Test Blu-ray / Dr Jekyll et Sister Hyde, réalisé par Roy Ward Baker

DR JEKYLL ET SISTER HYDE (Dr. Jekyll & Sister Hyde) réalisé par Roy Ward Baker, uniquement disponible dans le coffret Hammer – Tome 2 – 1970-1976 Sex & Blood – Édition Limitée Numérotée – Blu-ray + DVD, depuis le 30 novembre 2020 chez Tamasa Diffusion.

Acteurs : Ralph Bates, Martine Beswick, Gerald Sim, Lewis Fiander, Susan Brodrick, Dorothy Alison, Neil Wilson, Ivor Dean…

Scénario : Brian Clemens, d’après le roman de Robert Louis Stevenson

Photographie : Norman Warwick

Musique : David Whitaker

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1971

LE FILM

Londres, époque victorienne. Le Dr Jekyll tente de créer un élixir d’immortalité en utilisant des hormones féminines prélevées sur des cadavres frais. Mais dès qu’il boit le sérum, Jekyll se transforme en une femme aussi séduisante que démoniaque, Mrs. Hyde…

Le film le plus connu de Roy Ward Baker (1916-2010) est Atlantique latitude 41°A Night to Remember, qui a remporté le Golden Globe du meilleur film étranger de langue anglaise en 1959. Par la suite, il réalise de nombreux films d’horreur comme Les Monstres de l’espace Quatermass and the Pit (1967), The Anniversary (1968), The Vampire Lovers (1970) ou Les Cicatrices de Dracula – Scars of Dracula (1970), produits par la Hammer. Il s’essaye également au drame avec Le Cavalier noir – The Singer Not the Song en 1961. Pour la télévision, il réalise plusieurs épisodes des séries Chapeau melon et bottes de cuir et Amicalement vôtre.

Le roman L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de M. Hyde – Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde de Robert Louis Stevenson, publié en 1886, a connu de nombreuses adaptations au cinéma dès l’époque du muet. Certaines se tournent vers la comédie, c’est le cas du film Docteur Jerry et Mister LoveThe Nutty Professor (1963) avec Jerry Lewis. D’autres plongent dans l’horreur comme Les Deux Visages du Docteur JekyllThe Two Faces of Dr Jekyll (1960) réalisé par Terence Fischer et produit par la Hammer. En 1971 sort le film Dr Jekyll et Sister Hyde, une relecture du roman qui peut au premier abord sembler parodique par le jeu de mots dans son titre.

Le film se déroule au cœur de Londres, à l’époque où le tueur en séries Jack l’Éventreur rôde, comme l’indiquent les affiches de récompense collées sur les murs. L’ambiance du long-métrage se fait ressentir dès les premières minutes. Un soir brumeux, dans une rue sombre, une femme est sauvagement assassinée en sortant d’un pub.

Nous faisons ensuite la connaissance du Dr Jekyll qui a la grande ambition de créer un vaccin capable d’éliminer toutes les maladies. Mais sa recherche demande beaucoup de temps et il se rend compte qu’une vie n’est pas suffisante pour aboutir à un résultat. Il décide alors de se pencher sur la création d’un élixir de la vie, qu’il compte confectionner grâce à des hormones féminines. Pour cela, il doit les prélever sur des cadavres de femmes. Il s’associe donc à des meurtriers, Burke et Hare, deux personnages ayant vraiment existé, qui tuaient et vendaient les corps à un docteur pour ses recherches scientifiques.

Mais lorsqu’il teste pour la première fois l’élixir, le Dr Jekyll se transforme en femme, ce qui donne lieu à une scène très réussie. La réalisation comporte un trucage bluffant. Le Dr Jekyll se tord de douleur, s’installe sur un fauteuil devant un miroir et lorsqu’il relève la tête, il y découvre que son reflet montre une femme. Il n’y a absolument aucune coupe dans le montage, tout est en plan séquence. Le résultat est impressionnant. Cette idée de départ est aussi originale qu’inattendue.

Les thèmes du film sont avant-gardistes dans le cinéma d’épouvante. Derrière ce scénario né d’une plaisanterie lors d’une réunion de producteurs de la Hammer, Dr Jekyll et Sister Hyde évoque de façon sous-entendue l’homosexualité, la question du genre, de la transsexualité. Le personnage principal se retrouve face à une dualité sexuelle qu’il cache, car elle pourrait être mal jugée par la société.

Ralph Bates (1940-1991), acteur connu du grand public pour avoir tourné dans plusieurs films d’épouvante de la Hammer (Une messe pour Dracula – Taste the Blood of Dracula, Les Horreurs de Frankenstein – The Horror of Frankenstein), est superbe dans ce rôle de savant mystérieux, au visage inquiétant, qui sombre dans la folie. Il n’hésite pas à partir dans des excès terribles au nom de la science. Mrs Hyde est interprétée par Martine Beswick, qui a commencé sa carrière en étant par deux fois James Bond girl, dans Bons Baisers de Russie (1963) et Opération Tonnerre (1965). Elle est sublime dans ce rôle de femme diabolique à la beauté fatale.

Le mélange des genres est réussi. Nous avons cette intrigue policière avec le cheminement de l’enquête afin de trouver l’assassin, de l’horreur avec des scènes de meurtres effrayants, de la comédie avec les répliques ironiques de Burke et Hare et enfin un peu d’érotisme avec le personnage de Mrs Hyde.

Les décors reconstitués en studio sont remarquables, créant un style gothique et nous plongeant parfaitement dans la ville de Londres dans les années 1880. Le travail sur les costumes et sur la photographie sont également soignés. La musique de David Whitaker est anxiogène et apporte beaucoup aux images, amenant une angoisse aux spectateurs.

Dr Jekyll et Sister Hyde est un film d’horreur qui a apporté un second souffle aux productions de la Hammer au début des années 1970, alors en perte de vitesse. C’est aujourd’hui un film d’horreur qui mérite d’être découvert ou redécouvert pour sa relecture étonnante du roman de Robert Louis Stevenson.

LE BLU-RAY

Les DVD et Blu-ray du film Dr Jekyll et Sister Hyde sont disponibles dans un coffret DVD-Blu-ray en édition limitée à 2000 exemplaires chez Tamasa, comprenant également Les Cicatrices de Dracula (1970), Les Démons de l’esprit (1972), Une fille… pour le Diable (1976), Les Horreurs de Frankenstein (1970), La Momie sanglante (1971) et Sueur froide dans la nuit (1972). Les visuels sont soignés, avec les visages du Dr Jekyll et de Mrs Hyde ainsi qu’une femme assassinée. Le menu est fixe et musical avec un extrait audio d’une scène.

Les bonus comportent une analyse du film titrée « La croisée des chemins » (36′) par Nicolas Stanzick. Ce dernier raconte la naissance singulière de ce long-métrage. Il refait l’historique de la Hammer avec les films marquants et les différentes adaptations du roman de Robert Louis Stevenson. Il revient sur la production du film en détails, de l’écriture du scénario jusqu’à la réception, en passant par le choix du casting, le financement serré et le tournage. Il revient sur la carrière du réalisateur Roy Ward Baker et des interprètes principaux, Ralph Bates et Martine Beswick. Il apporte également une analyse de certaines séquences et des thèmes sociétaux du film.

Dans « Bourreau des cœurs, dans les coulisses du film » (20′), vous retrouverez plusieurs intervenants anglais, spécialistes des films de la Hammer, dont les propos sont en VOSTFR. Le début est peu intéressant car il répète des anecdotes que Nicolas Stanzick a dévoilées dans le bonus précédent. Ils analysent le film plus en détails, l’intrigue, les influences, les décors, la bande originale, le ton gothique et les performances des acteurs avec des extraits. Le plus intéressant est la présence de l’actrice Martine Beswick qui raconte comment elle est arrivée sur ce projet et dévoile des anecdotes du tournage.

Dans « Hammer, l’horrifique histoire des années 70 » (10′), Bruno Terrier, responsable de la boutique Metaluna, revient sur les productions de la Hammer dans les années 70. C’est une période où la censure était moins imposante et où les films misaient sur l’érotisme en mettant en scène de la nudité. “Le Taulier” revient sur les longs-métrages majeurs de la Hammer et explique pourquoi il s’agissait d’une période où cette société de production était contrainte de renouveler son cinéma. Bruno Terrier donne enfin ce que sont, pour lui, les qualités du film Dr Jekyll et Sister Hyde.

L’interactivité se clôt avec la bande-annonce (3′) en VO.

L’image et le son

Déjà édité en DVD en 2009 chez Studiocanal, le Blu-ray du film est disponible pour la première fois. La restauration – scan 4K par Deluxe, restauré en 2K par Silver Salt, sous la supervision de Mark Bonnici – est remarquable dans un format 16/9. Les poussières ont complètement disparu. Les couleurs, pour les plans en intérieur, sont éclatantes. Les scènes se déroulant la nuit avec de la brume ont dû demander un gros travail pour rendre un minimum visible l’action. Les partis-pris de la photographie gothique sont respectés.

Le film est disponible en français avec un doublage ancien qui a plutôt mal vieilli. Les voix paraissent étouffées, ce qui choque au début du visionnage puis par la suite, nous nous habituons. Par contre, le mixage avec la musique et le bruitage est réussi. Cependant, la version anglaise est supérieure en tout point. Les voix et la musique sont plus intenses. Des sous-titres en français non imposés sont disponibles. Mais le texte est écrit en tout petit, il est donc nécessaire de prévoir un rendez-vous chez votre ophtalmologiste avant de pouvoir visionner ce film.

Crédits images : © Tamasa Diffusion / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr / Critique du film et chronique du Blu-ray réalisées par Jérémy Joly

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