Test Blu-ray / Vierges, réalisé par Keren Ben Rafael

VIERGES réalisé par Keren Ben Rafael, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 7 octobre 2020 chez Extralucid Films.

Acteurs : Joy Rieger, Michael Aloni, Manuel Elkaslassy, Evgenia Dodina, Rami Heuberger, Eric Raphael Mizrahi, Vladimir Friedman, Yoni Meles…

Scénario : Keren Ben Rafael & Élise Benroubi

Photographie : Damien Dufresne

Musique : Renaud Mayeur

Durée : 1h28

Année de sortie : 2018

LE FILM

À Kiryat Yam, petite station balnéaire au nord d’Israël, tout semble s’être arrêté. Lana, 16 ans, s’est jurée de lutter contre l’immobilisme et la résignation. Elle est loin d’imaginer que la rumeur d’une sirène va réveiller sa ville de sa torpeur et lui permettre enfin de vivre.

La cinéaste et scénariste Keren Ben Rafael a tout d’abord étudié la philosophie et la littérature française à l’Université de Tel Aviv avant d’intégrer le département réalisation à la Fémis. Vierges, son premier long-métrage, est une vraie bouffée d’air frais, une comédie dramatique inspirée par un fait divers réel, remarquablement interprétée, notamment par la jeune comédienne israélienne Joy Rieger (née en 1994), lauréate du Prix de l’Académie israélienne de la télévision 2017 de la meilleure actrice pour Oboy. Largement récompensé ou nommé dans de multiples festivals, du Montenegro à Tribeca, en passant par Jerusalem et Cannes, Vierges est porté du début à la fin par un vent de liberté rafraîchissant, une poésie indéniable, la beauté de ses deux actrices principales et celle de sa lumineuse photographie.

Vierges est une première œuvre riche et foisonnante, sur le fond comme sur la forme, y compris au niveau de sa production franco-israélo-belge. Partagée entre Paris et Tel Aviv, Keren Ben Rafael faisait déjà preuve d’un ton singulier à travers ses courts-métrages, notamment I’m your man (2011) et L’Aurore Boréale (2013), également primés. A travers Vierges, la cinéaste a tout d’abord voulu raconter une histoire universelle « Le récit du vieil homme ramène le souvenir de la grande Histoire, en particulier de l’arrivée en Israël. Mais le film parle aussi beaucoup de la perspective d’en repartir, à travers le désir de Lana de quitter sa ville, et le récit de sa mère évoquant combien il lui a été difficile, enfant, de se retrouver posée là à Kiryat Yam, cette ville paumée… Ça remonte au juif errant, mais aujourd’hui ça semble être aussi le besoin de chercher un lieu plus apaisant, un avenir plus sûr… Pour le coup, il me semble que cette envie d’aller voir ailleurs est très israélienne ! ».

A six, seize et quarante ans, ces trois générations de femmes se confrontent, s’observent, se cherchent, se chamaillent, se réconcilient et espèrent un avenir meilleur. Mais le film se focalise surtout sur Lana, fiévreuse adolescente, qui espère se barrer de la petite station balnéaire dans laquelle elle est engluée avec sa mère Irene (superbe Evgenia Dodina), pour profiter de la vie à Tel Aviv. Mais le départ de ce front de mer bétonné à la va-vite semble toujours reporté, et c’était sans compter sur l’apparition de sa cousine Tamar, désormais orpheline, dont elle doit s’occuper. L’arrivée d’un journaliste en quête « de substance » va tromper l’ennui de Lana, qui au cours d’un reportage, ment au reporter en traduisant à sa guise quelques propos de pécheurs d’origine soviétique, qui auraient aperçu une sirène. Il n’en fallait pas plus pour animer la petite bourgade, surtout que le maire de la commune (et amant occasionnel de la mère de Lana) promet une récompense d’un million de dollars pour qui apportera des preuves de l’existence de la sirène. Les plages, auparavant désertes, commencent à s’animer, tandis que Lana se rapproche du journaliste (avec lequel elle est prête à perdre sa virginité, pour tourner définitivement le dos à l’enfance) et qu’Irena espère que les touristes viendront faire un petit tour dans son bar paumé du bord de mer…

« Je m’ennuie
C’est le vide
Déesse, détresse, le spleen c’est l’hymne à l’ennui d’être »
Mylène Farmer

Trois figures féminines sont dépeintes dans Vierges, trois portraits qui pourraient n’en former qu’un, celui d’une même femme à trois époques différentes de sa vie, l’enfance, l’adolescence, la maturité. La sirène apparaît dans le film comme un miroir qui les renvoie à leurs rêves et fantasmes, celui de croire à l’impossible, au surnaturel. Même si elle est touchée par la mort prématurée de sa mère, Tamar est une petite fille qui croit dur comme fer à l’existence de la sirène. Cette dernière permet à Lana de se raccrocher encore un peu au monde de l’enfance, qu’elle est en train de quitter définitivement pour intégrer le monde adulte et donc cartésien, où la magie n’a plus de place. Si elle mène une existence morne et triste, Irena accepte volontiers cette deuxième chance puisque l’apparition espérée de la sirène peut aider ses affaires et ramener de la vie dans son établissement paumé, qui n’est même pas desservi par la promenade de bord de mer, dont la construction a été stoppée, faute de moyens, avant que celle-ci atteigne sa porte. Ou comment croire encore à ses rêves, quelque soit son expérience et son âge, dans l’espoir de se réinventer. Après tout, la sirène existe peut-être bel et bien et c’est d’ailleurs elle la responsable des étranges piqûres qui touchent certains baigneurs, surtout qu’il n’y a pas de méduses dans le coin…

Passionnant sur le fond, Vierges est aussi un bijou visuel, entièrement tourné à Kiryat Yam, petite ville du district de Haïfa en Israël, où s’est véritablement déroulée l’histoire de la sirène à l’origine du film. Keren Ben Rafael a posé sa caméra dans ce carrefour culturel peuplé d’immigrés russes et éthiopiens, et a su capturer la beauté lumineuse de l’immense ciel bleu qui côtoie l’ocre des plages dorées, grâce au talent du chef opérateur Damien Dufresne, qui a depuis retrouvé la cinéaste pour son deuxième long-métrage A coeur battant, sorti en septembre 2020. Un paradis presque artificiel où le temps semble s’être arrêté ou tout du moins considérablement ralenti, comme un paysage emprisonné dans une boule à neige, soudainement ranimé par la présence d’une créature légendaire et mythologique.

Vierges est un moment suspendu, une fable drôle et mélancolique construite sur le fil tendu entre une dure réalité et la fantaisie, qui conduit à l’évasion, physique et psychologique, et qui fait le battre le coeur des spectateurs à l’unisson de celui de ses protagonistes. Brillant.

LE COMBO BLU-RAY / DVD

Avec Vierges, l’éditeur Extralucid Films inaugure une nouvelle collection intitulée ExtraMonde, déjà enrichie par les éditions DVD + Blu-ray de River of Grass de Kelly Reichardt et Slacker de Richard Linklater, sur lesquels nous reviendrons très prochainement. Les deux disques sont disponibles dans un boîtier Amaray de couleur blanche, tandis que la jaquette reprend le visuel de l’affiche d’exploitation. L’ensemble est glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur ne vient pas les mains vides et offre près d’une heure de suppléments !

On commence par une très belle interview de la réalisatrice Keren Ben Rafael (19’), durant laquelle elle revient (en français) sur son parcours et ses études (la Fémis), avant d’en venir rapidement à son premier long-métrage, Vierges. La genèse du film (inspiré par un fait divers réel), les thèmes, les conditions de tournage, les personnages, la photographie, le casting (la sensationnelle et regrettée Ronit Elkabetz, décédée en 2016, avait tout d’abord été envisagée pour le rôle de la mère) et la fin ouverte sont posément abordés au fil de cet entretien passionnant, où Keren Ben Rafael évoque aussi son deuxième long-métrage A coeur battant (que nous évoquons dans la critique), ainsi que les deux courts-métrages présents en bonus (en 1080p sur le Blu-ray) et que nous vous conseillons vraiment de visionner.

L’Aurore boréale (2013, 12’30) : Quatre heures du matin. Louise, vingt-trois ans, dort paisiblement dans son appartement. Son père, Jacques, muni d’un double des clés, la tire du lit et l’oblige à le suivre dans la forêt. Il a entendu à la radio qu’une aurore boréale allait faire son apparition dans la région. Un événement historique qu’il veut absolument partager avec sa fille. Mais dans les bois, en pleine nuit, rares sont ceux qui viennent admirer une aurore boréale. Réalisé dans le cadre de la collection « écrire pour » de Canal +, présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes et au Festival de Clermont-Ferrand, L’Aurore boréale réunit Ana et Hippolyte Girardot, mais aussi Marc Citti et l’excellent Jonathan Cohen. A noter que ce court-métrage faisait partie du thème « Le jeu des 7 familles », où Romane et Richard Bohringer, Gad et Arié Elmaleh, Antoine et Emma De Caunes et d’autres s’étaient prêtés au jeu.

I’m your man (2011, 15’) : Bruno a enfin décidé de s’installer avec sa nouvelle copine, Camille. Mais le jour de son déménagement, Mia, son ex, débarque chez lui. Et Bruno couche avec elle. Seulement, au moment où il veut se retirer, impossible de séparer les deux corps. Commence alors une quête désespérée pour se décoincer avant que Camille n’arrive. Porté par trois formidables comédiens, Vincent Macaigne, Maëlys Ricordeau et Cécile Fisera, I’m your man, a été récompensé par le Prix Spécial du jury au Colcoa Film Festival de Los Angeles, le Prix Beaumarchais-SACD et par le Prix du meilleur comédien pour Vincent Macaigne au festival Seinema.

Vous trouverez également un lot d’entretiens croisés (7’20) des comédiens Evgenia Dodina, Joy Rieger et Michael Aloni, qui reviennent rapidement sur les thèmes du film et les conditions de tournage.

L’interactivité se clôt sur une scène coupée (1’20) durant laquelle Lana se fait violemment chahuter par trois jeunes de son âge (qui en profitent pour lui épiler sa « moustache frontale »), ainsi que sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Nous n’avions plus de nouvelles de Vierges depuis sa sortie dans les salles françaises en juillet 2018. Le film de Keren Ben Rafael est pris en main par Extralucid Films. Comme pour ses autres titres, l’éditeur prend soin de ce premier ExtraMonde pour son arrivée dans les salons et en Haute Définition. Un master HD quasi-irréprochable au transfert immaculé. Respectueux des volontés artistiques originales, la copie se révèle un petit bijou technique alliant des teintes à la fois chaudes et froides, avec l’horizon bleuté, le tout étant soutenu par un encodage AVC de haute volée. Le piqué, tout comme les contrastes, sont tranchants, les détails abondent aux quatre coins du cadre large. Les gros plans sont ciselés à souhait, la colorimétrie est joliment laquée, le relief très présent. Un service après-vente remarquable et élégant. Le Blu-ray est au format 1080p.


La très belle musique composée par Renaud Mayeur (Eldorado, Mobile Home) est admirablement délivrée et spatialisée par le mixage hébreu DTS-HD Master Audio 5.1. Les voix des comédiens s’imposent sans mal sur la centrale, toujours clairs et distincts. Quelques ambiances naturelles parviennent à percer sur les latérales, la balance gauche-droite est dynamique. Les sous-titres ne sont pas imposés.

Crédits images : © Extralucid Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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