Test DVD / True Mothers, réalisé par Naomi Kawase

TRUE MOTHERS (Asa ga kuru – 朝が来る) réalisé par Naomi Kawase, disponible en DVD le 1er décembre 2021 chez Blaq Out.

Acteurs : Hiromi Nagasaku, Arata Iura, Aju Makita, Reo Sato, Hiroko Nakajima, Tetsu Hirahara, Ren Komai, Taketo Tanaka…

Scénario : Naomi Kawase & Izumi Takahashi, d’après le roman Mizuki Tsujimura

Photographie : Yûta Tsukinaga

Musique : Akira Kosemura & An Ton That

Durée : 2h14

Année de sortie : 2020

LE FILM

Satoko et son mari sont liés pour toujours à Hikari, la jeune fille de 14 ans qui a donné naissance à Asato, leur fils adoptif. Aujourd’hui, Asato a 6 ans et la famille vit heureuse à Tokyo. Mais Hikari souhaite reprendre le contact avec la famille, elle va alors provoquer une rencontre…

Autant le dire immédiatement, True Mothers est l’un des plus beaux films de l’année 2021. Quand on demande aux cinéphiles spécialisés dans le cinéma asiatique contemporain de citer un ou une cinéaste japonais(e) important(e), ceux-ci vous répondront d’emblée Naomi Kawase. Réalisatrice et scénariste née en 1969, celle-ci se fait tout d’abord remarquer avec ses documentaires autobiographiques au début des années 1990 (Dans ses bras / Étreinte, White Moon). Puis, son premier long-métrage de fiction, Suzaku (1997), est récompensé par la Caméra d’or au Festival de Cannes. C’est le début d’une grande histoire d’amour avec la Croisette, où elle obtiendra également le Grand prix du jury pour La Forêt de Mogari en 2007 et le prix du jury œcuménique pour Vers la lumière en 2017, où elle a aussi été en compétition officielle à cinq reprises à ce jour depuis Shara en 2003. Avec son dernier opus en date, True Mothers, Naomi Kawase se penche – comme son titre l’indique – sur le thème de la maternité et sur celui de l’adoption. Un sujet personnel, puisque la cinéaste avait été abandonnée par ses parents, puis élevée par ses grands-parents, ceux-ci ayant d’ailleurs inspiré plusieurs documentaires, jusqu’à Naissance et Maternité en 2006. True Mothers rappelle beaucoup La Voleuse de Jean Chapot (1966), dans lequel Romy Schneider incarnait une jeune femme, qui avouait à son époux avoir eu un enfant à dix-neuf ans, avant de l’abandonner à un couple stérile, et qui se mettait en tête six ans plus tard de nouer des liens avec le petit garçon, puis de le « récupérer », pour la plus grande douleur de son père nourricier. Avec ce drame psychologique magnifiquement réalisé, Naomi Kawase revient à la source de son cinéma, mais aussi à celle de la vie, souvent représentée par l’omniprésence d’une eau, vitale, qui entoure les personnages comme un liquide amniotique, qui berce, qui reflète les états d’âme, qui apaise, tout comme cette couleur bleue, où le ciel et la mer se (con)fondent comme un éden terrestre. Et c’est sublime.

Satoko et son mari Kiyokazu ne parviennent pas à avoir d’enfant, et leurs tentatives de fécondation in vitro n’aboutissent pas. Ils décident alors d’en adopter un. Hikari est une adolescente de 14 ans enceinte d’un camarade d’école. Craignant pour son avenir, sa famille la pousse à abandonner son enfant. Satoko et Kiyokazu vont adopter Asato, le fils d’Hikari. Lors de la remise de l’enfant, ils rencontrent Hikari, qui leur remet une lettre destinée à son fils. Après la naissance, Hikari n’arrive pas à reprendre ses études et en veut à sa famille qui l’a insuffisamment soutenue. Elle part de chez elle, travaille temporairement pour le foyer qui l’avait recueillie à la fin de sa grossesse, ce qui lui permet d’obtenir les coordonnées du couple ayant adopté Asato. Elle va ensuite à Tokyo où elle trouve un emploi de distributrice de journaux. Elle se retrouve dans une situation financière précaire, car une de ses amies a contrefait sa signature pour la garantie d’un prêt. Hikari est désormais menacée par des petits malfrats. Elle décide alors de contacter Satoko et Kiyokazu, disant qu’elle souhaite reprendre son fils, ou à tout le moins, qu’ils lui donnent de l’argent. Elle menace sinon de révéler à leur entourage et à Asato qu’il est un enfant adopté.

Dans True Mothers, on retrouve l’importance pour les êtres humains de vivre en harmonie, ou tout du moins de fusionner avec la nature comme dans Still the Water (2014) ou Voyage à Yoshino (2018), qui était bercé par le rythme des saisons et où le passé et le présent s’entremêlaient. Si Naomi Kawase adapte un roman de Mizuki Tsujimura, la réalisatrice se l’accapare bel et bien à travers son thème principal, celui de la procréation et des liens – du sang, ou non – familiaux, qui a irrigué son œuvre depuis ses débuts. On pourrait rapprocher le travail de la cinéaste de celui d’un Terrence Malick, tant les protagonistes sont très souvent baignés par la lumière éclatante – et naturelle – du soleil, portés par le vent, rejoignant toujours la rive, ici la baie de Tokyo et même celle de l’île de Honshū, puisque l’adoption se déroule à Hiroshima.

Il se dégage de True Mothers un besoin de vivre passionnément, de transmettre, d’aimer et d’accepter, qui s’avère non seulement contagieux, mais également bouleversant. Naomi Kawase renoue parfois avec des partis-pris quasi-documentaires, quand elle révèle le quotidien des futures filles mères, qui tentent de trouver le repos, le soutien (elles sont en effet seules, chassées par leur famille ou par leur compagnon) et l’écoute nécessaires, avant d’arriver à terme et de devoir se séparer de leur progéniture. A la fois hommage aux mères, biologiques et adoptives (sujet encore tabou au Japon, tout comme la stérilité), (très) jeunes ou plus âgées, aux femmes, qui ont décidé ou non de donner la vie, True Mothers, porté par des acteurs en état de grâce (Arata Iura, vu dans Tel père, tel fils de Hirokazu Kore-eda, Hiromi Nagasaku, Aju Makita) est un chef d’oeuvre qui ravit les sens.

LE DVD

Entre Naomi Kawase et l’éditeur Blaq Out, c’est une véritable histoire d’amour. True Mothers rejoint ainsi Voyage à Yoshino, Still the Water, Vers la lumière et Les Délices de Tokyo au catalogue de l’éditeur, mais à l’instar du premier, ce titre n’est disponible qu’en DVD. Le disque repose dans un boîtier classique Amaray transparent, dans lequel est glissée la jaquette, reprenant le visuel de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Juste une bande-annonce comme supplément…c’est dommage…

L’Image et le son

C’est en découvrant le master SD soigné de True Mothers que l’on regrette l’absence d’une édition en Haute définition. Si le piqué n’est pas aussi ciselé sur les séquences sombres ou tamisées, la colorimétrie est d’une richesse impressionnante, les contrastes sont tranchants et les détails abondent aux quatre coins du cadre. Le relief est omniprésent, la clarté très appréciable, le transfert élégant.

Seule la version originale est disponible. Franchement, qui s’en plaindra ? Le mixage Dolby Digital 5.1 se révèle ample et dynamique. La spatialisation est évidente sur toutes les scènes en extérieur, les dialogues sont solidement plantés sur la centrale, la balance frontale est riche et les effets annexes ne manquent pas. Le mixage respecte la délicatesse de la mise en scène. La Stéréo est tout aussi riche et contentera ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène avant. A noter que les sous-titres sont incrustés sur l’image.

Crédits images : © Blaq Out / »Asa ga Kuru » Film Partners / Kinoshita, Kumie / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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