Test Blu-ray / Le Sens de la famille, réalisé par Jean-Patrick Benes

LE SENS DE LA FAMILLE réalisé par Jean-Patrick Benes, disponible en Blu-ray le 3 novembre 2021 chez Gaumont.

Acteurs : Alexandra Lamy, Franck Dubosc, Christiane Millet, Rose de Kervenoaël, Mathilde Roehrich, Nils Othenin-Girard, Artus, Jackie Berroyer…

Scénario : Jean-Patrick Benes, Antoine Gandaubert, Fabrice Goldstein & Antoine Rein

Photographie : Gilles Porte

Musique : Christophe Julien

Durée : 1h32

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Un matin, les Morel se réveillent avec un gros problème. Ils découvrent que l’esprit de chacun est coincé dans le corps d’un autre membre de la famille ! Chacha, 6 ans, est dans le corps de Papa, Papa dans le corps de son ado de fils, le fils dans le corps de la grande sœur, la grande sœur dans le corps de la mère, et la mère dans le corps de Chacha…. Vous n’avez pas suivi ? Eux non plus. Et ce n’est que le début.

A l’occasion de la sortie récente de l’excellent Freaky de Christopher Landon, nous évoquions le body-swap au cinéma, autrement dit l’échange de corps entre deux personnages. Si cette astuce a largement inspiré le cinéma américain, la France s’en est aussi emparée à plusieurs reprises. Ainsi, Patrick Schulmann avec Rendez-moi ma peau… (1980), Bruno Chiche avec L’un dans l’autre (2017) et François Dupeyron avec La Machine (1994) se sont essayés, avec plus ou moins de réussite d’ailleurs, à ce truc toujours très efficace, tant du point comique pour les deux premiers, que dramatique, voire foncièrement inquiétant pour le troisième. Le Sens de la famille de Jean-Patrick Benes découle forcément de LA référence en la matière, Un vendredi dingue, dingue, dingue Freaky Friday de Gary Nelson (1976) avec Barbara Harris et Jodie Foster, film culte qui avait connu un remake très réussi, Freaky Friday : Dans la peau de ma mère (2003) avec Jamie Lee Curtis et Lindsay Lohan. Dans le film de Jean-Patrick Benes, ce sont – comme son titre l’indique – plusieurs membres d’une même famille qui du jour au lendemain vont se retrouver dans la peau de l’autre, le père dans celui de sa petite fille de cinq ans, le frère dans celui de sa sœur et l’on tient à préciser que cette famille ne vient pas du Nord ! Un peu d’humour ne fait jamais de mal. Le Sens de la famille est une comédie plutôt sympathique, qui n’exploite sans doute pas toutes les possibilités de son postulat de départ et qui ne sait plus trop où aller dans la seconde partie, mais qui contient son lot de quiproquos amusants. Franck Dubosc et Alexandra Lamy, qui se retrouvent à l’écran après le rigolo Bis (2015) de Dominique Farrugia et surtout le génial Tout le monde debout (premier long-métrage réalisé par le comédien) y sont entre autres brillants, tout comme le reste du casting. Bref, un bon moment.

Un soir, alors qu’ils sont en vacances dans un parc d’attractions, Sophie, infirmière désemparée aide sa fille Chacha à réaliser un devoir de mathématiques. Son autre fille, Valentine, 16 ans, est sur son téléphone portable. Alain, le papa, dort dans la chambre parentale. Léo, le fils, est dans le salon. Chacha avoue à sa mère que son frère se drogue. Ensuite, pendant la nuit, leurs esprits sont transférés dans le corps de quelqu’un d’autre. Les problèmes commencent…

Jean-Patrick Benes est le scénariste du légendaire Quatre garçons plein d’avenir (1997) de Jean-Paul Lilienfeld, de l’inénarrable Les Dents de la nuit (2008) de Stephen Cafiero et Vincent Lobelle, mais aussi l’un des créateurs de la série Kaboul Kitchen, le co-réalisateur de Vilaine (2008) aux côtés d’Allan Mauduit, ainsi que l’auteur et le metteur en scène du singulier Arès (2016). Pour son nouveau film, il combine à la fois l’humour et le fantastique pour une petite fable piquante sur les relations familiales, qui prennent une tournure inattendue où suite à un phénomène paranormal, dont l’explication sera plus suggérée que révélée sur le gros plan final, un père, une mère, leurs deux filles, leur fils et la grand-mère ne vont avoir de cesse d’intervertir leur corps. Ce processus permet au réalisateur de se pencher sur les difficultés rencontrées par un couple en crise, sur celle des adolescents qui se sentent rejetés par leurs parents, bien trop occupés à régler leurs problèmes ou au contraire à fuir pour ne pas avoir à s’y confronter, tandis que la petite dernière tente de comprendre son frère et sa sœur ingrats, ainsi que ses parents dépassés par les événements. Là-dessus, la grand-mère s’incruste également et se retrouve entraînée dans leur récente malédiction.

Quelques séquences patinent légèrement, notamment tout ce qui touche au travail d’Alain, interprété par Franck Dubosc, aussi à l’aise en père au bout du rouleau, qu’en petite fille de cinq ans qui suce son pouce en étreignant son doudou. On sent un peu le remplissage durant ces scènes, dont on se désintéresse petit à petit. Heureusement, l’essentiel est ailleurs. On rit volontiers non seulement aux échanges des corps, surtout lorsque la femme se retrouve dans celui de son époux, ou lorsque la grand-mère compte bien profiter de sa « nouvelle jeunesse » en allant flirter avec les amis de sa petite fille.

Mais le point névralgique du Sens de la famille demeure incontestablement le couple Franck Dubosc-Alexandra Lamy, dont la complicité est toujours évidente. Les comédiens se connaissent par coeur et cela se voit, dans leur façon de se mettre dans la peau de l’autre et à ce titre leur numéro vaut le détour. Ils sont d’ailleurs très bien entourés par ceux qui interprètent les autres membres de la famille. La petite et craquante Rose de Kervenoaël, vue dans la mini-série Le Bazar de la Charité, impressionne par son jeu mature et s’avère très crédible quand sa mère se retrouve dans le corps de sa fille cadette. Même chose pour Mathilde Roehrich, aperçue dans le rôle de la domestique dans Le Retour du héros (2018) de Laurent Tirard et récemment dans Le Bal des Folles de Mélanie Laurent, aussi tordante en mec défoncé et deux de tension qu’en grand-mère vacharde et opportuniste. Et n’oublions pas Christiane Millet, la « vraie » grand-mère qui s’éclate en « ado porté sur la fumette », ainsi que Nils Othenin-Girard, le « vrai » fils qui va passer une bonne partie du film en robe et arborer des couettes, une fois que sa petite sœur prendra possession de son corps dégingandé.

Alors, si tout n’est pas abouti dans Le Sens de la famille (on se demande ce qu’un lama vient faire dans cette histoire par exemple), au moins Jean-Patrick Benes tente beaucoup de choses assez rares dans le panorama de la comédie française traditionnelle. De plus, l’émotion n’est pas absente, le message sur la valeur des liens familiaux n’est pas asséné au marteau piqueur dans le crâne des spectateurs, le rythme est enlevé, on rit pas mal et c’est déjà ça de pris.

LE BLU-RAY

Après son succès relatif avec à peine un demi-million de spectateurs en juin 2021, Le Sens de la famille débarque chez Gaumont en DVD et Blu-ray. Le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Seule la bande-annonce est disponible en guise de supplément.

L’Image et le son

Les contrastes sont riches, la luminosité est omniprésente, les scènes nocturnes sont logées à la même enseigne et le relief est probant. Les visages sont détaillés à souhait, tout comme les décors, la colorimétrie est vive et chatoyante, ambrée, le piqué joliment aiguisé (surtout sur les scènes en extérieur), les détails foisonnent aux quatre coins du cadre, le relief est indéniable et la photo élégante du chef opérateur Gilles Porte (Quand la mer monte…, Dans les forêts de Sibérie, L’Échange des princesses) trouve en Blu-ray un écrin idéal.

La version DTS-HD Master Audio 5.1 parvient sans mal à instaurer un indéniable confort phonique. Les enceintes sont toutes mises en valeur et spatialisent excellemment les effets, la musique et les ambiances. Quelques séquences auraient peut-être mérité d’être un peu plus dynamiques ou les dialogues parfois quelque peu relevés quand la partition s’envole, mais l’immersion est fort probante. De son côté, la DTS-HD Master Audio 2.0 se révèle également dynamique, percutante même. L’éditeur joint aussi les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Gaumont / Karé Productions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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