composée de sa soeur Nini, d’employés de banque, de chauffeurs de camion et du célèbre poète Nordahl Grieg, pour mener à bien une mission top secrète et périlleuse : déplacer plus de cinquante tonnes d’or à travers le pays pour atteindre un convoi maritime allié.

Si l’on vous demande de citer quelques réalisateurs norvégiens, vous nous répondez ? Bent Hamer oui (les géniaux Factotum et 1001 grammes), Erik Poppe peut-être (le troublant Utøya, 22 juillet), Joachim Trier bien sûr (les sublimes Oslo, 31 août, Julie (en 12 chapitres)), Mortel Tyldum (connu pour Imitation Game et Passengers) ou Harakld Zwart si vous êtes vicieux (La Panthère rose 2, The Mortal Instruments : La Cité des ténèbres). On se rend compte qu’Hollywood ne s’est jamais gêné pour aller chercher des metteurs en scène du côté du pays du soleil de minuit, susceptibles d’apporter un peu d’originalité à leurs grosses productions. Étrange que la Mecque du Cinéma n’ait jamais fait appel à Hallvard Bræin (né en 1965), pourtant remarqué avec sa sympathique et recommandable trilogie Børning (2014, 2016 et 2020), relecture nordique de la franchise Fast & Furious, mais avec plus d’acteurs sans calvitie. Avec son dernier opus en date, Gold Run – Le Convoi de l’impossible, ou Gulltransporten en version originale, il rend un très bel hommage au cinéma d’aventure d’antan, en s’inspirant d’une histoire vraie et méconnue survenue durant la Seconde Guerre mondiale. Oui, encore une. Durant près de deux heures, le cinéaste enchaîne les rebondissements durant ce qui s’apparente à un vrai road-movie, un survival (pour les hommes, mais aussi pour l’économie du pays), un film de guerre évidemment, le tout saupoudré d’émotions et surtout très bien interprété par une belle brochette d’acteurs du cru. Une bonne surprise.

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Test Blu-ray / Smooth Talk, réalisé par Joyce Chopra

SMOOTH TALK réalisé par Joyce Chopra, disponible en Blu-ray le 5 mars 2024 chez Carlotta Films.

Acteurs : Treat Williams, Laura Dern, Mary Kay Place, Margaret Welsh, Sara Inglis, Levon Helm, Elizabeth Berridge, Geoff Hoyle, William Ragsdale…

Scénario : Tom Cole, d’après une nouvelle de Joyce Carol Oates

Photographie : James Glennon

Musique : Russ Kunkel, George Massenburg & Bill Payne

Durée : 1h31

Année de sortie : 1985

LE FILM

Pour ses vacances d’été, Connie, lycéenne de 15 ans en pleine crise d’adolescence, est coincée à la campagne avec ses parents et sa sœur aînée. Horrifiée à l’idée de passer du temps en famille, la jeune fille préfère traîner avec ses deux meilleures amies au centre commercial et flirter avec les garçons. Elle finit par éveiller la curiosité d’un certain Arnold Friend, jeune homme charismatique et enjôleur aux desseins ambigus…

Smooth Talk est l’adaptation sortie en 1985 de la nouvelle Where Are You Going, Where Have You Been? (1966) de Joyce Carol Oates, sortie en France dans le recueil CorpsThe Wheel of Love and Other Stories, paru chez Stock dans les années 1970, puis réédité sous le titre Démons chez Aubier-Flammarion quelques temps plus tard, mais indisponible depuis dans nos contrées. L’amour et les relations entre les hommes et les femmes sont au coeur de la nouvelle originale et donc de ce film complètement méconnu chez nous. Réalisé par Joyce Chopra (née en 1936), Smooth Talk est le premier des deux longs-métrages de la cinéaste, qui fera surtout sa carrière à la télévision et qui reviendra d’ailleurs à Joyce Carol Oates avec une adaptation de son livre Blonde, qu’elle transposera en 2001 avec Poppy Montgomery dans le rôle de Marilyn Monroe. C’est la première fois au cinéma que l’univers et le langage de l’écrivaine sont retranscrits, bien avant les deux versions de Foxfire: Confessions of a Girl Gang, dont celle (excellente) signée Laurent Cantet et l’on y retrouve évidemment quelques-uns de ses thèmes de prédilection, l’adolescence, la jeunesse rebelle, en dressant le portrait d’une adolescente voulant s’émanciper et se révolter contre ses parents, en particulier sa mère, tout en étant très attirée par la gent masculine. Smooth Talk est une chronique remarquablement interprétée entre autres par la jeune et déjà imposante Laura Dern, alors âgée de 18 ans, dont la prestation convaincra David Lynch pour l’engager sur Blue Velvet l’année suivante. C’est dire si Smooth Talk vaut le détour !

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Test DVD / Fermer les yeux, réalisé par Víctor Erice

FERMER LES YEUX (Cerrar los ojos) réalisé par Víctor Erice, disponible en DVD le 3 janvier 2024 chez Blaq Out.

Acteurs : Manolo Solo, Jose Coronado, Ana Torrent, Petra Martínez, María León, Mario Pardo, Helena Miquel, Antonio Dechent…

Scénario : Víctor Erice & Michel Gaztambide

Photographie : Valentín Álvarez

Musique : Federico Jusid

Durée : 2h42

Année de sortie : 2023

LE FILM

Julio Arenas, un acteur célèbre, disparaît pendant le tournage d’un film. Son corps n’est jamais retrouvé, et la police conclut à un accident. Vingt-deux ans plus tard, une émission de télévision consacre une soirée à cette affaire mystérieuse, et sollicite le témoignage du meilleur ami de Julio et réalisateur du film, Miguel Garay. En se rendant à Madrid, Miguel va replonger dans son passé…

1973, à travers une épure extrême et l’interprétation quasi-surréaliste de la petite et sensationnelle Ana Torrent, âgée de 7 ans, le réalisateur Víctor Erice (né en 1940) filme le malaise et les frustrations de l’Espagne meurtrie par la dictature franquiste. Le spectateur doit alors composer avec certaines longueurs, des ellipses et l’apparente froideur de l’ensemble. Il ne tient qu’à lui de se laisser porter par l’immense poésie qui se dégage du film, de voir au-delà des silences et du regard d’Ana pour y décrypter une critique virulente du régime en place. L’Esprit de la rucheEl espíritu de la colmena est le film catalyseur d’un cinéma contestataire et engagé où allait s’engouffrer une poignée de cinéastes, comme Carlos Saura, qui réalisera Cria Cuervos quelques années plus tard… avec Ana Torrent. Bien avant Le Labyrinthe de Pan, le chef d’oeuvre de Guillermo del Toro, Víctor Erice exprime les maux d’un pays marqué par la guerre civile et vampirisé par la dictature. Dans un monde où le langage et la communication semblent interdits, Ana, cinq ans, imagine tout ce qu’on lui cache. Sa capacité à observer et à croire à ce qu’elle voit lui permet de vivre. Elle se rendra compte qu’il lui faudra, pour grandir, explorer seule des territoires inconnus et prendre des risques. Ana parviendra finalement à s’échapper grâce au rêve et à son imagination. La jeune actrice impose déjà son intense regard noir « perçant l’ombre » dont Víctor Erice capte les moindres expressions comme lorsqu’Ana visionne Frankenstein (la version de James Whale) au début du film. Elle découvre ainsi la violence humaine dans l’injustice de la mort. À l’aide de son chef opérateur Luis Cuadrado, qui commençait à perdre la vue sur le tournage, Víctor Erice réalise un film d’une incroyable beauté plastique. La mise en scène sublime, lumineuse, d’une richesse inouïe, explore la frontière entre l’enfance et le monde des adultes, la réalité et la fiction, la vie et la mort. Afin de ne pas subir les foudres de la censure franquiste, il use de la métaphore poétique et du regard des enfants sur le monde adulte. Tourné au cours des dernières années du franquisme, L’Esprit de la ruche est passé à travers les mailles de la censure qui n’a su trouver les arguments pour interdire le film et ce malgré de nombreux spectateurs le critiquant, ouvrant ainsi une voie nouvelle dans le cinéma espagnol. Dix ans plus tard, Víctor Erice revient avec El Sur. L’action se déroule en Espagne dans les années 1950. Dans une maison, appelée « La Mouette » et située dans un village du Nord, vivent Agustín, médecin et sourcier, son épouse, institutrice révoquée de l’enseignement après la Guerre civile, et leur petite fille, Estrella. Le réalisateur adopte à nouveau le point de vue d’une enfant, fascinée et en adoration pour son père. Des sentiments malmenés quand celle-ci découvre que celui qui lui a donné la vie a aimé une autre femme qu’il a laissée dans son Sud natal. Ce film, adapté d’un roman d’Adelaida García Morales, alors son épouse, demeure le plus méconnu de son auteur, qui reniera plus ou moins son second long-métrage car le jugeant inachevé, étant donné qu’il l’avait conçu en deux parties, la deuxième ne parvenant pas à trouver de financements suffisants. Cette expérience éloignera Víctor Erice du monde du cinéma pendant une nouvelle décennie. Nous voilà rendus en 1992. Le Songe de la lumière, le troisième film de Víctor Erice s’avère une extraordinaire réflexion sur la vie, sur le passage du temps, un traité sur la création artistique ayant nécessité pas moins de trois mois de tournage, un an de montage ainsi que le travail de trois chefs opérateurs. Un véritable film d’aventure porté par la quête de l’artiste peintre Antonio Lopez qui ne peut finalement que déposer les armes devant le caractère inéluctable de son entreprise : capturer sur sa toile la lumière du soleil. Il se dégage du Songe de la lumière une époustouflante et contagieuse passion pour l’art contemporain, la peinture et le cinéma, des images qui laissent pantois d’admiration le spectateur, plongeant dans une expérience sensorielle rare. 2023, revoilà Víctor Erice, que l’on pourrait rapprocher de Terrence Malick pour le don semblable du réalisateur espagnol de capturer ce qu’on ne peut définir ni saisir, la communion entre l’homme et la nature. Fermer les yeux est une œuvre testamentaire, un film-somme, une pleine plongée dans le septième art. Incontestablement l’un des sommets cinématographiques de l’année passée, Cerrar los ojos aborde et prolonge des thèmes déjà explorés par Víctor Erice dans ses travaux passés, mais se double également d’une réflexion sur le cinéma, qui inspire la vie réelle, où les deux s’imbriquent, où l’existence dépasse même parfois la fiction par ses retournements inattendus. Durant près de trois heures qui passent en un éclair, le maître espagnol remet les pendules à l’heure, le cinéma est certes un divertissement, ce que Fermer les yeux est indubitablement, mais où tout n’est qu’émotions. Vous trouverez difficilement un long-métrage plus bouleversant que Fermer les yeux sorti en 2023. Chef d’oeuvre.

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Test Blu-ray / Le Prince esclave, réalisé par Pietro Francisci

LE PRINCE ESCLAVE (Le Meravigliose avventure di Guerrin Meschino) réalisé par Pietro Francisci, disponible en édition Blu-ray + DVD + Livre le 6 février 2024 chez Artus Films.

Acteurs : Gino Leurini, Leonora Ruffo, Aldo Fiorelli, Anna Di Leo, Camillo Pilotto, Tamara Lees, Ugo Sasso, Antonio Amendola…

Scénario : Raul De Sarro, Alessandro Ferraù, Fiorenzo Fiorentini, Pietro Francisci, Giorgio Graziosi & Weiss Ruffilli, d’après l’oeuvre d’Andrea Barberino

Photographie : Giovanni Ventimiglia

Musique : Nino Rota

Durée : 1h21

Date de sortie initiale : 1952

LE FILM

Un jeune garçon enlevé par des pirates puis vendu comme esclave se retrouve échanson à la cour de Constantinople, alors assiégée par les Turcs. Alors qu’un accord de paix est enfin trouvé, le jeune garçon a une vision, provoquée par un astrologue : il serait le fils du roi de Durazzo, enlevé jadis par le fils du Duc de Bourgogne. Il va se lancer dans une quête initiatique qui l’amènera à reconquérir son trône.

Oyez, oyez ! Mais qu’est-ce donc cette diablerie ? Le Prince esclave, ou plus longuement en version originale Le Meravigliose avventure di Guerrin Meschino (ça fait tout de suite plus classe) est un film d’aventure forcément vintage, puisque sorti en 1952, adapté (et il s’agit de la seule transposition cinématographique à ce jour) de l’oeuvre d’Andrea Barberino, composée de huit livres, et publiée pour la première fois à la fin du 15è siècle. Autant dire que la demi-douzaine de scénaristes (oui, c’est à ne pas croire, dont Fiorenzo Fiorentini, auteur de L’Homme à la Ferrari et Zenabel) disposaient d’une matière suffisante pour y piocher ce dont ils avaient envie, même s’ils devaient au final se contenter d’éléments tirés essentiellement du premier volume. Il en résulte un côté souvent nawak, où l’action passe du coq à l’âne durant 80 minutes (la succession de fondus au noir témoigne d’une envie d’accélérer l’ensemble en ayant recours à quelques ellipses), même s’il faut reconnaître que la mise en scène de Pietro Francisci (1906-1977), l’un des « pères » du péplum en Italie (Les Travaux d’Hercule, Hercule et la reine de Lydie), n’a rien de statique et insuffle un rythme à cette fantaisie aussi drôle que riche en rebondissements, loin de l’aspect figé et douteux des Visiteurs du soir de Marcel Carné avec son Alain Cuny qui semblait avoir des problèmes de transit. Certes, tout cela est bien désuet, mais le charme l’emporte et le divertissement est garanti.

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Test Blu-ray / Monella – Lola la frivole, réalisé par Tinto Brass

MONELLA – LOLA LA FRIVOLE (Monella) réalisé par Tinto Brass, disponible en DVD & Combo Blu-ray + DVD le 16 janvier 2024 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Anna Ammirati, Patrick Mower, Max Parodi, Susanna Martinková, Antonio Salines, Francesca Nunzi, Vittorio Attene, Laura Trotter…

Scénario : Tinto Brass, Barbara Alberti & Anna Cipriani

Photographie : Massimo Di Venanzo

Musique : Pino Donaggio

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1998

LE FILM

Dans les années 1950, dans la campagne du Nord italien, Lola est sur le point de se marier avec Masetto. Lola, toujours vierge, a hâte de faire l’amour, entre autres pour être sûre que Masetto est l’homme qu’il lui faut mais ce dernier préfère qu’elle reste vierge jusqu’au mariage. Lola a bien l’intention de le faire changer d’avis et met tout en oeuvre pour cela.

On ne sait pas si la publicité pour l’huile d’olive Puget aura inspiré quelques plans iconiques de Monella – Lola frivole, mais toujours est-il que Tinto Brass (né en 1933) multiplie dans cet opus les gros plans sur les fesses magnifiques de sa comédienne, dévoilées par un coup de vent qui soulève la jupe de la délicieuse donzelle. Bon, ça c’était pour le prologue. Monella – la frivole est évidemment un nouveau portrait de femme moderne dressé par le maître italien et expert dans ce domaine, son héroïne rejoignant ainsi Teresa (dans La Clé), Miranda et Paprika. Nous sommes à la fin des années 1990 et le cinéaste continue envers et contre tous de s’adonner à l’érotisme et à sa représentation graphique à l’écran. Pour cela, il peut encore une fois compter sur le plein investissement de la superbe Anna Ammirati, âgée seulement de 18 ans au moment du tournage, qui n’était apparue que dans quelques épisodes d’une obscure série télévisée et qui fait ici ses premiers pas au cinéma. Et pour une introduction on peut dire que l’actrice est servie par Tinto Brass, qui ouvre d’ailleurs le film (et le clôt) dans la peau d’un chef d’orchestre et qui donne le la de cette symphonie du désir. Celui-ci va alors filmer son actrice sous tous les angles (s’il avait pu immiscer sa caméra plus profondément, on imagine qu’il ne se serait pas gêné), la met constamment en valeur (le bougre sait y faire pour exciter le spectateur), recréer une époque qu’il a lui-même connue et durant laquelle il a brûlé sa propre jeunesse, pour au final livrer la radiographie de son pays après la Seconde Guerre mondiale, doublée de celle d’une jeune femme à l’aube de son existence, de son éveil sexuel (la masturbation sur fond de Be Bop a Lula…) et de son émancipation. Une réussite.

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Test DVD / Toni en famille, réalisé par Nathan Ambrosioni

TONI EN FAMILLE, réalisé par Nathan Ambrosioni, disponible en DVD le 10 janvier 2024 chez Studiocanal.

Acteurs : Camille Cottin, Léa Lopez, Thomas Gioria, Louise Labèque, Oscar Pauleau, Juliane Lepoureau, Catherine Mouchet, Guillaume Gouix…

Scénario : Nathan Ambrosioni

Photographie : Raphaël Vandenbussche

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 2023

LE FILM

À 42 ans, Toni, de son vrai prénom Antonia, élève seule ses cinq enfants, un véritable travail à temps complet. Ex-vedette de télécrochet dans sa jeunesse, elle chante aussi le soir pour nourrir sa famille. Aujourd’hui, ses deux aînés s’apprêtent à partir à l’université. Toni s’interroge : que deviendra-t-elle quand tous ses enfants auront quitté le nid familial ? Lui est-il encore possible de se réinventer ?

Nathan Ambrosioni n’aura que 25 ans en 2024 et pourtant ce réalisateur autodidacte, devenu le plus jeune metteur en scène à bénéficier de l’avance sur recettes du CNC, a déjà livré deux longs-métrages d’une étonnante maturité. Le premier, Les Drapeaux de papier, sorti en 2018, réunissait Noémie Merlant, Guillaume Gouix, Jérôme Kircher et Alysson Paradis et imposait d’emblée une vraie patte d’auteur. Le second est donc Toni en famille, qui, à l’instar de son film précédent, est mis en scène, écrit et monté par Nathan Ambrosioni. Celui-ci passe la vitesse supérieure et livre une comédie-dramatique aussi drôle que délicate, tendre, percutante et bouleversante, magnifiquement interprétée par Camille Cottin, qui n’en finit plus d’étonner et qui trouve indiscutablement ici l’un de ses plus grands rôles. Elle est par ailleurs excellemment entourée par cinq jeunes acteurs exceptionnels, parmi lesquels se détachent Léa Lopez, également née en 1999, déjà pensionnaire de la Comédie-Française, vue dans les séries Clem et Nina, qui s’impose ici comme une grande révélation. Véritable coup de coeur, Toni en famille, auréolé d’un beau succès critique et public (300.000 entrées) démontre que Nathan Ambrosioni en a sérieusement sous le capot et donne sacrément envie de suivre sa carrière.

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