
L’HOMME À L’AFFÛT (The Sniper) réalisé par Edward Dmytryk, disponible en DVD chez Sidonis Calysta le 6 mars 2018
Avec : Arthur Franz, Adolphe Menjou, Gerald Mohr, Marie Windsor, Frank Faylen, Richard Kiley, Mabel Paige, Marlo Dwyer…
Scénario : Harry Brown
Photographie : Burnett Guffey
Musique : George Antheil
Durée : 1h24
Date de sortie initiale : 1952
LE FILM
Depuis toujours, Eddie Miller, chauffeur-livreur à San Francisco, est rejeté par les femmes qu’il rencontre. Solitaire, en proie à de violentes pulsions qu’il a du mal à réprimer, il tue des femmes au hasard avec un fusil à lunette. La police n’arrive pas à comprendre la manière de procéder ni les mobiles du tueur. C’est un psychologue qui va les aider et leur faire comprendre que leur proie est un homme malade.


Edward Dmytryk (1908-1999), sympathisant de la gauche politique américaine, adhérant au parti communiste américain, figure parmi les célèbres Dix d’Hollywood. Convoqué par la Commission des Activités Anti-Américaines, il est condamné à six mois de prison, 500 dollars d’amende, puis s’exile en Grande-Bretagne à la fin des années 1940. Il revient peu de temps après aux USA et à l’instar d’Elia Kazan dénonce finalement certains acteurs, réalisateurs et scénaristes afin de s’affranchir des soupçons qui pèsent sur lui. C’est un scandale, sa carrière ne s’en remettra jamais totalement. Néanmoins, le cinéaste n’aura jamais arrêté de tourner jusqu’à la fin des années 1970. Pour la plupart des cinéphiles et de la critique, L’Homme à l’affût – The Sniper, réalisé en 1952, est le chef d’oeuvre du cinéaste. Film précurseur, drame psychologique et thriller, L’Homme à l’affût est également l’un des premiers longs métrages centré sur les méfaits d’un serial killer.


Chauffeur dans une entreprise de teinturerie de San Francisco, Eddie Miller lutte quotidiennement contre les violentes pulsions qui le torturent. Il est hanté par une haine des femmes, avec lesquelles il est incapable d’avoir de relations, et jalouse tous les couples qu’il croise. Lorsque ses pulsions se font trop fortes, il s’arme d’un fusil à lunette et tue des femmes au hasard. Conscient de la gravité de son état, il a tenté de prévenir des médecins, mais ceux-ci étaient trop occupés pour lui prêter attention. Il se décide à écrire des lettres anonymes à la police. L’inspecteur Kafka mène l’enquête, aidé par un psychologue qui cherche à convaincre les autorités que Miller a surtout besoin d’aide.


Véritable film noir, L’Homme à l’affût marque le retour d’Edward Dmytryk à Hollywood après son incarcération. L’ironie du sort fait que le réalisateur dirige le comédien Adolphe Menjou, alors connu pour être l’un des artistes les plus anti-communistes, par ailleurs membre de la Motion Picture Alliance for the Preservation of American Ideals. Tout un programme. Le film s’ouvre sur le carton suivant « A propos du film que vous allez voir : les crimes sexuels sont parmi les grands problèmes de la police. 31175 femmes en ont été victimes rien que l’an dernier. Il n’existe aucune loi satisfaisante. Les forces de l’ordre sont démunies. Voici l’histoire d’un homme pour qui les femmes sont des ennemies ». Sur un scénario d’Harry Brown (Une place au soleil, Iwo Jima, L’Orchidée blanche), Edward Dmytryk livre le portrait d’un homme solitaire, sexuellement frustré, qui s’en prend aux femmes épanouies, libres et heureuses.


Le récit n’élude pas la violence sèche, notamment les impacts de balles sur les victimes. Toutefois, le personnage n’est pas montré comme un monstre terrifiant, mais comme un homme perturbé, psychologiquement instable et luttant contre ses propres démons. On le voit ainsi mettre volontairement sa main sur une plaque électrique pour se mutiler, puis avertir le médecin qui le prend en charge qu’il souhaiterait être hospitalisé. Par petites touches, Edward Dmytryk indique qu’Edward Miller, impeccablement interprété par Arthur Franz, a vraisemblablement grandi dans un environnement violent. Quand il voit une mère gifler sa petite fille, Miller se touche immédiatement la joue, comme si cet événement le renvoyait à un douloureux passé. Dépassé par ses pulsions, cet homme de tous les jours devient un assassin et use de son fusil à lunette pour se débarrasser de celles qui ont croisé sa route ou qui ont pu le blesser sans le vouloir.


Magnifiquement photographiée par l’immense chef opérateur Burnett Guffey (Tant qu’il y aura des hommes, Bonnie & Clyde, Plus dure sera la chute), The Sniper est une œuvre concise et resserrée (1h24 montre en main), directe, frontale, complexe, qui certes ne cherche pas l’empathie du spectateur avec le personnage principal, mais qui s’intéresse à ce qui a pu conduire un individu à franchir le point de non-retour. Au détour d’un dialogue qui n’est pas sans évoquer l’épilogue de Psychose d’Alfred Hitchcock, qui sera réalisé deux ans plus tard, un expert en psychiatrie évoque la maladie mentale dont souffre le tueur en série et sur la nécessité de prendre en charge médicalement ce genre d’individu, plutôt que de les emprisonner pour ensuite les relâcher, en attendant qu’ils récidivent à leur sortie. Un sujet épineux, un discours furieusement contemporain.


6 ans avant La Ronde du crime – The Lineup et 18 ans avant L’Inspecteur Harry, deux chefs d’oeuvre signés Don Siegel, L’Homme à l’affût, produit par Stanley Kramer, prend comme cadre les rues de San Francisco, terrain de jeu en montées ou en pentes brutales, qui reflètent les méandres d’un esprit malade, qui appelle à l’aide, qui tente de se réfréner, mais qui ne peut que céder face à la tentation. The Sniper est un très grand film et sans aucun doute le chef d’oeuvre d’Edward Dmytryk.


LE DVD
Le test du DVD de L’Homme à l’affût, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Pas une, pas deux, pas trois, mais QUATRE présentations de L’Homme à l’affût sont ici disponibles. Tour à tour, Bertrand Tavernier (25’), Olivier Père (30’30), Patrick Brion (9’) et François Guérif (8’30) se penchent sur le film d’Edward Dmytryk, qu’ils considèrent tous comme étant son chef d’oeuvre. Bien évidemment, les présentations étant enregistrées individuellement, certains arguments et d’autres analyses n’évitent pas la redite. Néanmoins, les propos tenus se complètent bien, d’autant plus que chacun possède un style qui lui est propre. Fidèles à Sidonis Calysta, Bertrand Tavernier (grand admirateur du film), Patrick Brion et François Guérif assurent comme à leur habitude, mais l’éditeur laisse plus de place à Olivier Père, nouveau venu qu’on espère revoir sur d’autres titres de la collection. D’un côté comme de l’autre, on y évoque l’histoire des Dix d’Hollywood, la carrière d’Edward Dmytryk, le scénario, le casting, les partis pris. Le fond et la forme se croisent habilement.




L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.
L’Image et le son
La restauration du film est indéniable, toutes les scories, tâches, poussières et rayures verticales ont été purement et simplement éradiquées. Si le piqué manque parfois de mordant, la gestion du grain original demeure solide et bien gérée. Le N&B est de très belle tenue avec des noirs suffisamment denses, des blancs lumineux et des contrastes solides. Mention spéciale à certains gros plans, nets et précis, bien détaillés. La copie 1.33 (16/9 compatible 4/3) affiche une remarquable stabilité.


Seule la version originale aux sous-titres français imposés est disponible sur cette édition. La restauration est également fort satisfaisante, aucun souffle à déplorer, l’écoute est frontale, riche, dynamique et vive. Les effets annexes sont conséquents et le confort acoustique assuré. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale.
Crédits images : © Columbia Pictures / Sidonis Calysta / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr


















De son côté, Patrick Brion passe en revue les plus grands westerns de l’année 1956 au cinéma, avant d’en venir au réalisateur Robert D. Webb et bien entendu aux changements apportés au scénario original, suite à l’engagement d’Elvis Presley à la dernière minute, que l’historien-critique trouve d’ailleurs très bien et bon comédien.

































Crédits images : © Columbia Pictures / Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr




Mis en scène par le canadien Mark Robson (1913-1978), ancien monteur de Jacques Tourneur sur La Féline et Vaudou, mais aussi d’Orson Welles sur La Splendeur des Amberson, Plus dure sera la chute offre à Bogey l’un de ses plus beaux rôles. Eclectique, mais aussi inégal, on doit à Mark Robson Le Champion avec Kirk Douglas (1949), déjà un film sur le milieu de la boxe, Le Procès avec Glenn Ford (1955), ainsi que deux films de guerre très célèbres, L’Express du colonel Von Ryan avec Frank Sinatra (1965) et Les Centurions avec Anthony Quinn et Alain Delon (1966). L’un de ses derniers films, Tremblement de terre (1974) demeure l’un des fleurons du genre catastrophe. Bon technicien, il signe avec Plus dure sera la chute un de ses meilleurs films, peut-être même son chef d’oeuvre. 














Fils d’émigrants polonais, ce dernier demeure un mystère pour les spécialistes du cinéma puisque le scénariste en apparence « prolifique » a longtemps fait travailler d’autres écrivains à sa place et certains scénaristes inscrits sur la tristement célèbre liste noire lors du Maccarthysme. Un prête-nom avoué certes, mais Philip Yordan n’hésitait pas non plus à s’attribuer certains succès qu’il n’avait pas écrits. Pour Bertrand Tavernier, qui avait interviewé Philip Yordan (« j’ai rarement entendu autant de bobards de ma vie » dit d’ailleurs le réalisateur) c’est le cas pour Plus dure sera la chute, dont il attribue la paternité au romancier Budd Schulberg, qui avait adapté lui-même son livre en 1947, qui devait ensuite être mis en scène par Edward Dmytryk.
Le projet tombe à l’eau, mais la Columbia rachète le scénario à la RKO, qui atterrit ensuite sur le bureau de Philip Yordan. Bertrand Tavernier suppose que le scénario original a dû n’être que très légèrement retouché, Yordan y couchant ensuite sa signature. Bertrand Tavernier en vient au casting en revenant sur la dernière apparition d’Humphrey Bogart à l’écran, ainsi que sur le jeu de Rod Steiger, qui avait quelque peu décontenancé Bogey. L’historien du cinéma évoque deux points du récit qui le laissent quelque peu perplexe, mais loue la grande réussite de Plus dure sera la chute, encense la photo du chef opérateur Burnett Guffey, la mise en scène et le montage rapide, l’utilisation des décors et l’attention aux petits détails. Voilà une remarquable présentation !
































L’historien du cinéma Patrick Brion prend ensuite le relais (9’). Plus concis, ce dernier aborde tout d’abord la photo de Freddie Young et les volontés artistiques. Le travail sur la pellicule, les partis pris, les décors sont ensuite passés au peigne fin. L’adaptation de John le Carré est ensuite comparée à celle de L’Espion qui venait du froid, film réalisé par Martin Ritt et sorti l’année précédente. Pour Patrick Brion, The Deadly Affair est peut-être la plus belle transposition d’un des romans de l’écrivain au cinéma. Il s’attarde également sur le casting. 








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Crédits images : © ESC Editions / Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
























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