Test DVD / Villa Caprice, réalisé par Bernard Stora

VILLA CAPRICE réalisé par Bernard Stora, disponible en DVD le 6 octobre 2021 chez M6 Vidéo.

Acteurs : Niels Arestrup, Patrick Bruel, Irène Jacob, Paul Hamy, Michel Bouquet, Laurent Stocker, Sophie Verbeeck, Eva Darlan…

Scénario : Bernard Stora & Pascale Robert-Diard

Photographie : Thomas Hardmeier

Musique : Vincent Stora

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 2020

LE FILM

Gilles Fontaine, l’un des patrons les plus puissants de France, est suspecté d’avoir acquis dans des conditions douteuses une magnifique propriété sur la Côte d’Azur, la « Villa Caprice ». Il choisit alors pour le défendre un avocat célèbre et redouté, Maître Luc Germon. En principe alliés, une relation de rivalité s’installe bientôt entre les deux hommes. Qui détient le pouvoir, de l’avocat ou de celui qui le paie ? Derrière l’affaire qui les a réunis s’en profile une autre, plus obscure.

En toute honnêteté, on ne misait pas un kopeck sur Villa Caprice. Au vu de la bande-annonce, on pouvait s’attendre à un énième pseudo-thriller juridico-psychologique tourné sur la Côte d’Azur, où les décors naturels secs capturés sous un soleil de plomb refléteraient les rapports tendus et fiévreux entre les personnages. Que nenni ! En effet, pour son retour au cinéma, 22 ans après Un dérangement considérable, Bernard Stora (né en 1944) livre un film de cet acabit, mais qui s’avère particulièrement brillant, excellemment écrit, aux dialogues même exceptionnels et servi par un casting parfait sur lequel trône l’impérial Niels Arestrup. A ses côtés, Patrick Bruel n’avait pas été à pareille fête depuis bien longtemps et se révèle être impeccable en homme d’affaires impitoyable. Le comédien-chanteur a l’air de se délecter en incarnant une vraie saloperie, prêt à tout pour défendre ses intérêts (conséquents), sa place (privilégiée) dans le monde, prêt pour cela à utiliser comme des pions ceux qu’il considère inférieurs à lui et donc obligés de se mettre à son service. Très belle réussite que cette Villa Caprice, chaudement recommandé aux amateurs de bons mots et de grands numéros d’acteurs.

Avocat célèbre, Luc Germon pense atteindre la consécration lorsque Gilles Fontaine, l’un des patrons les plus puissants de France, lui demande de prendre sa défense. L’homme d’affaires est soupçonné d’avoir acquis dans des conditions douteuses une magnifique propriété sur la Côte d’Azur, la Villa Caprice. Humilié et furieux de s’être laissé piéger, Fontaine compte sur l’habileté de Germon pour le tirer de ce mauvais pas. Mais une étrange relation de pouvoir s’installe bientôt entre les deux hommes, en principe alliés. Qui prendra l’avantage ?

Villa Caprice s’inspire très librement de l’histoire vraie ayant conduit l’avocat pénaliste Olivier Metzner au suicide en mars 2013, dont le corps avait été retrouvé flottant près de son île située dans le golfe du Morbihan. Considéré comme étant l’un des plus puissants dans son domaine, Olivier Metzner était entre autres expert du droit pénal des affaires et aura défendu au cours de sa carrière Loïk Le Floch-Prigent dans l’affaire Elf, Jean-Marie Messier, ancien président de Vivendi, Jacques Crozemarie dans le scandale de l’ARC, Continental Airlines pour le crash du Concorde en juillet 2000, Bertrand Canta, Jérôme Kerviel, Dominique de Villepin dans l’affaire Clearstream, l’ex-dictateur panaméen Manuel Noriega, bref un cador, une pointure. Si l’affaire a été classée sans suite et l’enquête menée concluant au suicide, il y avait de quoi intéresser le cinéma. Sur un scénario de la journaliste, chroniqueuse judiciaire au Monde et romancière Pascale Robert-Diard et de Bernard Stora, Villa Caprice plonge les spectateurs dans le bocal aux piranhas, où les poissons s’acharnent et en viennent à se dévorer entre-eux, par manque de place. Un rapport dominant-dominé s’installe progressivement au fil de l’intrigue, dès la rencontre entre Germon et Fontaine, qui vont se livrer bataille (normal avec Fontaine, bref) du début à la fin, où la dialectique est reine.

Villa Caprice est avant tout le portrait d’un homme solitaire, qui a consacré sa vie à son illustre carrière, qui n’a ni femme, ni enfant, juste son vieux père qui habite avec lui. Ce dernier est incarné par Michel Bouquet, qui du haut de ses 95 printemps se régale de dialogues fleuris, mais dont le personnage, qui n’a de cesse d’humilier son fils, fait froid dans le dos. Germon, qu’on croirait blasé par les insultes, est en fait un être qui a appris à ne pas laisser transparaître ses émotions du fait de son métier et encaisse sans broncher, juste en soupirant légèrement. Son homosexualité est entre autres le sujet sur lequel son paternel le charrie sans cesse. Tout se passait « bien » dans sa vie isolée et dans sa carrière qui fait référence, jusqu’à ce que le businessman Gilles Fontaine fasse appel à ses services, pour une affaire où son nom est cité, sa réputation éclaboussée et son avenir mis en jeu.

Bernard Stora filme ses deux comédiens et donc ses protagonistes comme sur un ring, où les punchlines sont aussi percutantes et fracassantes qu’un uppercut. Germon et Fontaine essayent d’emblée d’avoir le dessus sur l’autre. Sous couvert de courtoisie et de bienséance, les deux hommes rivalisent d’ironie et savent que l’un des deux carnivores devra se laisser bouffer par l’autre dans cette affaire. Évidemment, c’est dans la vie personnelle de Germon que Fontaine trouvera la faille, pour parasiter son quotidien trop bien réglé et en faire un homme de plus à son service. Si l’on se doute très vite que cela proviendra de son goût pour les hommes et que Jérémy (Paul Hamy, vu dans Suzanne de Katell Quillévéré et Mon roi de Maïwenn), l’homme à tout faire (un de plus) de Fontaine a été placé sur son chemin pour le ramollir (du moins émotionnellement parlant), Bernard Stora parvient à maintenir une tension constante, tandis que l’audience se demande quand le personnage finira par craquer et faire le faux-pas attendu. Pendant ce temps, Fontaine, que l’on imagine comme le tentacule d’une pieuvre monstrueuse, ne va pas en rester là et va même en faire profiter un de ses « congénères » qui avait quelques démêlés avec Germon.

Villa Caprice repose sur une mécanique rigoureuse et implacable, dans laquelle les manipulations sont multiples, sauvages et cruelles. Le récit est mené sans aucun temps mort, la mise en scène, élégante, colle à ses protagonistes, filmés comme des cowboys s’affrontant en permanence comme dans un duel, les décors naturels sont superbes, la photo de l’excellent Thomas Harmeier (L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet de Jean-Pierre Jeunet, La prochaine fois je viserai le cœur de Cédric Anger) un régal pour les mirettes, et les seconds rôles (Irène Jacob, Laurent Stocker, Sophie Verbeeck, Claude Perron, Eva Darlan) formidables.

LE DVD

Pas de Blu-ray pour Villa Caprice, qui devra se contenter d’une sortie « technique » chez M6 Vidéo. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément…nada…que dalle…

L’Image et le son

Villa Caprice est seulement disponible en édition Standard et c’est bien dommage, car la photographie de Thomas Hardmeier (La Boîte noire de Richard Berry, Chrysalis de Julien Leclercq, Yves Saint Laurent de Jalil Lespert) aurait bien mérité d’être encore plus valorisée en Haute-Définition. Toutefois, ce DVD ne déçoit pas. Le piqué est sans cesse affûté, les contrastes sont superbes, les quelques séquences sombres manquent peut-être sensiblement de définition, mais l’ensemble est détaillé à souhait. Toutes les scènes diurnes s’accompagnent d’un relief certain, la luminosité est plaisante, la colorimétrie à l’avenant et la profondeur de champ est indéniable.

Le confort acoustique est largement assuré par le mixage DTS-HD Master Audio 5.1, avec une délivrance ardente des dialogues, des effets frontaux riches et équilibrés, et un soutien des latérales intervenant à bon escient. La musique est toujours exsudée avec force aux quatre coins cardinaux, les ambiances naturelles étant régulièrement appréciables. La Stéréo devrait largement convenir à ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière. L’éditeur joint également une piste Audiodescription ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © M6 Vidéo / Bac Films / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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