LE TRAIN (The Train) réalisé par John Frankenheimer, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 mai 2019 chez Coin de mire Cinéma et L’Atelier d’images
Acteurs : Burt Lancaster, Paul Scofield, Jeanne Moreau, Michel Simon, Suzanne Flon, Wolfgang Preiss, Albert Rémy, Jacques Marin…
Scénario : Franklin Coen, Frank Davis, Albert Husson d’après une histoire originale et le roman de Rose Valland « Le Front de l’art »
Photographie : Jean Tournier, Walter Wottitz
Musique : Maurice Jarre
Durée : 2h13
Date de sortie initiale : 1964
LE FILM
En 1944, le Colonel von Waldheim fait évacuer des tableaux de maîtres du Jeu de Paume pour les envoyer en Allemagne. Labiche, un cheminot résistant, est chargé de conduire le train transportant ces objets d’art.
« J’ai connu une fille qui avait posé pour Renoir…elle sentait encore la peinture… »
Le Train – The Train est la quatrième collaboration entre le cinéaste John Frankenheimer et le comédien Burt Lancaster. Sorti en 1964, ce film fait suite au Temps du châtiment – The Young Savages (1961), Le Prisonnier d’Alcatraz – Birdman of Alcatraz (1962) et Sept jours en mai – Seven Days in May (1964). Le Train est une superproduction au budget très confortable, intégralement tourné en France, avec un casting essentiellement européen et surtout hexagonal. Remarquable film de guerre, solidement mis en scène et porté par un casting éblouissant, Le Train aborde également un sujet fort, qui pose constamment la question « Une œuvre d’art vaut-elle le sacrifice d’une vie humaine ? ».
Août 1944, à quelques jours de la Libération de Paris. Les troupes alliées approchent de la capitale. Le colonel von Waldheim est chargé de faire main basse sur les tableaux exposés au musée du Jeu de Paume et de les acheminer vers l’Allemagne le plus rapidement possible. Mademoiselle Villard, la conservatrice du musée, contacte la Résistance et tente de persuader Paul Labiche, le responsable du réseau Est, d’arrêter le train transportant les toiles. Labiche ne cache pas ses réticences. Il n’a guère envie de risquer des vies pour quelques peintures, même célèbres. Finalement, après que le conducteur du train a été fusillé pour l’avoir saboté, la Résistance décide d’organiser rien moins que la disparition du convoi…
L’histoire du Train, qui a également inspiré celle du regrettable The Monuments Men de George Clooney, s’inspire d’un épisode réel de la Seconde Guerre mondiale, celui du déraillement du train d’Aulnay, survenu en août 1944, qui contenait des œuvres d’art de grande valeur. Suite au signalement de la célèbre Rose Valland (dont le livre Le Front de l’art : défense des collections françaises, 1939-1945 a servi de base), conservatrice au Musée de Jeu de Paume, cet acte de résistance avait interrompu le convoi de ce précieux train vers l’Allemagne. Plus de 60 000 œuvres d’art et objets divers spoliés par les nazis aux institutions publiques et aux familles juives pendant l’Occupation ont pu être récupérées et sauvées. Sur ce passionnant postulat de départ, le réalisateur John Frankenheimer, qui a remplacé au pied levé son confrère Arthur Penn suite à son renvoi par le producteur Burt Lancaster pour « divergences artistiques », signe un drame de guerre, qui concilie à la fois les scènes d’action ultra-spectaculaires avec quelques séquences de bombardements et de déraillements sensationnels, psychologie des personnages avec notamment celui campé par Burt Lancaster lui-même, parfait dans le rôle du français Labiche. Le britannique et shakespearien Paul Scofield campe un von Waldheim trouble et ambigu, un homme de goût, sans jamais tomber dans le cliché du soldats allemand machiavélique, qui parvient même à tromper ses supérieurs qui jugent le chargement du train peu essentiel en cette période de déroute.
Très attaché à ces œuvres, jugées dégénérées par le IIIe Reich, von Waldheim décide d’agir essentiellement pour lui et espère revenir au bercail avec les œuvres de Gauguin, Renoir, Picasso, Degas, Cézanne, Matisse, Braque, Utrillo, Manet, Miro…C’était sans compter sur le dénommé Labiche, qui, avec l’aide de ses camarades cheminots résistants, vont tenter de le stopper avant qu’il ne parvienne à la frontière.
A l’instar de Buster Keaton avec Le Mécano de la Générale, John Frankenheimer décide de jouer au petit train, mais grandeur nature, en sublimant les locomotives. Disposant de moyens considérables, certaines séquences sont filmées avec près de dix caméras, surtout sur celles de déraillements ou de raids aériens (celui du bombardement de la gare de triage de Vaires-sur-Marne n’a rien à envier à un film contemporain), Le Train souffre peut-être aujourd’hui d’un rythme assez lent, mais n’ennuie jamais. Le récit demeure excellemment conduit, on jubile de voir Burt Lancaster donner la réplique à Michel Simon (pour qui il avait une vraie fascination), Albert Rémy, Jacques Marin, Suzanne Flon, Jeanne Moreau, et la beauté plastique du film (photographie de Jean Tournier) subjugue à chaque plan.
Alors que le tournage devait s’étendre sur trois mois, John Frankenheimer restera finalement un an en France pour les prises de vue du Train. Cascades, aventures (toute la partie du train dérouté grâce au maquillage des plaques de gare est particulièrement jubilatoire), suspense (avec une économie de dialogues et de musique, pourtant composée par Maurice Jarre), émotions, action, tout y est et Le Train reste une valeur sûre, un divertissement haut de gamme, immersif, moderne et souvent virtuose, doublé d’un superbe hommage – comme un carton d’introduction l’indique – aux cheminots français d’hier et d’aujourd’hui.
LE DIGIBOOK
Le Train est le premier film américain édité par Coin de Mire Cinéma en partenariat avec L’Atelier d’images. Coffret Digibook prestige numéroté et limité à 3.000 exemplaires, au format 142 x 194 mm, comprenant un Blu-ray et un DVD, un livret 24 pages cousu au boîtier, reproduisant des archives sur le film (dont un extrait de la revue Historail), la reproduction de 10 photos d’exploitations cinéma sur papier glacé au format 120 x 150 mm rangées dans 2 étuis cartonnés. Sans oublier la reproduction de l’affiche originale en format 215 x 290 mm pliée en 4. Le menu principal est fixe et musical.
En cette 39e semaine de l’année 1964, voici notre bulletin d’informations (9’) : Une bombe datant de la dernière guerre, étonne les passants dans les rues de Varsovie, le comédien Guy Grosso participe au Prix de l’Arc de Triomphe, Françoise Giroud présente la nouvelle formule de L’Express, le général de Gaulle démarre son marathon présidentiel en Amérique du sud, le roi Constantin II de Grèce épouse la princesse Anne-Marie de Danemark en la cathédrale d’Athènes, tandis que l’on rend hommage à Pierre de Coubertin.
Caramels d’Isigny ! Nougats Coupo Santo ! Cigarettes « Française » ! Faites-vous plaisir avant la séance ! Les réclames de l’année 1964 (5’) s’enchaînent, comme également celle pour le nouveau frigo mural de chez Frigéco (125 litres) !
Attention, nous trouvons également un making of du film ! Ces images exceptionnelles réalisées par le service cinéma de la SNCF, montrent Michel Simon (dont les propos servent de fil conducteur au reportage) monter dans un train affrété pour la presse, afin de se rendre sur les lieux du tournage. Les images sont en couleur et dévoilent l’envers du décor avec Burt Lancaster sur le plateau, les techniciens qui préparent les collisions et surtout l’explosion de la gare de triage qui aura nécessité quatre mois pour installer deux tonnes de dynamite. Un document exceptionnel (10’).
Last but not least, le
commentaire audio (VOSTF) de John Frankenheimer est également au
programme, même s’il n’est pas indiqué sur la jaquette. Les
propos sont certes souvent espacés par de très longs silences, mais
les quelques anecdotes glanées ici et là valent le coup. Le
cinéaste explique d’ailleurs être tombé amoureux de la France,
il s’est d’ailleurs marié le premier jour du tournage, et cette
aventure qui aura duré une année lui aura finalement donné l’envie
de s’installer dans nos contrées où il restera sept ans. Il donne
également quelques éléments sur la photographie et ses intentions,
les partis pris (éclairer les tableaux comme des acteurs en début
de film, le choix du N&B), les comédiens (« le visage de
Michel Simon attirait ma caméra »), les conditions de tournage
(en plein hiver alors que le film est supposé se dérouler au mois
d’août) et sa quatrième collaboration avec Burt Lancaster dont il
n’a de cesse de louer le talent et son investissement dans les
scènes d’action.
L’interactivité se clôt
sur un lot de bandes-annonces.
L’Image et le son
Le Train a bénéficié d’une restauration HD à partir du négatif original. Ce n’est pas parfait. Subsistent quelques pétouilles, points noirs et blancs, tâches et même des rayures verticales à l’instar de la séquence où Burt Lancaster s’enfuit par la fenêtre de sa chambre. La texture argentique est préservée, mais la gestion du grain est curieusement aléatoire, plus appuyé ici, lissé par là, parfois même sur un champ-contrechamp. Notons également de sensibles fourmillements et des scènes plus émaillées de scories. Hormis cela, les détails impressionnent sur les gros plans avec les visages en sueur et noirs de suie des comédiens (voire la tronche de Michel Simon), tandis que la composition de chaque cadre permet enfin d’apprécier les partis pris de John Frankenheimer et du chef opérateur Jean Tournier (futur directeur de la photographie de Moonraker, Chacal), qui ne pourra terminer le film et qui sera remplacé par Walter Wottitz, qui lui-même calquera son travail sur celui de prédécesseur. Les contrastes savent rester fermes, les noirs sont très beaux et la palette de gris suffisamment riche.
La version originale fait parler tous les protagonistes en langue anglaise, alors qu’en français, les allemands parlent entre eux dans la langue de Goethe. La première option délivre des dialogues plus pincés, mais prend le dessus sur son homologue au niveau des scènes d’action et des bombardements. Dans les deux cas, les pistes DTS-HD Master Audio Mono font ce qu’elles peuvent et parviennent à instaurer un certain confort acoustique, même si encore une fois, du point de vue homogénéité des effets (à l’instar des sifflets de train) et des voix, la piste anglaise prend l’avantage. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.
À LA POURSUITE D’OCTOBRE ROUGE (The Hunt for Red October) réalisé par John McTiernan,disponible en édition 4K Ultra HD + Blu-ray le 5 décembre 2018 chez Paramount Pictures
Acteurs : Sean Connery, Alec Baldwin, Scott Glenn, James Earl Jones, Sam Neill, Tim Curry, Stellan Skarsgård, Jeffrey Jones …
Scénario : Larry Ferguson, Donald Stewart d’après le roman Octobre Rouge (The Hunt For Red October) de Tom Clancy
Photographie : Jan de Bont
Musique : Basil Poledouris
Durée : 2h15
Date de sortie initiale: 1990
LE FILM
Le sous-marin Russe « Octobre Rouge » de conception révolutionnaire met le cap sur les Etats-Unis. Lors de ses premiers essais en mer, il est détourné par le capitaine Ramius… Les flottes soviétiques et américaines se mettent à sa poursuite tandis que Ryan, analyste de la CIA, s’efforce d’interpréter les véritables intentions de l’officier : provocation, geste de démence ou de paix ?
A la poursuite d’Octobre Rouge – The Hunt for Red October est la première adaptation au cinéma d’un roman de Tom Clancy (1947-2013), mais également la toute première aventure de son héros récurrent Jack Ryan, publiée en 1984. L’écrivain américain spécialisé dans les histoires d’espionnage avait tout pour plaire à Hollywood puisque ses récits appelés également techno-thrillers ou thrillers politiques, combinaient à la fois le divertissement, mais aussi l’approche documentaire et réaliste à la John le Carré. Outre le portrait d’un analyste de la CIA lancé malgré lui sur le terrain, les romans de Tom Clancy décrivaient alors l’ambiance des agences de renseignements américaines durant la guerre froide, ainsi que la montée du terrorisme à la fin du XXe siècle. A la poursuite d’Octobre Rouge est un monument du cinéma américain du début des années 1990. Pas étonnant de retrouver à la barre l’un des plus grands cinéastes, John McTiernan, qui sortait alors des triomphes de Predator (1987) et Piège de cristal (1988). Véritable référence du genre et interprété par un casting exceptionnel, A la poursuite d’Octobre Rouge, réalisé durant la perestroïka, n’a pas pris une seule ride et demeure un immense divertissement, intelligent, oppressant et virtuose, dont la mise en scène laisse toujours autant pantois d’admiration.
1984. Équipé d’un nouveau système de propulsion silencieux appelé « la chenille » qui le rend indétectable, le sous-marin Octobre Rouge est le fleuron de la marine soviétique. Les premiers essais sont confiés au commandant Marko Ramius, un vétéran aux états de service irréprochables. Mais ce dernier, qui a compris que cet engin est une arme de première frappe, désobéit aux ordres et met le cap sur les États-Unis, afin de passer à l’Ouest. L’État-major soviétique est informé de ses intentions par une lettre que le commandant Ramius a postée avant son départ. Les Soviétiques font tout pour l’empêcher de livrer le sous-marin aux Etats-Unis, y compris annoncer aux Américains que Ramius, dans une crise de folie, veut les attaquer, pour les forcer à attaquer le sous-marin s’ils le détectent. Du côté américain, l’analyste de la CIA Jack Ryan connaît Marko Ramius et arrive à la conclusion qu’il souhaite passer à l’Ouest. Les militaires ne sont pas convaincus, mais un dirigeant lui donne trois jours pour prouver sa théorie.
Pas étonnant que les écrits de Tom Clancy aient connu un regain de popularité après les attentats du 11 septembre 2001. Ses histoires n’ont jamais été aussi contemporaines, comme l’a par ailleurs prouvé la série Amazon prime Jack Ryan avec John Krasinski dans le rôle-titre. Plusieurs comédiens auront interprété l’agent de la CIA au cinéma. Harrison Ford à deux reprises dans Jeux de guerre (1992) et Danger immédiat (1994) de Philip Noyce, Ben Affleck dans La Somme de toutes les peurs de Phil Alden Robinson et Chris Pine dans un reboot intitulé The Ryan Initiative mis en scène par Kenneth Branagh. Mais celui qui aura ouvert le bal est Alec Baldwin, après le refus de Kevin Costner. Pour la première fois à la tête d’une grosse production hollywoodienne, l’acteur révélé par Tim Burton dans Beetlejuice deux ans auparavant, est une incarnation parfaite du personnage. Parfois proche de John McClane ce personnage « ordinaire » doit régler une affaire qui le dépasse, entre autres éviter un conflit opposant les deux plus grandes puissances mondiales. Si Alec Baldwin est impeccable et se permet même quelques touches d’humour dans une histoire très sérieuse, les regards se portent surtout sur l’immense et fascinant Sean Connery. Pour la critique et de nombreux spectateurs, le comédien écossais trouve l’un de ses plus grands rôles dans A la poursuite d’Octobre Rouge. Son visage remplit d’ailleurs l’affiche du film. Impérial, magnifique, d’une classe folle, Sean Connery donne à son personnage une rare ambiguïté. Derrière son apparent sang-froid, le spectateur ressent la tristesse et la douleur de son personnage, dont la vie s’est effondrée à la mort de son épouse.
Ce passionnant huis clos à 10.000 pieds sous les mers convoque également le talent de Scott Glenn, Sam Neill, James Earl Jones, Tim Curry, Stellan Skarsgård, Jeffrey Jones et bien d’autres qui composent les équipages américains et soviétiques. Ajoutez à cela le score de Basil Poledouris et la sublime photographie du néerlandais Jan de Bont, qui avait déjà collaboré avec John McTiernan sur Piège de cristal, dont les partis pris parviennent à situer les spectateurs dans l’action, en passant d’un sous-marin à un autre, sans avoir recours aux sempiternelles indications écrites. Trente ans après sa sortie, A la poursuite d’Octobre Rouge reste un indémodable chef d’oeuvre.
LE 4K UHD
Sorti en Blu-ray en 2012, A la poursuite d’Octobre Rouge fait donc sa première apparition en 4K UHD, toujours sous la houlette de Paramount Pictures. Cette nouvelle édition se compose de deux disques, le 4K d’un côté et le Blu-ray traditionnel de l’autre. Pour ce test, seule l’édition UHD a été envoyée par l’éditeur, galette sur laquelle nous ne trouvons que le commentaire audio. Le making of se trouve sur l’autre disque. Le menu principal est fixe sur le thème de Basil Poledouris.
Ceux qui ont eu la chance de l’entendre en masterclass à la Cinémathèque française en septembre 2014 le savent, si John McTiernan a l’air peu prolixe, il reste pourtant l’un des cinéastes les plus intéressants à écouter. Son commentaire audio réalisé pour A la poursuite d’Octobre Rouge est du même acabit. Quelques silences à déplorer certes, mais les propos sont passionnants, surtout lorsque l’intéressé s’autocritique et parle de son rapport avec le spectateur. Ce qui revient le plus souvent durant ces 135 minutes, c’est de voir John McTiernan se demander sans cesse si ses intentions ont bien été perçues par l’audience, si les éléments dramaturgiques qui pouvaient être évidents pour lui le sont également pour les spectateurs. Le travail sur les décors, la photographie de Jan de Bont, la réécriture du scénario par John Milius, le casting, l’adaptation du roman de Tom Clancy, les effets visuels, les lieux de tournage. Mine de rien, John McTiernan nous gratifie d’une belle et grande leçon de cinéma.
L’Image et le son
Alors, que vaut A la poursuite d’Octobre Rouge en 4K UHD HDR ? Cette nouvelle édition profite tout d’abord à la colorimétrie, notamment en ce qui concerne les décors principaux des divers submersibles. Du côté russe, les intérieurs sont noirs et chromés, composés d’écrans verts et d’éclairages bleus. Chez les américains, nous sommes plutôt dans les tons jaunes chauds aux éclairages rouges. A côté de cela, les noirs sont d’une densité rarement démentie. La propreté de la copie est évidente même si quelques tâches subsistent ici et là, le cadre large en met plein les yeux, le grain original est très présent et excellemment géré, les gros plans regorgent de détails, des instruments de navigation jusqu’au postiche de Sean Connery. En revanche, si cette édition 4K dépasse l’édition HD standard, quelques scènes posent problème, notamment celle du largage de Jack Ryan. La pluie battante donne une impression d’image sale, alors que ce n’est pas du tout le cas, mais la définition chancelle, quelques flous sporadiques s’invitent à la partie et le piqué est émoussé. Même chose pour la séquence finale tournée sur transparence. A sa sortie, l’épilogue paraissait déjà faux, mais en 4K le fond bleuté fait vraiment artificiel avec les deux acteurs qui s’en détachent bien trop grossièrement. Mais dans l’ensemble, revoir le chef d’oeuvre de John McTiernan et la magnifique photographie du chef opérateur Jan de Bont dans ces conditions est très impressionnant.
A la poursuite d’Octobre Rouge repose moins sur ses scènes d’action, très peu présentes, que sur la tension psychologique. Et n’oublions pas que l’essentiel du récit se déroule dans plusieurs sous-marins ! Alors si l’on pouvait être dubitatif sur la présence d’une piste anglaise Dolby True HD, la surprise est de taille puisque jamais nous n’avions jamais eu cette sensation d’être plongés dans les océans en compagnie des personnages. Les bips, les tuts et autres onomatopées caractéristiques de la vie en submersible se font entendre grâce à une utilisation systématique et intelligente des latérales. La composition de Basil Poledouris n’est pas en reste, tout comme les ambiances naturelles avec la pluie battante, l’orage, les attaques à base de torpilles dont se délecte également le caisson de basses. Un mixage très immersif. Bon, en ce qui concerne la version française c’est autre chose, puisque comme c’est souvent le cas, nous devrons nous contenter d’une petite Dolby Digital 5.1 bien obsolète. Mais le doublage qui convoque des géants en la matière, Jean-Claude Michel pour Sean Connery, Hervé Jolly pour Alec Baldwin, Benoît Allemane pour James Earl Jones, Claude Giraud pour Richard Jordan, Daniel Beretta pour Jeffrey Jones est un vrai ravissement.
RAMBO 3 (Rambo III) réalisé par Peter MacDonald,disponible en Coffret Trilogie (4K Ultra HD + Blu-ray – Édition boîtier SteelBook) le 14 novembre 2018 chez Studiocanal
Acteurs : Sylvester Stallone, Richard Crenna, Marc de Jonge, Kurtwood Smith, Spiros Focas, Sasson Gabai…
Scénario : Sylvester Stallone, Sheldon Lettich
Photographie : John Stanier
Musique : Jerry Goldsmith
Durée : 1h41
Date de sortie initiale: 1988
LE FILM
Le Colonel Trautman contacte Rambo dans sa retraite en Thaïlande pour qu’il l’accompagne dans une mission périlleuse en Afghanistan. Mais l’ex-soldat refuse afin de se consacrer aux moines bouddhistes qui l’ont recueilli. Lorsque, quelques jours plus tard, l’agent Griggs lui explique que Trautman a été capturé par le Colonel Zaysen, Rambo décide de sauver son ami. Il s’infiltre dans les lignes ennemies et découvre toute l’horreur du conflit qui oppose les moudjahidins à l’armée soviétique. Déterminé, il s’attaque à toute une armée sans oublier son objectif premier : récupérer Trautman.
God would have mercy, John Rambo won’t !
C’est probablement l’épisode sur lequel il y a le moins de choses à dire. Pourtant, Rambo 3 était à l’époque l’une des plus grosses productions cinématographiques jamais entreprise à la fin des années 1980 ! Rambo 2 – La Mission et Rocky 4 marquent l’apogée commerciale de Sylvester Stallone. Deux triomphes mondiaux. Après un Cobra très violent et un Bras de fer mal aimé – pour lequel l’acteur avait obtenu un cachet record – qui a pourtant traversé les années sans trop de dommages, Sly décide de revenir à John Rambo en 1988. Et pour cela rien de tel que de s’en prendre à nouveau à ces « pourritures communistes » en ciblant l’Afghanistan et peu importe si personne ne sait où ce pays se trouve sur une carte. Du moment que Rambo dézingue quelques rouges mal intentionnés, les spectateurs s’en fichent. Sylvester Stallone s’entraîne dur et dessine ses dorsaux. Pour l’aider au scénario, Sly fait appel à Sheldon Lettich, l’auteur de Russkies de Rick Rosenthal, qui évoquait déjà la Guerre Froide, et qui vient de signer également Bloodsport – Tous les coups sont permis qui révélait alors JCVD au monde entier. Mal aimé par les fans de la première heure, Rambo 3 n’en reste pas moins un divertissement bourrin encore ahurissant aujourd’hui, réalisé avant l’avènement des images de synthèse, dans lequel Stallone pousse encore plus loin les manettes en faisant définitivement de Rambo un personnage de cartoon invincible. C’est explosif, jouissif, on en prend plein les yeux, bref Rambo 3 est un immense plaisir.
Tentant d’oublier sa vie de guerrier, John Rambo vit désormais dans un monastère thaïlandais. Alors quand son ami le Colonel Samuel Trautman et l’agent de la CIA, attaché à l’ambassade américaine, Robert Griggs lui demandent de participer à une mission en Afghanistan, occupée par les Soviétiques depuis 1979, Rambo décline. Trautman part donc faire la mission seul mais il est capturé et torturé par le Colonel Zaysen. Quand Rambo apprend la nouvelle par Robert Griggs, il accepte de partir en Afghanistan. Recueilli par des moudjahidins, il assiste à la destruction de leur camp par les hélicoptères de Zaysen. Les rebelles préfèrent alors se retirer au Pakistan alors que Rambo tente sans succès de libérer Trautman du fort soviétique où il est retenu prisonnier.
Alors…où est-ce que les missiles sont localisés ?
Tout près…
Où ça ?
Dans ton cul !
Si Rambo 3 est l’épisode qui comporte le moins de séquences anthologiques, il demeure celui qui contient le plus de punchlines. Conscient de « l’hénaurmité » dans laquelle il s’est fourré, Sylvester Stallone se permet quelques répliques bourrées d’humour du style « Qu’est-ce que c’est qu’ça ? » « Une lumière bleue. » « Et ça fait quoi ? » « Du bleu. » « Je vois… ». Avant cela, le cinéaste Russell Mulcahy (Razorback, Highlander) est renvoyé au bout de deux semaines pour « divergences artistiques » avec la production. Réalisateur de la seconde équipe, le britannique Peter MacDonald est désigné pour le remplacer. Loin d’être un manchot, ce dernier aura travaillé auparavant comme responsable de la deuxième équipe sur L’Empire contre-attaque, Excalibur, Rambo 2 – La Mission, mais aussi comme cadreur chez Bob Fosse (Cabaret), John Boorman (Zardoz), Sidney Lumet (Le Crime de l’Orient-Express), Richard Attenborough (Un pont trop loin), Richard Donner (Superman) et Ridley Scott (Legend). C’est ce qui s’appelle avoir un C.V. qui a la classe ! Un peu pris au dépourvu, Peter MacDonald reprend le flambeau et s’en acquitte formidablement.
Le problème, c’est que durant la production, Mikhaïl Gorbatchev décide de retirer les troupes russes d’Afghanistan et de serrer la main à Ronald Reagan. Le scénario ne peut être remanié à temps. Les ennemis du film ne le seront plus à sa sortie, le monde change, l’Histoire est bouleversée. Qu’à cela ne tienne, Rambo 3 devient alors un gros divertissement où l’action prend le dessus sur tout, y compris sur la psychologie et le réalisme. Peu importe si les russes y sont une fois de plus montrés comme des salopards inhumains (le français Marc de Jonge incarne le perfide Zaysen), Stallone et MacDonald privilégient les explosions et les bastons sur un rythme trépident. Rambo 3 devient de la vraie BD filmée avec un héros qui se prend des coups, des flèches et des bastos, sans jamais tomber. Si son corps musclé à l’extrême est meurtri, Rambo cautérise ses plaies avec de la poudre extraite d’une balle, avant de repartir encore plus vénère.
Stallone n’a jamais été aussi monolithique que dans Rambo 3. Souvent filmé de dos afin que les spectateurs prennent le temps d’admirer ses efforts dans la salle de sport, le comédien exagère et abuse de son expression figée. Impossible de ne pas rire et cela fait partie du spectacle. L’un des points forts de cet épisode est également d’avoir accordé une plus grande place au Colonel Trautman. Les scènes entre Richard Crenna et Stallone fonctionnent à plein régime dans la dernière partie et les deux rivalisent de badasserie. Enfin, il serait également hypocrite de dire le contraire, Rambo 3 est un film qui a vraiment de la gueule. Peter MacDonald soigne son cadre large, la profondeur de champ est sans cesse exploitée, les séquences d’action soutenues par l’équipe de l’indispensable Vic Armstrong sont jubilatoires et bénéficient surtout d’un montage toujours lisible. Les tympans sont crevés, les yeux révulsés et on aime ça. Le film est sans cesse redécouvert et se voit aujourd’hui avec une certaine nostalgie. Pour résumer, on passe encore un put*** de bon moment.
La sortie de Rambo 3 est difficile. L’Histoire a rattrapé et même doublé Hollywood. Le film déboule sur les écrans américains le 25 mai 1988 et atteint péniblement les 53 millions de dollars de recette en fin de parcours, ce qui ne rentabilise pas le budget pharaonique de 65 millions de dollars, loin derrière les 150 millions récoltés par le second épisode trois ans auparavant. L’accueil à l’international permet néanmoins à Rambo 3 d’être un succès commercial avec près de 140 millions de dollars. Il cartonne en outre en Allemagne, en Italie et même en France avec près de 2 millions d’entrées. Conscient des temps qui changent, Sylvester Stallone range son treillis, son arc et son couteau dans une malle. Contre toute attente, l’acteur ressuscitera le personnage vingt ans après pour un exceptionnel quatrième épisode, écrit et réalisé par ses soins, sobrement intitulé dans nos contrées John Rambo (Rambo aux Etats-Unis), juste après avoir repris les gants pour son splendide Rocky Balboa. L’un des plus beaux comebacks du cinéma. Alors, vivement Rambo – Last Blood mis en scène par Adrian Grunberg (Kill the Gringo) qui sortira en automne 2019.
LE 4K-UHD
Studiocanal regroupe les trois premiers opus de la saga Rambo dans un boîtier Steelbook. Cette édition se compose des Blu-ray 4K empilés sur le côté gauche du coffret et des Blu-ray traditionnels empilés sur la droite. Certains apprécieront, la plupart regretteront ce choix qui abîme les galettes. Autrefois apparu sous la forme d’une boîte de rationnement militaire ou même sous la forme d’une grenade, le coffret présenté ici est plus sobre, aux reflets verdâtres-argentés. Les seuls suppléments disponibles sur les disques UHD sont les commentaires audio, tout le reste est disposé sur les Blu-ray standard. Le menu principal est animé et musical.
Le commentaire audio de Peter MacDonald (vostf) est plutôt intéressant, même s’il intervient finalement rarement. Toutefois, le cinéaste est fier de son film et aborde le renvoi de Russell Mulcahy et sa nomination en tant que réalisateur alors qu’il s’occupait jusque-là de la seconde équipe. Peter MacDonald parle évidemment beaucoup de Sylvester Stallone et de son implication dans les scènes d’action.
Divisé en trois parties, l’acte III du nouveau documentaire intitulé Rambo, symbole des années 80 (11’) donne la parole à l’écrivain David Morrell, aux monteurs Adam Woodward et Joe Mackertich, au comédien Chris Murkey, au réalisateur Peter Macdonald (Rambo III), ainsi qu’à d’autres intervenants (des critiques notamment), qui replacent Rambo3 dans son contexte cinématographique, mais également historique (« Le monde changeait et faisait la paix, alors qu’on tuait 15 russes par jour sur le tournage » dit le metteur en scène) et politique, ainsi que dans la carrière de Sylvester Stallone. Tout ce beau petit monde se focalise surtout ici sur l’évolution du cinéma d’action dans les années 1980 et de l’émergence des stars du genre (aidées en cela par l’explosion de la VHS), avec comme point d’orgue la rivalité Stallone/Schwarzenegger.
L’éditeur reprend le clip inutile (La boucle est bouclée) de six minutes composés d’images tirées du film. Probablement un spot promotionnel destiné à la vente du film à l’étranger.
Le Voyage d’un héros (25’30 ) : L’écrivain David Morrell revient sur la création du personnage, sa mythologie, ses valeurs et sur l’évolution de John Rambo au fil des trois premiers épisodes de la franchise.
Plus anecdotique est le module intitulé Le matériel de survie de Rambo (9’) qui présente toutes les armes du personnage, leur calibre, leur poids, leur portée…
Studiocanal a mis la main sur un début alternatif (3’30) probablement non retenu car non focalisé sur John Rambo, mais sur un commando qui se fait décimer par un hélicoptère. Nous retiendrons les scènes coupées (7’), notamment celle où Rambo prépare son arsenal et forge lui-même son couteau, devenu ici une véritable machette, avant de partir au combat. Une séquence qui sera reprise par Stallone pour son John Rambo en 2008. Une réplique alternative (« Un touriste égaré ! » à la place de « Ton pire cauchemar ! »), ainsi qu’un épilogue différent au cours duquel Rambo décidait de rester avec les moudjahidins.
Présent dans le coffret 2002, le documentaire Afghanistan, un pays en crise (30′) donne la parole aux producteurs de Rambo 3, à des historiens et à Sylvester Stallone, pour remettre le film dans son contexte politique et historique, du moins au début du tournage. Quelques images d’archives viennent illustrer ce module.
Du coffret 2002, Studiocanal a également repris le supplément Le courage et la gloire (27′) qui propose un retour sur la Rambomania, le merchandising qui accompagnaient les épisodes 2 et 3, l’évolution du personnage en parallèle de la politique de Ronald Reagan, puisque les trois épisodes ont couvert les deux mandats du Président des Etats-Unis. Passionnant.
L’éditeur propose ensuite un comparatif avant/après la restauration (1’30).
Les fans apprécieront le making of d’époque (6’) montrant l’envers du décor et le tout commenté par les comédiens. A cela s’ajoute un segment consacré à la relation Rambo/Trautman (2’30), toujours avec des interviews des acteurs sur le plateau de Rambo 3.
Dirigez-vous ensuite sur l’entretien dense et intelligent de Sylvester Stallone (9’) réalisé à l’occasion de sa venue en France pour la sortie de John Rambo. Si les propos tenus ici renvoient à ceux entendus dans son commentaire audio sur le premier film, il est toujours plaisant de passer un moment avec Sly, qui mine de rien est définitivement entré dans les livres d’histoires du cinéma et dont les œuvres commencent depuis quelques années à être reconsidérées, analysées, commentées et étudiées. Mieux vaut tard que jamais ! Sly, qui a beaucoup de recul sur sa création, revient également sur l’évolution pas toujours heureuse de son personnage. Il déclare également porter l’entière responsabilité de l’échec de Rambo 3.
On termine par une séance de musculation ! Ne riez pas car Franco Columbu, alors âgé de 70 ans en 2011, va vous apprendre à devenir Rambo (15’). Dans sa salle de sport, le coach et docteur en chiropratique et nutrition raconte comment il a entraîné Sylvester Stallone et propose de nous montrer les exercices auxquels s’est plié le comédien au fil du tournage des trois épisodes.
L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et des spots TV.
Ah oui, ne manquez pas le bonus caché qui était déjà présent sur l’ancien coffret métallique. Pour y accéder, placez votre curseur sur le premier supplément et appuyez sur la flèche du haut. Le couteau de Rambo apparaît en bas de page. Validez. Vous accéderez à un montage génial (4’30) réalisé à partir des jouets d’époque (avec le prix original qui s’affiche) animés et qui rejouent les plus grandes scènes des trois films.
L’Image et le son
Des trois masters 4K, celui de Rambo 3 est celui qui en met plein la vue. Le négatif original a été scanné en 4K chez Technicolor Hollywood avant d’être pris en charge par l’indispensable laboratoire Eclair pour sa remasterisation. La promotion UHD est quasi-omniprésente. Le soleil tape dur sur les paysages secs et poussiéreux ! Les tons sont ici sableux, chatoyants et la palette chromatique possède ici une richesse assez inouïe. Chaque séquence en extérieur, que ça soit durant le coucher du soleil en Thaïlande ou lors de la scène du bouzkachi, ou pendant les affrontements entre les chars et les hélicoptères apparaît flambant neuve, tout en préservant la belle texture argentique originale, avec peut-être un grain plus grumeleux sur les scènes sombres. Cette galette 4K Ultra-HD labellisée Dolby Vision HDR 10 est franchement superbe. La propreté de l’image est remarquable, tout comme sa clarté, les contrastes, la gestion des noirs. Le cadre large regorge de détails, comme sur les visages (voir celui de Rambo perlé de sueur lors du combat inaugural) et la profondeur de champ laisse pantois. Ou comment redécouvrir Rambo 3 dans les meilleures conditions techniques à ce jour.
Nous nous retrouvons avec les mêmes propositions que pour les deux précédents volets, à savoir des pistes anglaises et françaises disponibles en DTS-HD Master Audio 5.1. Cette fois encore, la version française n’arrive pas à la cheville de l’autre option acoustique, même si la spatialisation est plus enveloppante et mieux équilibrée. Toutefois, les basses auraient mérité d’être plus accentuées. En revanche, grosses ambiances explosives pour la version originale, très immersive lors des scènes d’action dès le combat en début de film avec les acclamations des spectateurs. A ce titre, la dernière demi-heure mettra à mal votre installation. Seul bémol de cette piste, les scènes plus « calmes » délaissent les effets naturels lors des échanges. Sans surprise, le score de Jerry Goldsmith est l’élément qui profite de la DTS-HD. On aurait tellement aimé une Dolby Atmos ou DTS-X…
RAMBO 2 – La Mission (Rambo: First Blood Part II) réalisé par George Pan Cosmatos,disponible en Coffret Trilogie (4K Ultra HD + Blu-ray – Édition boîtier SteelBook) le 14 novembre 2018 chez Studiocanal
Acteurs : Sylvester Stallone, Richard Crenna, Charles Napier, Julia Nickson, Steven Berkoff, Martin Kove…
Scénario : Kevin Jarre, Sylvester Stallone, James Cameron
Photographie : Jack Cardiff
Musique : Jerry Goldsmith
Durée : 1h36
Date de sortie initiale: 1985
LE FILM
John Rambo purge une peine de prison lorsque le Colonel Trautman lui donne la possibilité de sortir pour une mission délicate : avoir la preuve qu’il reste bel et bien des prisonniers américains au Vietnam. Supposé n’être qu’un observateur, Rambo désobéit aux ordres et tente de sauver un prisonnier. Murdock, le responsable de la mission, décide alors de l’abandonner en territoire ennemi, Rambo, seul, sans armes et face à l’ennemi, prépare sa vengeance et son retour au pays.
Aucun homme, aucune loi, aucune guerre ne peuvent l’arrêter.
Bheeeeeeeeeuaaaaaaaar ! Cette fois on y va pour gagner Colonel ? Trois ans après l’incroyable succès de Rambo, il fallait bien que Sylvester Stallone revienne à ce personnage immédiatement adopté par les spectateurs du monde entier, y compris par le monde politique. Alors qu’il vient d’entamer son deuxième mandat, le Président Ronald Reagan n’hésite pas à citer Rambo dans quelques discours. Il n’en fallait pas plus pour Sly pour préparer le retour de son personnage John Rambo, d’autant plus que la suite de La Fièvre du samedi soir, Staying Alive, qu’il a mis en scène, n’a pas été le succès escompté, tout comme la comédie musicale Rhinestone aka Le Vainqueur de Bob Clark qui reste un des moments les plus gênants de sa carrière. Rambo 2 – La Mission/ Rambo – First Blood Part II est donc lancé, sur une histoire originale de James Cameron, oui oui, reprise ensuite par le comédien afin de la mettre à sa sauce, à sa propre gloire, à celle de son pays, histoire de panser les plaies de la guerre du Vietnam encore présente dans les esprits. Mais contrairement au premier opus de Ted Kotcheff, celui réalisé par George Pan Cosmatos (Le Pont de Cassandra, Bons baisers d’Athènes) prend comme partis pris de faire de Rambo le représentant d’une nation. Ici, le personnage va enfin permettre à The Star-Spangled Banner d’être fièrement brandi au Vietnam puisque Rambo va à lui-seul remporter la victoire en massacrant à la chaîne toute une armée jusqu’aux dents. Ou comment Sylvester Stallone va trahir de façon outrancière son personnage afin d’écraser la concurrence au box-office. Rambo 2 – La Mission est et demeure l’un des plus grands phénomènes cinématographiques des années 1980.
Ce que vous appelez l’enfer, il appelle ça chez lui.
Après son arrestation à la fin du premier volet, Rambo est emprisonné et condamné aux travaux forcés. Son mentor, le Colonel Samuel Trautman (Richard Crenna avec son béret vissé de travers sur la tête) débarque et lui propose d’accomplir une mission périlleuse : trouver des preuves de la présence de prisonniers américains au Vietnam, en échange de quoi il retrouvera sa liberté. Arrivé dans la jungle, il entre en contact avec l’espionne anti-communiste Co Bao. Ensemble, ils découvrent un camp vietnamien et Rambo libère un prisonnier. Alors que l’hélicoptère chargé d’exfiltrer Rambo arrive, Murdock, le chef de la mission, qui a eu vent de la libération du prisonnier, décide d’annuler la mission sans récupérer ni ce dernier ni Rambo, malgré la tentative du colonel Trautman pour infléchir ses ordres. Murdock espérait en effet que Rambo ne découvre aucune preuve pour pouvoir classer l’affaire car le Congrès américain n’a aucune envie d’une nouvelle guerre du Vietnam. Trahi et abandonné à son sort, Rambo est ramené au camp vietnamien et torturé. Il fera tout pour s’échapper, venir en aide à d’autres prisonniers, se venger de Murdock, mais aussi et surtout prendre sa revanche sur le Vietnam.
Pour survivre à la guerre il faut devenir la guerre.
Quand on y regarde de plus près et surtout près de 35 ans après sa sortie, les américains ne sont pas aussi bien lotis qu’on pourrait le croire dans Rambo 2 – La Mission. Certes, Rambo joue au ball-trap pendant 1h30 en flinguant tout ce qui bouge (près de 70 hommes y passent) et cette fois sans sourciller, mais ceux qui l’ont employé sont quand même d’immenses salopards (Charles Napier avec son sourire carnassier) qui ont voulu faire bonne figure en faisant croire qu’ils pensent encore aux soldats disparus en organisant de pseudo-recherches. Mais ils reculent dès qu’on leur présente la preuve de ce qu’ils avançaient, n’hésitant pas pour cela à trahir l’un des leurs par lâcheté. Cela étant, Rambo 2 – La Mission reste symbolique de la politique Reaganienne, fustigeant les régimes communistes, tout à la gloire du Pays de l’Oncle Sam où le Rêve américain est ouvert à tous, où le fric déborde de partout, sans oublier le culte du corps. Bref, l’hégémonie américaine est omniprésente.
Ayant abusé de la gonflette, Sylvester Stallone apparaît deux fois plus énorme que dans le premier. Tout est fait pour faire de son personnage une icône, une référence au même titre qu’un G.I. Joe. Tout est prétexte pour mettre en valeur les muscles bandés de l’acteur, y compris lorsqu’il affûte son couteau (avec sa lame également deux fois plus grande que dans Rambo), ou quand il lace ses Rangers comme dans la mythique bande-annonce. Difficile aujourd’hui de revoir Rambo 2 – La Mission sans sourire ou même rire devant la parade de Stallone. Pourtant, ce dernier assure. Il fait tout exploser à l’écran (des communistes surtout c’est vrai, puisque les méchants russes sont également de la partie contre notre super-héros), tire avant de parler, prend le temps de tomber amoureux tout en se recoiffant, prend un bain de boue, prépare son arsenal et surtout ses flèches avec lesquelles il rase une bonne partie de la jungle. Le sketch Rambo d’Albert Dupontel reste le meilleur résumé du film au monde.
S’il y a bien une chose que l’on ne peut nier ni reprocher à Sylvester Stallone, c’est sa générosité en ce qui concerne les scènes d’action. Rambo 2 – La Mission peut largement être critiqué, mais en aucun cas pour sa notion de divertissement. Le film reste d’ailleurs l’une des références en la matière et moult ersatz verront le jour après, sans jamais atteindre la réussite de spectacle pyrotechnique savamment mis en scène par George Pan Cosmatos, joliment photographié par le célèbre chef opérateur Jack Cardiff et toujours sur une musique tonitruante de Jerry Goldsmith. Sorti en 1985 et accompagné d’une campagne promotionnelle internationale dévastatrice, Rambo 2 – La Mission dépasse tous les pronostiques.
C’est vous qui avez commis une erreur.
Et vous allez me dire laquelle.
Rambo.
Si le budget est largement supérieur à celui du premier épisode avec 45 millions de dollars, le triomphe est ahurissant (voire obscène) avec 150 millions de dollars de recettes sur le sol américain, l’équivalent dans le reste du monde. En France, Sylvester Stallone connaîtra alors son plus grand succès en attirant près de six millions de spectateurs (deuxième plus gros hit de l’année derrière Trois hommes et un couffin de Coline Serreau) et rentre dans l’histoire en devenant le premier film à passer la barre des 500.000 entrées la première semaine. Il restera également pendant dix ans le plus gros démarrage en région parisienne avec plus de 80.000 spectateurs sur la première journée d’exploitation le 16 octobre 1985. La Rambomania bat son plein, les gamins jouent à la guerre dans la rue, les mecs bombent le torse et vont au club de gym, Ronald Reagan rêve d’avoir le nouveau patriote Rambo à ses côtés. Sly et Pan Cosmatos referont immédiatement équipe avec Cobra. Mais Sylvester Stallone prépare activement Rocky IV, qu’il a écrit entre deux prises de Rambo 2 – La Mission, et mettra quatre ans avant de revenir une troisième fois à Rambo.(à suivre…)
LE 4K UHD
Studiocanal regroupe les trois premiers opus de la saga Rambo dans un boîtier Steelbook. Cette édition se compose des Blu-ray 4K empilés sur le côté gauche du coffret et des Blu-ray traditionnels empilés sur la droite. Certains apprécieront, la plupart regretteront ce choix qui abîme les galettes. Autrefois apparu sous la forme d’une boîte de rationnement militaire ou même sous la forme d’une grenade, le coffret présenté ici est plus sobre, aux reflets verdâtres-argentés. Les seuls suppléments disponibles sur les disques UHD sont les commentaires audio, tout le reste est disposé sur les Blu-ray standard. Le menu principal est animé et musical.
Contrairement aux excellents commentaires audio présents sur le premier opus, celui du réalisateur George Pan Cosmatos (vostf) est soporifique et à fuir. Ce dernier paraphrase ce qui se passe à l’écran du début à la fin, s’endort visiblement parfois, puis reprend en racontant quelques anecdotes sans intérêt ou reprises dans les suppléments suivants de façon nettement plus enjouée.
Divisé en trois parties, l’acte II du nouveau documentaire intitulé Rambo, symbole des années 80 (12’) donne la parole à l’écrivain David Morrell, aux monteurs Adam Woodward et Joe Mackertich, au comédien Chris Murkey, au réalisateur Peter Macdonald (Rambo III), ainsi qu’à d’autres intervenants (des critiques notamment), qui replacent Rambo2 – La Mission dans son contexte cinématographique, mais également historique et politique, ainsi que dans la carrière de Sylvester Stallone. Le ton est bien évidemment plus cynique et pince-sans-rire que pour le premier épisode.
Reprise ici du documentaire de 2002 intitulé On y va pour gagner (20’), suite d’Avant que le sang ne coule, réalisé pour le vingtième anniversaire de Rambo, et composé d’interviews des comédiens, de David Morrell, du réalisateur George Pan Cosmatos et des producteurs qui racontent plus ou moins les mêmes anecdotes et souvenirs de tournage déjà entendues précédemment. Ce qui n’empêche pas ce documentaire d’être très bon. Quelques photos et images de plateau viennent illustrer l’ensemble.
Dans la jungle (8’) est un making of d’époque composé d’interviews d’époque de Sylvester Stallone, de Julia Nickson-Soul et de George Pan Cosmatos, qui racontent les grandes lignes de cette suite.
Place à un document d’archive (2’) consacré à Robert Garwood, le dernier prisonnier de guerre américain capturé au Vietnam, libéré en 1979 après 14 ans de détention.
Le module suivant Sean Baker (2’) montre la visite sur le plateau d’un adolescent fan de Sylvester Stallone, qui aurait vu 220 fois le premier épisode. Le film de Ted Kotcheff et surtout la force surhumaine de Rambo aurait aidé le jeune homme, condamné par la maladie, à combattre le cancer qui le ronge. Devant la caméra, Sly tape la discute avec Sean Baker et lui raconte quelques souvenirs de tournage du premier film.
S’ensuivent deux interviews de Sylvester Stallone (2’) et Richard Crenna (1’30) réalisées sur le plateau.
L’éditeur propose ensuite un comparatif avant/après la restauration (1’), puis un montage d’images brutes de tournage (2’).
On termine par une séance de musculation ! Ne riez pas car Franco Columbu, alors âgé de 70 ans en 2011, va vous apprendre à devenir Rambo (14’). Dans sa salle de sport, le coach et docteur en chiropratique et nutrition raconte comment il a entraîné Sylvester Stallone et propose de nous montrer les exercices auxquels s’est plié le comédien au fil du tournage des trois épisodes.
L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et des spots TV.
L’Image et le son
Comme pour le premier opus et pour le troisième dont le test arrive très bientôt, le transfert UHD pour Rambo 2 – La Mission tient toutes ses promesses. Le négatif original a été scanné en 4K chez Technicolor Hollywood avant d’être pris en charge par l’indispensable laboratoire Eclair pour sa remasterisation. La promotion 4K est ici encore plus flagrante que pour le film de Ted Kotcheff, plus sombre, plus poisseux. Ce qu’on l’on oublie souvent, c’est que la photographie de l’épisode réalisé par George Pan Cosmatos est vraiment très belle. Le travail du vétéran Jack Cardiff (Le Narcisse noir, Les Chaussons rouges, Pandora, La Comtesse aux pieds nus) n’a jamais été aussi choyé avec une luminosité de chaque instant et un aspect parfois ouaté du plus bel effet quand Rambo est en compagnie de sa douce. Voilà probablement l’édition Ultime de Rambo 2 – La Mission. Cette galette 4K Ultra-HD labellisée Dolby Vision HDR 10 est franchement superbe. La palette chromatique est resplendissante dès le premier plan sur la carrière, les verts et les marrons de la jungle ressortent comme jamais auparavant. Les explosions (la scène où Rambo court au ralenti) en mettent plein la vue. La propreté de l’image est remarquable, tout comme sa clarté, les contrastes, la gestion du grain argentique et des noirs. Le cadre large est loin d’être avare en détails, notamment sur la tronche burinée (et toujours en sueur) de Stallone et sur ses abdos huilés.
Les versions anglaise et française sont disponibles en DTS-HD Master Audio 5.1. Bon, ceux qui auront découvert le film dans la langue de Molière et qui restent attachés au doublage risquent d’être déçus devant le manque d’ampleur de cette option acoustique, même si l’ensemble est nettement plus agité que sur le premier. Le report des voix est trop léger ou sourd, tout comme la balance frontale. La piste originale est également mieux lotie, surtout lors de la dernière demi-heure où les explosions et les déflagrationss’enchaînent non-stop jusqu’au retour de Rambo où il détruit le matériel de l’armée. Alors, si cette piste anglaise DTS-HD Master Audio 5.1 n’atteint pas la dynamique des films contemporains, le spectacle est bel et bien présent avec des basses percutantes. La spatialisation est plus éloquente(ambiances de la jungle, rotors d’hélicoptères), et profite encore une fois à la composition de l’immense Jerry Goldsmith.
RAMBO (First Blood) réalisé par Ted Kotcheff,disponible en Coffret Trilogie (4K Ultra HD + Blu-ray – Édition boîtier SteelBook) le 14 novembre 2018 chez Studiocanal
Acteurs : Sylvester Stallone, Richard Crenna, Brian Dennehy, David Caruso, Jack Starrett, Bill McKinney, Michael Talbott…
Scénario : Michael Kozoll, William Sackheim, Sylvester Stallone d’après le roman Le Premier sang – First Blood de David Morrell
Photographie : Andrew Laszlo
Musique : Jerry Goldsmith
Durée : 1h33
Date de sortie initiale: 1982
LE FILM
John Rambo est un héros de la Guerre du Vietnam errant de ville en ville à la recherche de ses anciens compagnons d’armes. Alors qu’il s’apprête à traverser une petite bourgade pour s’y restaurer, le Shérif Will Teasle l’arrête pour vagabondage. Emprisonné et maltraité par des policiers abusifs, Rambo devient fou furieux et s’enfuit dans les bois après avoir blessé de nombreux agents. Traqué comme une bête, l’ex-soldat est contraint de tuer un policier en légitime défense. Dès lors, la police locale et la garde nationale déploient des moyens considérables pour retrouver le fugitif. Le Colonel Trautman, son mentor, intervient et essaie de dissuader les deux camps de s’entre-tuer pendant que Rambo, acculé et blessé, rentre en guerre contre les autorités.
Welcome to Hope !
Après Rocky, Rambo est bien évidemment le second personnage mythique interprété par Sylvester Stallone. Intitulé First Blood en version originale (ou le premier sang versé causé par celui qui ouvre les hostilités), Rambo dans nos contrées et Rambo : Le Dévastateur chez nos amis du Québec, est un grand classique et même un chef d’oeuvre absolu du cinéma américain des années 1980. Au-delà de son importance historique de par son sujet abordé des anciens soldats revenus du Vietnam et affrontant la haine de leurs concitoyens, Rambo, produit par Mario Kassar et Andrew G. Vajna, est également le film matriciel de tout le cinéma d’action qui allait envahir les salles du monde entier en faisant d’Arnold Schwarzenegger, Jean-Claude Van Damme et consorts les plus grandes stars de la décennie. Si la réputation du premier opus a pâti d’un second épisode nawak et parfaite antithèse du premier volet, Rambo est aujourd’hui considéré à l’unanimité comme une référence et n’a pas à rougir d’être cité aux côtés d’oeuvres emblématiques comme Voyage au bout de l’enfer, Taxi Driver, Platoon sans oublier le méconnu et pourtant précurseur Les Visiteurs d’Elia Kazan (1972). Alors en attendant de découvrir cette année le cinquième et dernier combat de John Rambo intitulé Last Blood, il est toujours bon de réviser ses classiques.
John Rambo, un ancien Béret vert et héros de la guerre du Vietnam, erre sans but de ville en ville depuis son retour aux Etats-Unis. En voulant rendre visite au dernier de ses anciens compagnons d’armes encore en vie, il apprend la mort de celui-ci des suites d’un cancer. Reprenant sa route, il arrive dans une petite ville d’une région montagneuse, afin de s’y restaurer. Mais le shérif de la ville, Will Teasle, prétextant ne pas vouloir de vagabonds dans sa ville, le raccompagne à la sortie de l’agglomération. Ulcéré, Rambo tente de faire demi-tour, mais il est alors arrêté sans ménagement par le shérif. Jeté en prison pour vagabondage et refus d’obtempérer, il est maltraité par un des policiers, Galt, qui le prend en grippe dès son arrivée. Rambo se révolte et, après une violente bagarre, s’enfuit du commissariat au guidon d’une motocyclette volée. Après avoir semé le shérif Teasle lors de sa dangereuse course-poursuite en voiture, Rambo se réfugie dans les bois qui garnissent la montagne. Traqué comme un animal par le shérif qui a rameuté ses troupes, Rambo est contraint à la défensive. Usant ensuite de son expérience des ruses de guerre, de la guérilla et des pièges acquise dans la jungle vietnamienne, il neutralise un à un les subordonnés de Teasle lancés à sa poursuite. Ignorant la menace, Teasle, après être revenu en ville, fait appel à la Garde nationale. Des moyens considérables sont alors déployés pour retrouver le fugitif. Le colonel Samuel Trautman, ancien mentor de Rambo, arrive sur les lieux et intervient pour convaincre Teasle d’abandonner un combat perdu d’avance : face au soldat surentraîné, ils n’auraient aucune chance.
Rambo est adapté du roman de David Morrell, Le Premier sang, publié en 1972, l’un des premiers ouvrages consacrés à la difficile réinsertion des vétérans ayant quitté l’Amérique de JFK sûrs de leur bon droit, pour retrouver une Amérique hippie et moralisatrice qui formulait de sévères critiques à leur encontre. Les sujets alors tabous de la dénonciation des horreurs de la guerre et surtout des troubles de stress post-traumatique sont également au centre de l’ouvrage. Projet passé dans les mains de réalisateurs frileux préférant repasser le scénario à un confrère et des acteurs de renom (Dustin Hoffman, Al Pacino, Steve McQueen, Clint Eastwood, Nick Nolte, Jeff Bridges, Robert De Niro, Michael Douglas, Terence Hill) refusant poliment, le script de Rambo est envoyé par Ted Kotcheff, finalement retenu, à Sylvester Stallone.
Révélé au monde entier avec Rocky en 1976, notre ami Sly est tout de suite passé à la mise en scène avec l’attachant LaTaverne de l’enfer – Paradise Alley, qui s’est soldé par un échec. Rocky II était déjà sur les rails, ce qui le maintenait à flot au box-office. Les Faucons de la nuit – Nighthawks de Bruce Malmuth et A nous la victoire de John Huston se ramassent également dans les salles. Pas de problème, Sly nous sort un Rocky III au triomphe international. Et c’est alors que Rambo arrive dans la vie du comédien. Derrière la caméra, le canadien Ted Kotcheff hérite donc du bébé. Essentiellement connu pour le frappadingue Réveil dans la terreur – Wake in fright (1971), ainsi que les excellentes comédies caustiques Touche pas à mon gazon (1977) et La Grande cuisine (1978), le réalisateur signera ici son film le plus célèbre. Quant à Sylvester Stallone, ce rôle, pour lequel il a réécrit une bonne partie du scénario original (dans lequel Rambo était décrit comme un vrai psychopathe et qui tuait sans aucun recul) afin de mieux se l’approprier, lui permet de livrer l’une de ses plus grandes prestations dramatiques.
John J. Rambo est un personnage éminemment tragique. Un jeune soldat transformé en machine à tuer, un monstre, un chien enragé qui se retrouve abandonné par ses « maîtres » une fois sa mission terminée. Le retour à la vie « normale » est donc difficile, voire impossible malgré les apparences. Les regards furieux dirigés contre lui en disent long sur la frustration des américains quant à leur défaite au Vietnam. Rambo est devenu le punching-ball idéal contre lequel les Etats-Unis vont s’acharner afin de mieux oublier l’issue de cette guerre. Les tortures et humiliations subies par le personnage principal apparaissent sous forme de flashbacks, des réminiscences plutôt, de façon sèche et quasi-subliminale, qui reflètent instantanément la psyché perturbée de Rambo. Stallone a donc réussi à faire passer son personnage du côté des victimes de l’armée, de la politique et de la société, plutôt que d’en faire un monstre décérébré ou un Terminator humain.
Le comédien n’est pas seul en piste dans ce premier volet et se voit solidement épaulé par le grand – au sens propre comme au figuré – Brian Dennehy, véritablement flippant dans le rôle du shérif Teasle, lui-même ancien de la Guerre de Corée, alors quasi-oubliée de la conscience collective et qui voit en Rambo un moyen cathartique de se livrer une violence jusqu’alors contenue. Quant au rôle du célèbre Colonel Trautman, un temps envisagé pour Kirk Douglas, Lee Marvin ou Gene Hackman, c’est finalement Richard Crenna qui l’endosse et qu’il reprendra dans les deux films suivants et pour ainsi dire dans le cultissime Hot Shots 2. Un certain David Caruso (sans ses lunettes de soleil, mais déjà roux) apparaît également dans l’un de ses premiers rôles au cinéma.
Tourné dans les magnifiques paysages sauvages de la province de Colombie-Britannique, Rambo combine à la fois le drame psychologique et le survival, le thriller et le film de guerre. Véritablement investi, Sylvester Stallone, pas encore bodybuildé à l’extrême parvient à rendre extrêmement fragile son personnage, créant immédiatement l’empathie pour cet être ravagé de l’intérieur, qui souhaite trouver le repos ou une main tendue qu’on lui refuse. Dans le premier montage livré aux spectateurs lors d’une projection-test, Rambo parvenait à détourner l’attention de Trautman pour que ce dernier l’assassine. Devant ce rejet unanime, le final est retourné, celui où Rambo est finalement se rend aux autorités (sur la sublime musique de Jerry Goldsmith) après s’être écroulé en pleurs dans les bras de celui qui a fait de lui ce qu’il est devenu.
Contre toute attente, y compris Sylvester Stallone qui ne croyait pas au personnage durant une bonne partie du tournage, Rambo est un succès dans le monde entier. Tourné pour un budget de 15 millions de dollars, le film en rapporte près de 50 millions sur le sol américain, 80 à l’étranger et attire plus de 3 millions de français dans les salles. Mais ce hit ne sera rien comparé à celui de Rambo II – La Mission – First Blood Part 2…(à suivre)
LE 4K UHD
Studiocanal regroupe les trois premiers opus de la saga Rambo dans un boîtier Steelbook. Cette édition se compose des Blu-ray 4K empilés sur le côté gauche du coffret et des Blu-ray traditionnels empilés sur la droite. Certains apprécieront, la plupart regretteront ce choix qui abîme les galettes. Autrefois apparu sous la forme d’une boîte de rationnement militaire ou même sous la forme d’une grenade, le coffret présenté ici est plus sobre, aux reflets verdâtres-argentés. Les seuls suppléments disponibles sur les disques UHD sont les commentaires audio, tout le reste est disposé sur les Blu-ray standard. Le menu principal est animé et musical.
Rambo dispose de deux commentaires audio, disponible en version originale sous-titrée en français. Le premier est réalisé par l’auteur David Morrell, déjà disponible auparavant. Un excellent supplément, clair, net, précis, sans aucun temps mort, dans lequel David Morrell revient notamment sur la genèse de son roman, mais aussi sur les différences entre le film et son best-seller. Le tout parsemé d’anecdotes sur le tournage.
Le second commentaire est évidemment indispensable pour tous les fans puisque mister Sylvester Stallone prend le micro durant 1h30 pour évoquer TOUT ce qui concerne Rambo, la genèse (Sly ne voulait pas le faire, trouvant l’idée du film très mauvaise et le personnage repoussant), le tournage, sa préparation pour le rôle, mais aussi ses doutes, la réécriture du scénario, les conditions des prises de vue (marquées par des températures glaciales), la psychologie du personnage, les accessoires, le casting, les scènes coupées au montage, ses nombreuses blessures (« Les urgences en avaient marre de me voir tous les jours ! »), sa condition physique et le phénomène mondial qui allait être amplifié avec la sortie du deuxième épisode. Etrangement, Sylvester Stallone parle très peu de la mise en scène et de sa collaboration avec Ted Kotcheff. Mais le comédien considère Rambo comme le meilleur film d’action de sa carrière, raison pour laquelle il a voulu enregistrer ce commentaire audio assez exceptionnel.
Divisé en trois parties, l’acte I du nouveau documentaire intitulé Rambo, symbole des années 80 (18’) donne la parole à l’écrivain David Morrell, aux monteurs Adam Woodward et Joe Mackertich, au comédien Chris Murkey, au réalisateur Peter Macdonald (Rambo III), ainsi qu’à d’autres intervenants (des critiques notamment), qui replacent Rambo dans son contexte cinématographique, mais également historique et politique, ainsi que dans la carrière de Sylvester Stallone. Quelques arguments font écho avec ce qui a déjà pu être entendu dans les deux commentaires audio précédents, mais les propos tenus ici sont souvent passionnants.
Repris des éditions précédentes, le making of Avant que le sang ne coule (22’30) réalisé pour le vingtième anniversaire de Rambo, est composé d’interviews des comédiens, de David Morrell et des producteurs qui reprennent plus ou moins les mêmes anecdotes et souvenirs de tournage déjà racontés précédemment. Ce qui n’empêche pas ce documentaire d’être très bon.
Vous découvrirez ensuite la fameuse fin rejetée par les premiers spectateurs, celle où Rambo parvient à détourner l’attention de Trautman, pour que celui-ci lui tire dessus. « Vous m’avez créé, vous devez me tuer ». Curieux de voir le personnage s’écrouler et mourir à l’écran et surtout de constater que Trautman n’a finalement aucun remords en voyant Rambo décéder à ses pieds (2’).
La séquence inédite suivante (1’) reprend plus ou moins la précédente, mais Trautman refuse cette fois de pointer son arme sur Rambo. Cette séquence se termine par une petite blague de Sylvester Stallone qui fait rire l’équipe et son partenaire.
La scène coupée (2’30) évoquée lors des commentaires audio, se déroule après que Rambo ait tué le sanglier. Prenant un peu de repos à côté de son feu de camp, le personnage se remémore soudain sa rencontre avec une prostituée vietnamienne, une passion éphémère dans un bar, avant de retourner au combat.
L’éditeur propose ensuite un comparatif avant/après la restauration (1’30).
Place à un documentaire déjà vu sur les anciennes éditions, intitulé Le vrai Vietnam par ceux qui l’ont vécu (27′). Une archive qui combine les interviews de militaires (anciens officiers des renseignements de l’armée américaine, soldats) et de militants pour la paix, avec des images et photos hallucinantes du vrai conflit.
Si Rambo vous a donné envie de vous enrôler chez les Bérets verts – Green Berets, ne manquez pas La Formation des héros (10’), autrement dit un spot de propagande sur cette entité faisant partie des forces spéciales de l’United States Army (armée de terre américaine).
On termine par une séance de musculation ! Ne riez pas car Franco Columbu, alors âgé de 70 ans en 2011, va vous apprendre à devenir Rambo (14’). Dans sa salle de sport, le coach et docteur en chiropratique et nutrition raconte comment il a entraîné Sylvester Stallone et propose de nous montrer les exercices auxquels s’est plié le comédien au fil du tournage des trois épisodes.
L’interactivité se clôt sur deux bandes-annonces.
L’Image et le son
Ça va péter mon colonel ! Et le moins que l’on puisse dire c’est que ce transfert UHD tient toutes ses promesses. Le négatif original a été scanné en 4K chez Technicolor Hollywood avant d’être pris en charge par l’indispensable laboratoire Eclair pour sa remasterisation. Alors certes, le résultat à l’écran n’est pas aussi flagrant que pour Rambo 2 – La Mission et encore moins que pour Rambo III à qui cette promotion 4K sied le plus, mais toujours est-il que nous n’avions jamais vu le chef d’oeuvre de Ted Kotcheff dans ces conditions. Voilà probablement l’édition Ultime de Rambo. Il serait en effet difficile de faire mieux pour cet opus sans en dénaturer les volontés artistiques originales du chef opérateur Andrew Laszlo (Les Guerriers de la nuit, Massacre dans le train fantôme). L’attente a donc été longue, mais ceux qui auront acheté les différentes éditions de Rambo sur tous les supports l’auront constaté, la qualité allait toujours en s’améliorant. Cette édition 4K Ultra-HD labellisée Dolby Vision HDR 10 est l’apogée. La palette chromatique n’a jamais été aussi suintante avec ses nuances de verts et de bleus, des teintes froides voire glaciales, tandis que les explosions finales n’ont jamais été aussi luminescentes. La propreté de l’image est remarquable, tout comme sa clarté, la gestion du grain argentique et des noirs. Le cadre large est loin d’être avare en détails sur les paysages sauvages avec notamment une profondeur exceptionnelle.
Les versions anglaise et française sont disponibles en DTS-HD Master Audio 5.1. Bon, ceux qui auront découvert le film dans la langue de Molière et qui restent attachés au doublage risquent d’être déçus devant le manque d’ampleur de cette option acoustique. Le report des voix est trop léger ou sourd, tout comme la balance frontale. La piste originale est mieux lotie, même si cette fois encore le spectacle ne peut évidemment pas rivaliser avec les standards actuels. C’est dynamique, puissant même, surtout durant le dernier tiers où Rambo fait tout exploser, mais ne vous attendez pas à un fracas de tous les diables. La spatialisation reste dans la moyenne et profite surtout à la composition de l’immense Jerry Goldsmith.
En 1942, en riposte à l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, l’US Air Force décide de bombarder Tokyo. Mais sur le chemin du retour, l’avion du jeune pilote Jack Turner, à court de carburant, s’écrase dans la jungle de la province de Zhejiang en Chine. Les aviateurs qui ont pu sauter en parachute sont capturés par les forces d’occupation japonaise. Jack, blessé, est secouru par Ying, une jeune veuve chinoise du village voisin. Aidée par sa fille de 12 ans et la résistance chinoise, elle va cacher le soldat américain chez elle, alors que les troupes japonaises ratissent la zone à sa recherche. Au coeur des combats, ying et Jack vont-ils réussir à s’exfiltrer et à fuir le chaos ?
Etrange carrière que celle du danois Bille August. Si son nom reste souvent méconnu des cinéphiles et des spectateurs, il est pourtant l’un des rares réalisateurs à avoir remporté deux fois la Palme d’or au Festival de Cannes pour Pelle le Conquérant en 1988, inspiré du livre de son compatriote Martin Andersen Nexo et Les Meilleures intentions en 1992, portrait de jeunesse des parents d’Ingmar Bergman, dont il était un ami proche. Ses plus grands succès restent La Maison aux esprits (1994) grâce à son casting international et sa version Reader’s Digest des Misérables réalisé en 1998 avec Liam Neeson dans le rôle de Jean Valjean. En dehors de cela, Bille August, ancien directeur de la photographie, n’a jamais vraiment arrêté de tourner, même si ses œuvres restent marquées par un académisme souvent ronflant. C’est comme qui dirait le cas de The Lost Soldier, sorti également sous le titre In Harm’s Way aux Etats-Unis, The Hidden Soldier en Angleterre ou bien encore The Chinese Widow dans le reste du monde. Cette romance entre une chinoise, veuve éplorée et un soldat américain manque singulièrement de mordant, d’entrain et d’intérêt et vaut essentiellement pour ses comédiens.
Après avoir bombardé Tokyo, les pilotes d’avion tentent de renflouer sur les zones côtières de Zhejiang en raison du manque de carburant pour rentrer en Amérique. Après s’être parachuté, l’un d’entre eux, Jack Turner, est sauvé par une jeune veuve locale, Ying, qui le cache dans une grotte. Rapidement, bien qu’ils ne soient pas capables de communiquer verbalement, ils tombent amoureux et une histoire d’amour commence entre ce soldat blessé et cette mère de famille hantée par la mort de son mari. Mais l’Américain est traqué par l’armée japonaise qui veut l’éliminer…
Bille August sait faire des belles images. C’est indéniable. Mais malheureusement il n’y a pas vraiment grand-chose d’autre à sauver de cette production chinoise. Révélation de The Girl Next Door de Gregory Wilson en 2004, puis lancé définitivement avec Into the Wild de Sean Penn en 2007, Emile Hirsch est un comédien qui a toujours inspiré la sympathie. C’était également le cas dans le sensationnel Speed Racer des Wachowski, Harvey Milk de Gus Van Sant, Killer Joe de William Friedkin et Prince of Texas de David Gordon Green. Un C.V. plutôt impressionnant. Mais il n’est guère convaincant dans The Lost Soldier dans le rôle-titre. Son charisme semble éteint et son personnage passe même au second plan. L’actrice Liu Yifei, vue dans Le Royaume interdit de Rob Minkoff et future Mulan dans la prochaine adaptation live des studios Disney, tire son épingle du jeu. Sa sensibilité, sa beauté et son talent transcendent The Lost Soldier.
Les effets visuels sont étonnamment laids et rappellent parfois un nanar d’Asylum, comme lorsque Jack et son équipe décollent du porte-avions, ainsi que toutes les scènes de bombardements et de vol aérien qui sentent les CGI à deux balles. Admettons. Le reste du film, qui au passage a été projeté en ouverture au Festival international du film de Shanghaï en juin 2017, adopte un rythme de croisière très lent, peu aidé par un montage conventionnel. The Lost Soldier devient alors trop contemplatif, tandis que l’amourette entre Jack et Ying arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, sans signes annonciateurs, sans évolution des personnages. Bille August ne prend aucun risque et apparaît ici plutôt en tant que technicien au service d’un film intéressant dans son propos, auquel il ne parvient jamais à insuffler une âme pour le distinguer du tout-venant. Dommage.
LE BLU-RAY
The Lost Soldier arrive directement dans les bacs, sans passer par la case cinéma. Le test de l’édition Blu-ray, disponible chez M6 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.
M6 Vidéo ne vient pas les mains vides.
On commence par l’interview du réalisateur réalisée lors de la présentation de The Lost Soldier au Festival international du film de Shanghaï (13’). Bille August répond à des questions sans véritable intérêt. Il revient sur le casting, les conditions de tournage (quelques images à l’appui), le scénario, la reconstitution. Puis, l’entretien dévie sur Pelle le Conquérant et sur l’amitié du cinéaste avec Ingmar Bergman.
Emile Hirsch intervient également sur The Lost Soldier, une fois encore dans le cadre du festival évoqué plus haut (4’). Les questions d’une journaliste chinoise sont traduites en anglais. Le comédien évoque le travail avec Bille August, son personnage et sa partenaire Liu Yifei.
Si les cours d’histoire vous embêtaient à l’école, passez votre chemin. Autrement, nous ne pouvons que vous conseiller d’écouter l’exposé de François Garçon, docteur en histoire, auteur, enseignant et chercheur à l’université de Paris I (15’). Ce dernier présente le contexte historique du film, à travers quelques cartes et images d’archives.
Des images d’archives il en est encore question dans le dernier module, puisque l’éditeur a mis la main sur un reportage d’époque, résumant l’histoire de la guerre du Pacifique (10’). Les images sont très impressionnantes, violentes, frontales.
L’interactivité se clôt sur la bande-annonce en VF et VO.
L’Image et le son
Un master HD loin d’être optimal. De nombreux flous parasitent le visionnage, le piqué est aléatoire et les contrastes sont à la traîne. Les horribles images de synthèse passent très mal le cap du petit écran. La photo aux ambiances bleutées et verdâtres est assez bien restituée, surtout sur les séquences en extérieur. Malgré tout, le teint des acteurs est assez cireux, les détails manquent à l’appel.
M6 Vidéo propose de visionner le film en français et version originale, en DTS HD Master Audio 5.1 ou en simple Dolby Digital 5.1 ! Evidemment, notre choix est évident puisque nous ici en Haute-Définition. La piste originale mêle anglais et mandarin, tandis que la version française conserve les dialogues en mandarin et seuls les dialogues anglais sont doublés, ce qui conserve une touche d’authenticité. En VO, les propos en anglais sont sous-titrés en français avec des caractères plus épais. Dans les deux cas, la spatialisation est convaincante, surtout lors des scènes de bombardement au début du film, ainsi que sur les raids aériens. La pluie est également et subtilement distillée sur les enceintes latérales.
BAÏONNETTE AU CANON (Fixes Bayonets!) réalisé par Samuel Fuller, disponible en DVD et Blu-ray le 17 juillet 2018 chez Rimini Editions
Acteurs : Richard Basehart, Gene Evans, Michael O’Shea, Richard Hylton, Craig Hill, Skip Homeier, Paul Burke, George Conrad…
Scénario : Samuel Fuller d’après le roman de John Brophy
Photographie : Lucien Ballard
Musique : Roy Webb
Durée : 1h32
Année de sortie : 1951
LE FILM
Hiver 1950. Les troupes américaines engagées dans la guerre de Corée battent en retraite. Afin de cacher ce repli à l’ennemi, une escouade d’une quarantaine d’hommes va devoir se battre dans ce qui ressemble à une mission suicide.
Samuel Michael Fuller (1912-1997) n’a que 12 ans quand il commence à travailler pour le New York Journal, devenant copy boy autrement dit garçon à tout faire. Il devient ensuite reporter criminel pour le Sun de San Diego et parcourt les Etats-Unis. Suite à la Grande Dépression, il perd son emploi et se met à écrire des récits de fiction, des petits romans, des nouvelles, tout en étant employé comme nègre pour d’autres écrivains. Il commence à être publié sous pseudonyme dans les années 1930. Son style est alors remarqué par les studios et Samuel Fuller se fait engager comme scénariste à Hollywood, avant d’être appelé dans la Première division d’infanterie américaine au cours de la Seconde Guerre mondiale, où il devient soldat et reporter de guerre. Il est témoin des débarquements en Afrique du Nord, en Normandie et en Sicile, tourne également un documentaire sur la libération du camp de Falkeneau et rentre enfin au pays.
Samuel Fuller apprend que les droits de son premier roman The Dark Page ont été achetés par Howard Hawks et Charles Feldman et qu’il est lui-même engagé pour en écrire l’adaptation pour le cinéma. Le projet n’aboutira qu’en 1952 avec la sortie de L’Inexorable enquête – Scandal Sheet, réalisé par Phil Karlson. Mais avant cela, Samuel Fuller reprend son métier de scénariste, même si ses travaux ne parviennent pas à trouver preneur. Commençant à perdre espoir, il est alors approché pour mettre en scène un western qu’il a écrit, J’ai tué Jesse James – I Shot Jesse James (1949). Le film passe relativement inaperçu, mais Samuel Fuller enchaîne tout de même l’année suivante avec Le Baron de l’Arizona – The Baron of Arizona. Cette fois encore la reconnaissance n’est pas au rendez-vous. Pour cela, il lui faudra attendre la sortie de son troisième film, J’ai vécu l’enfer de Corée – The Steel Helmet (1951), premier long métrage traitant de ce conflit (durant les événements) et ouvertement des camps d’internement pour les Nippo-Américains durant la Seconde Guerre mondiale. Ce grand succès critique et commercial qui remporte 20 fois sa mise initiale, fait engager Samuel Fuller à la 20th Century Fox. Désormais coproducteur de ses films en partenariat avec Darryl F. Zanuck, le cinéaste souhaite revenir à nouveau sur le thème de son film précédent. Ce sera Baïonnette au canon – Fixed Bayonets !. Le style de Samuel Fuller y explose littéralement.
Sur le front coréen, fin 1950. Les troupes américaines sont en partie contraintes de se retirer sous la pression des forces communistes. Le général Allen doit battre en retraite avec 15.000 hommes. Pour que Chinois et Nord-Coréens ne sachent rien de ce repli stratégique qu’ils pourraient mettre à profit pour attaquer en force, une compagnie de quarante-huit hommes, commandée par le lieutenant Gibbs, est désignée pour tenir le front et donner à l’adversaire l’impression que toute la division est encore là. Ces hommes doivent tenir bon face à l’ennemi et dans le froid. Cette arrière-garde prend position dans les escarpements enneigés qui dominent la route où peuvent s’engouffrer les chars ennemis. Des postes avancés sont camouflés dans la neige, les accès soigneusement minés et le gros de la petite troupe trouve un abri dans une caverne creusée dans le roc. Et la vie s’organise, dans le froid et l’humidité. Le feu adverse n’est pas le seul danger : il faut veiller à ne pas laisser ses pieds geler, déjouer les incursions nocturnes de soldats ennemis, connaître à fond l’emplacement de chaque mine.
Samuel Fuller connaît la guerre. Mais il connaît surtout les soldats et les hommes, leurs doutes, leurs espoirs, leurs liens, leur courage. Si Baïonnette au canon se solde par un échec au box-office, le film est une véritable bombe et n’a rien perdu de son impact presque 70 ans après sa sortie. Oeuvre méconnue et dissimulée derrière des classiques et autres films mondialement célèbres, Baïonnette au canon est à redécouvrir, autant pour son audace et sa virtuosité, que pour son propos aussi implacable qu’humaniste et foncièrement antimilitariste. Ce joyau tourné dans un N&B sec signé Lucien Ballard (Laura d’Otto Preminger, L’Ultime Razzia de Stanley Kubrick) et au format plein cadre s’avère un véritable huis clos en plein air, puisque l’action est essentiellement centrée dans un cadre spécifique (une colline) et délimité, les hommes et adversaires étant seulement séparés par un champ de mines. Samuel Fuller nous fait entrer directement dans l’action avec l’explosion d’un véhicule américain dès la première séquence. S’ensuit la présentation et la situation des personnages principaux, le contexte militaire et politique, puis le but de la mission-suicide. Le réalisateur prend ensuite le temps de se focaliser sur chacun des visages des militaires constituant la troupe.
Quasiment filmés comme une seule entité (d’ailleurs même les voix-off semblent s’entendre et se répondre) où les acteurs semblent interchangeables, les soldats (dont l’un est interprété par un certain James Dean) sont montrés sous tous les angles, dans leurs peurs et dans leurs actes de bravoure, dans leur affection commune et dans l’entraide. La question du grade est également au centre du récit, certains rêvant d’en avoir un en plus par rapport à leurs camarades, d’autres au contraire ayant la crainte du commandement et donc d’être responsables de la vie et de la mort de leurs subalternes. Samuel Fuller enchaîne les scènes intimistes, comme celles tournées dans la grotte où les hommes essayent de se réchauffer, avec comme point d’orgue la séquence des pieds gelés. Les fusillades et explosions sont brutales, mais rapides et sèches. Leur impact n’en est que plus fort. A cela s’ajoute la célèbre scène du sauvetage d’un gradé, en fâcheuse posture derrière le champ de mines. Une tension à son paroxysme où le temps semble figé, où seule la respiration de celui qui vient au secours de l’homme au danger, ainsi que les grincements de ses chaussures dans la neige se font entendre. Une séquence extraordinaire durant laquelle le spectateur retient son souffle.
Baïonnette au canon joue avec la question du temps en l’étirant dans certaines scènes pour intensifier la tension, tout en rappelant que la mission de cette arrière-garde est en réalité une course contre la montre afin que le plus gros des troupes puisse déguerpir. Les décors artificiels ne gênent en rien et rajoutent même au côté théâtre de la mort, impression renforcée par les unités de lieu, de temps et d’action. Enfin, le film étonne par ses incroyables partis pris. La mise en scène est souvent dingue avec des plans-séquences d’une fluidité remarquable, des mouvements de caméra et de grue très modernes et rares pour l’époque. Cela inscrit définitivement Baïonnette au canon dans les très grandes réussites de son auteur.
LE BLU-RAY
Baïonnette au canon était jusqu’alors disponible en DVD chez Sidonis Calysta depuis 2012. Pour son arrivée en HD dans les bacs, le film de Samuel Fuller change de camp et arrive chez Rimini Editions. Jaquette soignée, glissée dans un boîtier élégant de couleur noire, lui-même disposé dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé et musical.
Le seul supplément disponible sur cette édition est passionnant. L’éditeur est allé à la rencontre de Frank Lafond, auteur du livre Samuel Fuller, jusqu’à l’épuisement(Rouge Profond), qui croise à la fois le fond et la forme de Baïonnette au canon (37’). Les débuts au cinéma du cinéaste sont abordés et le film replacé évidemment dans son contexte et mis en parallèle avec J’ai vécu l’enfer de Corée. Les conditions de tournage (avec anecdotes à l’appui), les thèmes, le casting, l’insolite direction d’acteurs et les intentions de Samuel Fuller, les décors et la sortie du film sont longuement abordés.
L’Image et le son
On pourra sans doute trouver le grain original bien trop atténué, mais ce master HD de Baïonnette au canon ne manque pas d’attraits. La copie restaurée (4K) est lumineuse, très propre, le N&B clair et bien contrasté. L’ensemble est stable et le cadre 1.37 est détaillé avec notamment des gros plans sur les acteurs plutôt impressionnants. Si quelques plans ayant visiblement donné du fil à retordre à l’équipe de la restauration sortent du lot avec une chute brutale de la définition, ce lifting reste de très bonne qualité.
Seule la version originale, remastérisée, est disponible sur ce titre. Le confort acoustique est assuré, propre, sans souffle, malgré quelques effets d’écho sur les dialogues. Les explosions et déflagrations sont percutantes. Les sous-titres français ne sont pas imposés, mais la police est un peu trop large à notre goût.
DIEU SEUL LE SAIT (Heaven Knows, Mr. Allison) réalisépar John Huston,disponible en DVD et Blu-ray le 22 mai 2018 chez Rimini Editions
Acteurs : Deborah Kerr, Robert Mitchum
Scénario : John Lee Mahin, John Huston
Photographie : Oswald Morris
Musique : Georges Auric
Durée : 1h48
Année de sortie : 1957
LE FILM
Seconde Guerre mondiale. Quelque part dans le Pacifique… Seul rescapé d’un torpillage, le caporal Allison échoue sur une île qu’il croit déserte. Or, l’île a pour unique habitante soeur Angela, qui a survécu à la destruction de la mission catholique à laquelle elle appartenait. Les japonais débarquent sur l’île, les obligeant à se cacher et à s’entraider.
A peine sorti du chaos que fut le tournage de son magnifique Moby Dick, John Huston se retrouve avec une nouvelle adaptation entre les mains. Heaven Know, Mr. Allison écrit par Charles Shaw. Le projet est une commande, une transposition d’un roman à succès en Angleterre.
Malgré des échanges peu courtois avec la censure de l’époque, qui voit d’un mauvais oeil cette relation entre un marine et une femme d’église, le scénario s’écrit malgré tout et le projet est lancé. Sûrement rassuré par la modestie du projet (un budget réduit, une narration plus classique et seulement deux personnages principaux), John Huston met en place cette curieuse histoire d’amour entre un soldat et une religieuse luttant pour leur vie durant la guerre. A l’aide d’une mise en scène sublime et d’une esthétique remplie de symboles (l’arrivée de Allison sur l’ile, la chasse à la tortue, le peigne), le film se concentre sur la confusion et le rapprochement de ces personnages que tout oppose.
A quoi bon se battre contre ses principes quand on est amoureux et quand la guerre fait rage ?
Les protagonistes apprendront l’un de l’autre, se confieront sur leurs craintes, leurs peines, leurs rêves, au travers des dialogues justes et sobres qui soulignent par leur simplicité le désir interdit qu’éprouvent les deux naufragés. Robert Mitchum est sensationnel dans le rôle de cet homme enfant. Impitoyable (il n’hésitera pas à tuer pour protéger soeur Angela) mais aussi touchant, il incarne un soldat en perdition, fraichement arraché à l’enfer, pour s’échouer cette terre perdue, vue comme un jardin d’Eden, où il rencontre un ange. Cette apparition, c’estDeborah Kerr. Conscient du potentiel volcanique de l’actrice, John Huston y verra une manière de tourner le dos au manichéisme hollywoodien. A une époque où l’actrice était convoitée pour sa sensualité, le réalisateur lui préfère son jeu, enveloppant la nymphe dans son costume ecclésiastique pendant la quasi-totalité du métrage. Il remplace alors la nonne sinistre et râleuse du roman original par une femme joviale et douce, aux convictions fortes et à l’écoute de son compagnon.
Les deux acteurs n’ont donc aucun mal à nous entrainer dans leurs aventures, le flegme de Robert Mitchum et la beauté hypnotique de Deborah Kerrfont des merveilles. Et de péripéties, le film en est rempli. Des moments de tension souvent très bien troussés (la scène du jeu de Go, aussi drôle que stressante) qui s’enchaînent jusqu’au final.
LE BLU-RAY
Le Blu-ray de Dieu Seul le Sait, disponible chez Rimini Editions, repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissée dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé sur quelques séquences du film. Cette édition s’accompagne également d’un très beau livret de 36 pagesJohn Huston – A la Recherche du Paradis Perduécrit par Christophe Chavdia.
Pour ce qui est des suppléments, c’est un peu timide. Seulement une interview, mais heureusement rondement menée et souvent passionnante de Pierre Murat (Responsable cinéma à Télérama). Ce dernier nous livre durant 27 minutes de nombreuses anecdotes de tournage entourant ce très grand film de John Huston, tout en revenant sur son casting et la collaboration des comédiens avec le cinéaste.
L’Image et le son
Bon…s’il n’y a rien à redire sur la propreté et la stabilité de la copie, force est de constater que le grain original a été trop lissé. Pourtant, le générique d’ouverture est prometteur puisque la patine argentique est bel et bien présente. Les couleurs apparaissent un peu fanées, le piqué est souvent émoussé, les fondus enchaînés décrochent sensiblement, le niveau des détails est aléatoire sur le cadre large et peu de séquences sortent du lot. La restauration est évidente, mais semble avoir déjà quelques heures de vol et aurait mérité une révision. Mais ne faisons pas la fine bouche, posséder enfin Dieu seul le sait en Haute-Définition est déjà un miracle à part entière et permettra à ce joyau méconnu de John Huston de se faire une nouvelle renommée. Le Blu-ray est au format 1080p.
La version anglaise (aux sous-titres français amovibles) est proposée en DTS-HD Dual Mono 2.0. L’écoute demeure appréciable, avec une excellente restitution de la musique, des effets annexes et des voix très fluides et aérées, sans aucun souffle. En revanche, la piste française DTS-HD Master Audio Mono, s’avère plus étriquée, moins riche et dynamique.
TRAHISONS (The Exception) réalisépar David Leveaux,disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studio le 20 février 2018
Acteurs : Jai Courtney, Lily James, Christopher Plummer, Janet McTeer, Anton Lesser, Ben Daniels, Aubeline Barbieux, Martin Swabey…
Scénario : Simon Burke d’après le roman « The Kaiser’s Last Kiss » d’Alan Judd
Photographie : Romain Osin
Musique : Ilan Eshkeri
Durée : 1h47
Année de sortie : 2016
LE FILM
Au début de la Seconde Guerre mondiale, le monarque kaiser Wilhelm vit en exil depuis 1917. Avec l’objectif de repousser l’avancée nazie aux Pays-Bas, la résistance néerlandaise s’allie avec Winston Churchill pour infiltrer un agent dans le repaire du Kaiser.
Décidément, la jeune comédienne Lily James a le vent en poupe. D’ailleurs, ce n’est pas pour nous déplaire. Lady Rose MacClare de la série Downtown Abbey a su faire sa place au cinéma, au point de devenir l’une des actrices les plus convoitées du moment. Cendrillon chez Kenneth Branagh, Elizabeth Bennet dans Orgueil et Préjugés et Zombies de Burr Steers (si si, ça existe), jeune serveuse au grand coeur dans le génial Baby Driver d’Edgar Wright et tête d’affiche des Heures sombres de Joe Wright aux côtés de l’oscarisé Gary Oldman, Lily James n’a pas fini de faire parler d’elle. On la retrouve dans Trahisons – The Exception, premier long métrage du britannique David Leveaux, metteur en scène de théâtre très renommé. Pour son coup d’essai derrière la caméra, le nouveau cinéaste adapte le roman The Kaiser’s Last Kiss (2003) d’Alan Judd et se penche sur un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale, à savoir l’exil du kaiser Guillaume II. Force est de constater que les années de théâtre ont forgé une solide direction d’acteurs chez David Leveaux, qui parvient même à tirer quelque chose d’intéressant chez le mal aimé Jai Courtney. On peut même dire que l’acteur australien trouve ici son meilleur rôle.
L’histoire se déroule au début de la Seconde Guerre mondiale et se concentre sur les dernières années de la vie de l’empereur Guillaume II qui vit en exil en Hollande. Wilhelm se retrouve bientôt sous la protection de Brandt, un jeune officier ambitieux et patriote de la Wehrmacht. Pendant ce temps, l’entourage du kaiser engage une nouvelle femme de chambre juive, Mieke, pour laquelle le capitaine prend un intérêt immédiat. Le chef de la gestapo en Hollande demande à Brandt de démasquer une taupe appartenant à la résistance qui s’est infiltrée dans l’entourage de l’empereur pour l’assassiner, alors qu’une visite de Heinrich Himmler, chef des SS, se prépare. Brandt découvre qu’il s’agit de Mieke, dont il est tombé secrètement amoureux…
Histoire d’amour (avec un soupçon d’érotisme), thriller de guerre, drame intimiste, film d’espionnage, Trahisonsest un peu tout cela à la fois. Si le rythme est lent et que quelques longueurs se font ressentir à mi-chemin, on ne pourra pas reprocher à David Leveaux de soigner ses plans et le côté romanesque de son récit. Même si la romance va trop vite en besogne et peine à convaincre comme ça au premier abord, on se laisse autant séduire par Mieke que le capitaine Stefan Brandt, auquel Jai Courtney parvient à donner suffisamment d’ambiguïté et étonnamment beaucoup d’émotions. Habituellement cantonné dans les grosses machines hollywoodiennes souvent très mauvaises comme Die Hard : Belle journée pour mourir, Divergente, Terminator Genisys et Suicide Squad, l’acteur né en 1986 est impeccable dans l’uniforme allemand, froid, droit comme un i, dont les fêlures – son personnage est revenu blessé et traumatisé d’un champ de bataille après avoir vu des dizaines de cadavres – vont se révéler au contact de Mieke. Jeune juive hollandaise qui a perdu son père et son mari à la guerre, la jeune femme a réussi à se faire engager comme bonne auprès du kaiser et agit secrètement pour la résistance, en étant en contact avec l’Angleterre.
Alors qu’il lorgnait sur le rôle de Guillaume II, roi déchu, depuis quelques années, le comédien Christopher Plummer, né en 1929, crève l’écran une fois de plus à chaque apparition. Sa femme, la princesse Hermine, est quant à elle interprétée par Janet McTerr, immense actrice shakespearienne, vue également au cinéma dans Albert Nobbs de Rodrigo Garcia. A noter également une courte mais marquante et glaçante apparition d’Eddie Marsan dans le rôle d’Heinrich Himmler.
On se laisse prendre à ce jeu d’espions. Même si le final est attendu, Trahisons ne déçoit pas et tient en grande partie grâce à son excellent casting et la rigueur de sa mise en scène.
LE BLU-RAY
Après son passage par la VOD, Trahisons est aujourd’hui disponible en DVD et Blu-ray chez TF1 Studio. L’éditeur aurait pu soigner un peu plus la jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, dont le visuel se focalise essentiellement sur Jai Courtney. Lily James, de profil, est méconnaissable et ressemble à Anne Hathaway. Etrange décision de la part de TF1 qui aurait pu capitaliser sur la comédienne, qui commence à avoir une certaine renommée. Le menu principal est animé et musical.
Seul un making of (19’) est proposé comme prolongement au film. Les acteurs, le réalisateur et les producteurs interviennent à tour de rôle pour présenter l’histoire, les personnages, le casting et les partis pris. Diverses images filmées sur le plateau montrent le calme entre les prises et pendant les répétitions.
L’Image et le son
TF1 Studio prend soin de l’édition Blu-ray du film de David Leveaux. Voici donc un très beau master HD. Respectueuse des volontés artistiques originales concoctées par Romain Osin (The Jane Doe Identity), la copie de Trahisons se révèle un petit bijou technique avec des teintes à la fois froides dans les extérieurs et chatoyantes dans les pièces du manoir, le tout soutenu par un encodage AVC solide. Le piqué, tout comme les contrastes, sont tranchants, les arrière-plans sont bien détaillés, le relief omniprésent et les détails souvent foisonnants.
L’éditeur a également soigné le confort acoustique et livre deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 français et anglais. Les effets annexes sont systématiques dans toutes les séquences en extérieur, les voix solidement exsudées par la centrale. La spatialisation musicale est luxuriante avec un net avantage pour la version originale. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée.