Test Blu-ray / Mourir d’aimer, réalisé par André Cayatte

MOURIR D’AIMER réalisé par André Cayatte, disponible en combo Blu-ray+DVD depuis le 27 septembre 2017 chez LCJ Editions

Acteurs : Annie Girardot, Bruno Pradal, Claude Cerval, Jean Bouise, Jean-Paul Moulinot, Yves Barsacq, Marie-Hélène Breillat, Edith Loria, Jacques Marin, Monique Mélinand, Raymond Meunier, Maurice Nasil…

Scénario : André Cayatte, Pierre Dumayet, Albert Naud

Photographie : Maurice Fellous

Musique : Jorge Araujo Chiriboga

Durée : 1h53

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Danièle Guénot, 32 ans, divorcée, deux enfants, est professeure de lettres à Rouen. Lors des événements de mai 68, elle organise chez elle des réunions de discussion et de remise en cause de la société. Un de ses élèves, Gérard Leguen, âgé de 17 ans, tombe amoureux d’elle et le lui dit. Elle le repousse d’abord mais finit par céder à cet amour qu’elle partage. Les parents de Gérard, avertis, crient au scandale et déposent plainte. Danièle est condamnée à un an de prison avec sursis pour enlèvement et détournement de mineur.

C’est une histoire forte, bouleversante. C’est aussi et surtout une histoire vraie. Celle de Gabrielle Russier, professeure agrégée de lettres, persécutée par un système judiciaire et victime d’une loi obsolètes pour avoir entretenu une liaison amoureuse avec un de ses élèves, Christian Rossi, âgé de 17 ans alors qu’elle en avait 32. Arrêtée, jetée en prison, humiliée, condamnée, Gabrielle Russier mettra fin à ses jours le 1er septembre 1969. Cette mort entraînera moult débats quant au désir et le devoir de réformer une loi, un système remontant à Napoléon, alors que la France venait d’entrer dans une nouvelle ère après mai 1968. Peut-être devrait-on établir l’âge de la majorité à 18 ans ? Il n’en fallait pas plus au réalisateur André Cayatte (1909-1989), auteur d’immenses succès populaires et critiques comme Le Passage du Rhin, Nous sommes tous des assassins, Le Miroir à deux faces et Les Risques du métier avec Jacques Brel dans son premier rôle au cinéma, pour s’attaquer de front à ce fait divers.

Ancien avocat au Barreau de Toulouse, André Cayatte met en relief l’hypocrisie d’une petite bourgade bien propre sur elle, mais aussi et surtout les failles de la justice française. Mourir d’aimer, titre que reprendra Charles Aznavour pour sa magnifique chanson dédiée à Gabrielle Russier, mais que nous n’entendons pas dans l’oeuvre d’André Cayatte arrive sur les écrans le 20 janvier 1971 et choque le pays tout entier. Parallèlement, le film est un triomphe et attire près de six millions de spectateurs dans les salles. André Cayatte connaît son plus grand succès, Annie Girardot trouve l’un de ses rôles les plus emblématiques et Mourir d’aimer révèle un jeune comédien très prometteur du nom de Bruno Pradal.

« Vous êtes ce qu’ils détestent le plus, le mois de mai qui continue ! ». Cette réplique résume ce drame. Danièle Guénot, le personnage incarné par Annie Girardot, ayant participé avec ses élèves aux manifestations et à l’exaltation de mai 1968, va devenir le punching-ball sur lequel vont s’acharner tour à tour les bourgeois qui se donnent bonne conscience, la vieille école, des policiers, des avocats, ou de simples quidams, frustrés, refusant le monde en mouvement, en pleine explosion. André Cayatte fustige ce que représentent ces protagonistes satellites, y compris les parents de Gérard (Bruno Pradal), qui affichent des idées libérales et qui ne cesseront pourtant jamais de s’acharner sur Danièle Guénot, allant même jusqu’à faire enfermer leur propre fils dans un institut psychiatrique.

Ce sujet choc et rare dans le panorama cinématographique français de l’époque est magistralement traité par André Cayatte qui happe l’attention du spectateur dès la remarquable séquence d’ouverture – qui rappelle l’incroyable plan-séquence qui ouvrait Les Risques du métier – montrant l’intervention de la police d’un côté et celle des secouristes de l’autre, roulant à fond dans les rues de Rouen, pour finir par se retrouver au pied d’un immeuble où vient de se produire un accident. Ensuite, le cinéaste adopte un parti pris original, puisque l’on entend deux voix qui interviennent comme lors d’un commentaire audio de DVD, une voix grave s’adressant à Gérard, un interrogatoire en cours. Deux individus qui semblent découvrir les images en même temps que les spectateurs, en indiquant « regardez cette personne », « vous avez entendu ce qu’elle vient de dire ? ». Le récit se (re)joue dans la mémoire ou devant les yeux de Gérard. André Cayatte jongle avec ce procédé qui aurait pu plomber la dramaturgie ou lui donner un côté artificiel, ce qui n’est absolument pas le cas. Même si le rythme semble aujourd’hui très inégal, et que l’on pourra reprocher quelques répétitions et une intrigue quelque peu éclatée, le propos de Mourir d’aimer reste évidemment percutant et véritablement engagé.

Sur un découpage au cordeau, l’accusation en entraîne une autre, la rumeur court, la femme est désignée coupable. La professeure et son jeune amant voient alors le monde s’écrouler autour d’eux, même s’ils demeurent dignes face à cette machine infernale, dans lesquels ils sont jetés pour mieux les broyer, afin qu’ils puissent servir d’exemple. André Cayatte n’hésitait pas à comparer le procès intenté à Gabrielle Russier à un procès de sorcière et espérait sincèrement que son film donne mauvaise conscience au spectateur, pour le faire réfléchir sur ce qui avait bien pu mener un pays à se jeter sur cette affaire, comme une meute de chiens se ruant sur un os à ronger.

Le cinéaste ne lâche rien, va au bout de son sujet, filme ses personnages en gros plan, n’a pas peur du romanesque et dresse en même temps un portrait peu flatteur d’un pays aux mœurs et aux lois dépassées. Grand Prix du cinéma français en 1970 et nommé pour le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère en 1972, Mourir d’aimer reste un film emblématique qui a su faire changer les mentalités.

LE BLU-RAY

Mourir d’aimer est disponible en DVD chez LCJ depuis 2011. Il aura fallu attendre 2018 pour bénéficier du film d’André Cayatte dans une édition entièrement restaurée 4K ! L’édition que nous avons entre les mains se présente sous la forme d’un combo Blu-ray+DVD sorti dans les bacs le 27 septembre 2017. Le DVD et Blu-ray sont depuis disponibles à la vente en édition single depuis le 24 janvier 2018. Les deux disques du combo sont logés dans un Digipack à deux volets, illustrés par deux photographies tirées du film, glissé dans un surétui cartonné qui reprend le visuel de l’affiche originale. Le menu principal est animé sur une séquence du film.

Pour les suppléments, l’éditeur propose quatre documents d’archives à ne pas manquer.

Le premier donne la parole à André Cayatte, Annie Girardot, Bruno Pradal et Claude Lussan, avocat et bâtonnier (11’). Un document du 12 octobre 1970, où les protagonistes s’expriment sur l’affaire Russier. Les propos sont francs, directs, percutants, surtout lorsque André Cayatte évoque ses intentions (montrer que la loi n’épouse pas son temps) et partis pris. Certaines images capturées sur le plateau montrent le cinéaste à l’oeuvre avec ses comédiens.

Nous retrouvons ensuite les deux acteurs principaux et André Cayatte (5’) qui reviennent cette fois encore sur l’affaire Russier et sur leurs espoirs personnels quant aux débats que pourrait entraîner le film à sa sortie prévue deux semaines plus tard.

Annie Girardot, sans ses camarades cette fois, partage son opinion sur l’affaire Russier et évoque la raison pour laquelle elle a finalement accepté d’interpréter ce rôle, après avoir hésité dans un premier temps (4’30).

Enfin, nous trouvons la célèbre intervention du président Georges Pompidou (4’35). Lors d’une conférence de presse, interrogé sur l’affaire Russier par le journaliste à RMC Jean-Michel Royer, le chef de l’état cite alors Paul Eluard avec quelques vers consacrés aux femmes tondues à la Libération « Comprenne qui voudra, Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d’enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés ». Il quitte alors la salle sur ces mots.

L’Image et le son

Mourir d’aimer a été restauré en 4K et c’est une véritable résurrection ! Un master HD saisissant de beauté. Aucune scorie n’est à signaler. Soutenue par une solide compression AVC, l’image affiche une redoutable stabilité, les contrastes sont affirmés, la colorimétrie est très riche. A ce titre, la photographie de Maurice Fellous fait la part belle aux teintes chromatiques héritées du Pop art avec une explosion de teintes jaunes, bleues, vertes et rouges. Une palette lumineuse, pastelle et chatoyante qui ne cesse de ravir les yeux, tout comme les détails dans chaque recoin du décor et sur les nombreux gros plans avec un piqué acéré. Le grain argentique est présent, fin, élégant. C’est superbe.

Ce mixage Dolby Digital 2.0 instaure un confort acoustique probant et solide. Quelques dialogues paraissent étouffés, d’autres, la plupart, sont au contraire délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise et les silences sont denses. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © L.C.J. Editions & Productions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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