Test Blu-ray / Les Tigres Volants, réalisé par David Miller

LES TIGRES VOLANTS (Flying Tigers) réalisé par David Miller, disponible en DVD et Blu-ray le 22 septembre 2021 chez Rimini Editions.

Acteurs : John Wayne, John Carroll, Anna Lee, Paul Kelly, Gordon Jones, Mae Clarke, Addison Richards, Edmund MacDonald…

Scénario : Kenneth Gamet & Barry Trivers

Photographie : Jack A. Marta

Musique : Victor Young

Durée : 1h41

Année de sortie : 1942

LE FILM

En Chine, au début de la Seconde Guerre mondiale. Une poignée de volontaires américains constitue l’escadrille les Tigres Volants. Ils sont chargés de défendre la population chinoise et affrontent dans les airs l’envahisseur japonais.

Quand il tourne Les Tigres Volants Flying Tigers en 1942, Marion Robert Morrison alias John Wayne a déjà 35 ans et plus de quinze années de cinéma à son actif. S’il n’est évidemment pas le mythe qu’il deviendra par la suite, le comédien est un visage reconnaissable dans le milieu et compte à son actif des collaborations avec King Vidor, John Ford et Michael Curtiz. Sa carrière aurait pu prendre un nouveau tournant en 1930 avec La Piste des géants The Big Trail de Raoul Walsh, mais le film est malheureusement un échec au box-office. Il enchaîne alors les westerns de série B sur un rythme effréné, allant jusqu’à jouer dans dix films par an, même s’il envisage sérieusement de se reconvertir dans la boxe. En 1939, La Chevauchée fantastique Stagecoach de John Ford change la donne, le succès est là et le film est nommé sept fois aux Oscars. John Wayne est désormais l’une des stars les plus en vue à Hollywood. 1941, après l’attaque des Japonais à Pearl Harbor, les États-Unis entrent en guerre. Certains acteurs et réalisateurs sont mobilisés sur le front ou s’engagent volontairement, mais la demande de John Wayne, étant père de quatre enfants et déjà « âgé », est déclinée. Qu’à cela ne tienne, il « combattra » à sa manière, à travers quelques films de propagande, même si en tant que fervent patriote, il regrettera toute sa vie de ne pas avoir pu participer sur le terrain comme il le souhaitait. C’est ainsi qu’il se retrouve à l’affiche de son premier film de guerre, réalisé en l’honneur de l’escadrille des Tigres Volants, tout simplement intitulé…Les Tigres Volants, dont l’action se déroule en 1941, quelques semaines avant Pearl Harbor. Forcément rétro, Flying Tigers reste un témoignage d’époque, une œuvre qui n’hésitait pas à forcer le trait en montrant de vrais grands héros luttant pour leur pays chéri, le tout sur une musique grandiloquente, des regards appuyés, une emphase qui a de quoi faire sourire et des actes chevaleresques où le sacrifice de soi était non seulement inévitable, mais aussi chaudement recommandé. S’il remplit effectivement tous les points cruciaux de cahier des charges, il n’est pas interdit de passer du bon temps devant les aventures de ces Tigres Volants, dans lequel le Duke s’impose sans mal en capitaine bad-ass et charismatique.

Jim Gordon (John Wayne) dirige les Flying Tigers, un escadron de pilotes américains volontaires qui pilotent des avions de chasse Curtiss P-40 Warhaw contre des avions japonais dans le ciel de la Chine, pendant la seconde guerre sino-japonaise. Les pilotes sont d’horizons divers, motivés par l’argent (ils reçoivent en effet une prime pour chaque avion abattu) ou simplement par le frisson du combat aérien. Un jour, Woody Jason (John Carroll), un vieil ami et ancien pilote de ligne, s’engage sous le commandement de Jim. Aviateur arrogant, indiscipliné et passionné, sa présence cause immédiatement quelques problèmes au sein du groupe. Lorsque les Japonais attaquent la base aérienne des Flying Tigers, le nouvel arrivant les poursuit, embarquant dans un chasseur P-40 sans autorisation, ne réalisant que trop tard qu’il n’a pas de munitions. En conséquence, Woody est abattu. Il se sort miraculeusement de ce crash, mais le précieux engin est irrécupérable. Au fil du temps, Woody montre son irrespect pour le travail en équipe, aliénant et mettant en danger les autres pilotes. Également séducteur, il entreprend de charmer l’infirmière Brooke Elliott (Anna Lee), même si tout le monde sait que cette belle petite blonde est la petite amie de Jim. Un soir, absent car occupé à draguer Brooke, le bras droit de Jim, « Hap » Davis (Paul kelly), prend secrètement sa place, alors qu’il vient d’être interdit de vol par Jim en raison de sa mauvaise vue. Dans le combat aérien qui en résulte, Hap est incapable de juger les distances avec précision et finit par mourir dans une collision avec un avion japonais qu’il poursuit. Jim congédie Woody. La date est le dimanche 7 décembre 1941, jour de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, entraînant l’Amérique dans la Seconde Guerre mondiale. Un jour plus tard, Jim reçoit un avis indiquant qu’un pont vital doit être détruit. La cible est si fortement défendue, cependant, que la seule façon d’y parvenir est de voler très bas avec un seul bombardier sans escorte ; la mission semble être une mission suicide à sens unique. Jim se porte volontaire pour piloter le bombardier, mais Woody s’invite à la dernière seconde, au grand dam de Jim.

Aux commandes des Tigres volants, on retrouve David Miller (1909-1992), cinéaste méconnu qui a pourtant quelques pépites à son palmarès, dont le formidable Sudden Fear Le Masque arraché (1952), le célèbre, somptueux et crépusculaire Seuls sont les indomptés Lonely Are the Brave (1962) avec Kirk Douglas et Complot à Dallas Executive Action (1973) avec Burt Lancaster et écrit par Dalton Trumbo. Habile technicien, il s’acquitte royalement de sa tâche et emballe ce film de guerre de propagande avec élégance, en dépit d’un recours assez conséquent à des stock-shots provenant de véritables combats pour les séquences aériennes, qui se déroulent devant les yeux émerveillés de femmes et d’enfants chinois. L’introduction donne le ton « Depuis que les Tigres Volants sillonnent le ciel de Chine face à un ennemi supérieur en nombre, ils symbolisent l’invincible force de nos armées luttant pour la justice et l’humanité. Le peuple chinois se souviendra éternellement de leur courage et de leurs victoires – Tchang Kaï-chek ». Si le chef du gouvernement et chef de l’armée le dit…C’est en 1938, qu’une force aérienne destinée à venir en aide au gouvernement chinois est constituée, le tout bien sûr approuvé par le président Roosevelt. Une centaine de pilotes et le double de techniciens sont envoyés sur place. Il n’en fallait pas plus pour que le cinéma s’empare de cette histoire, en mettant en valeur l’union de ces hommes, partagés entre leur passion de l’aviation et le devoir à accomplir. Si Les Tigres Volants prend évidemment pas mal de libertés avec la réalité, car il faut bien divertir les spectateurs et leur en mettre plein les yeux avec de beaux combats aériens, le message passe. On imagine alors très bien l’audience sortir du cinéma avec pour seule envie d’aller effacer le sourire plein de dents de ces terribles japonais.

Sur un scénario de Kenneth Gamet (Les Diables de Guadalcanal de Nicholas Ray, Le Sabre et la Flèche d’André De Toth) et Barry Trivers (International Squadron de Lewis Seiler), qui pioche quand même très allègrement sur celui de Seuls les anges ont des ailes Only Angels Have Wings de Howard Hawks sorti trois ans auparavant et une jolie photographie signée Jack A. Marta (Sacramento de William C. McGann, Duel de Steven Spielberg, L’Escadron noir de Raoul Walsh), David Miller compile les actes de bravoure de ses personnages, tous très sympathiques et par ailleurs bien campés par des acteurs impliqués. Doté d’un budget conséquent, Les Tigres Volants cassera la baraque au box-office et deviendra le plus gros succès de la Republic Pictures. Une suite a bien sûr été envisagée, mais finalement abandonnée.

LE BLU-RAY

Après Le Barbare et La Geisha et Alerte aux marines, Rimini Editions revient à John Wayne en proposant un de ses films méconnus, Les Tigres Volants, en DVD et en Blu-ray. La jaquette, au visuel soigné, est glissée dans un boîtier classique de couleur noire, lui-même présenté dans un surétui cartonné liseré rouge. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur ne propose qu’un seul supplément, mais heureusement celui-ci s’avère blindé d’informations. Il s’agit d’une présentation des Tigres Volants par Jean-François Dickeli, critique cinéma pour le site Culturopoing (25’). L’invité de Rimini Editions replace tout d’abord le film de David Miller dans son contexte historique, autrement dit quelques mois après l’attaque de Pearl Harbor par l’armée japonaise et l’entrée en guerre des États-Unis. Un événement suivi par le soutien du cinéma hollywoodien, qui allait mettre en route plusieurs longs-métrages de propagande (en envoyant aussi des réalisateurs sur le terrain comme John Ford, Frank Capra, William Wyler et John Huston), les studios étant désireux de parler entre autres des dangers du nazisme et de montrer aux spectateurs ce qui se déroulait dans le monde. Jean-François Dickeli passe ainsi en revue les stéréotypes mis en place pour représenter d’un côté l’héroïsme à outrance des soldats américains, et de l’autre les Japonais assoiffés de sang, n’hésitant pas pour cela à avoir recours à quelques caricatures racistes. Flying Tigers est ensuite replacé dans la carrière de John Wayne (qui n’avait pas pu s’engager dans le conflit en raison de son âge et de sa situation familiale), tandis que certains de ses films de guerre (qui se déroulent essentiellement dans le Pacifique) sont évoqués. Le parcours de David Miller – « le prototype d’artisan de studios, ultra-productif » – est abordé, ainsi que la véritable histoire des Tigres Volants.

L’Image et le son

Du début à la fin, ce master HD reste marqué par de nombreuses poussières, rayures verticales, griffures, que ce soit sur les images filmées par David Miller, comme sur les très nombreux stock-shots, même si ces dernières sont indubitablement plus dégradées. Certaines séquences s’en tirent mieux et apparaissent étonnamment claires, stables, détaillées, avec même un piqué acéré. La gestion des contrastes demeure aléatoire, un scintillement se fait ressentir, les fondus enchainés décrochent, mais le grain argentique est conservé et par ailleurs plutôt équilibré. Une galette bleue dans la « moyenne + » donc. Le Blu-ray est au format 1080p et le format original 1.37 respecté.

Pas de version française, mais une piste anglaise DTS HD Master Audio 2.0 de fort bon acabit, qui étonne même par son ardeur et ce dès le générique d’ouverture. Les scènes de combats aériens sont percutantes, les dialogues solidement délivrés, les effets pétaradants, la musique de Victor Young enivrante. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Rimini Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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