Test Blu-ray / Mort un dimanche de pluie, réalisé par Joël Santoni

MORT UN DIMANCHE DE PLUIE réalisé par Joël Santoni, disponible en 4K Ultra HD + Blu-ray – Édition limitée & Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Nicole Garcia, Jean-Pierre Bacri, Dominique Lavanant, Jean-Pierre Bisson, Étienne Chicot, Jean-Pierre Malo, Marshall Titus, Cerise Leclerc…

Scénario : Joël Santoni & Philippe Setbon, d’après le roman de Joan Aiken

Photographie : Jean Boffety

Musique : Vladimir Cosma

Durée : 1h51

Date de sortie initiale : 1986

LE FILM

David Briand, un architecte, vit dans une grande maison avec sa femme et leur fille. À la suite de l’éboulement d’un immeuble dessiné par David, un homme, Cappy Bronsky se retrouve handicapé. David se sent obligé de l’engager comme jardinier et son épouse comme babysitter. Mais la vie des Briand va vite devenir un enfer.

Quelle audace ! Si le cinéma français d’aujourd’hui avait les mêmes cojones que celles qu’arborent Mort un dimanche de pluie, le septième art hexagonal se porterait bien mieux et attirerait sans doute plus de spectateurs dans les salles. Sept ans après le succès mitigé du il est vrai fort moyen Ils sont grands ces petits, Joël Santoni (1943-2018) revenait derrière la caméra avec ce qui sera alors son dernier long-métrage. Avant de consacrer tout le reste de sa carrière à la télévision, pour laquelle il signera notamment de nombreux épisodes de la série à succès Une famille formidable, qui s’étendra sur plus d’un quart de siècle, le réalisateur livre un incroyable film de genre, un thriller psychologique qui laisse pantois, magistralement mis en scène et interprété. Furieusement anxiogène et immersif, Un dimanche de pluie repose sur un scénario machiavélique coécrit par le cinéaste et Philippe Setbon (Cross, Mister Frost, scénariste des Fauves, de Parole de flic et même de Détective de Jean-Luc Godard), d’après le roman de Joan Aiken publié en 1972, qui joue avec les nerfs des spectateurs du début à la fin et prend un malin plaisir à plonger les personnages dans un cauchemar éveillé. Certaines scènes sont réservées à un public averti, une en particulier, celle de la scène dite des « toilettes », qui reste impensable à reproduire aujourd’hui, mais Mort un dimanche de pluie demeure un sacré tour de force.

David Briand, un architecte, a quitté Paris pour s’installer en Suisse avec sa femme, Elaine, et sa fille, Cric, dans une immense maison qu’il a lui-même conçue et qu’il considère comme l’oeuvre de sa vie. Un matin, David croise Bronsky, un homme mystérieux qui porte une prothèse à la place du bras gauche. Bronsky, qui de toute évidence le connaît, ne tarde pas à s’imposer dans sa vie. David, comme hypnotisé, l’embauche comme jardinier, puis, Elaine ayant décidé de retravailler, engage son épouse, Hazel, pour garder Cric. Elaine comprend rapidement qu’Hazel maltraite sa fille, mais David, qui semble avoir perdu sa personnalité, prend systématiquement la défense des Bronsky…

C’est une histoire de vengeance, celle d’un couple qui tient pour responsable un architecte d’un accident grave de chantier, qui a entraîné la mort de plusieurs ouvriers et le lourd handicap d’un homme, mari et père. Ou quand la douleur rend fou. Ce type pathétique, imbibé d’alcool et au bord du gouffre, génialement incarné par Jean-Pierre Bisson (Le Quart d’heure américain, 37°2 le matin, Lune froide), accompagné de sa femme et de leur fille, retrouve l’architecte en question. Il s’agit de David Briand, marié à Elaine, un couple quadragénaire, qui vivent dans un hameau proche de la frontière suisse, dans une vaste construction d’un style très moderne, mais très isolée, loin de tout et de tout le monde. Le décor est froid, sous une pluie constante. Elaine n’aime pas la maison mais David en est l’architecte et cette demeure est sa vitrine professionnelle. Le couple traverse une période de crise : David est en difficulté financière. Il est peu présent, pris par son travail à l’extérieur. Elaine s’ennuie et regrette d’avoir quitté un poste important à Paris. Elle n’apprécie pas d’être socialement isolée et d’être en butte à des soucis financiers. C’est alors que débarquent les Bronsky, un infirme et sa femme, qui installent leur caravane devant la propriété du couple et ceci n’est évidemment pas un hasard.

Joël Santoni expose d’emblée le décor principal de l’action avec cette grande baraque glaciale, perdue au milieu des champs tel un vaisseau spatial. La pluie ne s’arrêtera quasiment jamais durant 1h50 et la photographie signée Jean Boffety (Canicule, Une histoire simple, Folle à tuer), reste glaçante, à la limite du N&B, deux couleurs prédominantes qui seront « parasitées » par la robe rouge de la final girl interprétée avec autant de force que de grâce par la magnifique Nicole Garcia. Cet environnement participe à la montée de la tension ressentie du début à la fin, impression qui s’accentue lorsque Bronsky débarque dans la vie de David et commence à exercer sur lui des pressions morales. L’architecte se sent contraint de l’embaucher comme jardinier pour le sortir de la misère. Pendant ce temps, un ami propose à Elaine un poste de productrice de musique, son ancien métier, et ce revenu tombe à pic. Elle doit cependant confier sa fille à une baby-sitter et Mme Bronsky paraît apte à la prendre en charge puisqu’elle a elle-même une fillette. Le travail d’Elaine et ses déplacements quotidiens en train éloignent Elaine de sa fille. Elle rentre tard. Progressivement, quand l’enfant montre des signes de perturbation, les Briand s’inquiètent du comportement des Bronsky.

Tous les comédiens de Mort un dimanche de pluie apparaissent dans un fascinant contre emploi, à l’exception de Nicole Garcia, ayant souvent touché au drame au cours de son illustre carrière et par ailleurs sortant d’un de ses plus grands succès avec Péril en la demeure de Michel Deville. Jean-Pierre Bacri est entre Subway de Luc Besson et L’Été en pente douce de Gérard Krawczyk, et l’acteur semble encore se chercher un peu dans le cinéma français, même si sa tronche fermée tentant de dissimuler une immense sensibilité commence à se faire remarquer par les spectateurs. Mais celle qu’on attendait le moins dans le genre est incontestablement Dominique Lavanant, immensément flippante dans Mort un dimanche de pluie dans la peau d’Hazel Bronsky. Mais ils sont plusieurs réalisateurs à avoir su déceler non seulement le talent, mais aussi son étonnante capacité à aborder le genre dramatique, puisqu’on la retrouvera tout de suite après dans Kamikaze de Didier Grousset, Agent trouble de Jean-Pierre Mocky et Quelques jours avec moi de Claude Sautet. Sa prestation de « sorcière » moderne psychotique, sadique et violente, reste en mémoire longtemps après. Ceux qui ont grandi dans les années 1980 reconnaîtront aussi la petite Cerise Leclerc, révélée dans La Smala de Jean-Loup Hubert. Elle apparaît dans LA scène que personne ne peut oublier dans Mort un dimanche de pluie.

Les scènes d’enregistrement en studio, qui pour être franc et honnête ne servent absolument à rien, ont très mal vieilli (Vladimir Cosma en petite forme) et apparaissent comme si Joël Santoni n’avait pas assumé ce sentiment d’étouffement tout du long et préférait avoir recours à ces respirations qui cassent un peu le rythme. Mais cela reste anecdotique, car on reste tout de même scotché jusqu’au final digne d’un film d’épouvante. Un thriller domestique haut de gamme qui ne connaîtra malheureusement aucun succès dans les salles (même pas 150.000 entrées) et sera à peine diffusé à la télévision. Il est donc temps de réhabiliter Mort un dimanche de pluie.

LE BLU-RAY

Exit le DVD sorti chez LCJ Éditions & Productions en 2013 et qui se revendait souvent à prix d’or ! Le Chat qui fume dégaine la grosse artillerie avec rien de moins qu’une édition limitée 4K Ultra HD + Blu-ray, mais aussi en Blu-ray Standard et ce depuis octobre 2025. Nous avons pu avoir entre les mains la seconde. Le disque HD repose dans un superbe boîtier Scanavo, la jaquette arborant un visuel simple, mais efficace, le tout glissé dans un fourreau cartonné qui pour le coup reprend heureusement le visuel de l’affiche français d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur propose deux entretiens avec l’excellent Philippe Setbon, ici coscénariste de Mort un dimanche de pluie. Dans la première interview de sept minutes, celui-ci aborde le film de Joël Santoni, qui lui avait envoyé le livre de Joan Aiken et prévoyait de l’adapter avec Hanna Schygulla et Marlène Jobert, espérant même engager Rutger Hauer pour le rôle masculin principal. Si le casting devait changer intégralement en cours de route (« Jean-Pierre Bacri est formidable […] c’est lui le héros du film »), Philippe Setbon indique qu’il a pu écrire le scénario comme il l’entendait. Il revient aussi sur l’ambition de ce projet, qui a connu d’excellentes critiques, mais dont la sortie est passée inaperçue en raison des attentats de septembre 1986, qui ont secoué le pays. Philippe Setbon déclare que la musique n’était sans doute pas adéquate avec le récit et que le film reste choquant, notamment la scène des toilettes…

Dans le second supplément (25’), Philippe Setbon se penche sur sa carrière, sur les étapes de son parcours, sur ses rencontres déterminantes. Il se souvient avoir habité rue Lafayette, en face d’un cinéma, où il observait les affiches et où il a d’ailleurs vu son premier film, Les 7 Mercenaires de John Sturges. Philippe Setbon parle aussi de sa boulimie de cinéma, de sa découverte de Sergio Leone sur les Grands Boulevards, de ses débuts comme scénariste de bandes dessinées et derrière la caméra, de son livre consacré à Charles Bronson (son idole), de sa rencontre (et de son amitié) avec Klaus Kinski, ainsi que de ses divers travaux dans le cinéma comme scénariste (Détective de Jean-Luc Godard, Parole de flic de José Pinheiro), mais aussi comme réalisateur, dont il conserve un goût amer après le grave échec de Mister Frost, indiquant aussi que le métier a beaucoup changé et qu’il a préféré prendre sa retraite pendant qu’il était encore temps.

L’Image et le son

Restauré en 4K par FPA France à partir du négatif original 35mm, Mort un dimanche de pluie fait peau neuve. Le cadre large n’a sans doute jamais été aussi resplendissant, l’image est somptueuse et les couleurs correspondent aux volontés artistiques de Joël Santoni et de son directeur de la photographie Jean Boffety. La robe rouge de Nicole Garcia détonne dans l’environnement très sombre et monochrome du film. La propreté du master impressionne, tout comme le piqué à de multiples reprises, ainsi que la densité des contrastes et la finesse de la texture argentique. C’est stable, c’est beau, élégant, en un mot impeccable.

Le spectateur a le choix entre les pistes DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0. Notre préférence va pour la seconde qui instaure un confort acoustique percutant et bien sûr plus fidèle aux intentions originales. En ce qui concerne le remixage, la spatialisation musicale est convaincante et les effets latéraux probants. Les ambiances naturelles sont présentes, la balance frontale est dynamique et équilibrée, et le report des voix solide. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Panama Productions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.