Test Blu-ray / La Reine du mal, réalisé par Oliver Stone

LA REINE DU MAL (Seizure !) réalisé par Oliver Stone, disponible en combo DVD/Blu-ray le 19 août 2020 chez Extralucid Films.

Acteurs : Jonathan Frid, Martine Beswick, Joseph Sirola, Christina Pickles, Hervé Villechaize, Anne Meacham, Roger De Koven, Troy Donahue, Mary Woronov, Richard Cox…

Scénario : Oliver Stone, Edward Mann

Photographie : Roger Racine

Musique : Lee Gagnon

Durée : 1h31

Année de sortie : 1974

LE FILM

L’écrivain Edmund Blackstone voit son pire cauchemar prendre vie lorsque les membres de sa famille et ses amis sont tués un à un par la Reine du mal et ses serviteurs, un nain nommé Spider et un géant à la force surhumaine appelé Jackal. Est-ce un mauvais rêve ou la réalité ?

S’il y a bien un début pour tout le monde, nous étions loin d’imaginer Oliver Stone aux commandes d’un film d’épouvante pour son premier long-métrage, La Reine du mal, étonnamment plus connu par les cinéphiles français sous son titre original, Seizure !. Agé de 28 ans, le réalisateur issu d’une famille juive franco-américaine, entame d’abord des études à Yale où il a d’ailleurs pour un camarade un certain George W. Bush. Puis, suite aux refus successifs de nombreux éditeurs concernant un de ses manuscrits, Oliver Stone décide de s’engager dans l’armée et part au Viêt Nam en 1967, près de la frontière cambodgienne. De retour au pays, il reprend les cours et se tourne vers le cinéma en intégrant l’université de New York, où il a pour professeur Martin Scorsese. C’est ce dernier qui l’encourage à s’inspirer de son expérience personnelle sur le front pour le coucher sur papier. En 1971, il réalise son film de fin d’année, Last Year in Viet Nam, un court-métrage forcément influencé par son vécu. Trois ans plus tard, Oliver Stone a l’opportunité de mettre en scène son premier long-métrage, La Reine du mal, qui sera entièrement tourné au Québec. Rétrospectivement, il est difficile d’y reconnaître la griffe, l’âme et l’univers de celui qui écrira Midnight Express d’Alan Parker en 1978 et réalisera des œuvres aussi variées comme Salvador (1986), Platoon (1986), Wall Street (1987), JFK (1991), Tueurs nés (1994) et bien d’autres qui composeront l’une des filmographies les plus éclectiques et explosives du cinéma américain. Seizure ! étant une première œuvre, Oliver Stone y met beaucoup de choses, trop sans doute, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que La Reine du mal est un film complètement barré, survolté, étrange et complexe, qui joue avec les genres, tout en annonçant quelque part La Part des ténèbres qui sera écrit par Stephen King en 1989 et qui sera d’ailleurs adapté par George A. Romero en 1992. C’est donc un film bordélique, mais ô combien intéressant.

Edmund Blackstone, un célèbre écrivain réputé pour ses écrits horrifiques est obsédé par un cauchemar récurrent dans lequel trois personnages de son dernier roman viennent le persécuter durant la nuit. Comme il se plaint à son épouse Nicole, celle-ci prévoit, pour soulager son stress, une fête en fin de semaine rassemblant plusieurs de leurs amis et associés d’affaires dans leur maison de campagne isolée. Sont ainsi conviés par Edmund, Nicole et leur fils Jason : Serge l’intellectuel, sa femme Eunice, le millionnaire Charlie Hughes, sa jeune épouse Mikki, l’amant illicite de cette dernière, Mark Frost, ainsi qu’un autre couple. Peu de temps après, des personnages de fiction semblent prendre vie pour venir les séquestrer et les convier à une série d’épreuves s’avérant mortelles alors que parallèlement, la station de radio locale informe ses auditeurs qu’un trio d’aliénés s’est échappé d’un asile de fous situé à proximité. Ces protagonistes sont-ils issus de l’imagination d’un écrivain tourmenté ou bien sont-ils réels ? Mais surtout, les convives sortiront-ils vivants de ce week-end de terreur ?

Ce que l’on retient tout d’abord de Seizure !, c’est la magnifique Martine Beswick dans le rôle de la fameuse Reine du mal. Aperçue dans deux aventures de James Bond période Sean Connery, Bons baisers de Russie (1963) et Opération Tonnerre (1965) de Terence Young, la comédienne apparaît ensuite dans de multiples films de genre aux titres emblématiques, Un million d’années avant J.C. (1966) de Don Chaffey, El Chuncho (1966) de Damiano Damiani, Les Femmes préhistoriques (1967) de Michael Carreras, La Nuit des alligators (1967) de Peter Collinson et Dr Jekyll et Sister Hyde (1971) de Roy Ward Baker, avant d’écumer toutes les séries télévisées possibles et imaginables. La Reine du mal est sans nul doute l’un de ses plus grands rôles, où sa présence, ainsi que sa beauté sombre sont les plus réputées. A ses côtés, les fans de l’agent 007 reconnaîtront encore le français Hervé Villechaize, qui incarnait l’homme de main de Scaramanga (Christopher Lee), Tric-Trac (ou Nick Nack en version originale) dans L’Homme au pistolet d’or (1974) de Guy Hamilton. C’est donc une grande année pour le comédien, qui deviendra peu après Tattoo, l’assistant de M. Roarke (Ricardo Montalbán), dans la série télévisée L’Île fantastique de 1977 à 1983. L’écrivain « responsable » ou pas de l’apparition de ces personnages, est quant à lui interprété par Jonathan Frid, resté mondialement célèbre pour avoir créé et campé le personnage de Barnabas Collins dans près de 600 épisodes de la série Dark Shadows. Tous ce beau petit monde – et leurs partenaires que l’on mettrait beaucoup de trop de temps énumérer, mais qui sont également très bons – se rencontre et s’affronte dans quelques jeux mortels organisés par cette déesse mère du culte hindou, Kali, nourricière et destructrice. Un éternel féminin qui hante les hommes et qui semble être née sous la plume d’Edmund Blackstone, surnommé dans le film l’Edgar Poe de la littérature américaine contemporaine.

Seizure !La Reine du mal ressemble parfois à un épisode de La Quatrième DimensionThe Twilight Zone, en un peu plus punk quand même, auquel se grefferaient des éléments issus du slasher, de home invasion et de film d’horreur traditionnel. Il en ressort un aspect gloubi-boulga pas déplaisant, dont le tournage semble avoir été fait avec trois bouts de ficelle, de l’huile de coude et surtout du système D, mais constamment animé par une envie de s’amuser et de faire du cinéma avant tout. Avec son montage cut, sa belle maison paumée au bord d’un lac, ses quelques plans chocs (celui du chien pendu fait longtemps son effet…), ses personnages assez antipathiques, la beauté hypnotique et exotique de Martine Beswick, sa violence inattendue, ses diverses séquences inspirées (la course, le combat au couteau comme dans une arène), La Reine du mal est un coup d’essai qui s’avère un vrai cadeau pour les cinéphiles, à la fois film d’auteur (on y parle de processus créatif) et curiosité Bis, quasi-inclassable, mais totalement fun et au final une véritable expérience.

LE COMBO BLU-RAY + DVD

Seizuuuuuuuuuuuure !!!! Pardon, La Reine du mal est présenté en combo Blu-ray + DVD par Extralucid Films ! Une édition limitée et numérotée, proposée sous la forme d’un Digipack à deux volets, comprenant les deux disques, le tout glissé dans un fourreau cartonné au visuel démentiel et on ne peut plus attractif. Le menu principal est animé et musical. Il s’agit également du n°4 de la collection Extra Culte.

On ne s’en est jamais caché, chez Homepopcorn.fr nous adorons Fathi Beddiar. Scénariste et historien du cinéma, mais aussi surtout immense passionné et toujours passionnant, l’invité d’Extralucid Films propose un portrait très exhaustif d’Oliver Stone, du moins de ses premières années, autrement dit son enfance, ses études, ses années dans l’armée et ses débuts au cinéma (37’). La violence, la marijuana, le LSD et le sang sont au coeur de la jeunesse d’Oliver Stone, ce qui nourrira plus tard une partie de son cinéma. Puis, Fathi Beddiar en vient au film qui nous intéresse aujourd’hui, Seizure !La Reine du mal (son cinquième scénario), sur lequel vous entendrez moult anecdotes de tournages, mais aussi sur la mise en route film, les références (Le Charme discret de la bourgeoisie de Luis Buñuel), les conditions des prises de vue (Oliver Stone menacé au couteau par Hervé Villechaize pour être payé), etc. Enfin, Fathi Beddiar replace La Reine du mal dans la filmographie d’Oliver Stone, en recroisant certains thèmes et motifs (surtout en ce qui concerne les personnages féminins) que l’on retrouvera dans ses œuvres suivantes, mais y compris dans ses scénarios écrits pour d’autres metteurs en scène.

L’Image et le son

N’attendez évidemment pas une image immaculée, au piqué saisissant et aux contrastes éblouissants. Toutefois, même Oliver Stone n’aurait jamais pu imaginer voir ou revoir son premier long métrage dans ces conditions techniques. Extralucid Films déterre La Reine du mal et propose cette vraie rareté, non seulement en DVD, mais aussi et surtout en Haute-Définition ! Une initiative que l’on salue bien bas. Tout d’abord, sachez que Seizure ! est un film complètement fauché et bricolé avec les moyens du bord. L’apport HD est de ce fait facultatif, même si nous ne pourrons pas nier la propreté et la stabilité de l’ensemble. Le reste du temps, la gestion chromatique est aléatoire, mais néanmoins chaud et souvent lumineuse, des griffures font parfois leur apparition, bien que très rarement. Le grain cinéma est bel et bien présent. Mais que les amateurs de cinéma Bis – et donc d’accrocs techniques – soient rassurés, les plans flous, le piqué émoussé et d’autres couacs sont préservés.

La version française présente sur cette édition vaut le coup pour son doublage sympathique et très second degré qui en fera rire plus d’un. Le mixage exagère presque le rendu d’ailleurs, puisque les voix prennent souvent le dessus sur les effets annexes et la musique. Si vous désirez une projection plus « sérieuse », alors la piste anglaise est faite pour vous et instaure un très bon confort acoustique, dynamique et équilibré. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Extralucid Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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