Test Blu-ray / Ariane, réalisé par Billy Wilder

ARIANE (Love in the Afternoon) réalisé par Billy Wilder, disponible en DVD, Blu-ray et Édition Coffret Ultra Collector – Blu-ray + DVD + Livre 18 novembre 2020 chez Carlotta Films.

Acteurs : Gary Cooper, Audrey Hepburn, Maurice Chevalier, John McGiver, Van Doude, Lise Bourdin…

Scénario : Billy Wilder & I.A.L. Diamond d’après le roman Ariane, jeune fille russe de Claude Anet (1924)

Photographie : William C. Mellor

Musique : Franz Waxman

Durée : 2h10

Date de sortie initiale : 1957

LE FILM

À Paris, le détective privé Claude Chavasse est spécialisé dans les affaires d’adultère. Sa fille, Ariane, est fascinée par son travail et plus particulièrement par le cas du playboy Frank Flannagan. Lorsqu’Ariane surprend un client de son père menaçant de tuer Flannagan, elle court prévenir ce dernier du danger qui l’attend. Quand le client jaloux débarque à l’hôtel, il trouve le millionnaire en compagnie d’Ariane et non de sa femme infidèle. Intrigué, Flannagan organise un rendez-vous avec elle le lendemain après-midi…

ArianeLove in the Afternoon n’est certes pas un chef d’œuvre comme le seront les films à venir de Billy Wilder, mais son treizième long-métrage annonce en grande pompe la deuxième partie de la carrière hollywoodienne du cinéaste basée sur l’affrontement des sexes, le politiquement incorrect, l’apologie du mensonge, avec une joie communicative de jouer avec la censure. En 1957, trois ans après le succès international de Sabrina, Billy Wilder fait à nouveau appel à Audrey Hepburn pour Love in the Afternoon, plus connu par le prénom du personnage principal, Ariane. En signant ce remake du film éponyme de Paul Czinner réalisé en 1931, lui-même tiré du roman de Claude Anet, Ariane, une jeune fille russe, Billy Wilder souhaite rendre hommage au cinéma de sa jeunesse ainsi qu’à son mentor Ernst Lubitsch. Les succès de Boulevard du crépuscule (1950), Stalag 17 (1953), Sabrina (1954) et Sept ans de réflexion (1955), permettent à Billy Wilder d’être l’auteur complet d’Ariane. Il est ainsi scénariste (pour la première fois avec I.A.L. Diamond), producteur et réalisateur, il choisit lui-même ses comédiens et se place en tant qu’auteur à part entière à l’intérieur même du système hollywoodien. Avec Ariane, il impose le N&B renvoyant à ses premiers films, témoigne de son amour pour Ernst Lubitsch avec qui il fit ses premières armes, choisit Paris comme lieu d’action et impose encore un rythme et des thèmes qui deviendront récurrents dans ses œuvres ultérieures comme La Garçonnière, Irma la Douce et Avanti!.

À Paris, ville de l’amour, légitime ou illégitime, Claude Chavasse, veuf et détective privé, spécialisé dans les affaires conjugales, habite un modeste appartement du 5e arrondissement qui lui sert également de bureau. Il y élève sa fille, Ariane, qu’il tente de protéger des turpitudes du monde auquel il se confronte professionnellement. Elle étudie le violoncelle au conservatoire de musique et elle y est courtisée par Michel, un autre élève, auquel elle se refuse, bien qu’il vienne d’une famille tout à fait respectable, d’après son père, qui a utilisé ses talents professionnels pour se renseigner. Claude Chavasse reçoit Monsieur X, un client qui lui a confié la mission d’épier les faits et gestes de sa femme, Joséphine, qu’il soupçonne d’avoir une liaison extraconjugale avec Frank Flannagan, célèbre et richissime homme d’affaires américain, du gris sur les tempes mais inlassable don Juan, qui loue toujours la même suite, numéro 14, au Ritz, lors de ses séjours parisiens, et qui a fourni au détective privé du travail en de nombreuses occasions. Lorsque Claude Chavasse confirme à monsieur X l’adultère de son épouse, qu’il a prise en photo alors qu’elle se trouvait dans la suite de Frank Flannagan, le mari trompé déclare son intention d’aller au Ritz tuer son rival. Ariane espionnait la conversation. Étudiant tous les dossiers de son père à l’insu de ce dernier, attirée par la prestance de Flannagan qu’elle voit fréquemment dans les magazines, elle veut le prévenir et opte pour une solution radicale : elle se rend au Ritz. Comme le mari est déjà sur les lieux, un stratagème s’impose dans l’urgence : Ariane prend la place de Madame X qui n’a que le temps de s’échapper par la fenêtre quand son mari fait irruption, revolver en main. Lorsqu’il découvre Ariane en lieu et place de sa femme, Monsieur X est apaisé et confus. Flannagan, lui, est intrigué par cette jeune inconnue qui l’a tiré d’affaire généreusement et propose un rendez-vous à Ariane le lendemain après-midi.

Si la grande réussite d’Ariane repose essentiellement sur son magnifique casting dans sa première partie, la mécanique Wilder fonctionne à plein régime dans sa deuxième heure avec faux-semblants, complicité des spectateurs alors en avance sur les personnages renforçant ainsi l’émotion et les éléments comiques. Si le sujet avait quelque peu effrayé la censure de l’époque en raison de la liaison d’une très jeune fille avec un homme aussi âgé que son père, Billy Wilder détourne comme à son habitude l’attention en suggérant plus qu’il ne montre en réalité la liaison des deux personnages principaux. Le ton insolent déjà aperçu dans son premier film américain Uniformes et Jupon Court (1942) n’a donc rien perdu de sa férocité et de sa grivoiserie. Certains dialogues sont bourrés de double-sens et il est amusant de voir la sublime Audrey Hepburn sous-entendre quelques propos notamment quand elle regarde la colonne de la Place Vendôme fièrement dressée devant la fenêtre de son amant. Si Gary Cooper (56 ans) se délecte de prendre l’une des plus belles femmes du monde dans ses bras qui pourrait être sa fille (Audrey Hepburn a alors 28 ans), c’est surtout Maurice Chevalier qui est superbe dans le rôle du père de cette dernière. Les deux comédiens occupent littéralement l’écran, le premier lors d’une scène mémorable de chagrin d’amour arrosé en compagnie de ses musiciens tziganes, le deuxième dans le rôle du détective et père d’Ariane, procédant avec sa fille comme lors d’une investigation. Pour l’anecdote, c’est à Cary Grant que Billy Wilder avait tout d’abord proposé le rôle de Flannagan. Alors âgé de 53 ans, le comédien anglais avait poliment refusé l’offre en déclarant se trouver trop âgé pour incarner l’amant d’Audrey Hepburn à l’écran… et pourtant, le couple sera bel et bien réuni par Stanley Donen en 1963 pour Charade. C’est donc finalement à Gary Cooper, un peu plus âgé que Cary Grant, que revient le rôle.

Le film de Billy Wilder demeure néanmoins un peu étouffant. La première heure est essentiellement partagée entre les appartements du père et de l’amant et il faut attendre véritablement la deuxième heure pour que la mécanique se mette en place grâce à de savoureux dialogues et des comédiens au diapason. Malgré l’habileté de Billy Wilder à jouer avec la censure, certaines modifications de dernière minute ont été apportées au scénario original. Ainsi, la voix-off de Maurice Chevalier « légitimant » la relation de sa fille avec le vieux séducteur a été rajoutée in extremis par le cinéaste afin d’apaiser les blâmes qui pesaient au-dessus de sa tête. Ce rajout n’a cependant pas empêché le film de choquer une grande partie du public comme lors de la sortie de Sabrina où Audrey Hepburn devenait la maîtresse d’Humphrey Bogart, de trente ans son aîné. Des scènes furent ainsi coupées lors de l’exploitation du film et même le titre original Love in the afternoon, évoquant explicitement le couple faisant l’amour uniquement l’après-midi, fut également changé au profit du prénom de l’héroïne. Nobody’s perfect…

LE BLU-RAY

En 2009, Carlotta Films proposait Ariane de Billy Wilder, pour la première fois en DVD en France. Onze ans plus tard, revoilà Love in the Afternoon chez l’éditeur, à nouveau en édition Standard, mais aussi en Haute-Définition et également Édition Coffret Ultra Collector – Blu-ray + DVD + Livre, le 18è de la collection ! Le coffret disponible en édition limitée et numérotée à 2000 exemplaires, arbore un visuel exclusif créé par Deanna Halsall (The Guradian, NBC America) et contient le Blu-ray, le DVD, ainsi qu’un livre inédit Le Romanesque triomphant : Ariane de Billy Wilder avec entretiens et analyses (parus dans la revue Positif) depuis les années 1970, mises en perspectives venant d’auteurs contemporains et 50 photos d’archives (160 pages). Nous chroniquons ici l’édition HD. La jaquette est glissée dans un boîtier classique de couleur noire, lui-même glissé dans un surétui cartonné liseré rose. Le menu principal est fixe et musical.

Pour cette édition, Carlotta Films reprend les mêmes bonus présents sur l’édition DVD en 2009, à savoir :

Ariane, rapports de tournage (26’30) : Le cinéaste, critique de cinéma à Positif et journaliste N.T. Binh s’entoure des responsables des archives papier de la Cinémathèque française afin de dévoiler des trésors liés au film de Billy Wilder. Ariane ayant essentiellement été tourné en France, les archives sont ici nombreuses et inédites. Des restaurateurs du patrimoine photographique et des arts graphiques se mêlent de la partie en exposant les travaux de conservation réalisés sur le scénario original annoté par le cinéaste allemand, ou des photos de préparation, où les fans d’Audrey Hepburn la verront poser lors des essais costumes. Dans la seconde partie, le critique reçoit la scripte Laurence Couturier. Avec N.T. Binh, elle analyse les annotations et les changements survenus au cours du tournage. Notre guide prend ensuite le téléphone pour s’entretenir avec le régisseur français de l’époque, puis avec la fille d’un des musiciens tsiganes du film, afin de recueillir quelques anecdotes de tournage. Quelques éléments évoquant la genèse d’Ariane sont abordés mais ce segment demeure principalement technique, et il faudra alors se tourner vers le second supplément afin d’en savoir plus sur le film proprement dit. Ceci dit, nous ne saurons que trop vous conseiller de vous pencher sur ce premier documentaire, passionnant et éclairant sur les conservateurs du patrimoine cinématographique.

Au fil d’Ariane (26’30) : Les plus impatients seront récompensés avec ce segment, concocté et présenté une fois de plus par N.T. Binh, qui se penche plus sur la mise en scène de Billy Wilder, sur les comédiens et les personnages, sur la thématique et sur la place occupée par Ariane dans la filmographie du cinéaste. Notre interlocuteur parcourt le dossier du tournage présenté dans le premier segment et réalise un exposé captivant. N.T. Binh explore le caractère sexuel du film, souvent récurrent dans l’œuvre de Billy Wilder, en indiquant par exemple que la voix-off finale de Maurice Chevalier « légitimant » l’idylle entre Ariane et Flannagan, n’apparaît pas dans le scénario et n’a été rajoutée qu’ultérieurement afin d’apaiser les foudres de la censure qui sévissait alors à Hollywood. Ce qui n’a d’ailleurs pas empêché le film d’être jugé « condamnable » et interdit aux mineurs lors de sa sortie en 1957 ! Notre guide analyse ensuite les affinités du film de Billy Wilder avec le cinéma d’Ernst Lubitsch, avec qui Wilder a fait ses classes et à qui il rend dans Ariane un hommage fort appuyé. De plus, N.T. Binh évoque brièvement la carrière du metteur en scène. Enfin, certaines photos tirées de séquences inédites sont ici révélées où on peut apercevoir Ariane avec son « petit-ami » Michel, ou une autre séquence où Ariane mime une corrida à Flannagan. Un supplément de haute qualité, instructif, concis, à la mise en scène sobre et agréablement illustré.

La complicité magnifique (8’30) : Hubert de Givenchy (disparu en 2018) évoque sa rencontre avec Audrey Hepburn et leur fructueuse collaboration à travers les films comme Sabrina (qui marque leur première rencontre), Drôle de frimousse, Diamants sur canapé, Charade, Deux têtes folles et Comment voler un million de dollars. Qui d’autre qu’Hubert de Givenchy pouvait le mieux s’exprimer sur la grâce naturelle de la comédienne, son charme et sa gentillesse ? A ne louper sous aucun prétexte.

A ces anciens suppléments, l’éditeur joint le documentaire – non mentionné sur la jaquette – Portrait d’un homme à 60% parfait (56’), réalisé par Michel Ciment et Annie Tresgot en 1980, que l’on retrouvait en février 2019 sur le Blu-ray de Témoin à charge, film de Billy Wilder disponible chez Rimini Editions, mais aussi dans l’ancien coffret DVD Billy Wilder qui regroupait Uniformes et jupon court et Les Cinq secrets du désert, sorti en 2006 chez Carlotta Films ! Le journaliste rencontre le cinéaste, chez lui et dans son bureau à Los Angeles. Billy Wilder évoque sa jeunesse et sa carrière de journaliste à Vienne puis à Berlin (photos à l’appui), sa fuite à l’arrivée de Hitler, son travail de scénariste, la naissance de l’Hollywood classique, ses rencontres marquantes (Fitzgerald, Faulkner, Lubitsch, Trauner…), son amour pour la peinture. Les comédiens Jack Lemmon et Walter Matthau, ainsi que le scénariste I.A.L. Diamond interviennent également et racontent quelques anecdotes truculentes. Ce documentaire se clôt sur la désormais célèbre tirade de Billy Wilder s’adressant à Michel Ciment « Je déteste de n’être pas pris au sérieux, mais plus encore d’être pris trop au sérieux ».

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce du film.

L’Image et le son

Ariane est présenté dans une nouvelle restauration 2K, un master qui permet de profiter au maximum de la belle photo N&B voulue par Billy Wilder, alors que la couleur avait déjà pris place au sein de l’industrie hollywoodienne. Un parti-pris esthétique souhaité par le cinéaste, renvoyant à ses premiers films ainsi qu’aux films d’Ernst Lubitsch à qui il dédie d’une certaine manière le film. Les douces nuances de gris s’unissent à merveille à la blancheur éblouissante des séquences plus exposées, et la photo volontairement brumeuse des gros plans rapprochés des deux amoureux est habilement restituée. Une fois de plus, saluons la quasi absence de scories et de fourmillements à l’arrière-plan, ainsi que la présence de la texture argentique (parfois très appuyée) qui n’a rien de désagréable. Ariane est proposé dans son format respecté (1.85) et le transfert 16/9 est de toute beauté.

La bande-son originale s’en tire haut la main et les anciens craquements, ainsi que le souffle chronique ont cette fois disparu. La voix délicieuse d’Audrey Hepburn ne perd rien de son éclat quand bien même celles de Gary Cooper et Maurice Chevalier sont sensiblement nasillardes. Cette piste mono est ceci dit assez dynamique et la musique, notamment celle entonnée par les musiciens tsiganes, ne manque pas d’ardeur. En revanche, gros mauvais point pour l’insupportable piste française. Ne datant visiblement pas de l’époque de la sortie du film, la piste française est à l’image de certaines déjà découvertes sur divers DVD des classiques Warner datant des années 40 et 50 : intégralement basée sur les voix de nouveaux comédiens doubleurs, l’ensemble perdant tout son naturel et semblant avoir été enregistré au fin fond d’une grotte où les résonances affluent. Le rythme de la musique est sensiblement différent de celui de la version originale.

Crédits images : © Carlotta Films / MGM / Warner Bros / Allerton Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr / Critique du film : Sabrina Piazzi / Critique des suppléments : Sabrina Piazzi & Franck Brissard/ Critique Image et Son : Sabrina Piazzi

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